Une ombre sur le Causse

Une petite grimpette.

D’un commun accord nous filons à l’intérieur et demandons au patron que je connais bien de pouvoir emprunter la porte donnant dans l’arrière-cour. Il me fait un clin d’œil et me susurre au passage, tu fuis l’amant de ta chérie, je lui crie en courant non son frère, je l’entends rire alors que nous sommes déjà à l’extérieur, mais à l’opposé de la route qui doit nous amener au chemin que nous avons décidé d’emprunter. Tout cela a le don de m’agacer au plus haut point, je prends mon téléphone et appelle un taxi. Dix minutes plus tard il s’arrête devant nous, et nous voilà partis en direction de la ville d’Aubrac, de temps en temps je jette un coup d’œil dans le rétroviseur, mais aucune voiture ne nous a suivis. Nous voici arrivés et j’explique rapidement ce changement d’itinéraires. Mireille comprend rapidement que l’arrivée inopinée de son frère a contrarié nos projets.

Cela n’a pas beaucoup d’importance car nous irons quand même au lac des Moines, quant à bivouaquer il nous faudra nous éloigner du Parc Régional, car c’est une réserve naturelle et camper y est interdit. Par rapport à l’heure prévue pour trouver notre indic, nous l’avons largement dépassé. A partir de maintenant nous sommes livrés à nous-mêmes. Sans en informer Mireille je décide que la mission est commencée. J’espère qu’elle a tout pris. Nous prenons rapidement la direction du lac, nous marchons d’un bon pas, nous croisons quelques marcheurs qui arrivent de Nasbinals. Juste un bonjour et nous avançons, je me retourne discrètement de temps en temps pour être certain qu’ils ne rebroussent pas chemin. Tout est bien, le ciel est d’un bleu limpide, un avion survole le Causse, un papillon violet nous suit puis disparaît. Je vois bien que Mireille alias Esméralda n’est pas habituée à la marche. Ses baskets ne sont pas idéales, le chemin est herbeux mais à plusieurs endroits ce sont des cailloux signe de l’intensité volcanique à une époque fort lointaine. Elle ne se plaint pas, , elle avance sans un mot.

Elle a dû boire les trois quarts de sa gourde, il va nous falloir rapidement trouver de l’eau sinon je serais obligé de la porter sur mes épaules. Le lac est interdit à la baignade mais sans véritablement la boire, elle pourra se rafraîchir. Nous montons à pas plus modérés je veux que demain nous puissions explorer les environs, nous n’allons tout de même pas redescendre sur Nasbinals à cause de petits bobos. Je m’étonne toutefois qu’elle est été si mal conseillé par son chef. Quelques randos avant de partir, et elle aurait été moins mal en point. C’est trop tard pour songer à son manque de préparation. Il nous faut aller de l’avant et essayer de trouver soit un indic, soit des indices laissés sur place par ce dernier. En espérant qu’ils ne soient pas détruits par des randonneurs. Puis il nous faudra trouver un endroit pour dormir sans être dénoncé par un promeneur solitaire. Si nous nous glissons dans l’infructuosité d’un rocher nous ne devrions pas être surpris. Par contre interdiction de faire du feu et de monter une toile de tente. Juste nos duvets. Lorsque Mireille voit sur le panneau la direction du Lac des Moines et l’altitude, elle comprend que les derniers mètres vont être les plus durs. Elle ne prononce pas un mot mais me prends la main. J’accepte de bon cœur de serrer ses doigts dans les miens. Elle me fait le plus merveilleux des sourires, s’approche de moi et m’embrasse à pleine bouche. Je suis dans un premier temps désarçonné mais ne dit mot. Je réponds même à son baiser, puis je la repousse doucement en lui disant d’un ton goguenard que nous aurons toute la nuit pour s’initier aux plaisirs charnels. Elle pique un fard à faire rougir une tomate et prend ses distances avec moi. Son pas devient plus régulier, je la laisse digérer ma flèche inutile. Ne nous sommes-nous pas dit que nous allions jouer les amoureux. Elle était dans son rôle. Ce n’est pas grave je me rattraperai plus tard et si elle veut je la câlinerais.

Soudain apparaît le Lac des Moines, il scintille sous le soleil. Il y a un peintre, quelques touristes qui sont arrivés par la route. Et surtout de nombreux pêcheurs. Nous nous arrêtons, on prend quelques photos pour parfaire notre rôle. Puis nous nous appuyons sur un rocher et nous nous asseyons tous les deux. Je l’enlace et lui murmure à l’oreille : « je suis un goujat, pardonne-moi «. Puis délicatement je lui mordille l’oreille, ni elle me file une gifle ni elle m’apostrophe de mots infâmes, au contraire elle se love dans mes bras. Ce n’est pas Esméralda que je serre contre moi, mais une véritable tigresse.

Je la calme, surtout que devant nous il y a un jeune enfant d’une dizaine d’années qui nous regarde. Je me demande si les passeurs ont désormais des enfants qui leur servent de couverture lorsque je vois surgir une femme échevelée qui s’en prend à son gamin qui s’est sauvé pour retrouver une fleur qu’il voulait cueillir. Mais son père lui explique qu’il peut la photographier mais surtout pas l’arracher. Je ne sais si le gamin a compris mais il repart avec ses parents en râlant. Petit à petit le gros de la troupe s’en va il est déjà dix-huit heures si nous voulons nous cacher pour la nuit il est grand temps de s’en aller.

A suivre…

Copyright Janvier 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

3 réflexions sur « Une ombre sur le Causse »

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