Une ombre sur le Causse

Découvertes dans le buron

La nuit est enfin tombée, aucune lumière ne me parvient du buron. Qu’est venu faire cet après-midi Mireille ? Il ne l’a pas su étant parti plus vite compte tenu que le fou du buron le tenait à bout de porté de son fusil.

Il avance doucement sans bruit , il est seul, son frère est trop jeune et son chef est aux abonnés absents. Seul son chien Oural l’accompagne. Il est dissuasif, dans la nuit seul ses yeux jaunes brillent. On le prend souvent pour un loup. Quant à Martin, la brigade n’a eu plus aucune nouvelle, aussi Olivier s’est décidé à retourner là où un bruit imperceptible l’a mis en alerte. Quant à l’inconnue qui lui a donné un indice , rien ne lui a permis de découvrir qui elle était.

L’odeur du foin humide et du bois vieux enveloppe l’espace, tandis que la lumière vacillante de sa lampe torche éclaire les murs sombres, révélant des ombres dansantes qui semblent murmurées des secrets oubliés. Chaque pas qu’il fait résonne comme un écho dans ce silence pesant.

Bozo pousse la porte, elle n’est pas fermée, il s’en fait la réflexion. Oural ne grogne pas il ne doit y avoir personne sinon il en aurait été averti. C’est ce qu’il y a de bien avec ce chien. Dès que c’est un inconnu il.le montre à son maître. Ami il ne craint rien, ennemi il doit être sur ses gardes. Pour l’instant tout va bien. Il allume sa torche, le buron est vide comme si par magie tout ce qui traînait cet après-midi avait été déménagé.

Soudain, un bruit résonne au-dessus de lui, un craquement, comme si quelque chose, ou quelqu’un, se déplaçait dans les combles. Il lève la tête, l’angoisse et la curiosité se mêlant en lui. Peut-être que Martin est enfin revenu. C’est au moment où il a allumé sa torche qu’il a entendu un bruit spécifique. Comme un bruit de chaîne. Pince-toi Olivier tu te fais un film, qui aurait mis les fers à Martin, c’est un jeune flic sympa, certes un peu naïf, mais ici ce n’est pas une plaque tournante de fausses cigarettes. Il va lui falloir monter voir ce qu’il se passe réellement là -haut.

Il allume à nouveau sa torche lorsqu’il entend le raclement de ce matin, celui-ci vient plutôt de dessous le buron. S’ils étaient deux, un irait voir comment passer dessous, l’autre irait dans le grenier, mais là il est seul. Son binôme s’est évanoui dans la nature. Enfin je lui ai intimé l’ordre de disparaître. A part se coller à moi elle n’était pas d’un grand secours. Une vraie nymphomane.

Tout autour de lui il n’y a rien, seul sur le mur, on dirait des prises d’un mur d’escalade. Il allume davantage et se décide à emprunter le chemin qui va l’emmener plus haut. Avec précaution, il grimpe les quelques marches qui mènent au grenier, chaque mouvement semblant troubler le calme ambiant. Arrivé en haut, il éclaire l’espace. Une silhouette se dessine dans l’ombre, immobile.

« Martin ? » murmure-t-il, sa voix tremblante trahissant son appréhension. Aucune réponse. Le silence est lourd. Il fait un pas en avant, le cœur battant, mais l’ombre s’évanouit dans l’obscurité, ne laissant derrière elle qu’un souffle glacé. Soudain à nouveau l’ombre se dresse devant lui mais il a un fou rire quand il s’aperçoit que c’est un drap accroché à un étendage. Son instinct et le grognement d’Oural le retiennent, une force irrésistible l’empêche de s’en aller il veut découvrir la vérité, quelle qu’elle soit. De toutes façons redescendre par le mur et ses marchés est digne d’un cascadeur ce n’est pas son cas.

Soudain Oural gémi , ou est-il passé. Je ne le vois plus mais guidé par le bruit de sa langue qui lèche je ne sais quoi j’avance prudemment. Le sol est jonché de papiers d’emballage, je me penche et m’aperçoit que ce sont des boites dechirées de cartouches de cigarettes. Ils ont dû s’enfuir et abandonner les emballages, ou c’est réellement une plaque tournante où l’on écoule des cigarettes. À nouveau comme étouffé le bruit de chaînes. Oural grogne à nouveau.

Des bruits se font entendre, des phares de voitures éclairent le grenier, c’est ma chance j’en profite pour jeter un oeil rapide , je vois Oural la tête dans un espèce de tunnel, enfin il recule et sort . C’est à ce moment que les phares s’éteignent. Je dois trouver où me planquer. L’avantage c’est qu’ici il n’y a rien, les cigarettes ont été déplacées. Toutefois il y a toujours ce bruit de chaînes. Oural m’a attrapé le bas du pantalon et me tire vers le tunnel. Je me déplace le plus lentement possible. Plus silencieux que les deux hommes qui se trouvent en dessous.

Je regarde par les lattes du plancher afin de voir ce que font les deux types, ils ont le regard fuyant, leurs mains sont occupées à manipuler des paquets de cigarettes de contrebande. Je ne me suis pas trompé, tous les randonneurs ne vont pas à Compostelle. D’autres profitent du chemin de soit c’est pour les emporter en Espagne, mais je conçois plus que c’est le contraire qui doit se passer. Les cigarettes doivent venir d’Espagne et rentrer en France par le col de Roncevaux. Ensuite dans les sacs à dos ils remontent tranquillement. Nasbinals et ses burons sont un point pour les écouler.

Tout en réfléchissant j’ai réussis à trouver un tout petit espace pour me glisser entre deux murs. Cet édifice semble récent, cela doit cacher autres choses. Oural m’a précédé et à nouveau je l’entend gémir, j’allume ma lampe et en face de moi, couché sur le ventre en tenue de gendarme j’imagine que c’est Martin. Mon chien lui lèche les mains. De mon sac à dos je sors une pince coupante et après m’être rendu compte que Martin car c’est bien lui est vivant mais soit drogué soit assommé je commence à couper les premiers anneaux. Ce n’est pas une mince affaire mais j’y arriverais. Il faut faire vite les deux types vont sûrement venir voir comment se comporte leur prisonnier.

A suivre…

Copyright janvier 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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