Une ombre sur le Causse

le Commanditaire / première partie

Plus aucun coup de feu depuis dix huit heures. Le buron est encerclé par un cordon de gendarmes, l’armée et la police sont venu nous prêter mains fortes. Des ambulances sont à proximité du gîte restaurant de l’Aubrac, en espérant repartir bredouille. Les pompiers sont aussi sur place au cas où dans un ultime baroud d’honneur ils mettent le feu au buron. Et profitant de la fumée puisse passer entre les mailles du filet.

Toutefois les ordres sont formels personne ne doit bouger de sa planque même si le feu se dégage de la fermette. Il faut attendre mes ordres , je ne veux que personne ne nous échappe. Il nous les faut tous les trois.

Hier au soir un jeune du village nous a dit avoir croisé un homme avec un grand chapeau et un sac à dos, il lui a demandé s’il était sur la route de la ferme auberge en rénovation. Devant son approbation il l’a remercié. Ce jeune nous a fait une description précise de cet homme, il y a ajouté un dessin.

C’est au moment où je l’ai montré à Julie que j’ai vu dans son regard passé un éclair étrange. Et je les avais laissé , pourtant je me remémore ces instants, Julie semblait déconcertée. On aurait dit que son coeur battait la chamade, elle fixait la photo comme si c’était un être malfaisant qui l’a fixait. Mais c’est bien plus tard que j’en ai eu la confirmation lorsque Martin qui les surveillait me raconte les propos échangés entre Esméralda et Julie. Ou plus simplement ce qu’elle en a dit à sa compagne d’infortune.

_ Esmeralda crois-tu que nous sommes écoutés ?

_ Pourquoi me demandes-tu ça ?

_ Pour le dessin que le capitaine nous a montré.

_ Pourquoi tu le connaissais

_ Ce n’est qu’un dessin mais j’en ai eu l’impression.

_ Explique toi, dis-moi ce que tu as ressenti. Fais comme si je n’étais pas là.

_ Lorsque j’ai posé les yeux sur le dessin mon coeur s’est mis à battre la chamade. Les traits familiers de l’image se dessinaient dans mon esprit, mais je me refusait à les admettre. Un frisson m’a parcourut l’échine, comme une onde de douleur, tandis qu’un souvenir surgissait, éclatant et indéniable. C’était la voix, un écho mélancolique résonnant dans les corridors de ma mémoire.

_ Donc tu sais qui c’était

Et Martin qui se souvenait de chacun de ses mots se souvient et me donne son impression. A la question d’Esméralda, j’ai eu l’impression que le temps s’était arrêté. Les yeux de Julie se sont dilatés comme si elle absorbait chaque détail, chaque nuance de l’expression figée qu’elle avait vu sur le dessin. Elle m’a donné l’impression que c’était son passé qui venait de surgir sur ce papier.

Cela m’inquiétait car que nous cachait cette fille, mais Martin se contorsionnait comme si sa confession n’était pas terminée. Qu’allait-il m’apprendre d’autres ?

Ensuite elle a dit à Esméralda

_ Sur ce papier, dans ce dessin, dans cette image, c’est mon passé qu’un jour j’ai décidé d’enterrer. Promets-moi Esméralda de ne pas me juger. Je n’ai rien dit au Capitaine , j’espère que tout cela se terminera bien. J’ai peur. A ce moment un bruit extérieur la fit sursauter, la confession s’est arrêtée. J’ai senti dans son regard un instant de flottement mais son esprit était déjà piégé dans cette réalité qu’elle ne pouvait plus ignorer.

Je me pose mille et une questions, ai-je négligé le moment où je lui ai montre cette photo ? Ou bien faut-il que je l’envoie chercher par un de mes hommes ? On ne voyait pas grand chose dans le dessin du villageois me faisant penser à une personne. Était-ce la tenue vestimentaire qui lui rappelait quelque chose de précis ? Demain nous verrons elle ne va pas s’enfuir, elle aimerait savoir où est son père. Elle n’a que nous pour être au courant.

Il est maintenant grand nuit, nous attendrons le matin pour donner l’assaut, entre-temps des gendarmes de Saint-Chely d’Aubrac avaient trouvés dans le bois jouxtant le buron une femme et une adolescente transie de froid. Elles avaient été laissées dans le bois les yeux bandés et les chevilles attachées par un homme qui était grand avec un chapeau, elles ignoraient toutes les deux qui il était. Elles avaient été kidnappés lors d’une randonnée sur les chemins de Compostelle. Aujourd’hui cela faisait dix jours. Madame Détant avait accepté son sort sinon sa fille ainée serait tué car elle gênait. Elle avait demandé une preuve de vie c’est la seule chose que ces fous leur avaient accordé à sa fille et elle. Et depuis elles avaient été changé de planques plusieurs fois.

J’ai accepté qu’Esméralda rejoigne sa mère et sa sœur, j’ai demandé que la surveillance de Julie soit renforcé, compte tenu de ce qu’elle a dit à sa compagne de galère je crains un coup fourré.

Vers minuit la porte du buron s’est entrouverte, avec mes jumelles à infrarouge j’ai reconnu mon ami Morin l’aîné Leonard de son prénom mais comme il le détestait il se faisait appeler Léo. Et plus jamais il n’avait dit à qui que ce soit se prénommer Léonard. Aussi je fus interpellé lorsqu’il me cria dans la nuit :

_ Je m’appelle Léonard Morin je veux parler à votre chef

_ Ici le Capitaine Olivier Turpin , que puis-je pour vous ?

_ Capitaine mon jeune frère et moi nous nous rendons.

_ Approchez-vous jusqu’à la murette, laissez vos mains au-dessus de la tête. Au moindre geste vous serez cloués au sol par une arme non létale. Avez-vous compris ?

_ Oui Capitaine

Quel âge à votre frère ? Et donnez-moi son prénom

_ 17 ans et c’est Yves

_ C’est bon avancez

Martin me trouve soucieux , bien entendu que je le suis, ou est passé son frère André, celui qui rénovait le buron. Est-il à l’intérieur et à ce compte-là ils sont non seulement trois mais quatre voire plus. J’attends de voir les frères Morin, nous les interrogerons séparément. Martin n’étant pas de Lasbinals interrogera Léo et moi qui connait très bien les Morin je poserais quelques questions à Yves. Pour l’instant la seule chose que je peux lui reprocher c’est d’être dans un lieu situé dans le triangle de Lasbinals comme mes hommes l’ont surnommé. Entre le buron de la forêt, celui de l’homme fou et celui-ci sur la carte cela nous a dessiné un triangle si nous les relions ensemble. Et surtout d’être avec son frère qui semble être la cheville de ce trafic sans toutefois être le commanditaire. Nous devons avoir des petites mains. Les gros se sont déjà évanouis dans la nature, j’en ai bien peur. Pourtant depuis deux jours nous avons contrôles plus de deux mille personnes. Je me remémore l’arrestation du fou du buron, lui a essayé par tous les moyens de se disculper. Puis petit à petit il s’est mis à table. Il a au bout de cinq heures de garde à vue lâcher énormément de choses. Pour le commanditaire c’était un homme de Lasbinals , de cela il en était certain. Il avait une dent contre les gens d’ici de ne pas avoir veillé sur sa mère âgée. La seule que je connaissais était Rose… Serait-ce d’elle dont il ferait allusion. Je ne l’ai pas su mais j’avoue que cela me tournait encore dans la tête. Et le pire il avait ajouté, elle a été assassiné. J’avais demandé à la section de Lasbinals d’enquêter. De toutes façons pour ce qui nous préoccupaient cette nuit c’était les dealers. Si cet hiver il.n’avzit pas distingué une mort naturelle d’une mort suspecte, ici il ne nous serait d’aucune utilité.

Ceux de St Chély s’occupait de trouver le nom de Rose, elle avait été enterrée sur St Chély. Cela ne devrait pas tarder, je m’étonnais du reste de ne pas avoir encore de réponse.

C’est à ce moment qu’à choisi le jeune Yves par me faire des convulsions. Je ne lui avait posé aucune question. En m’approchant de lui je le trouve dans un état second. Il venait de me demander d’aller au toilette, je lui avais montré la porte puis m’étonnait de ne plus le voir revenir j’étais entré dans la salle de bain. Il était étendu sur le sol froid de la salle de bains, ses membres rigides comme ceux d’une marionnette dont les fils avaient été coupés. Sa respiration était devenue un souffle saccadé, presque inaudible, un murmure fragile dans le silence oppressant de la pièce. Des éclats de lumière blafarde se reflétaient sur le carrelage, accentuant les ombres qui dansaient autour de lui.

Ce gamin je le connaissais, il était espiègle et avait les yeux vifs, ils étaient maintenant vitreux, perdus dans un vide insondable, comme s’il était coincé entre deux mondes. Il pouvait entendre le battement de son cœur, lent et irrégulier, un écho de sa lutte désespérée pour rester en vie. Chaque battement semblait être un coup de gong, résonnant dans sa poitrine, lui rappelant qu’il était encore là, mais à quel prix ?

Dans la seconde suivante l’ambulance est arrivée et les pompiers l’ont emmené immédiatement. Qu’avais fait ce gamin pour pouvoir sortir ? Est-ce que Léo pourrait me l’expliquer ?

A suivre…

Copyright Janvier 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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