Une ombre dans l’escalier 8

Mais revenons en arrière lorsque Shana quitte sa chambre de bonne…

Lorsque Myriam l’appelle elle sursaute, ne sait plus où elle est. Puis rapidement, sans bruit elle se prepare. Myriam lui a préparé un thé chaud et une biscotte beurrée. C’est une véritable maman songe Shana.

Dans son couffin bébé, dort. Elle s’est promis de revenir vite. Elle n’a pas le droit d’être en retard. Pas aujourd’hui.

Lorsqu’elle pousse la porte de l’immeuble, le petit matin est encore humide et brumeux. Peu de gens dans la rue. Juste les livreurs, les éboueurs, les silences parisiens.

Et…Lui, l’homme…Il est là de l’autre côté du trottoir. Debout, immobile, comme une tache d’encre dans la brume.

Le même homme., il est grand, son éternel chapeau noir, sa canne au pommeau d’argent.

Shana s’arrête net, le souffle coupé. Il ne la regarde pas. Il fixe la façade de l’immeuble, comme s’il attendait que quelque chose — ou quelqu’un — en sorte. Elle hésite. Puis baisse la tête, traverse la rue en diagonale, le plus loin possible de lui, et disparaît au coin.

Quand elle ose se retourner, il n’est plus là. Ce matin elle n’a pas retrouvé sa bicyclette, volée, qui lui a fait ça ? Elle court. Le café où elle travaille est déjà en effervescence. Les machines ronronnent, les clients habituels râlent sur les croissants, les collègues sont tendus. Shana s’efforce de sourire, de servir, de tenir. Elle tient bon jusqu’à midi.

C’est à ce moment que la patronne l’appelle. Tous la nomme « la mère Michelle », car elle a perdu son chat. Elle lui fait signe de la suivre dans la réserve loin des regards des autres.

Michelle, de son prénom Rose est une femme sèche, tirée à quatre épingles, les lèvres pincées et les yeux pleins de jugement.

Elle tend une enveloppe à Shana.

— Voici ta paie, celle d’hier et celle d’aujourd’hui. Quant à ta prime de fin de mission il ne faut pas rêver.

Shana lève les yeux, surprise. Pourquoi parle-t-elle de fin de mission. Qu’ai -je fait ?

Entre les deux femmes un silence glacial, puis la Mère Michelle lui assène ses mots :

— Parce que tu ne reviendras pas demain. Je viens d’apprendre ce que tu caches. Une voisine t’a vue. Tu courais avec un bébé sanguinolent, elle a vu le cordon sur le sol. Shana blêmit.

— Ce n’est pas ce que vous croyez…Lui dit-elle dans un souffle.

Mais la patronne l’interrompt sèchement.

— Je ne veux pas savoir. Je ne garde pas de gamines qui se prostituent et accouchent dans la clandestinité. Mon établissement a une réputation. Bonne chance. Pars maintenant, on t’oubliera, tu es personne.

Elle tourne les talons. La sentence est tombée.

Shana reste là, seule, les doigts tremblants sur l’enveloppe. Elle ne pleure pas. Elle ne peut pas. Elle ne sait pas encore si elle doit fuir, hurler ou frapper.Le monde vient de se refermer un peu plus.Et dehors, quelque part, un homme au chapeau noir attend.

Shana marche, son sac bat contre sa hanche, ses pensées sont en vrac. Perdre son travail, c’est perdre son oxygène. Elle pense au bébé. À Myriam. À ce qu’elle va dire, faire, inventer. Elle traverse la rue, sans regarder. Puis soudain un froid s’insinue en elle.

Il y a quelqu’un derrière elle. Trop près, elle accélère. Il accélère aussi. Elle tourne, prend une rue secondaire, étroite, à l’angle du vieux théâtre. La rue est vide elle a dû le semer. Une ombre se détache du mur. Il est là avec un grand manteau, de sa main gauche il fait rebondir sa canne dans sa main droite de plus en plus vite comme si il l’a menaçait et envisageait de lui la casser sur le dos.

Il n’est plus derrière elle mais face à elle, comme s’il savait où elle allait. Il la prend par le bras et tout en la secouant lui jette au visage :

— Tu t’en sors bien pour une clandestine.

A suivre…

Copyright juin 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

6 réflexions sur « Une ombre dans l’escalier 8 »

  1. Oh le salopiaud !
    Pauvre Shana, elle qui venait de perdre son boulot n’avait pas besoin de cela ! Vite, vite… je file au chapitre suivant.

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  2. Mais il est là, partout où elle est. Que lui veut-il ?

    Serait-il dans le coup pour la perte de son emploi ?

    Je me disais que ce serait bien, qu’un jour, que tu nous fasses un personnage détestable qui serait un vrai bon gars à la fin !!!

    Là, je vais me poser plein de questions. Surtout que je ne vais pas lire de suite. Je vais semer les haricots ! Avant j’étais en préparation de confiture de cerises … encore.

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