Myriam secoue la tête :
— Non ! Pas encore., ils sont trop puissants. On ne peut pas se contenter de crier. Il nous faut un plan. Il faut que ça tombe… Et que ça ne se relève pas.
Dans le silence feutré de son bureau, Myriam compose un numéro qu’elle n’avait pas touché depuis quatre ans. Un homme décroche. C’est une drôle de voix lisse, sans chaleur.
— Allô ?
— C’est Maïa. » (le faux nom qu’elle utilisait à l’époque)
Une pause, puis un rictus presque audible
— Tiens… la déserteuse. Je croyais que tu étais partie pour de bon. »
— J’ai retrouvé Carmen, elle m’a convaincue de revenir. Elle avait des choses à me dire. J’ai compris que vous aviez restructuré… Et — elle cherche ses mots — affiné la sélection. Ça m’intéresse.
— Tu veux revenir, pourquoi ?
— Disons que la maternité m’a réveillée. J’ai envie d’agir. Cette fois, dans le bon sens. Un silence, puis la voix :
— Il faudra que tu sois… testée.
— Je suis prête, il raccroche.
Myriam prépare un petit sac. Rien de personnel, il n’y a aucune photo. Il ne faut pas laisser de trace, que l’on sache ce qu’elle fait il en est pas question. Elle sera comme les autres. Elle doit se noyer dans la masse.
Elle laisse un message vocal à Alain, codé, au cas où :
— Si je ne reviens pas avant dimanche, fais tout disparaitre. La clé USB, les fichiers. Et protège Shana. Elle ne doit rien signer, rien dire. Ce n’est pas une fugitive. C’est une survivante.
Puis elle s’approche du bébé endormi. Shana la regarde, la gorge nouée.
— Tu fais ça pour ton fils ?
Myriam baisse les yeux.
— Non ! Je fais ça pour qu’il n’y ait plus de Shana. Ni de Yasmine. Plus jamais.
Elle sort, sans un mot de plus. Après avoir roulé une trentaine de kilomètres, elle reconnait les lieux, il lui faut faire attention, le chemin dans la forêt est difficile à trouver, autrefois elle avait un repère, mais cela fait deux fois qu’elle passe et, elle ne retrouve pas le repère. Pourtant si on ne lui a rien dit, tout se passe au manoir.
Maintenant, au vu de ce qu’elle a vu, fille pense que Shana est venue là. Elle n’a pas osé avant de partir lui poser de questions. C’est inutile de s’affoler.
Finalement, elle a bien fait de se mettre à couvert un véhicule pour une blanchisserie s’est engouffré dans la forêt. Elle suit le véhicule et retrouvé ses marques, reconnaît un arbre, une odeur. Enfin la voilà dans la prairie.
Le manoir est silencieux, figé dans le luxe ancien. Myriam a prétexté un rendez-vous pour la “réintégration”, mais elle est montée à l’étage, seule. Dans le bureau, les murs sont couverts d’étagères, de livres reliés en cuir, de trophées poussiéreux. Sur le bureau, des papiers : certificats de naissance trafiqués, dossiers médicaux, photos de nouveau-nés.
Elle fouille méthodiquement.Un dossier cartonné attire son regard :
SHANA M. – Dossier actif – Nascituri ID #21B, à l’intérieur, elle tourne les pages et trouve un rapport médical de grossesse, un certificat de naissance vierge ainsi que la photo d’une petite fille aux yeux foncés, une barrette rouge dans les cheveux. Plus loin plusieurs notes manuscrites font une qui lui attire le regard. Fillette placée chez Élise, sous supervision de son père le Duc de la Ferté. Attachement émotionnel à stabiliser. Pas d’adoption officielle avant juin.
Myriam chancelle. Elle murmure :
— « C’est… sa fille. Elle n’a jamais su qu’elle avait accouché, elle a dû occulté ces instants où on lui a dit que son enfant était décédé
Mais soudain — des voix, celle d’une femme d’abord, douce mais autoritaire.
— Elle a fait un cauchemar cette nuit. Elle a demandé « maman ». Tu crois qu’elle commence à se souvenir ?
Un homme lui répond, posément. Pour Myriam elle en est sûr, c’est celle de l’homme à la canne.
— À cet âge, tout est volatile. Mais fais attention. C’est une marchandise sensible. De toutes façons, c’était un moucheron lorsqu’elle a été séparé de sa mère.
Myriam n’a que le temps de ramasser le dossier et de glisser sous le bureau, on ne devrait pas la trouver, le meuble est massif et non ouvert à l’avant. Mais elle n’a aucune sortie, aucune position de repli. Les pas entrent dans la pièce. Le bureau s’illumine. Le cœur de Myriam bat à ses tempes. Elle retient son souffle, la main serrée sur les papiers. Au-dessus d’elle, la voix du vieil homme résonne à nouveau :
— Tu as toujours été une fille obéissante, Élise. C’est ce qui te sauvera.
— Mais grand-père pourquoi cet enfant a tressailli quand cette jeune femme est passée près de nous ?
— Ça suffit je me fiche de tes élucubrations, elle avait quel âge lorsque tu as eu ton bébé, cette fillette qui est la jumelle de l’autre gamin qui hurle toujours. Comment veux-tu qu’elle est réalisé à dix-huit mois que c’était sa mère ? Réfléchis et évite de m’agacer sinon je te remet dans le programme.
Le soir est tombé sur la grande maison bourgeoise. Myriam est toujours infiltrée, toujours en danger. Elle erre depuis le départ de la jeune femme dans les couloirs du deuxième étage. Dans une de ces pièces, elle entend des rires d’enfants. Elle hésite, elle s’approche discrètement, jette un œil par la porte entrouverte. Sur le sol un tapis de jeu, deux enfants jouent. Un petit garçon au regard clair , cheveux blond blanc très curieux car il a vu Myriam et vient vers elle, lui sourit. Myriam est bouleversée, deux mois se sont écoulés , mais c’est Noam. La petite fille, quant à elle a ce regard sombre profond mais expressif de Shana, car elle en est sûr c’est la fille de sa protégée. Elle a un beau rire cristallin. Myriam entend des pas, elle se cache dans le placard à jouets, Noam la suite, mais à cet instant Élise entre. Elle les appelle.
— Noam, Mila, à table !
Myriam chancelle.Noam, c’est bien lui , elle ne s’est pas trompé. C’est son fils. Mila : ce prénom… inconnu.Mais dans la poche de son manteau, elle a ce carnet lu quelques heures plus tôt :
– N. S. né 18.10 (mère : M. S.)
– M. A. née 20.10 (mère : S. A.)
S. A. : Shanna Assalia, Myriam pose les yeux sur la petite fille.
— Elle ne sait même pas… chuchote-t-elle. Elle l’a portée, elle l’a perdue, elle l’a crue morte… Et Mila est là. C’est sa fille.
Une larme coule sur sa joue. Noam voulait rester, il regardait vers le placard. Elle ne sait pas ce qu’il a compris Mais elle a mis son doigt sur sa bouche, comme elle faisait autrefois quand il piquait ces crises de pleurs. Des qu’Edith a tourné les talons emmenant Noam et Mila, Myriam doit s’en aller, profiter du repas et s’enfuir. Ils s’étonner ont de ne pas l’avoir vu, mais qu’importe. Elle se reprend, elle recule, fuit dans le couloir, le cœur battant à rompre sa cage thoracique.
Elle court comme une folle sans savoir que derrière la vitre le vieil homme la voit. Il donne des ordres, elle est prise en chasse…
A suivre…
Copyright juin 2025

oups ça va chauffer pour elle , suspens …
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Ça y est, nous sommes rentrés dans le dur !
Le vieux salopiaud n’a pas perdu une miette du passage de Myriam, il va y avoir du grabuge !
Bises et bon dimanche – Zaza
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Ouf !!! Ça alors !!!
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Oh, elle a pris de trop gros risques.
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J’avais décidé de lire juste cet épisaode mais là, il faut que j’aille plus loin. Bravo. Tu m’as eue
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