Une ombre dans l’escalier 22

Le vieux la rattrapa brièvement, comme s’il voulait éviter qu’elle fasse trop de bruit en tombant. Puis, sans un regard en arrière, il glissa vers la porte de service, déjà entrebâillée.

Dans l’oreillette, la transmission devint chaotique.

— On a perdu le signal !

— Agent au sol ! Agent au sol !

— Quelqu’un s’est tiré par l’arrière ! cria l’un des hommes du RAID.

Mais c’était trop tard.

Dans les chemins forestiers sombres, le vieil homme s’évanouissait comme une fumée, connaissant les recoins de la forêt, la moindre cachette, le moindre ruisseau il marchait d’un bon pas.Il avait planifié son évasion depuis longtemps. Et il savait que le vrai danger n’était jamais ceux qui hurlent mais ceux qui écoutent.

Une heure plus tard, Shana cligna des yeux. La lumière était crue, blanche. Une ambulance. Les gyrophares jetaient des éclats bleutés contre les murs. Un visage penché au-dessus d’elle, flou, puis plus net. C’est Myriam et sûrement un pompier, Myriam est blanche et ne dit rien seul le pompier lui parle.

— Tout va bien. Vous êtes en sécurité

Mais elle ne pouvait pas s’exprimer, personne ne l’entendait. Enfin Myriam se penche vers elle et écoute ce qu’elle croit crier, mais qu’elle murmure. Shana secoua la tête, lentement d’abord, puis avec plus de détermination pour balbutier :

— Il est parti… Le vieux…

Elle ferma les yeux. Et là, l’image surgit. Une odeur de poussière et de cire. Le crissement d’une rampe en bois sous une main. Une ombre glissant entre deux étages, silencieuse mais familière. Elle l’avait vue une fois, il y a des semaines, peut-être des années, elle ne savait plus. Le temps s’était figé sur l’ombre dans l’escalier, le jour où elle avait désobei.

À l’époque, elle ne savait pas encore qui il était vraiment. Mais aujourd’hui, tout faisait sens.

Elle ouvrit brusquement les yeux.

— Je sais où il est.

Plus de deux heures plus tard, Shana est pencher sur une carte de Paris, elle dans le fourgon blindé du RAID, elle pointa du doigt la carte.


— C’est dans mon arrondissement mais plus haut que chez moi, non loin de chez moi. . Rue Blanche, ou pas loin., un Immeuble Haussmannien, sa façade est claire. Il y a une porte verte à double battant.

Shana récite un souvenir, on entendrait une mouche volée dans le véhicule, les hommes admirent ce petit bout de femme qui a vécu un enfer mais qui va les aider pour le coup de filet final. Ils sont admiratifs. Shana ne se rends pas compte des regards des hommes cagoulés, sauf qu’elle se sent en harmonie avec eux.

— J’ai entendu son nom une fois… :  » Jarid Capet chambre 6, sous les toits. » Il avait dit ça au téléphone.

Les hommes du RAID sont abasourdis, c’est le nom du procureur Capet… Serait-ce une coïncidence ? Leur chef lui fait répéter.

— Quel nom avez-vous dit

— Je sais de qui je parle c’est le procureur Capet, le vieux exécute les ordres de cet ignoble personnage. Il est chauve, cheveux inexistant sauf lorsqu’il met une perruque noire corbeau, une moustache poivre et sel, grand, des yeux verts, et une cigarette qu’il ne fume jamais au bord des lèvres. Lorsque j’étais enfant je devais aller tous les mercredis dans sa villa. Il me prenait sur ses genoux et….Shana éclate en sanglot, à tous ces hommes elle ne peut pas leur dire ce que lui faisait ce pervers. Juste leur dire j’étais sa proie comme d’autres et ses mains sales nous ont pour certaines pervertis. Maintenant je ne sais plus si ma fille est de lui ou du vieux à la canne dont j’ignore le nom.

Le Commandant du groupe remercie Shana pour son témoignage et il crie ses ordres à ces subalternes :

— On boucle le quartier. Pas de sirènes. Il connaît trop bien nos procédures. On y va discretement.

Shana écoutait, sa main serrée dans celle de Myriam. Brusquement Elle se lève, chancelante.

— Je viens.

— Hors de question. Vous avez pris un coup à la tête.

— Il m’a vue. Il sait que j’étais là. Il ne vous laissera pas l’approcher. Mais il me laissera entrer.

Un silence., puis un appel aux pompiers pour avoir un diagnostic, puis , rassuré, le Commandant Blériot consent à emmener la jeune femme. Mais Pierre son second va l’équiper afin qu’elle soit protégé, tout-à-l’heure cela a failli tourner au drame. Les témoins gênants dans ses milieux on les supprime.

Rue blanche à quelques mètres près l’immeuble était là. Typique, balcons ouvragés, pierres blondes, silence bourgeois. Personne ne se doutait de ce qui se jouait derrière les persiennes poussiéreuses. Comble de l’ironie c’était l’immeuble des Capets, les fils avaient chacun une chambre de bonnes dans les étages. Le troisième fils venait de sortir, étonné de voir tant de policiers. Avant qu’il.n’avertisse qui que ce soit, il était ceinturé et emmené en lieux sûr. C’était un gamin de quinze ans. Personne ne savait le degré de duplicité que cachait cette famille.

L’ascenseur était trop lent. Ils prirent l’escalier, Shana en tête. Chaque marche ravivait une impression. La courbe de la rampe et son odeur de vernis subtil ce matin mais fort lorsqu’elle la frottait. Le léger grincement à l’étage du milieu.

L’odeur âcre du grenier. Ils arrivèrent sous les toits. Un long couloir bas de plafond, tapissé de moquette élimée. Une lumière jaune battait faiblement au plafond. Chambre 6. La porte était entrouverte.Elle inspira. Frappa doucement.

— C’est moi.

Le cliquetis léger d’un lit, toute la colonne est stoppée, puis on entend sa voix de stentor :

— Je me doutais que tu viendrais. Entre…

Elle fit un pas, et franchit le seuil.La chambre était étroite, basse de plafond, avec un lit métallique, une table encombrée de papiers, et une unique lucarne donnant sur les toits gris de Paris. Une ampoule nue pendait, se balançant légèrement dans le silence. Et au sol gisant dans une mare de sang le vieux, les yeux revulsés, Shana vit son regard fixé. Le vieux était mort. Capet l’avait tué, elle n’en menait pas large, mais son corps était plus appétissant que celui du vieux.

Capet était là, assis sur le rebord du lit, le regard posé sur elle comme s’il l’attendait depuis toujours.

— Tu ressembles à ta mère, dit-il doucement.

Elle se figea.

— Tu ne sais rien de ma mère.

Il esquissa un sourire sans joie.

— Tu crois vraiment qu’on t’a choisie par hasard ? Que tu es tombée sur nous comme une goutte de pluie sur une vitre ? Non ! Tu étais déjà dans le décor avant même de naître. Mais ta mère t’as eu avec un gigolo que j’employais. Elle m’a trahi deux fois. Une fois pour ta sœur

—Je n’ai pas de sœur.

Il ricana et lui dit :

—Tu ne sais rien, tu n’es qu’un pion sur un échiquier.

Elle recula d’un pas, mais il leva une main, lentement. Pas pour menacer. Pour continuer à lui raconter.

— Tu avais une sœur. Il y a vingt ans. Née prématurée, puis morte à la naissance, ont-ils dit à ta mère comme toi.

Elle blêmit. Sa gorge se serra.

— Arrête…

— Elle n’est pas morte. Elle a été prise, vendue à ce diplomate qui git dans son sang. Son nom n’a même jamais été mis sur un acte de naissance. Elle n’a aucune existence. Ce fut une belle opération, sauf que cette garce est stérile, alors on lui confie les enfants des autres.

Il sortit de sa veste une vieille photo froissée. Une petite fille aux yeux noirs, prise en contre-jour, quelque part dans une cour en béton.

— Voici ta sœur, elle a à peine dix ans.

Les larmes lui montaient aux yeux, mais elle ne pouvait plus bouger. Pas encore. Il poursuivit :

— Tu veux la retrouver ? Tu veux la sortir de là ? Alors écoute bien : il y a un entrepôt à Saint-Ouen. Quai de Seine. Les flics surveillent depuis des mois sans savoir qu’ils y font plus que stocker des stupéfiants. Je l’ai fait enlever ce matin par deux hommes de main, c’est de cette manière que j’ai appris qu’elle n’avait plus les deux enfants qu’elle élevait comme les siens. C’est lui qui tirait les ficelles, ton vieux, le géniteur de ta fille . Ce salou ( piot) c’est servis avant moi.

Je te voulais vierge et farouche, mais lui s’en est pris à toi. Avant de passer l’arme à gauche il m’a craché tout ce qu’il savait, voulant sûrement sauver sa peau. Tout est dans un coffre scellé dans le mur. Sur ce papier j’ai noté tous les numéros, je sais que le RAID est entré. Un silence tomba. Une tension brute. Elle ne savait plus quoi croire, mais quelque chose en elle… savait qu’il disait au moins en partie la vérité.

A suivre…

Copyright juin 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

5 réflexions sur « Une ombre dans l’escalier 22 »

  1. Une bonne chose, ce salopiaud, salopiot ou salou (piot) de vieux à rendu l’âme, raccourci par ce salopiaud, salopiot ou salou (piot) de procureur ! 🤣
    Mais que de révélations ! La pauvre Shana ne doit plus savoir qui elle est et ou elle habite.
    Et en plus, du fait de sa charge, ce salopiaud, salopiot ou salou (piot) de procureur est au courant des plans du commissaire et du RAID…
    Vite, vite la suite EvaJoe.
    Bises et bon mercredi – Zaza

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