Shana face à son passé 6

Deux mois plus tard, Morel avait été réintégré sous la poussée de son Commandant. Il avait appris que Thomas avait plaidé sa cause, qu’il avait rencontré la commission de discipline et avait décrit son compagnon d’armes à l’école d’officiers de Montluçon comme étant un homme droit.

C’est donc tout naturellement qu’il fut détaché sur Paris pour venir en aide à tous ceux qui scrutaient à la loupe les caméras videos.

Et ce matin était le grand jour, Shana l’avait prévenu vers minuit que l’opération aurait lieu cette nuit. Cela se passait comme prévu. Thomas lui avait remis un gilet pare-balles, mais bien entendu il n’était là que pour un coup de mains et non pour une intervention directe. Il agissait à visage découvert.

Il était venu de Lyon pour être en appui du GIGN et aussi pour tranquilliser les enfants que Shana avait vu à maintes reprises jouant dans le parc. Du reste Thomas lui avait suggéré d’accompagner la lieutenante Lamale vu qu’elle connaissait le manoir comme sa poche.

Le silence régnait dans la clairière, seulement troublé par le léger grésillement des oreillettes. Les hommes du GIGN, camouflés dans l’ombre des arbres, observaient le manoir à travers leurs lunettes nocturnes. Ils étaient en place. Prêts à se fondre dans la nuit. Et pourtant, aucun ordre officiel n’avait été donné.

Le Capitaine Morel jeta un regard à sa montre : 02h47. Cela faisait exactement dix-neuf minutes qu’ils avaient encerclé la bâtisse. Dix-neuf minutes pendant lesquelles chaque seconde pesait une tonne.

— On a des visuels sur trois cibles armées à l’étage. Une silhouette plus petite dans la pièce du fond. Ça pourrait être un des gosses. La voix du lieutenant Buisson cracha dans l’oreillette. Calme, mais entendue.

Thomas Lambert inspira profondément. Il n’avait pas prévenu ses supérieurs de la manœuvre. Pas formellement. Il leur avait transmis les informations, lancé des alertes, plaidé l’urgence. Mais l’ordre d’intervention n’était pas encore tombé. Il savait que ce qu’il faisait était risqué professionnellement, juridiquement. Pourtant, il ne pouvait pas rester les bras croisés.

— On garde nos positions. Pas d’engagement tant que je n’ai pas le feu vert.

Autour du manoir, les hommes bougeaient à peine, figés dans l’attente. Fusils pointés. Respiration contrôlée. L’un d’eux marmonna dans sa barbe, assez bas pour que le micro ne capte pas. Au loin, les lampes du premier étage s’éteignirent brusquement.

— Mouvement suspect. Une des silhouettes a disparu. Possible exfiltration imminente.

Morel se redressa légèrement, la mâchoire crispée. Il activa sa liaison cryptée avec le central.

— Ici groupe Alpha, cible localisée, hostiles armés, enfants potentiellement en danger immédiat. Nous avons encerclé le site. Demande d’autorisation d’engagement immédiate. Répétons : danger critique.

Silence. Puis une voix métallique, bureaucratique, presque froide, lui répondit :

— Attente de validation du préfet. Ne prenez aucune initiative offensive. Restez en observation.

Morel frappa du poing contre son gilet, mu par une frustration sourde. Il se tourna vers son opérateur commando le plus proche.

— S’ils traînent encore deux minutes, on aura des gamins morts sur les bras.

en effet suite à l’infiltration de la jeune gendarme, un vent de panique avait soufflé sur la demeure. Les enfants étaient avertis d’un assaut immédiat. Tous espéraient que personne n’avait laisse entendre quoi que ce soit. Mais Thomas savait très bien que même l’opération la mieux prépare il.y avait toujours des failles.

— On attend quoi ? Qu’ils les déplacent ? Qu’ils les tuent ? Murmura Buisson.

Morel ne répondit pas. Son regard était rivé sur la façade. Puis un éclair de lumière s’échappa d’une fenêtre du rez-de-chaussée. Une silhouette courut en hurlant.

— C’est maintenant ou jamais…

Mais à cet instant précis, un déclic sonore surgit dans leurs oreillettes, c’était Thomas :

…. — Groupe Alpha, feu vert confirmé. Engagez.

Un soupir collectif s’éleva, aussitôt avalé par le grondement des bottes qui se mettaient en mouvement.

— « GO ! GO ! GO ! »

Les hommes sortirent de l’ombre comme une lame, précis, rapides, implacables. Le manoir allait parler.

Le contact radio grésilla.

…….— Alpha, on approche du point d’entrée. Objectif : extraction des victimes, arrestation des cibles prioritaires. Zéro tir inutile. Vous êtes en position ?

.. …— Affirmatif, répondit Thomas, voix calme, tranchante comme l’acier. On y va.

Il n’était pas tout-à-fait trois heures l’équipe du GIGN tout de noir vêtu filèrent vers la maison de la famille Capet. L’heure avait été calculée avec minutie, c’était entre trois heures et trois heures trente que les libidineux rejoignaient leurs proies. Shana avait planqué des semaines dans le bois qui faisait le tour de la maison pour essayer d’apercevoir qui étaient les notables, afin d’essayer de planquer sur l’un d’entre eux un micro pour entendre ce qu’il se disait et qui était au commande. Car le troisième des fils Capet était un peu jeune et surtout inexpérimenté pour mener de main de fer ce réseau. Sauf qu’ils avaient été à bonne école avec un père incestueux , ce qui avait été révélé au cours du deuxième procès.

Shana sortit du fourgon, son gilet lesté sur les épaules. Le vent glacé s’engouffra dans sa nuque, mais elle ne frissonna pas. Elle avait appris à marcher avec ses fantômes.

Trois heures zéro sept les charges furent posées. Les drones thermiques confirmèrent les présences à l’intérieur. Les enfants, d’après l’analyse, étaient à l’étage. Aussi Thomas et son second Buisson escaladent la façade pour entrer par une fenêtre qui restait toujours ouverte comme l’avait constaté Shana. C’était celle de la salle de jeu de Noam et Mila il y avait déjà dix ans.

A suivre…

Copyright juin 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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