Lorsque nous rentrons de l’hôpital militaire, Shana a ses premières contractions, j’appelle le médecin qui la suit à la Clinique Sainte Bernadette, mais la déception est immense le médecin chef s’est cassé la jambe.
Je vois de suite que cela agace Shana, moi aussi mais je ne laisse rien paraître. Shana refuse de se rendre à la clinique aussi je la dépose chez Myriam, comme il y a Alain, il est médecin, il avisera s’il y a du changement.
Je suis appelé sur une prise d’otages, cela peut durer. Il est non loin de midi. Myriam vient récupérer Shana à la caserne, elle prend la valise qu’elle a préparé pour les bébés. Je me sens plus tranquille, elle est sous bonne garde.
Et c’est le matin suivant que vers 2 h38 mon téléphone a vibré, j’ai su immédiatement que quelque chose de familier, d’intime, allait se passer. Mes enfants arrivaient.
> « Thomas, Shana a des contractions régulières. Ce n’est pas violent, mais c’est là. Alain préfère l’emmener à la clinique. Je te passe Shana.
Pas de cris, pas d’alarme. Juste cette voix posée, forte. Elle avait déjà fait ça. Elle savait. Moi, j’étais un débutant.
J’ai quitté le terrain immédiatement. Le Colonel averti par Gaby m’a rejoint rapidement, il n’a même pas eu besoin d’un mot : il m’a regardé, hoché la tête.
> « Va. Sois là pour ta femme. »
La route jusqu’à la maternité, je ne m’en souviens qu’en fragments. Les clignotants oubliés, le souffle court, l’uniforme encore sur le dos. Et dans la tête, un tourbillon : est-ce qu’ils vont bien ? Est-ce qu’elle va bien ? Est-ce que je serai à la hauteur ?
Je suis arrivé à 3 h 03. On m’a fait passer en urgence, j’ai entendu son souffle, court, puissant, et son regard s’est posé sur moi comme un ancrage. J’ai su que j’étais au bon endroit, au bon moment.
Matias est né en premier, dans un silence suspendu, puis il a pleuré, fort, vivant, beau. Il pesait 2,420 kg, un tout petit être aux doigts longs, aux yeux fermés, et aux cheveux châtains foncés, un peu humides. On l’a posé sur la poitrine de ma belle Shana. J’ai pleuré. La grosse pendule en face de moi marquait 9 h 12.
Trente minutes plus tard, a suivi Matéo, il n’a presque pas de cheveux, un léger duvet plus clair que son frère. Il est calme, discret. Il a ouvert les yeux, et j’y ai vu un monde. Mon monde désormais.
Et moi leur père j’étais ému et ne savais que dire. J’étais en admiration devant ces petits êtres. Lorsque j’ai pris Matias contre ma peau, sa petite bouche s’est ouverte ce qui a fait rire la sage-femme qui lui a dit :
Non mon mignon là c’est papa, le lait … C’est ta maman.
Alors je les ai déposé tous les deux dans les bras de mon amour, Shana était radieuse, les deux petits garçons étaient tellement beaux. De suite elle a senti les petites bouches sur ses seins. Son rire cristallin résonne dans la chambre. Comme ma nouvelle petite famille était belle. Et puis, alors que je les regardais tous les deux contre elle, Mila est entrée doucement dans la chambre. Quinze ans, déjà presque une jeune femme. Elle s’est approchée sans un mot, a regardé ses petits frères, et m’a lancé un regard mi-amusé, mi-sérieux :
> « Alors, c’est maintenant que tu deviens papa pour de vrai ? »
Je n’ai pas su quoi répondre. Parce qu’au fond, elle avait raison, et tort à la fois. Je suis devenu papa le jour où je l’ai aimée, elle aussi, sans condition. Sans chercher à remplacer. Juste à être là.
Mais ce jour-là, avec Matias et Matéo contre leur mère fatiguée mais rayonnante, et Mila en retrait, fière et un peu chamboulée. Je n’ai pas donné la vie à ma fille, mais elle a contribué à la mienne. Et mes fils… eux, ils m’ont fait père.
Quelques jours après la naissance, on est enfin rentrés à la maison.Shana, encore fatiguée mais rayonnante, tenait Matéo contre elle. Moi, j’avais Matias dans un bras, le sac à langer dans l’autre. On aurait dit un commando de retour de mission. Mais en beaucoup plus fragile.
Dès qu’on a passé la porte, l’odeur familière de notre maison m’a frappé. Pas celle d’un lieu figé, non. Une odeur de vie, de lessive, de cacao, de papier de cahier froissé, de chaussettes oubliées dans l’entrée. Une vraie maison.
Mila était déjà là, postée comme une vigie au bout du couloir, téléphone à la main, prête à filmer chaque minute. Elle a fondu sur sa mère avec un mélange d’enthousiasme et de prudence, puis s’est penchée sur les jumeaux comme une experte en mini-humains.
Et puis, il y avait Maël, treize ans. Adopté il y a sept ans. Il n’est pas venu se précipiter dans les bras. C’est pas son genre. Il garde toujours un peu de distance, comme s’il s’attendait à devoir se protéger. Mais ses yeux, eux, brillaient.
Il s’est approché lentement, s’est arrêté devant moi et m’a demandé, presque à voix basse :> « C’est lequel que tu tiens ? »
> — Matias Tu veux le porter ? Il a hésité. Puis il a hoché la tête, très sérieusement. Je l’ai aidé à s’asseoir sur le canapé et j’ai posé Matias dans ses bras. Et là… je ne sais pas. Quelque chose s’est passé. Comme si le gamin qui n’osait jamais trop s’attacher venait de poser une brique de plus dans sa confiance. Il a regardé Matias, puis Matéo, puis moi.
> « Alors maintenant… je suis quoi, moi ? Le grand frère du milieu ?
J’ai souri.
— Exactement. Et sûrement le plus cool des grands frères.
Il a souri à son tour. Pas un grand sourire. Mais un vrai.
La nuit tombait sur la maison. Les jumeaux dormaient l’un contre l’autre, bercés par les murmures de leur sœur et la présence silencieuse de leur frère. Shana s’est endormie un instant sur le canapé, les traits détendus. Moi, je regardais tout ça, encore un peu hébété. Une fille qu’elle a eue avant moi.nUn garçon qu’on a adopté ensemble. Et maintenant, deux fils, nés de notre amour.
Quatre enfants. Quatre histoires. Une seule famille.
Ce n’est pas ce que j’avais imaginé. C’est mieux. La maison était étrangement calme. Pour une fois. Les jumeaux dormaient enfin. Shana et Thomas s’étaient assoupis à tour de rôle sur le canapé. Dans la chambre partagée des bébés, la lumière était tamisée, les volets à moitié fermés.
Mila était là, assise au pied des berceaux, téléphone en main, en train de faire défiler les photos qu’elle avait prises depuis la maternité.
Maël entra discrètement, une compote à boire à la main, pieds nus, l’air faussement détaché.
> « Ils dorment ? » demanda-t-il, sans chuchoter franchement, mais sans trop déranger non plus.
— Oui, miracle. Et t’as vu ? Ils sont pareils. Des vrais jumeaux. Genre… copier-coller.
Maël s’approcha, observa les petits visages paisibles. Même front, même nez, mêmes petites mains. Il fronça les sourcils.>
« Franchement, c’est flippant. S’ils se mettent à parler en même temps plus tard, je change de chambre. »
— T’as déjà pas voulu partager la tienne avec eux… rappelle-toi.
— Logique. J’ai 13 ans, j’ai une réputation. Tu veux que mes potes me voient avec une couche dans la main pendant un appel vidéo ?
— Pfff. Arrête, t’es genre… attendrissant.
— T’es relou.
— Et toi, t’es trop sérieux. On dirait un papy.
Maël leva les yeux au ciel, mais sans méchanceté. Il grignota le haut de la compote, puis demanda après un silence :
« Tu penses qu’ils vont avoir les mêmes délires que nous deux ? Genre… se crier dessus à table, piquer le dernier yaourt, balancer des sarcasmes dès le matin ?
Mila sourit.
— Bien sûr. C’est ça être frères et sœurs. Tu peux pas les voir, mais t’as envie qu’ils soient là quand même. T’es chiant, mais t’es à moi. Enfin… à nous.
Ils éclatèrent de rire en même temps. Puis le silence retomba, avec tendresse.
Mila posa sa tête contre le mur, ferma les yeux un instant. Maël regardait encore les deux petits visages, identiques, si paisibles.
« Tu sais, on fait une drôle de fratrie, nous. »
— Ouais, répondit Mila. Mais… une belle fratrie, quand même.
Maël, toujours penché au-dessus des jumeaux endormis, plissa les yeux.>
Moi je sais déjà qui est qui.
— N’importe quoi, dit Mila en croisant les bras. À peine t’as vu leurs têtes que t’as dit que c’était flippant.
— Ouais, mais j’ai observé. Regarde, Matias il a un pli plus marqué entre les sourcils. Il fronce un peu, même quand il dort. Genre… il réfléchit trop.
— Et donc Matéo c’est le zen, c’est ça >— Exactement. Matéo a les mains toujours ouvertes. Matias, il les serre. C’est simple, faut juste faire attention.Mila haussa un sourcil.
— Faux. Matéo a une fossette quand il baille. C’est trop mignon. Matias non. Moi je regarde les expressions. Toi t’es en mode FBI.
Maël bomba le torse.
— GIGN, si tu veux bien.
— Ok, monsieur l’expert en bébés identiques… Mais attends, regarde bien : Matias a un tout petit duvet blond derrière l’oreille gauche. J’ai vu ça tout à l’heure pendant le bain.
Maël s’approcha, surpris.
— Sérieux ?
— Tu vois ? T’avais pas remarqué. Donc en vrai… c’est moi la pro.
— Bon ok. Match nul.
A suivre…
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Sacrée fratrie, tout de même !
Dès que les jumeaux sauront s’exprimer, cela risque d’être drôle !
Bises et bonne soirée – Zaza
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Au fait, on ne sait toujours pas pourquoi Shana était en prison au moment de mettre Mila au monde…
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C’est prévu…
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La bienvenue aux jumeaux !
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Une très belle page familiale. Cela m’a remuée. Merci EvaJoe.
Heureusement qu’il y a du si beau.
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Dans un roman il y a la vie … Le beau comme le triste de côtoient. Bon parfois c’est exagéré, nous ne vivons pas comme Shana et Thomas et leur grande famille.
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quel drôle d’échange entre les deux « grands » c’est mignon
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Séquence émotion
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Adorable discussion des deux mômes près des jumeaux. Un instant zen après toute cette action policière
G bisous
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