Shana face à un choix 21

Un A400M Atlas, avion de transport militaire français, vrombit lentement sur le tarmac. Il décolle en douceur, son ventre chargé de silence, d’hommes armés, de fatigue… et d’un bébé.

Malian, emmailloté, est installé dans une nacelle sécurisée, sous surveillance constante. Son petit poing dépasse de la couverture. Il est calme, il ignore qu’il quitte cette terre d’Afrique où sa vie a basculé , il dort encore,profondément. Une infirmière militaire veille sur lui, carnet en main, masque sur le visage. Thomas, casque posé, assis à deux mètres, le regarde sans bouger.

Julien son second, en face de lui, croise les bras, lui tend une bouteille d’eau.

Julien :T’as dormi combien d’heures depuis hier ?

Thomas (sans détourner les yeux du bébé) :Deux, peut-être. En plusieurs morceaux.

Julien :Shana sait ?

Thomas (sort lentement son téléphone satellite sécurisé) :Pas encore. Je voulais lui parler quand ce serait vraiment terminé, là maintenant, c’est le moment.

A des milliers de kilomètres, Shana tient une tasse de café froide. Mila prépare le biberon des jumeaux en silence. Maël est assis en pyjama, les yeux cernés, fixant son téléphone, sans vraiment le voir. Ils attendent l’appel de leur père pour les enfants, de son amour pour Shana. Soudain le portable de Shana vibre. C’est lui, c’est “THOMAS sur sa ligne sécu”.

Elle décroche et part en courant vers le salon, la main tremblante.

Shana (voix étranglée) :Thomas ?

Thomas (depuis l’avion, calme, grave mais doux) : C’est moi. On est en vol. On quitte Bamako. On rentre.

Shana (ferme les yeux, s’effondre sur le canapé) :Il est… ?

Thomas (voix posée) :Il est vivant. Il dort. Il a mangé. Il a crié aussi. Fort. Il s’est battu pour rester là.(Ton plus bas.)Tu vas l’avoir dans les bras dans quelques heures.

Shana (à bout de souffle) :Merci… Mon Dieu… Merci, Thomas.

Thomas (émotion contenue) :Tu vas devoir me pardonner, je crois… Je me suis attaché. Ce petit, il…(Il hésite.)Il t’appartient déjà, mais je crois que… qu’il m’appartient un peu aussi.

Shana (la voix qui tremble) :Alors ramène-le à la maison. Ramène-le à nous. On l’attend.

Thomas: je t’ai envoyé une voiture, viens à Villacoublay avec les grands. Myriam va venir garder les jumeaux. Le petit a du retard il ne marche pas. J’ignore ses conditions de vie chez les rebelles.

Shana : nous l’aideront à démarrer dans la vie, puis Edith se remettra et nous reprendrons le cours de notre vie

Thomas (chuchote) :Je suis à toi. Bientôt je vais t’aimer comme un fou. Je t’aime

Elle reste un moment sans raccrocher. Lui non plus. Le lien invisible entre eux vibre à travers les milliers de kilomètres, plus fort que le bruit des moteurs.)

Lorsqu’elle regarde autour d’elle.

Mila lui secoue le bras et lui dit : il y a le Colonel, Maman il veut te voir.

Shana : Dis lui que j’arrive.

Le Colonel est sur le pas de la porte, il salue Shana et lui annonce ce qu’elle sait déjà mais ne lui le dit pas. Il est tellement fier de lui annoncer que tout s’est bien passé que Shana préfère se taire.

Ils attendent l’avion, le Colonel leur dit qu’il est annoncé, ce n’est plus qu’une question de minutes.

Le bruit sourd des réacteurs se calme. L’A400M s’immobilise sur le tarmac. Un petit groupe attend derrière la barrière de sécurité : le Colonel, Maël, Mila, deux officiers de liaison, et Shana, debout, droite malgré les cernes et la fatigue.

La rampe descend lentement. L’équipe du GIGN sort au pas, épuisée, mais entière. Julien échange un regard discret avec les enfants. Puis, derrière lui… Thomas apparaît. Pas en uniforme, cette fois. En homme. Il descend lentement, et son regard trouve immédiatement celui de Shana.

Shana avance vers lui, sans dire un mot, les yeux embués. Il ouvre les bras. Elle entre contre lui comme dans un refuge. Ils restent là, immobiles, dans ce moment qui n’appartient qu’à eux.

Shana (voix basse, presque un souffle) :Je t’ai cru mort. Deux fois.

Thomas (contre son front) :Je te savais vivante. Alors je n’ai jamais lâché.

Shana (relève les yeux) :Tu l’as protégé comme s’il était le tien.

Thomas (la regarde, intensément) :Il est le nôtre. S’il y a encore une justice dans ce monde.

Elle ferme les yeux. Un souffle de paix traverse ses épaules.

Pendant ce temps, Julien sort de l’avion avec précaution. Dans ses bras, emmitouflé, les yeux mi-clos : Malian.

Maël, raide et silencieux, avance instinctivement. Mila reste un peu en retrait, les bras croisés, mais le regard fixe.

Julien s’agenouille devant eux.

Julien (à Maël) :Tu veux le prendre ?

Maël (timide, soudain fragile) :Pas encore. Je veux… le regarder d’abord.

(Malian pousse un petit couinement. Sa tête pivote. Il ouvre les yeux. Long regard entre les deux garçons. Quelque chose d’indicible passe. Ils se reconnaissent.

Shana s’approche doucement. Thomas glisse sa main dans son dos. Julien lui tend Malian, avec un respect silencieux.

Shana (chuchotant) :Bonjour, mon trésor… mon petit cœur.

Elle le prend. Il est léger. Son odeur, inconnue mais déjà aimée. Il gémit à peine, se niche contre elle. Comme s’il savait.

Shana (les larmes aux yeux) :Tu n’es plus seul. Tu ne le seras plus jamais.

Toute la famille est réunie sur le tarmac. Les jumeaux ne sont pas là, ils sont bien trop petits. Mais les aînés sont figés par la scène. Et Thomas, derrière Shana, regarde le bébé avec un mélange de fierté, soulagement, et une immense fatigue.Le monde continue de tourner. Mais pour eux, ce moment est hors du temps.

Le monospace familial se gare. Thomas sort le premier, ouvre la porte arrière. Shana, avec Malian endormi dans ses bras, descend lentement, suivie par Mila et Maël, qui portent des sacs. La maison est calme, baignée d’une lumière dorée.

Maël (ouvrant la porte, à voix basse) :Ils dorment encore, les jumeaux.

Myriam est restée avec eux.Shana n’en finit pas de raconter à Myriam comme Thomas lui l’a raconté puis elle lui dit :Heureusement que tu étais là.

Elle entre. L’air de la maison sent le linge propre, le lait, et la fatigue.

Thomas (posant les clés) :Bienvenue à la maison, petit prince.

Shana (sourit) :Je vais le mettre dans notre chambre, pour ce soir. Il a besoin de nous près de lui.Elle monte lentement les escaliers, Malian toujours blotti contre elle, comme une extension de son propre corps. Il ne faut pas qu’elle oublie, c’est le fils de sa sœur.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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