Quelques semaines plus tard, une seule réponse, une enveloppe arrive,grise. L’écriture est hésitante mais lisible. Mila l’ouvre dans sa chambre. Elle lit à voix basse.
Salut Mila,
J’ai reçu ta lettre. J’ai mis du temps à répondre parce que je ne savais pas quoi te dire.Tu es courageuse d’écrire. Moi, je n’ai jamais osé. Oui, on est frère et sœur. On ne s’est jamais vus, mais je savais que tu existais.
Moi, je suis Léo. J’ai 19 ans. J’ai grandi avec rien. Ma mère au début je vivais avec elle, un jour le vieux est réapparu dans sa vie, ma mère m’a dit de me cacher, de ne rien dire. Je sais maintenant ce qu’il s’est passé. mon géniteur est reparti comme il était venu. Puis quand le moment d’accoucher est arrivé , il est venu la chercher. Quand il m’a vu il m’a confié à une femme. C’est la dernière fois que j’ai vu ma mère. Je n’avais que six ans. Alors ce type n’est pas plus mon père qu’il n’est le tien.
J’ai appris à me méfier de tout, surtout de ce qui porte mon nom. Mais je veux bien te rencontrer. Pas pour refaire le passé — il est trop sale pour ça — mais parce que t’as eu la force de tendre la main. Et moi, j’en ai assez de rester seul. Par contre, Mila… fais attention. Si t’as écrit à la fille aussi, je sais pas si c’est une bonne idée. Je l’ai croisée une fois, y a des années. Elle sait d’où elle vient. Et elle s’en sert. Elle est pas comme toi. Elle prend, puis elle manipule. Je ne peux pas t’imposer quoi que ce soit, je te mets juste en garde. Sois prudente, si tu veux me voir, écris-moi ici. Je te dirai où on peut se retrouver.
À bientôt peut-être,
Léo.
Mila a lu et relu la lettre puis elle est descendue rejoindre ses parents dans le salon. C’est la fin d’après-midi. Thomas lit le journal, Shana trie des papiers. Mila entre, une enveloppe froissée dans la main.
Mila :J’ai eu une réponse.
Thomas et Shana relèvent aussitôt la tête. Mila s’approche, pose la lettre sur la table.
Thomas (calmement) :Un seul ?
Mila (hoche la tête) :Un seul. Il s’appelle Léo, il a 19 ans. Il veut bien me rencontrer, mais… il dit qu’il préfère d’abord qu’on s’écrive.
Shana (prudente) :Il t’a dit pourquoi ?
Mila (lit la lettre à voix basse) : »Tu es courageuse. Moi, je n’ai jamais osé. […] Je veux bien te rencontrer. Pas pour refaire le passé — il est trop sale — mais parce que t’as eu la force de tendre la main. »Elle lève les yeux.
Mila :Il m’a mise en garde contre ma sœur. Il dit qu’elle n’est pas comme moi. Qu’elle joue avec ce qu’elle est.
Thomas (réfléchissant à voix haute) :C’est déjà une preuve de lucidité. S’il avait voulu te manipuler, il t’aurait encouragée à la voir.
Shana (posant une main sur celle de Mila) :Tu veux lui répondre ?
Mila : Oui,mais je ne veux pas le forcer. S’il préfère les lettres pour l’instant, je respecte ça.Je veux juste qu’il sache qu’il peut me parler. Sans peur. Sans honte.
Thomas (avec tendresse) :Alors écris-lui. Tu construis un pont. Même petit. Et tu le fais avec respect. C’est tout ce qui compte.
Apres un échange de deux autres lettres facilités par la période des vacances Léo a proposé à Mila de se rencontrer. C’est aujourd’hui. Il fait très chaud et Mila a pris une robe pas trop courte, sans manche. Elle aurait préféré son short mais Thomas lui a dit prends une jupe ou une robe. Et elle a opté pour la robe qu’elle avait prise pour la remise de prix au collège.
Son père lui a dit tu es très jolie ma fille. Pour l’instant il l’a déposé à proximité du Parc ou Léo lui a donné rendez-vous. Mila l’attend, Maël avant de partir aurait bien aimé l’accompagner, mais sa maman et son père lui ont dit :
Plus tard, si Léo le veut tu accompagneras Mila. Pour l’instant il ne te connais pas. Il ignore jusqu’à ton existence.
Papa Mila lui a parlé de moi
J’ignorais, mais c’est la première fois. Attends que Mila soit de retour. Nous en saurons plus.
Buen entendu Maël n’était pas très content, il aurait bien aimé rencontrer ce grand-frère tombé du ciel. Mais il avait écouté Thomas.
Milz est assise sous la frondaison des arbres, très près d’une fontaine ancienne mais fort belle. Soudain un grand jeune homme apparaît, un peu gauche, sûrement timide mais il est venu. En plus il est à l’heure, Mila apprécie. Elle déteste attendre.
Léo :
Mila ?
Mila (se levant, un sourire timide) :
Oui. T’es Léo ?
Ils se regardent un instant. Même regard, même mâchoire. Le sang ne ment pas.
Léo (hoche la tête) :
Tu ressembles pas à lui. Tant mieux.
Mila (demi-sourire) :
Toi non plus.
Ils s’asseyent. Petit silence.
Léo :
C’est bizarre. T’as l’air… solide. Moi, j’ai toujours eu l’impression d’être bancal.
Mila :
On est tous bancals. Mais j’ai eu des gens pour me recoller un peu.
Toi, t’as dû te recoller tout seul, non ?
Léo (regard au loin) :
Ouais. Et ça laisse des trous. Des bords qui grincent.
Silence, déjà s’installe entre eux deux une complicité fragile, mais réelle.
Mila :
Je veux pas te forcer à quoi que ce soit. On peut continuer par lettres. Juste ça. Si t’es plus à l’aise.
Léo (lève les yeux vers elle) :
Ouais. Pour l’instant, c’est mieux. Mais j’suis pas fermé. T’as été honnête. Alors j’peux l’être aussi.
Mila (sourit doucement) :
Tu viens de l’être. Merci.
Léo :
Alors… on s’écrit. Et on verra.
Mila (se lève, lui tend la main) :
À bientôt, grand frère.
Léo (hésite, puis serre sa main) :
À bientôt, Mila.
Ils se séparent. Deux trajectoires qui s’éloignent, mais qui, cette fois, savent comment se retrouver.
Salut Mila,
Je sais que j’avais dit qu’on s’écrirait, mais j’aurais dû le dire autrement. Parce que ce que je voulais vraiment, ce que j’ai pas réussi à dire en face… C’est que j’aimerais te revoir.
Quand je suis parti du parc, j’ai eu comme un vide dans le ventre. Pas un malaise, non. Plutôt un genre de manque bizarre. Comme si j’avais vu un truc rare et précieux… Et que je l’avais laissé filer.
Je me suis demandé pourquoi c’était si dur de te le dire là-bas. Je crois que j’ai trop l’habitude de me méfier. De croire que si quelque chose est beau, c’est que ça va mal finir.
Mais toi, t’es pas comme ça. T’es vraie. Et j’ai vu dans tes yeux que t’attendais rien d’autre que la vérité. Alors voilà la mienne :J’ai envie de te revoir. Même brièvement. Même juste pour parler de rien.Pas pour parler de lui, pas pour pleurer le passé. Juste… pour exister l’un en face de l’autre. Comme frère et sœur. Pas comme victimes du même cauchemar.Si t’as pas envie, je comprendrai. Mais si t’es d’accord, on pourrait se revoir.
Cette fois, sans courir, sans se cacher.Écris-moi. Dis-moi oui. Ou non. Mais dis-moi.
À bientôt, je l’espère,
Léo
Salut Léo,
Quand j’ai reçu ta lettre, j’ai souri.Pas un sourire forcé, ni un sourire triste mais un vrai. De ceux qu’on fait quand quelque chose de bien commence à peine.Je suis contente que tu aies osé me dire ce que tu n’as pas pu me dire ce jour-là.
Et tu sais quoi ? Moi non plus, je n’ai pas tout dit. Après avoir lu ta lettre, j’en ai parlé avec mes parents. Oui, « mes » parents. Parce qu’ils le sont, pour de vrai, même si avec mon père on n’a pas les mêmes origines.
Thomas, mon père adoptif, est gendarme. On vit dans une caserne. C’est un endroit bizarre pour certains, mais pour moi, c’est là que j’ai appris à me sentir en sécurité. Je te propose de venir ici, si tu veux. Tu seras le bienvenu. C’est pas un piège. C’est pas un test. C’est juste… Ma maison.
On pourra parler tranquillement. Manger un truc. Écouter de la musique.Et si t’as pas envie de parler du passé, on n’en parlera pas. Juste toi et moi. En paix.
Voici l’adresse : Caserne de Gendarmerie j — Bâtiment D — Appartement 3C Le portail est sécurisé, donc appelle-moi quand t’es devant. Je viendrai t’ouvrir.Tu n’es pas obligé de dire oui tout de suite. Mais sache que la porte est ouverte.
À bientôt,
Mila
A suivre…
Copyright Juillet 2025

Quelle belle et agréable page !!! J’♥ beaucoup ! Merci Eve Joe ! Bisous
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Merci Colette, un peu d’amour dans une destinée qui avait mal commencé
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wesh
la rencontre a été courte
ils sont pas très bavards les jeunes lol
Bon l’essentiel c’est qu’ils ont pu se voir.
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Un contact qui augure de la tendresse entre Mila et ce demi-frère Léo.
J’espère que cela durera !
Bises et bon samedi – Zaza
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Il faut que ça dure cette connaissance reconnaissance de ces deux jeunes. Si tu continues leur vie ainsi, ils ne peuvent que se faire du bien.
C’était chouette à lire cette page. Ca fait du bien (à moi aussi !)
Bonne soirée et bon dimanche EvaJoe
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Une respiration, une parenthèse douce et tendre après toute cette noirceur
J’ai apprécié. Deux belles lettres. Bravo Evajoe!
Gros bisous
😉
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