Le repas est terminé. Les assiettes sont vides, les verres presque tous rangés. Les rires de Maël et les petits bruits de Mila qui couche les jumeaux résonnent doucement dans l’appartement. Léo empile les assiettes sans qu’on lui demande, ramasse les couverts, et passe un coup d’éponge distrait sur la table.
Thomas, debout près de l’évier, le regarde faire sans rien dire au début. Puis il lui tend un torchon.
Thomas :Tu sais que t’es pas obligé, hein ?
Léo (sans le regarder) :Je sais. Mais j’ai envie. Ça fait du bien de… faire partie de quelque chose.
Thomas sourit doucement. Il commence à rincer les assiettes pendant que Léo les essuie et les range dans le placard.
Thomas :C’est drôle… J’ai élevé Maël, je change les couches des jumeaux, je vois Mila grandir… et ce soir, j’ai eu l’impression d’avoir un fils de plus à table.
Léo ralentit un peu, touché :Tu dis ça pour me mettre à l’aise ?
Thomas le regarde dans les yeux, calme et sincère :Non. Je dis ça parce que c’est ce que je ressens.
Un petit silence. Léo continue de ranger, les gestes un peu plus lents. Puis il murmure, presque malgré lui.
:Léo :T’as pas peur de m’intégrer comme ça ? Avec ce qu’il y a derrière moi… d’où je viens, je veux dire.
Thomas essuie ses mains, s’appuie contre le plan de travail :Tu veux savoir ce que je vois quand je te regarde ?
Léo (hoche la tête, le regard toujours bas) :Oui…
Thomas :Je vois un jeune homme qui, au lieu de s’enfuir ou de détester le monde, a eu le courage de tendre la main. Qui a traversé l’ombre pour essayer d’aller vers la lumière. Je vois quelqu’un qui protège les bébés, qui rit avec sa sœur, qui débarrasse la table sans qu’on lui dise un mot.
Il s’approche, pose une main sur son épaule, ferme mais douce.
Thomas :Ton passé, Léo, c’est pas toi. Ce que tu choisis maintenant, ça, c’est toi.
Léo cligne des yeux, une émotion retenue au bord des cils. Il hoche la tête, incapable de parler tout de suite.
Puis, dans un souffle :Léo :J’crois que j’ai jamais entendu un truc pareil. Pas venant d’un adulte, en tout cas.
Thomas (sourit) :Ben tu vas devoir t’y habituer, fiston. Parce que t’as ta place ici. Et si tu veux revenir un jour… la porte sera ouverte.
Léo se redresse un peu. Une sorte de fierté calme dans la posture. Il essuie une dernière assiette, puis dit, avec un petit sourire en coin :
Léo :Bon… je suis pas sûr d’aimer les légumes. Mais pour le reste… j’crois que je vais revenir.
Thomas avec un clin d’œil) :C’est noté. On planquera les brocolis la prochaine fois.
La nuit est calme. Le couloir de la caserne est plongé dans la pénombre. Mila raccompagne Léo à la porte. Un silence tendre flotte entre eux, comme une bulle. Léo jette un dernier regard vers le salon où Maël, endormi, est affalé sur le canapé, une peluche contre lui.
Léo (voix basse) :
Mila… je peux te poser une question un peu étrange ?
Mila :
Toujours.
Léo les yeux fixés sur la silhouette endormie de Maël :
Tu m’as dit qu’il avait été trouvé dans une poubelle, c’est ça ?
Mila hoche doucement la tête:
Oui à peine né. Ma mère l’a entendu pleurer, il était dans un sac en papier, il vagissait, il avait à peine quatre heures. Maman l’a adopté et quelques mois plus tard Papa lui a donné son nom.
Léo inspire longuement. Puis il ferme les yeux un instant, comme pour retenir quelque chose.
Léo :
Quand j’étais enfant, un jour ma mère a disparu brutalement, un type, maintenant je sais c’était Capet est venue la chercher pour qu’elle accouche, car elle lui avait dit attendre un garçon. C’est bien plus tard que j’ai appris qu’il y avait eu un problème, ma mère était morte et mon frère avait le cordon autour du cou. Si le père, le vieux a la canne l’a jeté c’est qu’il n’a pas crié. Celui-ci j’aurais aimé le tuer.
Mila reste figée, le souffle coupé. Léo la regarde, les yeux humides mais clairs.
Léo :
Depuis ce jour-là, j’ai cherché. Pas avec des infos concrètes. Juste… l’espoir. Que quelque part, il ait été sauvé. Et ce soir, Mila…
(la gorge nouée)
Ce soir je l’ai regardé dormir. J’ai entendu sa voix.
Et je l’ai su.
C’est lui. C’est celui que je cherchais.
Mila (chuchotant, la main sur la bouche) :
Oh Léo…
Léo (tremble légèrement, mais son sourire est vrai) :
Il est vivant. Il est heureux. Il t’a toi. Il a une vraie famille. Et il m’a même dit bonjour sans savoir que j’étais son frère. C’est fou, non ?
Mila s’approche, les yeux pleins d’émotion. Elle le prend dans ses bras, doucement, comme pour réparer toutes ces années d’attente. Il se laisse faire, sans résister.
Mila :
Tu ne le perdras plus, Léo. Je te le promets.
Thomas a trouvé Léo assis sur la dernière marche des escaliers. Il vient de faire une découverte et il ne peut plus partir. Thomas le console car ce grand gamin, déjà adulte pleure. Il raconte ce qu’il vient de découvrir, Thomas est ému. Il lui montre le salon où se trouve Maël, lui ouvre le canapé, met un drap, attrape un duvet neuf et lui dit :
Ne réveille pas Maël mais tu peux dormir à ses côtés. Il lui met une tape sur l’épaule et lui souhaite une bonne nuit.
La maison est silencieuse. Mila dort. Thomas et Shana sont dans leur chambre. Léo n’a pas encore réussi à partir. Il erre, le sac toujours à la main, comme si son corps refusait de quitter cet endroit. Il s’approche à pas feutrés du canapé où dort Maël, recroquevillé sous une couverture, une peluche contre lui.
Le visage du garçon est paisible. Innocent. Serein.
Léo reste là un long moment. Il l’observe. Ses doigts tremblent légèrement. Il dépose son sac par terre, s’accroupit à côté de lui. Murmure, juste pour lui. Une voix pleine de gravité contenue.
Léo :
Tu sais pas qui je suis. Tu peux pas. Et moi, je savais même pas où tu étais…
Mais je t’ai cherché. Longtemps. Depuis le jour où maman est morte en te donnant la vie.
T’étais à peine né. Moi, j’étais un gamin paumé, avec un père qu’on appelle pas père. Mais j’ai su. Qu’elle t’avait mis au monde. Et qu’après, t’étais… parti. Disparu.
J’ai cru que t’étais mort, tu sais. Que t’avais pas eu de chance.
Il inspire profondément. Une larme roule sur sa joue.
Léo (plus bas) :
Mais t’es là. T’as grandi. T’es entouré, aimé, vivant. T’as une sœur en or. Une maman. Un père.
Et maintenant… t’as un frère aussi.
Il pose doucement une main sur le rebord du canapé, sans le toucher, comme un geste suspendu dans le vide.
Léo :
Je suis là, Maël. Je suis là, petit frère. Et je partirai plus.
Un soupir lui échappe. Il se relève doucement, récupère son sac, regarde une dernière fois le visage endormi de Maël et se couche. Il est heureux.
A suivre…
Copyright Juillet 2025

mais il a pas de chez lui ou quoi mdrrr
voilà un autre dans la famille
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Il vit où… Ah mince je n’ai rien dit… Dans un appartement ou Mila lui a écrit….
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Il est heureux et, il a raison de l’être !!! Que c’est BON … Bon dimanche Eva Joe !
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Quelle chance et quel concours de circonstance… Léo et Maël ont les mêmes parents (père et mère)… Quel pot.
INCROYABLE 🤣
Serait-ce pour cela que « Shana va se trouver confronter à un choix… » ???
Bises et bon dimanche – Zaza
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Anne dit Zaza l’enquêtrice en herbe…
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Tout doucement les uns et les autres se retrouvent. Incroyable.
Mais quel choix va donc avoir à faire Shana ?
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Pauvre môme! La vie de l’a pas épargné. J’espère que ça va aller mieux pour lui à présent
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