Shana face à un choix 30

Lorsque Shana descends faire chauffer les biberons de ses jumeaux, elle croise Léo qui va partir travailler. Elle lui demande s’il a déjeuné. Devant sa négation, elle lui montre où tout se trouve, et met en route la cafetière. Puis elle lui souhaite une bonne journee.

Quelques heures plus tard, Maël est en pyjama, assis à la table du petit déjeuner, encore ensommeillé. Shana verse du chocolat chaud dans sa tasse. Thomas s’installe face à lui avec une douceur inhabituelle dans le regard. Les jumeaux babillent dans leurs transats à côté.

Shana (lui caressant les cheveux) :Tu as bien dormi, mon cœur ?

Maël (hoche la tête, baille) :Oui. J’ai fait un rêve bizarre. Y’avait un garçon dans la maison, mais je savais pas qui c’était…Thomas et Shana échangent un regard silencieux.

Thomas :Ce garçon, c’était Léo. Il est venu dîner avec nous hier soir. Tu te souviens ?

Maël (réfléchit) :Oui… Il m’a donné un biscuit. Il était gentil.

Shana (prend une grande inspiration, reste douce) :Maël, il faut qu’on te dise quelque chose d’important. À propos de toi… et de Léo.

Maël (se redresse un peu, intrigué) :Quoi ?

Thomas :Tu sais que tu as été adopté quand tu étais bébé. On t’a toujours dit que tu étais arrivé dans notre vie comme un cadeau un peu inattendu.

Maël :Oui. Je me rappelle.

Shana :Eh bien… Léo, c’est ton grand frère biologique. Il ne savait pas où tu étais, mais il t’a cherché pendant très longtemps.

Maël (fronce les sourcils) :C’est vrai ? Il me cherchait ?

Thomas (sourit, ému) :Depuis presque dix ans.

Shana :Il a été très ému de te voir hier. Il t’a reconnu tout de suite, tu ressembles à ta Maman, que j’ai connu brièvement. Mais il ne voulait pas te bousculer.

Maël (baisse les yeux, pensif, puis chuchote) :C’est pour ça que je me sentais bien avec lui ?

Thomas (tendrement) :Peut-être. Les liens du cœur sont parfois plus puissants qu’on croit.

Maël (lève les yeux) :Il va revenir ?

Shana (sourit) :Oui. S’il sent que tu es prêt. Rien ne presse, d’accord ? Tu choisis le rythme.

Maël regarde sa tasse, puis les jumeaux qui gazouillent. Puis, simplement, comme un enfant qui a compris bien plus que ce qu’on a dit :

Maël :Alors je suis plus tout seul dans ma tête.

Thomas sourit, ému :Non, mon grand. Tu ne l’as jamais été.

Maël en pleine réflexion, Mila a l’adresse de Léo, je vais lui écrire.

Shana acquiesce et sourit, elle tend à Maël du papier à lettre. Il y a plusieurs couleurs, elle avait acheté il y a quelques temps et personne à ce jour s’en est servi. Maël est enthousiasmé en voyant qu’il y a toutes les couleurs. Il choisit vert en disant à Shana, Maman c’est la couleur de l’espérance.

Salut Léo,

Maman et Papa m’ont dit que t’es mon frère. Mon vrai frère.
Ça fait bizarre. Mais en fait… pas tant que ça.

Quand t’étais à la maison, j’ai pas eu peur. Je me suis senti bien. Comme si je te connaissais déjà un peu.

Maman a dit que tu m’as cherché. Je comprends pas comment on peut chercher quelqu’un pendant si longtemps. Mais ça me touche. C’est gentil.

Je voudrais qu’on se revoie. Peut-être tu peux revenir manger des pâtes ? Ou on peut jouer à Mario Kart si t’es pas trop nul (je suis très fort).

Et si t’as des trucs à me raconter, j’aimerais bien les écouter.

Signé : Maël
(ton p’tit frère pour de vrai)

Deux jours plus tard, Maël reçoit une lettre de couleur verte. De suite il comprend que c’est de son grand-frère.

Salut Maël,

Quand j’ai lu ta lettre, j’ai eu un grand sourire et un petit pincement au cœur en même temps. Un grand sourire parce que tu m’as écrit. Un pincement parce que j’aurais voulu te serrer fort dans mes bras tout de suite.

T’es vraiment fort pour écrire ce que tu ressens. Et pour Mario Kart, fais attention à ce que tu dis… je suis peut-être rouillé, mais j’ai des années d’expérience derrière moi. Tu pourrais être surpris 😄

Oui, j’ai passé beaucoup de temps à espérer que tu sois en vie, quelque part, heureux. Et hier, je t’ai vu. Et tu l’étais. Et ça… ça m’a fait un bien que je saurais même pas t’expliquer.J’aimerais beaucoup te revoir. Pour jouer, parler, rigoler, ou rien faire du tout.

Merci de m’avoir ouvert ton cœur. Je suis fier d’être ton grand frère.

À très vite,

Léo (Ton grand frère pour de vrai, et pour toujours)

En fin d’après-midi Thomas reçoit un appel téléphonique il regarde son téléphone, c’est Léo, il prend l’appel , c’est bref, mais quand il revient il annonce à tous que Léo sera là d’ici trente minutes.

Mael saute de joie, mais c’est de courte durée lorsque Thomas lui demande si sa chambre est bien rangée. Devant son regard coupable Thomas l’envoie rapidement y faire un tour sinon il me 0aura honte devant Léo pour jouer avec sa console. Maël ne se le fait pas dire deux fois, il court la ranger.

Ils sont tous les quatre assis dans la cuisine, les jumeaux font la sieste, et Maël est occupé dans sa chambre. La lumière du jour filtre doucement par la fenêtre. L’ambiance est simple, paisible.

Thomas (souriant) :
Tu sais, Léo… On a beaucoup parlé de nous. Mais toi, on te connaît à peine.
Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?

Léo (boit une gorgée, puis sourit, un peu gêné) :
Je suis menuisier. Spécialisé dans la restauration de meubles anciens.
J’ai toujours aimé travailler avec mes mains. Et le bois… ça apaise. Ça demande de la patience, du soin.

Shana (sourit avec tendresse) :
C’est beau, ce que tu fais. Restaurer ce qui a été abîmé…
C’est une forme de réparation, non ?

Léo baisse un peu les yeux, touché.

Léo :
Oui… Je crois que ça m’a sauvé, en fait. Après avoir été baladé de foyers en familles d’accueil, c’était la seule chose qui restait stable : un établi, des outils, et des bouts de bois qui attendaient qu’on leur donne une seconde chance.

Mila (l’observe avec fierté) :
Tu répares les choses. Et maintenant… tu nous as retrouvés.

Thomas :
Et tu habites où ?

Léo :
À un peu plus d’une heure d’ici. Dans une petite maison que je retape doucement. J’y vis seul. Mais depuis quelques jours, elle me semble un peu trop calme…

Ils sourient tous, touchés par sa sincérité.

Shana (avec douceur) :
Tu sais, tu seras toujours le bienvenu ici. Que ce soit pour un week-end, un café… ou un Mario Kart.

Léo (regarde Mila, ému) :
J’avais pas prévu tout ça. Mais maintenant que je vous ai trouvés… j’ai plus envie de repartir.

Léo est reparti depuis la veille. Maël est assis à la table du salon, en train de faire un dessin. On y voit une maison, sept personnages, deux bébés dans leur berceau, une jeune fille avec une robe verte à pois blanc, un jeune garçon qui lève les yeux vers un homme fort grand, ils sont habillé de la même façon un jeans, une chemise blanche à manches courtes et une casquette blanche. Deux autres personnes y figurent. Chacun a son prenom écrits en lettres majuscules.

Shana passe derrière lui et s’arrête, attendrie.

Shana :Tu dessines la famille ?

Maël (sans lever les yeux) :Oui.

Elle regarde plus attentivement. Elle lit : “Mila”, “Maël”, “Léo”, “Maman”,  » Papa », « Matéo et Matis ». Puis Maël pose son crayon, se tourne vers elle, le regard sérieux :

Maël :Maman… Est-ce qu’on peut changer le nom de Léo ?

Shana (surprise, douce) :Changer son nom ? Tu veux dire… qu’il s’appelle comme nous ?

Maël :Oui. Je veux qu’il ait le même nom que moi, que Matéo et Matis, Mila et vous deux. Il est mon frère, non ?Shana s’accroupit doucement à sa hauteur, touchée à vif par cette demande. Elle met ses mains sur les genoux de Maël.

Shana :Oui, mon cœur. C’est ton frère. De sang… et maintenant, peut-être aussi de cœur.

Maël :Alors faut qu’il ait notre nom. Sinon, il va se sentir tout seul encore.Shana l’enlace tendrement, les larmes aux yeux.

Shana (chuchotant) :Tu as un grand cœur, mon petit amour. Je vais en parler avec papa… et avec Léo.Mais je suis sûre que ça lui fera beaucoup de bien d’entendre ça.Tu veux lui écrire une lettre, pour lui dire ?

Maël avec un grand sourire :Non. Je veux lui dire en vrai. Quand il reviendra.

La maison est calme. Les enfants dorment. Shana est assise dans la cuisine, un mug entre les mains, les épaules un peu voûtées.

Thomas entre en silence, s’approche, et pose une main sur sa nuque. Elle ne bouge pas.

Thomas (doucement) :Tu veux en parler ?

Shana (voix basse) :Il est gentil… Léo. C’est pas ça.Il est intelligent, calme, solide.Mais c’est une histoire… qui ne m’appartient pas. Qui me brûle, même de loin.Et là, on me demande de la ramener dans mon foyer. De lui donner notre nom.

Thomas (s’asseyant en face d’elle) :Tu veux dire… le nom que vous portez, toi, Mila, Maël, les jumeaux.Et moi aussi.

Shana (le regarde) :Oui. Ce nom, c’est un refuge.On a tout reconstruit dessus. Après… tout ça. Après lui. Et maintenant, on me demande de l’ouvrir à un fils né de cette noirceur.

Thomas :Mais ce n’est pas lui, Shana. Ce n’est pas son géniteur qu’on accueille.C’est Léo. Un jeune homme que tu n’as pas élevé, mais qui a survécu, seul, sans haine, sans colère.Et qui aujourd’hui ne réclame rien… sauf d’exister quelque part.

Shana (les yeux brillants) :Tu crois que je ne vois pas à quel point il est lumineux ? Il est plus stable que Mila, plus tendre que je ne l’aurais cru possible.Mais j’ai peur. Que cette acceptation réveille trop de choses.Qu’en lui ouvrant notre porte, je laisse entrer mon passé.Qu’il me rappelle ce que j’ai mis vingt ans à enterrer.

Thomas (prend sa main) :Peut-être, oui. Mais regarde Maël. Ce petit garçon, si intuitif, si clair.Il ne sait rien des ténèbres. Il voit juste un frère. Et Mila… elle s’ouvre. Pour la première fois. Pas par colère, mais par lien.

Un silence.

Shana regarde leurs doigts entrelacés. Puis elle murmure .

Shana :Je n’ai pas envie d’être sa mère, Thomas. Pas comme je le suis pour les autres.

Thomas :Tu n’as pas à l’être. Tu peux être Shana. Une femme qui tend la main à un fils qui n’en demandait pas tant.Tu n’as pas à l’élever. Juste à le reconnaître.

Shana (fermant les yeux) :Tu crois qu’on peut l’aimer… sans culpabilité ?

Thomas (souriant doucement) :Moi je crois qu’on peut l’aimer… en liberté.

Elle inspire profondément. Pose la tête contre son épaule. Et dans un souffle :

Shana :Alors on va le faire. On va lui donner notre nom. Mais pas parce qu’on doit. Parce qu’il a su devenir l’homme qu’aucun de nous n’aurait pu prévoir. Puis pour notre fils Maël, je ne veux pas le perturber, il a le droit d’avoir son grand-frère avec lui. J’espère que Jamila leur mère n’est pas celle des autres garçons.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

7 réflexions sur « Shana face à un choix 30 »

    1. Gibee j’ai une question as-tu lu d’aplomb lorsque Mila se rends à la prison voir son géniteur et savoir combien de frères et soeurs elle a…. Le Capet lui répond qu’il connaît l’existence de 5 garçons et d’une fille…. Mila a écrit à tous ceux dont le Père Capet connaissait l’adresse, Seul pour l’instant Léo lui a répondu. D’où l’interrogation de Shana….

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  1. Shana a raison de se poser cette question.
    Elle risque de recréer ainsi une famille « tuyaux de poêle » avec toute cette ribambelle !
    Wait and see !
    Je ferme la boutique en repartant pour mon île en compagnie de mon Michel que le CHU me laisse pour semaines, le chat Théo et la chienne Pupuce.
    Bises – Zaza

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  2. Je comprends mieux : Shana va se trouver devant un choix. Et elle y est.

    Je n’avais pas prévu combien cela allait la perturber, lui poser ces questions. Pour moi, elle a recueilli Maël sans se poser de questions, mais c’est vrai que c’était un bébé en danger de mort pas un « homme ».

    Je me demande si dans ceux qui restent, Mila aura un jour une réponse. Là, j’ai un grand frisson !

    L’orage est arrivé et il pleut fort. Ouf, ce soir je n’aurai pas à arroser en espérant quand même que cela ne tombe pas trop fort.

    En te lisant, je me disais : mais où va-t-elle chercher tout cela et puis … même pas à réfléchir trop, il y a tellement d’informations de toute sorte doc il n’y a qu’à puiser mais tu as quand même fait dans la grande noirceur.

    Merci pour les pages de douceur. C’est vrai que la vie c’est tout cela aussi.

    Bon

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  3. Voilà un moment fort où une grave décision doit être prise. ce n’est pas évident!

    O toi! Reine du suspense! Tu t’y entends à nous troubler, à nous intriguer.

    C’est super!

    Gros bisous

    😉

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