Une découverte renversante pour Shana 7

Le silence avant le retour. L’Afrique avant la France. Le cœur en vrac. Dakar – 3 heure 32 du matin. Réflexions de Tino qui attend son départ…

Tino est allongé sur un lit en métal, sans drap, torse nu, les yeux rivés au plafond. Le ventilateur claque mollement au-dessus de lui. Dans la rue, un chien aboie. Le sommeil ne viendra pas. Son sac est prêt. Il n’a rien gardé, sauf un vieux carnet froissé avec des dessins glanés au fil du temps et une photo d’un coucher de soleil sur le lac Rose. Il allume son téléphone. Aucun message de Mila, ni de Léo. Pas besoin. Ils ont fait leur part.

Un texto, en revanche, brille à l’écran :

Rendez-vous demain 14 heure au Centre culturel français. Passeport temporaire en main. Ton contact c’est le Capitaine Benga. Ne parle à personne.

Tino (à voix basse) :

— C’est réel, cette fois.

Il regarde par la fenêtre : les lumières jaunes, la ville étouffée de chaleur et de poussière. Il ne sait pas s’il est triste de partir… ou juste soulagé.

Il repense à ses errances : les marchés de Kaolack, les nuits volées à Saint-Louis, les petits boulots à la frontière gambienne.

Un vieux voisin sénégalais, Mamadou, passe la tête dans l’encadrement.

Mamadou (souriant, en wolof français approximatif) :— C’est demain, hein, le retour ?

Tino (légère voix rauque) :

— Ouais… Demain je redeviens quelqu’un.

Mamadou hoche la tête. Pas de mots de trop.Avant de partir, Tino inscrit dans son carnet :

“On fuit toujours pour rester vivant. Mais revenir, c’est pour rester debout.”

Il ferme les yeux. Et pour la première fois depuis longtemps… il dort.

Le lendemain, tout s’est déroulé comme l’avait prévu Thomas, le père adoptif de Mila, celui qui les protège tous. Son oncle, comme il vient de l’apprendre, avait tout organisé.

Selon le Capitaine, c’est un homme droit et humble, un commandant du GIGN dont la réputation n’est plus à faire.Il devrait porter plus de dix mille médailles, tant ses états de service sont innombrables.Mais Thomas est modeste, il n’en parle jamais.

Base aérienne de Villacoublay, France – 6 heure 07, la passerelle est encore vide quand Tino descend de l’avion, yeux cernés, sweat noir à capuche. Il marche lentement. Il garde son sac près du corps. Chaque pas est un coup de marteau dans la poitrine.Il franchit les portes vitrées. On ne lui demande rien, ici pas de douaniers, juste deux hommes l’attendent.

Léo, mains dans les poches, yeux rouges, et Thomas, debout, droit, en civil. Mais on sent le GIGN dans sa posture : solide, protecteur, prêt à intervenir.

Thomas (sans solennité) :

— Bienvenue chez toi, Tino.

Tino reste figé une seconde. Il ne sait pas quoi faire. Puis Léo s’avance, hésite, puis le serre dans ses bras, c’est fort, brut.

Léo (voix étouffée) :— T’as pris ton temps.

Tino (lâchant un demi-sourire) :

— Fallait que je revienne avec une barbe plus stylée que la tienne.

Ils rient tous les deux, ça détend l’atmosphère un peu crispé dans ce matin de fin d’été.

Thomas les regarde, puis pose une main sur l’épaule de Tino.

Thomas (sincère) :

— On a de la place à la maison. Et pas besoin de masque ici. Tu peux respirer. Tino ne répond pas. Mais il hoche la tête. Et ça suffit.Ils sortent ensemble. Le jour se lève à peine.

La porte s’ouvre lentement. Thomas entre, suivi de Léo, puis Tino. Sac à l’épaule, il s’arrête. Il entend des rires d’enfants, une radio qui grésille doucement, l’odeur du linge propre.

Un monde totalement opposé à celui qu’il a fui.Sur le tapis de jeu, Malian, 18 mois, le regarde fixement en suçotant un anneau de dentition. Les jumeaux, Matis et Matéo, rampent dans tous les sens. Mila, penchée sur eux, se relève en voyant Tino.

Mila (doucement) :

— T’es là.Tino esquisse un sourire.Un sourire fatigué mais sincère. Je te reconnais malgré qu’en Afrique tu apparais sais flou. C’est toi Mila ma cousine par ta mère et ma sœur par notre père . Double casquette par la folie d’un mec dangereux et fou. Puis Tino (regardant autour) :

— Vous avez ouvert une garderie ou quoi ?

Léo (avec un demi-rire) :

— Pas loin. Ça s’appelle “la famille”.

Dans un coin du salon, Maël est déjà là. Bras croisés. Regard sombre. 14 ans et déjà dur comme un mur.

Maël :

— Donc t’es Tino. Le “grand” frère. Celui qui a fui pendant que nous, on encaissait tout.

Tino (calme mais sec) :

— J’ai pas fui. J’ai survécu. Il me semble avoir compris que toi tu as vécu grâce à ma tante Shana qui t’as sauvé d’une mort certaine.

Maël accusé le coup, Tino est direct, la vie ne l’a pas épargné , si Maël est en colère il peut le comprendre mais il.ne connait rien de l’enfer qu’a vécu.

Un silence tendu mais palpable suit les paroles de Tino. Shana apparaît, posant un biberon. Elle fixe Tino.

Shana , directe :

— Toi, je te reconnais. Les yeux d’Edith. La bouche de Capet.

Tino (amer) :

— Et l’âme de personne, apparemment.

Shana s’approche. Elle ne tremble pas. Elle ne l’enlace pas. Mais elle le regarde en face.

Shana :

— Edith… Elle t’a élevé. Toi, Yanis, Inès et Mila. Et d’autres Pas pour vous aimer. Elle vous gardait comme elle l’aurait fait pour des animaux , Vous enfermait et vous dressait comme des chevaux à coup de fouets. Comme si vous lui apparteniez.

Tino (les yeux brillants, à voix basse) :— Elle m’appelait “mon petit roi”. Puis me frappait quand je la contredisais.

Elle voulait me modeler comme Capet. J’ai préféré dormir dehors.Un silence lourd. Même Maël baisse les yeux.

Thomas (intervenant doucement) :— Ce gosse a traversé l’enfer. Mais il est debout. Alors ici, il a sa place. Alors Shana le prends dans ses bras et lui dit :

— Sois le bienvenu Tino.

Shana l’embrasse et lui dit je me souviens de toi, j’avais dix ans , j’habitais avec ma sœur et… C’est là où ton grand-père , ensuite ton père et … J’avais beau les fuir, me cacher sous le lit, ou dans le placard, ta mère me trahissait toujours. Tu comprends pourquoi je ne t’ai pas accueilli les bras grands ouverts. Mais maintenant grâce à mes enfants et mon époux adoré je vais bien.

Mila s’avance, tenant Malian dans les bras.

Mila (à voix douce) :

— Lui, c’est Malian. Ton demi-frère. Par Edith. Mais il aura une autre vie que nous. Papa et Maman recherche son père.

Tino (regardant l’enfant, bouleversé) :

— J’vais pas lui transmettre le poison.

Il s’agenouille, passe doucement un doigt sur la joue du bébé. Malian attrape sa main sans peur. Tino le regarde, et un sanglot discret lui échappe.

Tino (murmure) :

— Ce regard… il est encore pur. On va le garder comme ça.

A suivre …

Copyright Août 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

6 réflexions sur « Une découverte renversante pour Shana 7 »

  1. Le retour de Tino avec un Maël qui doit se dire que cela fait beaucoup de frères, sœurs, cousins, cousines dans cette maison !
    Bises et bon samedi – Zaza

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