Une découverte renversante pour Shana /10

Yanis et Léo s’apprêtaient à enfourcher leur vieille camionnette rouillée, les outils chargés dans le coffre, l’odeur du bois encore frais collée aux mains. Léo allait à l’atelier de menuiserie-ébénisterie, comme chaque matin depuis trois semaines il était avec Yanis. Le soleil perçait à peine à travers les nuages d’août, une de ces journées où tout semblait paisible.

Mais alors qu’ils fermaient les portes arrière, le crissement sec de pneus les fit se retourner. Une voiture banalisée s’immobilisa en trombe dans la cour de la caserne devant leur maison. En descendirent deux hommes, vêtus de noir, gilets pare-balles bien ajustés, oreillettes en place. Thomas, le père de Léo et oncle de Yanis souleva sa visite pour que les deux jeunes gens le reconnaissent, derrière lui, Julien Buisson, son second, visage fermé, en fit autant. Il connaissait les jeunes. Il les salua.

Les deux cousins restèrent figés, stupéfaits. Léo lâcha une vis qui roula sur le gravier.

— Qu’est-ce que… Papa? Mais qu’est-ce que tu fous habillé comme ça ? On dirait que tu pars à la guerre.

Thomas s’approcha d’eux à grands pas, le regard grave, sans la moindre trace de son habituel sourire.

— On n’a pas le temps, lança-t-il, voix tendue. Une prise d’otages…

Aucun des deux cousins ne pourront rejoindre l’atelier ce jour-là. L’ordre est clair : toutes les familles doivent rester confinées à la caserne, le périmètre est verrouillé. Yanis et Léo comprennent aussitôt la gravité de la situation. Ils échangent un regard, puis se tournent vers Thomas, les mâchoires serrées mais résolus.

— Si vous avez besoin de nous… vous pourrez compter sur nous, dit Léo avec calme.

Thomas hoche la tête, reconnaissant, mais son visage reste fermé.

— Ce que je vous demande surtout, c’est d’occuper Maël, Inès et Mila. Interdiction de vous fausser compagnie. Je suis rentré pour prévenir Shana, mais je suis bien content que vous soyez encore là. J’espère que vos travaux n’en seront pas trop affectés.

Léo esquisse un sourire, un peu forcé, mais sincère :

— Le lundi, c’est surtout la prise de commandes et les relances clients. On peut gérer ça avec nos portables. Yanis voulait finir une commande, on verra d’ici demain.

Julien, qui jusque-là était resté silencieux, laisse échapper d’un ton presque absent, comme s’il pensait tout haut :

— J’espère que nous arriverons à la faire sortir…

Yanis, brusquement sur le qui-vive, fronce les sourcils.

— La… ? C’est une femme qui a fait une prise d’otages ? C’est pas banal, ça.Un silence un peu tendu suit ses paroles. Même Thomas semble hésiter avant d’ajouter, plus bas :

— Non, c’est pas banal. Et justement, c’est ce qui nous inquiète le plus.

Léo n’a que le temps d’apercevoir Thomas lui faire un bref signe de la main. Un geste discret, presque imperceptible, mais chargé de sens :

Silence.

Léo se fige. Pourquoi cette soudaine mise en garde ? Il échange un regard rapide avec Yanis, puis, instinctivement, son esprit fait le tour des possibilités. Et s’il connaissait la preneuse d’otages ? L’idée s’insinue sans prévenir, glaciale.

Mais déjà, un bip strident retentit sur la radio accrochée à la ceinture de Thomas. Julien et lui se redressent aussitôt, le visage fermé. Thomas appuie sur le bouton et répond d’un ton sec :

— On arrive. J’expliquais à mes aînés qu’ils doivent rester ici aujourd’hui. Pas question qu’ils mettent un pied hors de la caserne. Et en plus, il va falloir qu’ils s’occupent des plus jeunes.

Une pause, puis un haussement de sourcils agacé.

— Quoi ? Ils l’ont emmenée avec eux ?… Eh bien, ça promet. Bon, Tony, on arrive.Il referme le clapet, tourne brièvement la tête vers les deux cousins.

— Léo, je compte sur toi.

Léo, surpris mais profondément fier d’être ainsi désigné comme l’aîné responsable, redresse les épaules et répond simplement, avec une assurance discrète :

— Oui, Papa.

Le moteur de la voiture de Thomas s’éloigne dans un grondement étouffé. Le silence retombe aussitôt, comme un couvercle. Léo et Yanis restent là, figés au milieu de la cour, entourés d’outils et de gravier, l’esprit ailleurs.

Yanis passe une main sur sa nuque, pensif. Il finit par souffler :

— Tu crois qu’on la connaît, toi ? La femme qui a pris les otages ?

Léo hausse les épaules, mais son regard trahit l’agitation intérieure.

— J’en sais rien. Mais Thomas m’a coupé net dès que j’ai posé la question. C’est pas son genre, ça.

Un silence. Les oiseaux eux-mêmes semblent se taire. Puis Yanis reprend, plus bas :

— T’as vu sa tête quand Julien a dit la faire sortir ? Y a eu un truc. Une gêne. Une peur presque…

Léo hoche lentement la tête, les bras croisés. Il réfléchit, cherche dans sa mémoire. Et puis, comme si la pensée l’avait mordu, il murmure :

— Tu crois que c’est… possible que ce soit… maman ?

Yanis se fige, le souffle coupé. Les mots de Léo viennent d’écraser quelque chose au fond de lui.

— Édith ?… Non. Non, c’est pas possible, murmure-t-il, mais sans la moindre assurance.

— Non… Enfin je sais pas. C’est tordu. Mais c’est pas impossible. Elle a déjà fait pire.

Léo acquiesce lentement.

— Elle traînait avec des types louches. Des histoires de fric, de magouilles…

— Elle s’était planquée, elle préparait quelque chose ? Depuis que le notaire l’a évincé de l’ouverture du testament elle devait préparer sa vengeance.

Yanis serre les dents, le regard noir.

— Si c’est elle, y a intérêt à ce que Thomas la chope avant nous. Parce que moi, je te jure…

Il ne finit pas sa phrase. Il n’y a rien à dire de plus. Juste ce silence, plus lourd que tout, qui retombe sur eux comme une condamnation qu’ils n’ont pas choisie.

A suivre…

Copyright Août 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

7 réflexions sur « Une découverte renversante pour Shana /10 »

  1. Bonne question Evajoe… Qui sot les otages, car je ne doute pas une seconde que c’est encore un coup d’Édith !
    Bises et bon mardi – Zaza

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