Une découverte renversante pour Shana /11

Après avoir quitté la caserne ils arrivent à vive allure, tout a été fait selon les ordres de Thomas. La rue est déjà barrée, encadrée par deux fourgons de la police locale. Les gyrophares tournent encore mollement, projetant des éclats bleus sur la façade défraîchie du petit immeuble. Le Capitaine Capet rend compte au Lieutenant Djamel de ce qu’ils ont vu vers six heures du matin.

C’est clair, net et précis : Un jardinet clôturé par une haie rase sépare le bâtiment du trottoir. Sur l’arrière de la maison il y a un pré, encombré d’objets hétéroclites, des vieilles voitures d’enfants, des landau et des poupées sans tête. Il y a aussi deux voitures dont une carcasse à moitié calcinée, ainsi qu’un vélo bleu sans selle.

A mi hauteur il y a une fenêtre étroite, à moitié ouverte. Il ne peut pas affirmer à Djamel si un homme svelte pourrait passer par là si c’était nécessaire.

Une berline noire s’arrête sans bruit. Deux véhicules suiveurs la flanquent immédiatement. Les portières claquent avec précision. Thomas, le commandant du groupe d’intervention, descend le premier. Il porte encore la veste noire siglée GIGN, mais son casque reste dans le véhicule. À sa droite, Julien, son second, remonte déjà le zip de sa combinaison. Neuf hommes les suivent en silence, lourds, concentrés, casqués, bardés d’équipement.Thomas balaye les lieux du regard, parle peu.

— Poste de commandement ici Lambert. On sécurise le périmètre, on isole les civils, on fait taire les radios.

À quelques mètres, un groupe de policiers du coin s’agite encore, visiblement dépassés. L’un d’eux, agé de vingt-cinq ans, jeune à peine arrivé sous la coupe de son frère un tantinet plus jeune fait ses premiers pas dans la section, mais là il est subjugué par son oncle qu’il reconnaît aisement. Il n’a pas son casque. Il observe les nouveaux arrivants avec une intensité qui tranche avec le reste de son unité. C’est Tino. Il n’a jamais vu ça de près. Et dans ses yeux, un mélange de crainte, de fascination… et autre chose : une urgence personnelle.

Julien vient de prendre contact avec l’officier local. Les infos sont sommaires mais claires : à l’intérieur, Edith, une femme armée, environ la quarantaine détient son compagnon, Sali, et leur enfant de 18 mois. Elle refuse que ce dernier parte avec lui pour l’Afrique. Elle menace de tout faire sauter s’il tente quoi que ce soit. Julien est atterré en apprenant que c’est la belle-sœur du Commandant. Il se demande si ce dernier ne s’en doute pas.

Thomas grimace en apprenant qui sont les otages. Il ne peut livrer un assaut tant que l’enfant n’est pas sécurisé. Il va laisser Julien mtner les négociations. C’est une affaire de famille… Ce sont souvent les pires. Instables et imprévisibles, et avec Edith il faut s’attendre au pire.

Pendant que l’équipe installe son matériel – caméras, plans, lignes de tir, repérages – Tino s’approche sans trop oser. Il s’approche de son oncle, il n’en mene pas large, ces deux-là sont en froid, suite aux erreurs que Tino a fait. Tout en s’approchant de Thomas il se demande si ce dernier va le croire. Tino très intimidé, c’est une première pense Thomas, désigne du doigt l’arrière du bâtiment.

— Commandant Lambert, là… il y a une fenêtre, petite, mais elle donne sur la cuisine. Je suis passé par là une fois, je connais. Je sais où cela donne.

Thomas le fixe. L’info est bonne, précise. Il hoche la tête, son neveu a dû recevoir l’accord de Louis. Julien s’approche à son tour.

— Tu connais les lieux ? demande-t-il calmement.

Thomas lui dit, bien sûr qu’il.connait les lieux, il y a vécu une quinzaine d’années et je suppose que pour tes fugues tu passais par là. Tino hoche la tête, et expose son plan.

— Tu pourrais te faufiler par cette fenêtre ?

— Oui, dit Tino. Je peux le faire, discrètement. Mais là c’est mon petit frère que je veux sauver. Enfin mon demi-frère. Mais j’y tiens moi à ce mome et ma mère a du déjanter pour le mettre au milieu de son couple.

— Tu as tout-à -fait raison, elle qui vivait soi-disant une belle histoire d’amour.

Julien le regarde un instant, puis va en discuter avec Thomas. L’échange est bref. Il s’agit de jouer finement. Peut-être qu’un civil, familier, mince, peut faire ce que même un GIGN ne peut pas tenter sans alerter la preneuse d’otages. De toutes façons ils n’ont pas d’autres hommes sous la main. Tonio aurait pu faire l’affaire mais il se baigne à des milliers de kilomètres de là.

Toute la journée ils ont tenté de négocier car laisser entrer Tino comporte des risques. Pendant ce temps il a écouté attentivement Thomas lui expliquer ce qu’il devait faire et surtout ce qu’il ne devait pas essayer d’entreprendre par lui-même.

La nuit tombe. Edith, à l’intérieur, tourne en rond. Sali, ligoté, ensanglanté, tente de la raisonner.

Elle tient l’enfant contre elle, d’un bras tremblant. Le regard halluciné.

— Tu crois que tu vas me l’arracher ? Il partira pas. Il est à moi. À MOI !

Elle braque l’arme, parfois vers Sali, parfois vers la porte. Elle est à bout. L’assaut approche.

Thomas donne le signal. À l’arrière, dans l’ombre, Tino, en tenue civile noire, glisse silencieusement entre les buissons du jardinet. Julien le couvre à distance. Il atteint la fenêtre. Elle est ouverte, comme promis. Un souffle. Il grimpe, se faufile, disparaît dans l’obscurité de la cuisine.

À l’intérieur, les bruits de pas. Les cris étouffés du bébé. Il avance lentement, rampe au sol, glisse jusqu’à la pièce principale. Il voit Edith. Il voit le bébé, posé dans son couffin à quelques mètres. Sali, à genoux, la supplie.

Tino se redresse, attrape l’enfant, puis recule à pas de loup.Mais au moment où il atteint la fenêtre, Edith se retourne.

— QUOI ?! NON ! TU ME L’ENLÈVERAS PAS ! TOI je te hais.

C’est le moment où Sali se libère de ses liens, il se met en travers de Tino et d’Edith, elle tire. Le coup claque comme un fouet. Sali s’effondre, touché au ventre.

Il n’y a pas de cris dans l’oreillette. Juste la voix basse, calme, précise de Thomas.

— Alpha, prêt. Bravo, prêt. Fenêtre arrière, statut ?Julien jette un coup d’œil vers la silhouette accroupie derrière la haie. Tino hoche la tête. Il tient le bébé contre lui, de sa poche il sort une tétine que Thomas lui a remis, son petit frère lui attrape son treillis. Le petit se pelotonne contre son grand-frère et s’endort. En deux temps trois mouvements, le bébé accroché à lui comme un bébé singe, Tino enjambe la fenêtre. Attrape la chenaux et se laisse glisser. Dès qu’il touche le sol, il se planque derrière une des voitures et attend.

— Fenêtre arrière : extraction réussie. Cible secondaire sécurisée, murmure Julien. Le bébé est dehors. Thomas ferme les yeux une fraction de seconde.

— Top assaut dans 5… 4… 3… 2…

La porte explose avec une détonation sourde.L’entrée est éclairée par deux flashbangs.

La lumière blanche pulvérise l’obscurité. Le fracas rebondit sur les murs étroits de l’immeuble. L’équipe Alpha fonce par l’avant, Bravo en couverture.

Edith hurle, l’arme toujours à la main. Elle vient de tirer sur Sali. Il s’écroule, la main sur son flanc, le sang jaillit entre ses doigts. Mais il respire encore. Faiblement.

Edith tourne l’arme vers les hommes en noir. Elle vise mal, tremble.

Thomas voit ses yeux : ils sont vides, noyés de peur et de colère.

— À TERRE ! hurle un opérateur.Elle ne lâche pas, un coup part, manqué. Mais c’est fini. Deux hommes la percutent de plein fouet. L’arme vole. Elle est au sol. Immobilisée, elle sanglote. Thomas entre à son tour, évalue la scène.

— Sali est vivant ! Médecin en urgence.

Julien surgit à l’arrière. Tino est toujours là, accroupi dans l’ombre, le bébé dans les bras. Il ne dit rien. Mais dans ses yeux, tout a changé.

Dehors, le silence retombe. Les ambulances arrivent. Sali est entre la vie et la mort. Edith est arrêtée, hurlante. Le bébé est sauf.

Tino, encore agenouillé dans le jardinet, tient toujours l’enfant dans ses bras. Il a son pouce dans la bouche et de l’autre sa main s’est accrochée au treillis de son grand-frère. Thomas s’approche. L’observe et lui dit :

— Tino… t’as fait ce qu’il fallait. Et même un peu plus. Shana sera heureuse de voir comment tu t’es comporté. Tu vas être le héro ce soir.

Et dans les yeux du jeune homme, pour la première fois : la certitude. C’est ici qu’il doit être. C’est ça, sa voie.

Dehors – quelques minutes plus tard. Les gyrophares rouges et bleus dansent sur les murs. Sali est évacué, inconscient mais vivant. Les médecins pensent qu’il a une chance.

Edith, encadrée, tête baissée, ne parle plus. Elle semble lointaine, presque absente. Son monde s’est écroulé. Plus d’enfant. Plus d’homme, plus rien.

Tino remet au médecin des pompiers son petit frère. Celui-ci déclare que l’enfant va bien, pour son psychisme il faudra voir au fil du temps. Si une porte qui claque ou un bruit insolite l’affole il faudra aller voir un pédopsychiatre, mais là il va bien. Il regarde tout à tour Thomas et Tino, mais Thomas s’éloigne, aussi c’est Tino qui prend dans ses bras ce beau bébé que Sali était venu reprendre à Edith.

A suivre…

Copyright Août 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

7 réflexions sur « Une découverte renversante pour Shana /11 »

  1. Un épisode qui se termine bien, Édith est arrêté, le bébé est sauf et Tino s’est racheté une conduite…
    Reste Sali hospitalisé en espérant qu’il s’en sortira.
    Bises et bon mercredi – Zaza

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  2. Elle est épouvantable cette Edith. Je sais bien que son fils se dresse contre elle mais je pense qu’elle a fait tout ce qu’il fallait pour, et lui dire qu’elle le hait !

    Qu’en sera-t-il pour Sali ? Et elle que va-t-elle devenir ?

    Tu vois je n’avais pas pensé à cet otage.

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