Une découverte renversante pour Shana /15

Le portail grince un peu quand Thomas le pousse. Une voiture avance lentement dans l’allée encore poussiéreuse. À l’arrière, la lumière d’août accroche les reflets sur les vitres. Inès, accoudée à la fenêtre du salon, lève les yeux :

— Voilà Tino, enfin il est arrivé. Avant même que la voiture ne soit complètement arrêtée, Maël est déjà dehors, Mila sur ses talons.

— Tino va encore dire que la maison pue la campagne, glisse-t-elle à Inès en descendant les marches deux par deux.

— Mais il va se resservir trois fois à table comme toujours, répond Inès, malicieuse.

Les portières claquent. Kevin sort le premier, cheveux attachés, lunettes de soleil sur le nez, l’air tranquille. Tino suit, sac jeté sur l’épaule, sourire en coin. Tonio bronzé, de retour de vacances referme la marche, silencieux comme toujours, mais les yeux pétillants en voyant les filles courir vers eux.

— Ah bah voilà les petites princesses des fermes abandonnées ! lance Tonio.

Julien est lui aussi à la fenêtre, les voyant arrive il lance à la cantonade :

Voilà la relève, enfin il était temps les gars.

Maël s’approche, un sourire moqueur sur les lèvres. Il va vers Léo qui rigole avec Julien.

— Ferme-la et viens voir ta piaule, tu auras une salle de bain partagée, mais c’est mieux que le vestiaire du foot.

— Je prends la chambre avec vue forêt, annonce Tino en lui donnant une claque dans le dos. Maël lui en retourne une aussitôt. Le grand frère prend son cadet et le bourre de coups de poings, mais ce n’est pas douloureux, juste un échange que Maël apprécie.

Thomas sort à son tour de la maison. Il ne dit rien. Il s’approche simplement de Léo, son aîné, et le prend dans ses bras sans forcer.

— Content que tu restes

— Elle a du potentiel, ta maison. Je vais prendre la chambre mansardée.

— Je m’en doutais, répond Thomas avec un sourire.

Tout le monde se dirige vers la maison. Les rires résonnent dans la cour, les sacs s’entassent sur le perron, Mila montre du doigt les coins déjà aménagés, fières de faire visiter.

— Ici y’aura la grande table. Là-bas, un coin bibliothèque. Et dans la grange, une salle de musique, si jamais Tino veut continuer à faire semblant qu’il sait jouer de la guitare.

— Tu parles, je vais vous enregistrer un album entier dans ce coin-là, dit-il en tapant dans ses mains.

Le plan de la maison s’imprime peu à peu dans leurs têtes. Les murs ne sont plus seulement des murs, mais des repères. Des endroits pour se retrouver, pour râler, pour dormir, pour vivre ensemble.Le soleil filtre à travers les fenêtres sales. La maison est encore brute, pleine de poussière et de projets. Mais elle est vivante.

La chambre de Tino est déjà bien avancée, il est venu bosser toute la semaine pendant que Léo et Yanis déménageaient la cuisine après avoir passé les murs à la chaux. Tous les vieux meubles étaient partis dans la benne. Eh la nouvelle cuisine trônait majestueusement. Il manquait la cuisinière à bois, mais elle était commandé, elle devait arriver dans la semaine.

Tonio expliquait à Mila et Inès que leur maison serait comme une maison de castor. Les deux jumelles comme tout le monde les appelaient demandaient des explications, mais Tonio goguenard leur dit :

— C’est comme une énigme faites chauffer vos neurones si vous en avez.

Lorsque Tonio se retourne il voit les deux jeunes filles, leur smartphone à la main chercher ce qu’est une maison castor. Il rit en rejoignant son chef et ami Thomas.

Du haut de la maison, on voit apparaître le crâne rasé de Tino il interpelle Mila :

— Hé, Mila, T’as pensé à demander s’il y a la fibre ici ?

— Nan, mais y’a des pigeons voyageurs, répond-elle du tac au tac. Et je t’enverrai ton mot du jour à midi pile.

Tout le monde éclate de rire. Même Tonio et Julien Quant à Thomas il adore l’humour de Tino en qui il voit désormais un bon potentiel. Quant à Mila il connaît son humour. Elle a parfois des traits de génie.

C’est peut-être une maison en travaux. Mais c’est déjà un foyer.

Pendant que chacun travaillait à enlever des gravats, ou à donner un premier coup de pinceau, Shana préparait un repas sympa pour la joyeuse bande de travailleurs.

Le soleil descendait lentement derrière la grange, enveloppant la cour d’une lumière dorée. Les herbes hautes ondulaient paresseusement, et au milieu de la pelouse, une grande nappe avait été étalée à la hâte. Des coussins, des caisses retournées, une vieille couverture militaire… tout ce qui pouvait faire office de siège avait été réquisitionné.

Mila était assise en tailleur, un grand saladier de salade de pâtes entre les jambes.

— C’est bon, tout est posé. Si quelqu’un dit encore « j’ai faim », je l’envoie piocher dans la réserve à conserve, annonce Shana en apportant un énorme saladier de tomates du jardin de Tonio accompagnés d’oeufs durs qu’il avait fait cuire avant de venir.

— Ou dans les orties, ajouta Inès en distribuant les couverts.

Maël avait préparé ses fameuses tartes salées — dont personne ne connaissait la recette exacte, mais que tout le monde dévorait. Yanis et Tino s’étaient spontanément chargés des boissons. Léo, fidèle à lui-même, s’était mis à découper le pain comme s’il préparait une cérémonie secrète.

Thomas s’assit en tailleur avec un soupir content.

— J’ai vu des dîners de gala avec moins d’ambiance que ça, dit-il en observant la tablée improvisée.

— C’est pas un dîner, c’est un rite de passage, déclara Mila. Celui où les murs sont pas finis, les enfants pleins d’espoir, et les assiettes dépareillées.

— Et où on met la mayo directement dans le plat, dit Maël en s’enfonçant un peu plus dans l’herbe.

Les conversations s’entremêlaient : Tonio racontait à Léo un souvenir de vacances ratées au Portugal. Tino et Maël s’échangeaient des piques bon enfant, Yanis écoutait tout en silence, un sourire discret au coin des lèvres.

Puis, au loin, le bruit d’un moteur fit lever quelques têtes.

— Tu attends encore quelqu’un ? demanda Thomas à mi-voix.

— Non, murmurai-je, mais j’ai ma petite idée.

un petit cri — coupa court aux conversations.

— Aah ! Aah ! Un éclat de rire d’enfant, aigu, maladroit. Malian. Le petit traversait déjà la cour à pas hésitants, bras en l’air, ses petites jambes rebondissant sur le sol irrégulier. Il tenait une peluche trempée dans une main et un biscuit écrasé dans l’autre.

— Mais regardez-moi ça ! s’écria Mila en se levant d’un bond.Elle courut vers lui et s’accroupit à sa hauteur. Tu marches bébé ? Mais depuis quand ?

Malian s’écroula dans ses bras en poussant un petit son de satisfaction, collant sa joue chaude contre elle. Il sentait le lait, la sueur et la vanille.

Derrière lui, Mikael sortait du véhicule avec Rose, radieuse malgré les sacs et le siège bébé à l’arrière.

— Il s’est endormi chez nous, expliqua-t-elle. Et au réveil, il n’a parlé que de « Mama », « Toma » et « brrrmmm brrrmmm ». On a deviné.

Thomas les rejoignit, visiblement ému.

— Vous avez bien fait.Mikael lui donna une accolade rapide, puis s’accroupit pour rattacher une sandale mal fermée au pied de Malian.— Il a voulu marcher tout seul jusqu’à la maison. Je te laisse imaginer le chemin depuis le coffre.

Thomas leur demande s’ils ont mangé

Mikaël d’un air gourmand : oui sauf la tarte de Tatie Shana.

Thomas rigolé : Et moi je suis qui Tonton, quel.horreur !

Léo lui répond : c’est Papa ou Thomas. Seule ta femme a droit à Tatie car on a tous eu une Maman, mais moi je l’appelle désormais Maman comme Maël.

Tino s’étant absenté personne ne saura ce soir comment il va l’appeler Shana, Tatie ou Maman.

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A Suivre…

Copyright Août 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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