Goémon, sang et silence. (6)

Une nuit, Michel sortit seul, marcher sur le sable mouillé, sous un ciel étoilé. Jean le suivit à distance, silencieux. Michel s’arrêta au bord de l’eau et fixa les vagues, immobile, respirant lentement.

— Papa ? murmura Jean.

Michel tourna légèrement la tête, juste un instant, sans sourire.

— Juste contempler la mer, répondit-il. Tu sais, mon fils… parfois, elle nous parle.

Jean prends son père sous le bras et comme on gronde un enfant le ramène à la maison. Il lui dit d’aller dormir, demain il y a des décisions à prendre et il doit être en pleine forme. Son père semble comprendre mais il ne dit rien et entre dans la chambre où l’attend Marie.

Le lendemain dans le champ, Michel trébuche sur une racine alors qu’il ramassait des pierres. Rien de grave, mais assez pour que Jean fronce les sourcils et pour que Marie frissonne intérieurement. Michel, lui, rit doucement, mais son rire sonne un peu creux. Il prend soin de ne pas montrer sa douleur, mais ses gestes sont moins sûrs, plus lents. Il ressent une barre en travers de la poitrine. Il a promis à Marie cette nuit qu’il ferait signe au bon Docteur Ferraud, un de la ville. Le Parisien comme tout le monde l’appelle. Il a convolé en juste noce avec Chantal le Bihan, la soeur de Jean le milicien.

Le docteur Ferraud vient de partir il a dit à Michel de lever le pied, tu as encore de beaux jours devant toi, mais tu dois te ménager. Michel ne lui a rien dit. Ce n’est pas le cœur, c’est la haine de son beau-frère qui l’empêche d’être heureux. Des sous-entendu, des pointes acerbes, l’autre jour il l’a même frappé au visage. Il ne lui a pas rendu, mais il a menti à Marie disant qu’il était tombé.

Des petites choses insignifiantes inquiètent Marie, Michel oublie parfois des choses simples : un outil posé sur la table, un rendez-vous à la mairie, ou une tâche dans le champ.

Jean commence à s’inquiéter : son père est toujours présent, mais il semble parfois ailleurs, absorbé par un poids invisible. Même dans ses conversations avec Marie, il s’interrompt souvent, le regard perdu vers l’horizon.

Yves était absent, mais lorsqu’il était parti, il était inquiet. Jean, Léa et Yves regardaient, intrigués, sentant que leur père portait un secret lourd, invisible à tous, mais palpable. Jean avait pris l’engagement d’être plus présent auprès de lui.

La maison dormait sous le souffle du vent. Michel sortit à pas feutrés, emmitouflé dans son manteau. Il descendit vers la plage, seul, le sable froid s’infiltrant entre ses bottes. Les étoiles étaient piquées dans le ciel noir, et la mer, immense, luisait sous la lune. Chaque pas sur les rochers résonnait doucement dans le silence.

Jean voit son père s’asseoir, regarder sa montre, il a donné rendez-vous à quelqu’un. Jean veut savoir qui va rejoindre son père. Il doit se cacher car là il est à découvert.

De suite il entend une dispute, il se lève et voit son père se battre, la silhouette de l’autre lui est familière, mais il ne distingue rien . Il est du Pays, est habillé comme son père. Lui il e reconnaît à sa chevelure légèrement longue. L’autre a des cheveux forts courts. La lune sort de derrière un nuage, un des hommes perd l’équilibre et s’affale dans les rochers. Il entend rire son père.

Puis, sans avertissement, il se détourna, avançant vers un passage de rochers plus escarpé. Jean voulut crier, mais un instant d’hésitation suffit : Michel disparut derrière un rocher, sa silhouette absorbée par la nuit et le fracas des vagues. Le vent semblait murmurer autour de Jean, et un frisson glacé le parcourut.

A suivre

Août 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

6 réflexions sur « Goémon, sang et silence. (6) »

    1. Heu… Tu es le deuxième à parler du beau-frère… Pourtant moi je n’ai jamais dit que Marie avait un frère elle ne s’appelle pas le Bihan mais le Gall… Étrange… Une coquille a dû se glisser dans mes écrits…

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