Goémon, sang et silence ! (15)

20 ans plus tard

Marie fait encore de temps en temps de la broderie, mais elle est revenue vivre à Kerlouan. C’est pour les trousseaux de mariage qu’elle consacre son temps. Aujourd’hui, Jean, déjà père de trois enfants, est venu voir sa mère. Il admire le trousseau de sa sœur : magnifique. Il sait que Marie a aussi brodé le voile de la mariée.

Son futur beau-frère Yann est gendarme à Brest, comme sa sœur. Comme leur père aurait été fier de conduire sa fille à l’église ! Mais Léa lui lance, malicieuse :


— Pour aller à l’église, tu peux toujours rêver !

Yann, lui, éclate de rire :

— Moi, c’est pour les beaux yeux de ma grand-mère que j’y vais !

Quelques jours plus tard, la noce traverse le village. Tout le monde s’extasie devant la robe de mariée de Léa. Le bruit court parmi les villageois, tous endimanchés :

— C’est Marie qui a brodé le voile de la petite ! Quelle merveille… Elle a vraiment des doigts en or !

— Mais dites-moi, qui sont ces deux demoiselles d’honneur ?

— C’est Nolwenn, la dernière de Jean, répond quelqu’un. Quant à l’autre on dirait les yeux des Le Bihan, de Loïc pour la couleur ?

Paul de Kerviller, qui habite la maison voisine de Marie, intervient avec un sourire :

— C’est Yuna, la fille d’Yves et Annick.

Annick est là aussi, celle qu’on appelait autrefois « la fugueuse » par ses frères et sa sœur. Elle a osé venir.

— Eh bien, vous êtes au courant de rien, commente une voisine. Annick a renoué avec sa sœur. Et maintenant, il reste à voir si ses frères accepteront de la rencontrer. Mais Loïc… impossible de renier son neveu. Il suffit de le regarder pour comprendre.

— Lequel est-ce ?

— Cherchez vers les adultes

— C’est lui se signe une vieille dame, on dirait Loïc. Comment s’appelle-t-il ?

— Soïg !

Un grand silence s’abat sur le village lorsque la noce passe devant la maison des Le Bihan. Annick serre la main d’Yves et passe droite sans un regard vers la fenêtre où se trouve Gwendal son autre frère.

À la mairie, l’ambiance est joyeuse. Le maire, qui connaît la famille depuis toujours, a accueilli les mariés d’un sourire franc. Mais quand Yann s’avance, impeccable dans son uniforme de gendarme, un murmure discret se glisse parmi les villageois massés dans la salle des fêtes attenante.

— C’est bien lui, souffle quelqu’un derrière, c’est le futur gendre de Marie. Il est gendarme, son père aussi. Il paraît qu’il a perdu sa mère très jeune c’est Malo qui l’a dit à mon fils. Les langues vont bon train.

Léa garde le silence, ses yeux brillent. Elle n’a jamais voulu trop en dire, préférant protéger son histoire. Mais ce jour-là, tout se dévoile presque malgré elle observant.Jean, en père de famille accompli, il est toujours goémoniers mais il va dans les écoles raconté l’histoire du goémon et de ses travailleurs de la mer du temps de notre grand-père et père.

La petite, Yuna, les yeux rieurs, est assise auprès de sa cousine Nolwenn. Ce qui amusent les deux Papa car elles n’osent bouger pour ne pas salir la robe que leur grand-mère leur a fait. Yuna porte à la ceinture un ruban vert assortie à ses yeux et Nolwenn il est bleue lui aussi assortie à ses yeux. Son grand cousin lui a dit quand il a vu les rubans :

— Heureusement que vous n’avez pas les yeux rouges !

— Est-ce que ton frère est bête ?

—Non il te taquine

La grand-mère Marie remet le chignon de Nolwenn en place car elle se tortille car le discours du maire se fait attendre.

Jean, lui, veille sur Armelle et leurs deux garçons, qui s’agitent à l’arrière, curieux de tout.

Yves a pris place aux côtés d’Annick. Leurs deux enfants, Soïg et Yuna, attirent les regards : le grand, dix-neuf ans, impressionne par sa taille et surtout par cette ressemblance troublante avec Loïc, qui fait naître un léger frisson chez ceux qui l’ont connu.

Erwan est venu avec Jud, sa fiancée. Ils échangent des sourires complices, heureux de voir la cadette enfin se marier.

Le maire, qui connaît la famille depuis toujours, prend la parole :

— Mes chers amis, c’est toujours une grande joie d’unir deux jeunes gens, mais aujourd’hui, je dois dire que je ressens une émotion particulière.

La famille Le Guen… (il s’arrête une seconde, cherche ses mots, puis sourit) …elle fait partie de notre histoire à tous.Dans la salle, un silence se fait. Chacun pense aux absents, aux années écoulées. On sent que derrière la solennité de l’instant, bien des histoires familiales, des retrouvailles, des blessures anciennes planent encore dans l’air.

Léa serre la main de Yann. Son regard se lève, croise celui de ses frères, puis celui de sa mère. Et dans ce moment suspendu, on comprend que ce mariage est bien plus qu’une signature : c’est une façon de rassembler, malgré les chemins différents, malgré les non-dits.

À la mairie, le maire n’a pas traîné. Deux signatures, quelques mots de félicitations, et déjà les mariés ressortaient sous les applaudissements. Jean, qui tenait encore sa sœur par le bras, jeta un dernier regard à la salle : beaucoup de visages connus, d’amis d’enfance, de voisins… mais une absence remarquée, celle des Le Bihan. Devant la porte, le cortège se reforma. Yann, toujours en uniforme, fit sourire les anciens du village :— Eh ben, voilà un mariage qui fera parler, chuchota l’un d’eux.

Léa est heureuse que Jean l’a conduise jusqu’au seuil de l’église. Elle a le cœur serré dans son esprit, son père manquait cruellement. L’aurait-il accompagné dans l’église. Sûrement car elle était sa princesse. Grâce au regard malicieux de Yann, qui n’avait cessé de plaisanter, cela avait allégé le moment.

Puis tous se dirigèrent vers la salle communale, où le vin d’honneur attendait. Là, on avait invité tout le village : les tables couvertes de nappes blanches croulaient déjà sous les verres et les plateaux. Les enfants couraient dans tous les sens, les cloches de l’église résonnaient encore au loin.Marie observait, émue, ses quatre enfants réunis autour d’elle. Elle songeait à son mari disparu, à ce qu’il aurait dit en voyant la cadette prendre son envol. Elle ne dit rien, mais son sourire parlait pour elle.

Les enfants se faufilaient déjà entre les convives, Malo entraînant Yoan et Nolwen dans ses jeux, tandis que Yuna suivait de près, les yeux rieurs.

Soïg, grand et réservé, observait la scène avec distance, mais ses regards croisaient parfois ceux des anciens qui murmuraient entre eux : « On dirait Loïc… »

Les verres s’entrechoquèrent, et déjà fusaient les premiers toasts :

— À Lénaïg et Yann !

— Que leur maison soit toujours pleine de joie !

Yves, debout près de sa femme, gardait un certain sérieux, presque une retenue. Lui savait que ce mariage, au-delà de la fête, réveillait des histoires anciennes, des liens complexes, des silences qu’on avait appris à respecter. Mais pour l’heure, c’était la fête. Le vin d’honneur battait son plein, et le village tout entier célébrait l’union de Lénaïg et de Yann.

A suivre…

Août 2025

Quelques jours plus tard la noce traverse le village , tout le monde s’extasie sur la robe de mariée de Léa . Le bruit court parmi les villageois endimanchés :

C’est Paul de Kerviller qui habite la maison située à côté de celle de Marie qui répond à ses voisines :

C’est Yuna la fille d’Yves et Annick.

Annick est là, la fugueuse ses frères et sa soeur l’appelaient. Elle a osé venir.

Et bien vous êtes au courant de rien, Annick a renoué avec sa sœur. Et j’espère que ses frères vont accepter de la rencontrer. Loïc ne pourra pas renier son neveu. Il suffit de le regarder pour comprendre.

À la mairie, l’ambiance est plus retenue qu’à l’église. Le maire, qui connaît la famille depuis toujours, a accueilli les mariés d’un sourire franc. Mais quand Yann s’avance, impeccable dans son uniforme de gendarme, un murmure discret se glisse parmi les villageois massés dans la salle des fêtes attenante.

— C’est bien lui, souffle quelqu’un derrière, c’est le futur gendre de Marie.

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

7 réflexions sur « Goémon, sang et silence ! (15) »

  1. Coucou EvaJoe.
    20 ans après, les enfants ont grandi, ont ou vont fonder une famille. Des enfants sont nés, reprenant certaines ressemblances des uns ou des autres. Tout semble aller dans le meilleur des mondes, et pourtant, je sens cette guerre de clan qui se prépare à ressurgir…
    Après le À suivre… Est-ce le début d’un nouveau chapitre ???
    Bises et bonne soirée
    Zaza

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    1. Il y a eu un problème ce qui apparaît en bas de A suivre aurait dû se trouver dans le haut du texte. Le pire c’est que je l’efface et pensé l’avoir remis à sa place. Et c’est toi qui m’interpelle. Il y a dû avoir un beug…

      Merci de ton passage chez moi, et la fin c’est pour bientôt.

      bonne fin de dimanche

      Bisous

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  2. Oui, la vie suit son cours, en effet !!! C’est bon de les retrouver après 20 ans. Peut-être que les gens du village vont en profiter pour rappeler le passé puis, les Le Bihan qui se sont absentés vont-ils réagir correctement ; j’en doute. Espérons le contraire main hein, Eva Joe !!! Bonne soirée. Bisous

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