Goémon, sang et le silence ! (22)

Nous remercions Cathy pour son accueil chaleureux et son repas délicieux. Mais, au-delà de la visite de courtoisie, Léa et moi n’oublions pas que nous sommes en service. Puisque nous sommes à Brest, nous décidons d’en profiter pour passer à la même agence immobilière où Cathy et Erwan ont trouvé leur maison : à notre tour, nous espérons dénicher un petit havre de paix.

Erwan accepte de nous accompagner, visiblement heureux. Dans la voiture, il bavarde avec sa sœur ; la conversation glisse bientôt vers les enfants, ce qui fait briller les yeux de Léa tant ce désir lui est cher. À ma surprise, j’entends Erwan confier que Cathy attend un bébé. Léa s’étonne qu’il ne nous en ait rien dit. Il lui répond alors, plus grave, que Cathy a déjà connu deux fausses couches et qu’il préfère attendre avant d’annoncer la nouvelle au reste de la famille. Elle lui promet aussitôt de garder le secret.

La visite à l’agence se termine dans un mélange d’enthousiasme et de rêves éveillés. Nous sortons avec des prospectus, des adresses griffonnées, et dans les yeux de Léa je lis déjà les couleurs d’un futur jardin, les rideaux qu’elle accrocherait aux fenêtres.

Cathy est repartie travailler, nous laissons Erwan en Centre ville il recherche un magasin pour bébés. Nous sourions lorsque Léa lui donne une adresse. Nous avons sous les yeux un autre Erwan.

Après cet intermède délicieux , nous reprenons la route vers Kerlouan, le ton change. Le paysage défile, plus sombre à mesure que nous approchons du village. C’est Léa qui, la première, brise le silence

— Et si nous revoyions les enfants ? propose-t-elle soudain. Malo et Ti’Yann.

— Pourquoi eux ?

— Parce qu’ils savent plus qu’ils ne disent, répond-elle sans détour. Leur récit est bancal, appris par cœur. Quelqu’un leur a mis des mots dans la bouche, j’en suis certaine. Et tu devrais commencer à me connaître Yann, je suis têtue.

Je sens que l’idée germe en moi, solide. Une audition informelle, sans pression, loin des adultes qui les surveillent. Je suis songeur, Léa, elle, fixe la route comme si déjà elle voyait l’endroit où nous pourrions les interroger.

Le vent du large nous parvient à travers la vitre entrouverte, chargé d’embruns. Brest s’efface derrière nous, avec ses promesses de maisons et de vies nouvelles. Devant, le village nous attend, avec ses secrets et ses mensonges.

Nous voici arrivés à notre petite auberge. Je monte prendre mon uniforme pendant que Léa va chercher son neveu et Ti’Yann, ils jouaient sur la grève non loin de Jean qui les surveillait. Léa en quelques mots lui dit qu’au vu de ce qu’ils ont vu des dessins d’Erwan, elle va les montrer aux deux garçons. C’est plus ludique qu’un interrogatoire et surtout plus informelle. Jean a toute confiance en sa sœur, il donne son accord, pour le fils de Gwendal, Léa en fait son affaire.

Tout est prêt lorsqu’ils arrivent à l’auberge. Malo voit ça d’un sale oeil, il le dit ouvertement à sa tante.

— Traîtresse !

— Malo tu trouves que c’est une manière de parler à ta tante.

— Je te demande pardon, mais je suis grand tu aurais pu me le dire, je serais venu quand même.

La petite salle attenante à l’auberge était glaciale. Les vitres embuées laissaient filtrer une lumière blafarde. Une odeur de suie froide et de planches humides imprégnait les murs.Yann s’était assis en face des enfants. Son uniforme de gendarme, accentuait sa sévérité. Pourtant, sa voix restait douce.

Malo, les coudes sur la table, fixait obstinément la montre qu’il avait sortie de sa poche. Le tic-tac régulier semblait couvrir le silence. Ses bottines boueuses balançaient nerveusement sous la chaise.

Ti’Yann, lui, triturait un morceau de ficelle rêche, les doigts sales, les ongles noirs de terre.

— Alors, reprit Yann, raconte-moi encore. Vous dites que c’est vous… qui l’avez tué ?Le silence pesait, seulement troublé par le craquement du bois dans le poêle éteint.

— Oui, répondit Ti’Yann, la voix trop haute, trop tendue. C’est moi. Malo a suivi.

Je notais sur mon carnet que leur version avait changé, ce n’était plus Malo qui s’accusait mais Ti’Yann.

Malo hocha la tête, mais ses yeux, brillants, disaient autre chose : la peur, la confusion. Yann se pencha en avant, ses mains jointes.

— Tu es bien sûr de toi ? Parce que moi, je crois que tu veux protéger quelqu’un. N’est-ce pas ? Un battement de paupières, un souffle court. La ficelle glissa des doigts de Ti’Yann et tomba sur le sol. Malo détourna les yeux vers la fenêtre embuée.

Un instant, Yann crut qu’ils allaient tout avouer. Mais les lèvres se pincèrent, et le silence retomba, plus lourd encore.

Alors Léa fit son apparition les bras chargés des peintures d’Erwan et en étala une ou deux sur la table. Malo se mit à trembler et le fils de Gwendal pris son élan pour s’enfuir. J’avais prévu leur réaction mais à ce point j’en étais ébahi.

A suivre…

Septembre 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

7 réflexions sur « Goémon, sang et le silence ! (22) »

    1. Ça m’agace j’ai mis deux heures pour faire le copié collé de mon note sur mon blog. Et je n’ai pas réussi à effacer la suite. Puis bingo ça a marché, je suis contente je publie. Et Zaza me dit qu’une partie est après le A suivre… Grrr

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  1. Coucou EvaJo

    A suivre donc… Tu relira ta page, il me semble de tu as cafouillé 🤣 A la sortie de l’agence immobilière… 2 fois le même paragraphe. Et en fin de page comment placer ce que tu a écrit après le A suivre…

    Bises et bon samedi – Zaza

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