OÙ EST MADELEINE ? 7

— Bonjour madame, dit Thomas poliment. Excusez-nous… On fait une recherche sur l’histoire du village. Est-ce que, dans les années soixante, vous avez loué une chambre à un saisonnier espagnol ?

La femme fronça les sourcils, puis hocha lentement la tête.

— Oh… vous voulez parler d’Alejandro. Oui, je m’en souviens bien. J’étais enfant, mais mes parents en parlaient souvent. Il avait logé ici, dans une petite chambre du haut.

Les ados échangèrent un regard brûlant d’excitation.

— Il était seul ? demanda Maud.

— Au début, oui, répondit la femme. Un garçon travailleur, très discret. Et puis… quelques mois plus tard, il est revenu accompagné d’une jeune fille. Toute douce, timide. Je crois qu’elle s’appelait Madeleine. Margot sentit le médaillon peser dans sa poche. Le puzzle s’assemblait.

— Vous savez ce qu’ils sont devenus ? souffla Hugo.

Au début, un silence était tombé comme une chape de plomb. Puis la femme avait raconté ce qu’elle savait, et de fil en aiguille la pelote se déroulait. Villefranche sur Saône avait été soit un point de départ soit une période dure pour Madeleine, c’est ce que chacun ressenti. Puis la femme ajouta :

— Je sais seulement qu’après quelques semaines, Alejandro est parti. Mon père avait dit qu’il cherchait du travail dans une grande ville. Lyon, peut-être, ou Villefranche. La fille l’attendait ici quelques jours, puis elle a disparu aussi. Un silence lourd s’installa. Les ados comprirent qu’ils touchaient à quelque chose d’énorme : Madeleine et Alejandro n’avaient pas disparu dans la forêt. Ils avaient pris la route d’ailleurs, d’une autre vie.

— Lyon… répéta Thomas. Ça veut dire que si on continue, il faut suivre leur trace jusque-là. Margot hocha la tête. Ses yeux brillaient d’une détermination nouvelle.

— Alors nos vacances ne font que commencer.

Les jeunes hésitaient puis Margot plus hardie posa la question que tous auraient voulu poser:

Peut-on monter voir votre chambre s’il vous plaît, nous aimerions nous imaginer comment ils vivaient autrefois.

La femme Lambert hésita un instant, puis finit par leur dire :

— Si vous voulez, vous pouvez monter. La chambre où il dormait n’a presque pas changé depuis… On l’a fermée après son départ. Le cœur battant, les ados gravirent l’escalier grinçant. L’air du premier étage sentait le bois ancien et la poussière. La femme poussa une porte basse, révélant une petite pièce mansardée. Un lit de fer, un vieux placard, une chaise : c’était tout. Le papier peint s’écaillait, et un rayon de soleil filtrait à travers les volets mal fermés.

— C’est là qu’il dormait, dit-elle simplement.

Les jeunes se dispersèrent, fouillant avec précaution. Hugo ouvrit le placard, bien cordialement ntendu il était vide. Thomas souleva le matelas : rien qu’un nuage de poussière. Margot, elle, s’agenouilla près de la chaise, ses doigts glissant sur le bois usé. Elle sentit une petite aspérité.

— Attendez ! Elle gratta doucement, et un morceau de papier jaunit apparut, coincé sous l’assise. Elle le déplia avec précaution. Les autres se penchèrent. C’était un ticket de train, froissé, à moitié effacé. Mais on pouvait encore lire :

Villefranche-sur-Saône → Lyon-Perrache Date : octobre 1968. Le silence tomba.

— Il est parti à Lyon, murmura Thomas. C’est sûr.

— Seul ? demanda Inès.

— Oui, lui répondit Margaux, enfin je ne sais lequel des deux est parti, ce n’est pas noté sur le billet. Mais ce billet c’est la preuve qu’un des deux n’a pas pu partir.

— Ou alors dit Léo, Madeleine a eu peur , Saint-Joseph n’est pas si loin de chez nous. On a pu la reconnaître et au dernier moment elle est retournée chez nous et est allée se cacher dans la forêt. Et c’est la raison pour laquelle on a retrouvé son courrier.

— Tu extrapoles dit Margot mais que s’est-il passer ?

La question resta suspendue. Car sur le dos du ticket, griffonné à la hâte au crayon, apparaissaient quelques mots :

« M. — Attends-moi à la gare. »

Margot sentit un frisson lui parcourir l’échine. M… comme Madeleine.

Ils se regardèrent, excités et troublés à la fois. Le mystère s’épaississait : Alejandro était bien parti vers Lyon, mais tout indiquait que Madeleine devait le rejoindre.

— On tient un vrai fil, dit Hugo. Maintenant, il faut savoir si elle est montée dans ce train… ou si quelque chose l’en a empêchée.

La petite chambre, silencieuse depuis quarante ans, venait de livrer un secret capable de bouleverser leur été.

Le soir même, la petite bande se retrouva chez Thomas. Sur la table de la cuisine, le ticket de train jauni trônait comme une pièce à conviction.

Villefranche, souffla Maud. On doit y aller. C’est le seul moyen de savoir s’ils ont vraiment pris ce train.Thomas regarda son père, assis au bout de la table, qui observait la scène en silence.— Papa… tu pourrais nous emmener, demain ? Juste un aller-retour. On veut chercher des infos.

Le père haussa les sourcils.

— À Villefranche ? Et qu’est-ce que vous espérez trouver, vous, une bande de gamins ?

Hugo s’empressa de répondre :

— On veut consulter les vieux journaux, monsieur. Peut-être qu’il y a eu des articles à l’époque.

L’homme soupira, mais ses yeux s’étaient adoucis. Il se souvenait, lui aussi, de la disparition de Madeleine, cette histoire chuchotée au village.

— C’est d’accord. Demain matin, je vous emmène à la bibliothèque municipale. Mais je vous préviens : si vous traînez ou si ça tourne en bêtise, c’est fini.Les ados échangèrent des regards excités. Ils avaient gagné une étape cruciale.

En sortant ils décident que Margot Léo et Thomas iront. Les autres restent ici et essayent de profiter un peu de leurs vacances car leur esprit est en plein effervescence.

A suivre

Copyright Septembre 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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