OÙ EST MADELEINE ? 10

Margot et Maud accompagnés de Léo ont décidé de se rendre à Lyon dès jeudi toute la journée. Margot a une bonne raison, celle d’accompagner son père qui travaille pour une grande maison de couture. Dès lundi elle lui a demandé s’il pouvait emmener Maud et Léo. Elle lui a expliqué la raison pour laquelle, elle voulait se rendre à la Croix Rousse. Monsieur Bartholdi connaissait les enquêtes que faisait sa fille. Jusqu’à présent elles étaient factices, c’était juste pour développer son flair que son grand-père lui en proposait. Mais aujourd’hui elle y était jusqu’au cou. C’était imagé, son père n’était pas dupe.

Mais c’est ce jour-là que Maud appris à Margot le retour de Pédro. Cela faisait deux jours que Léo l’avait croisé, mais bizarrement ce dernier ne s’était pas arrêté, ni un signe de la main, ni un appel téléphonique. De plus Léo venait d’apprendre qu’il partait chez son oncle une petite semaine, il ne pourrait pas les accompagner sur Lyon.

Cet événement inattendu va bientôt leur rappeler le proverbe énigmatique lancé par l’un des témoins rencontrés au cours de leur enquête. Jusqu’alors, elles n’y avaient pas prêté une attention particulière, mais ces mots résonnent à présent comme un avertissement dont le sens leur échappe encore.

Début août, Pedro est revenu de vacances. Pourtant, contrairement à ce qu’elles espéraient, il ne cherche pas à les recontacter. Margot s’inquiète, se surprend même à scruter son téléphone toutes les heures, comme si un simple message pouvait dissiper ses doutes. Les silences de Pedro lui paraissent plus lourds que n’importe quelle explication. Maud partage ses inquiétudes, mais son intuition la pousse ailleurs : et si le père de Pedro avait mis un terme brutal à son implication ? Cela expliquerait pourquoi il évite désormais de se montrer.

Ces interrogations se heurtent au décor estival du Beaujolais. Au plan d’eau de Bel Air, l’air sent l’herbe sèche et la crème solaire. Des éclats de rire résonnent, des jeunes plongent du ponton, indifférents à l’angoisse qui mine Margot et Maud. Le contraste entre cette insouciance environnante et leur trouble intérieur ne fait qu’accentuer leur malaise. Pourquoi Pedro n’est-il pas là, parmi eux, comme à son habitude ? Qu’est-ce qui le retient vraiment ?Et puis, au détour d’une conversation, l’écho du proverbe leur revient brutalement, comme si l’absence de Pedro en était déjà la première manifestation concrète.

Margot n’arrivait pas à chasser cette phrase de son esprit :

« Celui qui détourne les yeux de la vérité finit toujours par s’y brûler. »

C’était le proverbe qu’un vieil homme, rencontré au hasard d’un chemin de vigne, leur avait lancé comme une énigme, presque un avertissement.

Plus Pedro tardait à se manifester, plus les mots prenaient une résonance inquiétante. Margot se demandait si Pedro avait découvert quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir. Maud, de son côté, s’efforçait de garder la tête froide, mais ses doutes grandissaient : son père était peut-être derrière tout cela.

Assises au bord du plan d’eau de Bel Air, elles observaient la foule joyeuse. Des enfants éclaboussaient les promeneurs, des adolescents bronzaient sur les serviettes, les radios crachaient des tubes d’été. Tout semblait simple, léger, presque banal. Pourtant, dans ce décor de vacances, un silence pesant les séparait de Pedro. Comme s’il appartenait déjà à un autre monde, inaccessible. Soudain, Maud tourna la tête vers Margot :

— Et si cette phrase parlait de lui ?

Un frisson parcourut Margot. Elle n’avait pas osé formuler cette idée à voix haute, mais désormais, elle n’allait plus pouvoir l’ignorer.

Margot et Maud retournèrent à la cabane où elles avaient déjà passé tant d’heures à discuter avec Pedro. L’endroit en cette fin d’après-midi était lugubre, mais les jeunes adolescentes furent rapidement intrigués par des pas de chaussures sales, elles suivirent les pas pour se trouver dans la grande salle où à l’intérieur d’un des placards il y avait des dossiers apportés par une personne qui devait penser la cabane vide. Sinon pourquoi entasser tout ces papiers.

En fouillant un peu, Margot remarqua un cahier d’écolier oublié dans un coin, entre deux planches disjointes. Les pages cornées semblaient griffonnées à la hâte, certaines couvertes de ratures. Elle en ouvrit une, et leurs regards se figèrent en découvrant la phrase tracée d’une écriture nerveuse :« Celui qui refuse de voir la vérité finit toujours par s’y perdre. »

Leur respiration se suspendit. Ce n’était pas exactement le proverbe du vieil homme, mais l’écho était trop troublant pour être un hasard.

Tu crois que c’est Pedro qui a écrit ça ? demanda Maud, la voix tremblante.

— Ou alors quelqu’un voulait qu’on le trouve… répondit Margot, en sentant un frisson glisser le long de son dos.

L’absence de Pedro prenait soudain une dimension nouvelle. Était-ce un avertissement ? Une confession ? Ou le signe qu’il s’était enfoncé plus loin qu’elles ne l’imaginaient dans leur enquête ?

Rien d’autre n’apparaissait dans la cabane, comme si la phrase sur ce cahier avait été laissée là volontairement, unique et suffisante pour semer le doute. Car les papiers entassés n’avaient aucune ecriture. Ils étaient tous vierge. Pas de carnet secret, pas de signe clair de passage récent. Juste ces mots, et le silence qui pesait sur les planches.

Margot et Maud ressortirent, le cœur battant. Dès lors, elles n’eurent plus qu’une idée : retrouver Pedro. Le comprendre. Lui demander pourquoi il s’éloignait d’elles. Mais chaque fois qu’elles tentaient de le croiser – sur la place du village, au terrain de sport, ou même dans les vignes qu’il arpentait souvent – il disparaissait avant qu’elles n’aient le temps de l’approcher.

Plus troublant encore, Pedro semblait anticiper leurs mouvements. Comme s’il savait toujours où elles se trouvaient, et qu’il prenait un malin plaisir à leur échapper. Parfois, elles croyaient apercevoir sa silhouette au détour d’une rue, mais il s’évanouissait aussitôt dans une ruelle adjacente. D’autres fois, des camarades assuraient l’avoir vu au plan d’eau, mais lorsqu’elles y arrivaient, il n’était plus là.Cette fuite calculée les désorientait, les agaçait, mais aussi les inquiétait. Était-ce un jeu cruel de sa part, ou un moyen détourné de leur transmettre un message ? Et dans leurs esprits, la phrase du cahier revenait en boucle : « Celui qui refuse de voir la vérité finit toujours par s’y perdre. »

Pedro fuyait les regards, les questions, mais surtout lui-même. Depuis qu’il avait retrouvé ce cahier dans la cabane, avant même que Margot et Maud ne tombent dessus, il ne dormait plus. Ces mots griffonnés, si proches du proverbe entendu, résonnaient comme une clef. Mais pas seulement pour leur enquête : pour sa propre histoire.

Car Pedro avait toujours su, au fond de lui, qu’il avait été adopté. Ses parents ne le lui avaient jamais caché. Pourtant, il n’avait jamais osé chercher plus loin, de peur d’ouvrir une blessure qu’il ne saurait refermer. Mais depuis quelque temps, un doute terrible s’était insinué : et si Madeleine, cette femme dont l’ombre planait autour de leur enquête, était sa mère biologique ?

A suivre…

Copyright Septembre 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

4 réflexions sur « OÙ EST MADELEINE ? 10 »

  1. Coucou EvaJoe.
    Cet évitement de Pedro inquiète. Effectivement, il est fort possible qu’il s’agisse de l’enfant de Madeleine. Ce qui pourrait vouloir dire qu Madeleine serait morte en couche et qu’Alex l’ait abandonné à l’assistance publique…
    À suivre donc !
    Bises et bon début de semaine – Zaza

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  2. Les parents adoptifs de Pedro lui ont-ils parlé de son adoption, certainement pas complètement sinon cela ne le gênerait pas plus que cela de poser des questions.

    Cela semble tellement évident qu’il soit le fils de Madeleine que cela peut être trop.

    Avec toi, tout est possible

    Elles vont bien finir par le coincer Pedro.

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