Quelque Part, là haut vers les sommets ! 2

Ce même jour, le vieux Michel, perché derrière sa fenêtre embuée, crut d’abord à un reflet.

Puis il vit, sur la route enneigée, un homme tout de noir vêtu, portant un chapeau rouge éclatant.

Il marchait d’un pas silencieux, dans la même direction que la femme avait prise huit jours plus tôt. Michel s’étonna de sa démarche rigide, presque cérémonielle, et de l’audace du rouge sur le noir, qui tranchait étrangement avec la blancheur de la neige.

Il voulut alerter quelqu’un, mais personne ne l’écouta vraiment. La plupart étaient trop absorbés par la disparition d’Antoine pour remarquer autre chose.Pourtant, dans le regard du vieux Michel, il y avait la certitude que ce n’était pas un hasard.Et dans le village, le vent semblait porter les chuchotements :

« Encore elle… » « Ou un autre… mais le rouge, c’est certain… »

Les jours suivants, le village semblait retenir son souffle. On ne parlait plus que du manteau noir et du chapeau rouge aperçus par Michel, et de la disparition d’Antoine.

Chaque habitant observait les routes enneigées derrière ses fenêtres, comme si le vent pouvait ramener cette silhouette à tout moment.Les plus anciens se souvenaient des histoires qu’on leur racontait enfants : des figures noires, surgissant sans prévenir, toujours liées à un malheur.

Et puis, un soir, Michel crut distinguer un mouvement dans la lumière vacillante des lampes à huile. L’homme avançait encore, fidèle à sa route, exactement là où la femme avait disparu huit jours plus tôt.Mais cette fois, il s’arrêta un instant, tourna la tête vers le village. Et disparut dans un nuage de vent et de neige, laissant derrière lui seulement une trace rouge, comme un écho de ses bottes ou de son chapeau, qui fondit aussitôt dans le blanc.Les habitants se murmurèrent des mots effrayés :

« C’est la même chose… la femme… l’homme… un cycle… »

Personne n’osait sortir, et chacun, dans son foyer, sentit la peur s’infiltrer dans chaque recoin, ranimant les rumeurs anciennes.La neige continuait de tomber, silencieuse, comme pour cacher des secrets que le village n’était pas prêt à affronter.

Les jours suivants, le village parut vivant d’une manière inquiétante. Les volets claquaient plus souvent, non pas sous le vent, mais comme si quelqu’un ou quelque chose les poussait. Les cheminées fumaient davantage, et l’odeur de bois brûlé se mêlait à celle de la neige fondue.

Au café, les conversations tournaient en boucle, alimentées par les souvenirs des anciens :

« Vous vous rappelez… La fois où Jeanne a disparu, il y a cinquante ans ?

« Exactement pareil… bottes rouges… manteau noir… »

Chaque récit semblait confirmer la présence d’une force cyclique, invisible mais attentive, qui revenait à intervalles réguliers pour rappeler au village ses anciennes peurs.Même les enfants, habituellement insouciants, parlaient à voix basse, se passant des indices entendus de la bouche des adultes : un bruit dans la grange, un pas dans la neige qui s’arrête devant une fenêtre, un regard que personne n’avait jamais vu.Puis on commença à trouver des objets étranges. Une écharpe noire accrochée à une branche, un gant rouge perdu dans la neige, un petit caillou rouge posé sur le seuil d’une maison. Rien de concret, rien de vraiment danmmmmmm le vent, chaque nuit, semblait répéter le même murmure : comme si la montagne elle-même racontait les histoires anciennes et nouvelles, entrelacées dans le froid et la neige, veillant à ce que personne n’oublie jamais.

La peur, qui jusqu’alors flottait dans les foyers et les ruelles, devint trop lourde pour rester ignorée. La disparition d’Antoine força enfin les autorités à agir.

Les gendarmes arrivèrent sous un ciel gris, leurs bottes crissant sur la neige épaisse. Ils allumèrent des lampes et commencèrent à fouiller les routes, les bois alentours, les granges abandonnées. Mais le village, reculé et isolé par la tempête, avait déjà ses propres histoires. Les habitants chuchotaient, parfois en accusant le vent lui-même :

« Vous savez très bien… c’est comme pour la femme… et l’homme… »

« Les bottes rouges… les manteaux noirs… ça revient toujours. »

Chaque trace de pas dans la neige semblait se perdre avant d’atteindre le village. Les objets étranges – une écharpe noire, un petit caillou rouge, un gant oublié – furent notés par les gendarmes, mais ils restaient inexplicables.

Même sous la lumière des projecteurs, les ruelles paraissaient vivantes, comme si le village lui-même refusait de dévoiler ses secrets. Et les habitants, malgré les explications rationnelles des forces de l’ordre, savaient qu’un ancien cycle avait repris, et qu’ils n’étaient peut-être pas prêts à comprendre ce qui se jouait dans le silence glacé de la montagne.

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

5 réflexions sur « Quelque Part, là haut vers les sommets ! 2 »

  1. Mais c’est inquiétant tout ce que tu nous écrit … Vais pouvoir trouver le sommeil en taillant lu. Inexpliquées ces apparitions et disparitions, ce qui me fait p et nser au clown Ça !

    Bises et bon début de semaine – Zaza

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