Quelques parts là-haut vers les sommets ! (4)

Le silence pesait dans le chalet, rythmé seulement par le crépitement du feu. La vieille femme releva son visage buriné, ses yeux luisant sous la flamme vacillante. Sa voix, hachée et tremblante, s’éleva :

« … Antoine… mon petit-fils… »

Les gendarmes se figèrent. Michel, à l’arrière, fronça les sourcils.

« … Ma fille… vous la connaissez… du village… oui… Ma fille, la femme du boucher… Son ex »

Elle hocha lentement la tête, comme si elle revivait la scène en la racontant.

« Elle est venue… ici… il y a deux jours, toi le Michel tu le sais que l’autre l’a chassé et lui a pris son bébé.

Un silence glacial s’abattit. Les gendarmes attendirent la suite, mais les mots se perdaient dans des murmures incompréhensibles.

« Des pas dans la neige… elle est entrée… elle a parlé bas… je n’ai pas tout entendu… »

Puis son regard se perdit dans le vide, ses lèvres répétant par fragments :

« … le vent… le rouge… toujours le rouge… »

Dans la pièce, chacun sentit un trouble grandir.Avait-elle vraiment vu sa fille ? Ou confondait-elle souvenirs, hallucinations et légendes ? Et surtout… qu’était devenue la mère d’Antoine depuis ce passage au chalet

Les gendarmes se raidissaient sous les paroles hachées de la vieille. Elle les fixait, ses yeux brillants dans la pénombre.

« … ma fille… elle est venue… »

L’un des gendarmes fronça les sourcils.— Votre fille ? Qui est votre fille ?

La vieille eut un sourire à la fois fier et inquiet, découvrant ses dents usées.

« Elle est pas d’ici… plus maintenant… elle vit… à Grenoble… médecin… oui… les os brisés… les skieurs… elle les remet debout… toujours…

Elle hocha la tête, son écharpe rouge oscillant sur sa poitrine. Enfin elle est revenue… ici… deux jours avant… avec la neige…

Les gendarmes échangèrent un regard. Michel, lui, resta bouche bée.Tout le monde connaissait vaguement cette histoire : la fille du boulanger, partie loin, brillante, qui n’était jamais revenue au pays sauf pour les enterrements.

Mais pourquoi aurait-elle choisi ce chalet perdu, en plein hiver, coupé du monde ?Un craquement sourd résonna derrière la cloison. Le silence se fit brutal, presque suffocant. Les gendarmes braquèrent instinctivement leurs lampes dans la direction du bruit. La vieille, impassible, murmura seulement :

« Elle est là… mais pas pour vous… »

Après quelques minutes de silence tendu, l’un des gendarmes prit la parole, la voix ferme :

— Très bien, Madame. Nous allons repartir pour ce soir. Mais nous reviendrons demain, et nous attendons des réponses claires.

La vieille femme inclina la tête, comme si elle acceptait leur décision, sans la moindre surprise. Ses yeux brillaient toujours d’un éclat étrange, et son écharpe rouge semblait absorber toute la lumière du feu.

Les gendarmes sortirent dans la nuit glaciale, Michel à leur suite. La neige crissait sous leurs pas tandis qu’ils descendaient lentement les marches du perron. Le vent soufflait fort dans les arbres, hurlant comme une bête.C’est alors qu’un son les figea tous.

Un rire ! Léger, cristallin, un rire d’enfant, venu de l’intérieur du chalet.Les gendarmes échangèrent un regard, le souffle coupé. Michel, le visage blême, osa un pas en arrière, levant les yeux vers la fenêtre du grenier : il lui sembla, l’espace d’un instant, distinguer une petite silhouette immobile derrière les carreaux givrés. Le rire s’éteignit brusquement, englouti par le vent et la neige.Le chef des gendarmes resserra son manteau et murmura d’une voix sourde :

— Demain, nous reviendrons… et nous fouillerons tout.

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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