Quelques parts là -haut vers les sommets ! (6)

La voiture progressait lentement dans la tempête, les chaînes grinçant sur la neige durcie. Antoine dormait paisiblement contre sa grand-mère, bercé par le ronronnement du moteur.Mélanie brisa le silence, sa voix basse mais vibrante :

— J’y suis arrivée, mais me voilà en cavale, je suis une fugitive, même si tout a été facile. J’ai berné les gendarmes.

Le conducteur, le docteur Armand Valgrange, psychiatre à l’hôpital de Chambéry, jeta un coup d’œil vers elle. Ses yeux sombres brillaient d’une tendresse inquiète.

— Comme toujours, tu as tenu bon, répondit-il doucement.Mélanie eut un sourire amer.

— Tu sais, parfois je me demande ce que je serais devenue sans toi.Armand se crispa sur le volant. Des images lui revinrent en mémoire : leur première rencontre, les couloirs blancs, les portes verrouillées… et elle, cette chirurgienne brillante, enfermée comme une criminelle, brisée par les mensonges d’un mari rancunier.

— Je n’ai jamais supporté de te voir là-bas, dit-il. Dès les premiers instants, j’ai su que tu n’étais pas folle. Tu étais trop claire, trop lucide… et trop seule.Il esquissa un sourire triste.

— Ton mari voulait t’effacer. Moi, je voulais juste te sauver.

Mélanie posa une main sur la sienne, sur le levier de vitesse.

— Tu m’as redonné le goût de vivre, Armand. Tu m’as rendue à mon fils.

La vieille femme à l’arrière de la voiture se redressa légèrement, son visage buriné se fendant d’un sourire mystérieux.

— Et maintenant, tu l’as repris, ton fils. Personne ne pourra plus te l’arracher.Dehors, un panneau émergea de la neige : La Plagne – 6 km.

Armand inspira profondément.

— Là-bas, au chalet, personne ne viendra vous chercher. Pas maintenant. Pas tant que les routes resteront ensevelies. Mélanie s’adossa au siège, ses yeux fixés sur les phares qui perçaient la nuit. Sa main resta posée sur celle du psychiatre, solide, rassurante.

— Alors, pour la première fois depuis longtemps… je crois que je n’ai plus peur.La voiture filait vers les hauteurs, emportant avec elle leur secret.

C’est à ce moment-là qu’Antoine s’est réveillé :

— Où est-on Maman ?

— Nous arrivons chez nous, demain tu verras le paysage est grandiose.

Le lendemain matin Mélanie va expliquer à son fils qu’il joue à un jeu et que lui Antoine en est le héro. Armand a acheté differentes cartes postales que chaque lundi il emportera à Grenoble ou à Chambéry et il les postera.

— Pour qui serait les cartes postales Maman ?

— Pour donner de tes nouvelles à tes copains de classe.

Moi, je veux rester avec toi, je veux continuer à aller à l’école. Papa m’a mis en apprentissage chez Tonton Pierre. Moi je veux être chirurgien comme toi. Je ne veux pas envoyer de cartes aux élèves du CFA. Mais j’en enverrais à mes copains d’Aime.

— C’est une excellente idée mon cheri. Lorsque les vacances de Noël seront terminé tu iras au lycée. J’avais su par ta grand-mère que tu étais chez Pierre. C’est la raison pour laquelle je suis venue te chercher.

— Grand-mère va rester avec nous ?

— Oui mon trésor, surtout que dans quelques mois tu auras un petit frère.

— Un petit frère ! Quel bonheur !

Lorsqu’Armand est rentré après avoir coupé le sapin pour Noël il nous vit enlacer, on riait et pleurait tout à la fois.

La première carte postale est arrivée la veille de Noël le 24 décembre, Antoine choisit de l’envoyer à son cousin Le fils cadet de Pierre. Il avait dix-sept ans et il aimait bien son cousin. De sa belle écriture il lui écrit :

Cher Mathieu, Je suis parti faire du ski en Autriche, j’ai oublié de la poster d’Innsbruck, aussi je la poste de Saint-Étienne de Saint Geoirs. Affectueusement Antoine

Nul ne pouvait deviner où habitait Antoine et si c’était réellement sa mère qui l’avait avec lui.

Michel, informé par la rumeur d’une carte arrivée dans la maison du boulanger, comprit aussitôt la subtilité de l’acte. Antoine envoyait un signe discret au monde extérieur, mais en protégeant son secret. Chaque carte renforçait la preuve qu’il était bien vivant, sans jamais révéler où il se trouvait.

Dans le chalet, Antoine souriait en tenant le crayon et en écrivant la carte de la semaine. Mélanie et Armand l’observaient avec tendresse et vigilance, conscients que ce rituel était à la fois un lien avec son village et un moyen de garder le contrôle sur leur isolement.

Et dans le village, la légende continuait de s’épaissir. Chaque carte envoyée depuis Grenoble allait relancer les spéculations, les murmures et les peurs Antoine vivait, sa famille demeurait invisible, et personne ne savait vraiment où il se trouvait. Quant à son père, une fois informée par son frère il.prit la décision de porter plainte pour enlèvement d’enfant.

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

6 réflexions sur « Quelques parts là -haut vers les sommets ! (6) »

  1. Antoine est vivant et c’est le principal cipal ÉvaJoe. Par ce ontre, le père du gamin ne va pas se laisser faire.

    Bises et bonne soirée – Zaza

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