Quelques parts, là -haut vers les sommets (12)

La route avait été déblayée, la voiture d’Armand filait bon train. Il s’était arrêté chez sa meilleure amie à la sortie de la station de La Plagne, Mélanie avait apporté la valise de sa mère.

Nous lui devions une fière chandelle, elle avait joué son rôle à la perfection dans le vieux chalet. J’imaginais la tête des gendarmes lorsqu’ils étaient revenu et n’avaient rien trouvés.

Notre maison baignait dans une lumière bleue de fin de jour. La neige, dehors, continuait de tomber en silence, étouffant tout bruit venu du monde. Mélanie ferma la porte derrière elle, encore sous le choc de cette rencontre que j’avais faites. Masson était aussi un cousin de son ex mari.

On ne devait se faire aucune illusion, il devait déjà être informé de la présence de son ex à La Plagne. Le pire de tout c’était qu’il m’est rencontré. Il pouvait faire le rapprochement.

Antoine dormait déjà sur le canapé, roulé dans une couverture. Armand, lui, restait debout près de la fenêtre. Il n’avait pas retiré sa veste. Le visage grave, immobile, les mains jointes dans le dos, il observait les flocons comme s’ils pouvaient lui donner une réponse.

— Tu lui as parlé ? demanda Mélanie d’une voix basse.

— Oui, répondit-il sans se retourner. Il m’a présenté sa femme. Et… il croit t’avoir vue. Un long silence, Mélanie sentit ses genoux fléchir légèrement, chercha une chaise, s’y assit lentement.

— Alors, c’est fini, murmura-t-elle. Ils vont venir. Armand ferma les yeux un instant.

— Ils ignorent que je t’ai épousée. Mais ils viendront, quand ils auront mené une enquête. Ils poseront les questions auxquelles nous ne pourrons plus mentir.

Elle releva la tête, ses yeux sombres accrochés aux siens.

— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Il s’approcha, posa ses mains sur ses épaules. Sa voix trembla légèrement, sans faiblesse pourtant :

— Il faut que j’y aille.

— Où ?

— Au commissariat. À Grenoble. C’est le seul moyen. Si je ne me présente pas, ils viendront ici à ma clinique, et alors… ils te retrouveront, toi et Antoine.

Mélanie le fixa, interdite.

— Tu veux te dénoncer ?

Il sourit doucement, presque avec tendresse.

— Non. Je veux raconter la vérité. Pas celle qu’ils croient, pas celle que ton mari a construite. La nôtre, un silence, puis :

— Et si je dois tomber pour t’avoir sauvée, alors ce sera juste.

Les larmes montèrent aux yeux de Mélanie, mais elle les retint. Elle savait qu’il avait raison. Qu’il n’y avait plus de fuite possible, seulement la dignité du dernier geste. Dehors, le vent se leva, fouettant les vitres.

Armand déposa son blouson de ski.

— Demain matin, dit-il simplement. Pascal Masson n’ira pas de suite dire qu’il a des doutes sur moi. Enfin s’il a compris mes phrases à demi-voilée, et pleine de sous-entendu . Cette nuit-là, aucun des deux ne dormit, alors pour calmer la peur de Mélanie il lui fit tendrement l’amour.

Quand il se lève, Mélanie s’est rendormie, épuisée, Antoine a dû se relever durant la nuit il n’est plus sur le canapé. Mais où a-t-il pu aller dormir ? On lui avait juste dit que nous avions quatre chambres. Une pour le bébé, l’autre pour mon fils aîné et la sienne, ainsi que la nôtre.

Je vais vérifier car dans moins de deux heures mon fils ainé va arriver. Il sortira de sa garde, et il se dirigera directement dans sa chambre. Antoine dort dans la chambre que je lui ai refait.

Lorsqu’il arrive à Grenoble, c’est juste l’ouverture de la gendarmerie. Il se présente comme psychiatre et rentré rapidement. Il est amené dans un bureau assez défraîchi, le bureau était silencieux, chauffé par un vieux radiateur qui ronronnait faiblement.

Un officier le reçoit rapidement. Armand s’assit face à l’officier, les mains posées sur le dossier de Mélanie. Il prit une profonde inspiration.

— Je suis le docteur Armand Valgrange, psychiatre, commença-t-il. Il y a cinq ans, j’ai pris en charge Madame Permet. Elle était internée dans une de mes cliniques psychiatriques à la demande de son mari. Mais je me suis rapidement rendu compte que son internement était injustifié, voire abusif. Elle n’avait aucune pathologie qui justifie cette mesure. Lorsque je l’ai découvert, il’y avait déjà un an qu’elle était à la Clinique des Roses. Abrutie par les médicaments. Personne ne venait la voir. En discutant avec elle puisqu’à ma demande on avait arrêté les médicaments, j’appris qu’elle avait un fils et qu’elle ne l’avait pas vu depuis un an. J’organisais avec mon bras droit le Docteur Masson une rencontre avec le fils dans un premier temps puis le père seul et finalement toute la petite famille.

Rapidement j’appris de Masson mon adjoint que son cousin devait vouloir la fortune de sa femme car cette dernière était sous sa coupe. Je demande au Juge de statuer sur le sort de Madame Permet. Le jugement rendu était en faveur de Madame Permet et de ma clinique. Mais lui n’a pas accepté le retour de sa femme à l’époque mais depuis elle a dû divorcer. Madame Permet est retourné vivre chez sa mère.

Helas son mari la harcelait tous les jours, aussi … Il laissa quelques secondes pour que ses mots pèsent.

— J’ai donc pris la décision de la faire transférer dans une clinique de repos et de convalescence, adaptée à sa récupération, loin de ce qu’elle subissait. À ce moment-là, elle a quitté la clinique sous ma responsabilité. Je n’ai jamais eu connaissance de toute autre mesure légale ni d’un avis de garde sur son fils.L’officier hocha la tête, prenant des notes.

— Et depuis ? demanda-t-il.

Armand garda le silence, fixant le dossier.

— Depuis, je n’ai eu aucune nouvelle officielle de Madame Permet, répondit-il calmement. Je n’ai agi que dans son intérêt médical et humain, et pour la protéger des abus qu’elle subissait.

Il savait que ce qu’il ne disait pas, son mariage avec Mélanie, leur vie commune à la montagne, le fait qu’Antoine soit sous leur protection devait rester secret.

Mais en affirmant simplement la vérité médicale et morale, il protégeait autant Mélanie que lui-même.

Lorsqye Mélanie se lève, elle ne voit pas Antoine, elle s’affole, puis elle voit un mot sur la table. C’est un mot d’Armand :

Mon Amour,

Il est 7 h 30 je pars à Grenoble je ne rentrerais pas tout de suite, je passerais à la clinique voir si tout se passe bien en sortant du Commissariat..Ne cherche pas Antoine il dort paisiblement dans sa chambre. Je ne t’ai’pas réveillé toi et l’amour que tu portes en toi vous dormiez si bien. J’ai préparé mon texte pour bien être en accord avec ce dont nous avons parlé . Je serais moins surpris par des questions. Je t’embrasse tendrement mon Amour.

PS : Je rentre pour midi tapante, ne prépare rien pour le repas, je l’apporterai. Si nous pensons rester, je redirais à Madame Frémont de venir entretenir le linge et faire le ménage. Quand à Sophie elle ne rechigne ta pas pour préparer nos repas.

La maison était silencieuse. Antoine dormait profondément, roulé dans sa couverture, et pourtant Mélanie n’arrivait pas à apaiser son esprit. Chaque minute semblait s’étirer, lourde et incertaine. Depuis qu’Armand était parti, un vide s’était installé dans son cœur, comme si le monde extérieur avait brusquement envahi leur refuge.

Elle repensait à la journée, au Chamois, à la neige qui tombait sur les pistes, au moment où ils avaient dû s’éloigner de Masson. Chaque geste, chaque pas de cette descente improvisée lui revenait en mémoire avec une acuité douloureuse. Son cœur battait encore plus vite rien qu’en imaginant la conversation qu’Armand avait eue.

Que se passait-il là-bas ? Que lui avait-il dit ? Était-il en danger ? Était-elle en danger, Antoine allait-il pouvoir intégrer le lycée où Armand était allé.

Elle ne savait rien, et cette ignorance la dévorait. Le silence de la montagne, le crépitement discret du feu, même le souffle régulier d’Antoine semblaient conspirer pour lui rappeler qu’elle était seule, suspendue à l’issue de ce moment décisif.Elle resta là, figée, le regard perdu vers la fenêtre où la neige continuait de tomber. Chaque flocon qui descendait semblait ralentir le temps, comme pour lui rappeler qu’elle n’avait aucun contrôle, et que la vérité sur Armand, sur leur vie, sur le futur d’Antoine, resterait hors de sa portée… pour l’instant.

Pendant ce temps Armand discutait avec l’OPJ et l’inspecteur charge de l’enquête. Il se sentait gêné car les deux hommes lui parlaient simplement de leurs doutes, d’une enquête qui s’avérait difficile. D’un passé mystérieux qui enveloppait la disparition du gamin. C’est Armand qui petit à petit les orientait vers une fugue.

Le commissariat de Grenoble s’éveillait lentement au train-train quotidien. Les néons diffusaient une lumière blafarde sur les murs gris, et le cliquetis des claviers rythmait le calme administratif du lieu.

Armand venait de signer sa déposition. Le capitaine Morel, l’officier chargé de l’enquête, referma le dossier avec soin, puis leva les yeux vers lui.

— C’est une affaire délicate, docteur, dit-il d’une voix égale. On va transmettre votre déclaration au parquet. Votre témoignage confirme ce que certains soupçonnaient déjà : que cette femme n’avait rien à faire dans un service psychiatrique.

Armand acquiesça, les mains croisées sur la table.

— C’est tout ce que je voulais rappeler, capitaine. La vérité, pas les rumeurs. Morel hocha la tête.

— Vous avez bien fait.Ils se levèrent ensemble. Armand enfila son manteau, salua l’officier avec la réserve polie d’un homme habitué à mesurer ses mots. Mais alors qu’il franchissait le seuil du bureau, Morel le rejoignit dans le couloir.

— Docteur, attendez une seconde.Armand se retourna. Le policier hésita, puis lui tendit sa carte personnelle.

— Je ne sais pas si c’est l’instinct ou l’habitude, dit-il doucement, mais j’ai la sensation que vous ne m’avez pas tout dit. Armand le regarda sans répondre. Le silence entre eux fut bref, mais lourd.

— Ce n’est pas un reproche, poursuivit Morel. Parfois, il y a des vérités qu’on garde pour de bonnes raisons.Il esquissa un sourire.— Si jamais vous avez besoin de parler… pas en tant que témoin, mais en tant qu’homme… appelez-moi.

Armand prit la carte. Morel ajouta, presque comme une confidence :

— J’ai bien connu votre père. Il venait donner des cours à l’école de police, il nous parlait de psychologie et d’empathie dans l’enquête. Un homme brillant.Il sourit encore.

— On m’a dit qu’il vivait à Nice, à la retraite. Vous lui ressemblez. Armand sentit un frémissement discret dans sa poitrine.

— Oui… il est à Nice, toujours aussi curieux de tout.

— Eh bien, conclut Morel en lui tendant la main, il serait fier de vous, docteur. Bonne soirée. Armand quitta le commissariat, la carte serrée dans sa main gantée.

Dehors, le froid s’était intrnsifié, la neige ne tombait plus. Il était dix heures trente, il avait largement le temps de se rendre dans sa clinique. Désormais il s’y consacrait à mi-temps, mais souvent il faisait du 100 pour 100. Les enfants et les ados méritaient qu’il soit autant présent que vers les adultes.

Il inspira profondément, la tête pleine du visage de Mélanie, du rire d’Antoine, et de cette phrase qui résonnait encore :“Je pense que vous ne m’avez pas tout dit.”Ce Capitaine Morel devait être doué, il allait en discuter avec Mélanie et il prendrait sa décision. Au moment où il tourne à l’angle de la rue, afin de récupérer sa voiture, il se heurte de pleins fouet à un individu qui s’excuse vaguement. Mais Armand a eu le temps de voir qui il était : Renaud Masson se rendait à son rendez-vous. Il était pressé ou agacé.

Quelques minutes plus tard alors qu’Armand entrait dans sa clinique son téléphone vibra, il jeta un coup d’oeil à l’arrivant : c’était Masson.

Il envoya son message  » ne pas déranger  » ou il était noté sa phrase humoristique :

« En séance avec mes petits rescapés du monde. Je redeviens joignable bientôt. »

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

10 réflexions sur « Quelques parts, là -haut vers les sommets (12) »

  1. Armand a bien fait de faire une déclaration en gendarmerie, mais le capitaine Morel a plus d’un tout dans son sac… Il va chercher à en savoir plus…
    Alors, Eva Joe, Masson ne se prénomme plus Renaud, mais Pascal maintenant ! 🤣
    Bises et bonne soirée – Zaza

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    1. Oui c’est Renaud Masson, j’avais mis Pascal. En fait c’est le prénom d’un Monsieur Masson qui m’a permis d’avoir ce nom. Que je connaissais de nom et prénom du coup c’est naturellement que je lui ai ch nge son nom à ce brave médecin… Rire ….

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