La nuit s’était installée sur Chambéry, lourde et pluvieuse.Les bruits de la ville s’étaient éteints plus tôt que d’habitude ; seules quelques voitures passaient encore, glissant sur l’asphalte détrempé.Dans l’appartement, les rideaux tirés, Armand regardait les gouttes se heurter à la vitre du salon.
Mélanie préparait un thé qu’elle oubliait de boire.Antoine, blotti dans sa chambre, n’avait pas voulu dormir : il lisait en silence, sous la lampe.Vers minuit, le téléphone vibra.
Armand s’isola dans son bureau, d’une voix ferme il dit à Morel que Robert devait se diriger vers le refuge du Mont Pourri. Et de là il pourrait passer facilement sur l’Italie. Morel l’écoutait et lui promettait de tout faire pour éviter un carnage. Pour Antoine c’était dur d’avoir appris que son père avait tué, mais s’il était abattu il ignorait comment ce gamin allait réagir.
Robert se savait traqué. Il les avait aperçus en traversant le village, silhouettes furtives derrière les vitres givrées. Mais il les avait doublés, malin, lorsqu’il était monté jusqu’à son chalet. Mélanie, sans doute, n’avait rien dit. Sinon, ils auraient déjà fouillé là-haut.Il était entré par la porte principale, ressorti par l’arrière, comme un renard qui connaît ses passages.
Depuis, la neige tombait dru. Le vent rabattait les flocons en gerbes blanches qui effaçaient tout : les traces, les pistes, jusqu’aux voix des hommes. En se retournant, Robert sentit la menace. Le silence lui pesait. Il savait qu’ici, la montagne pouvait avaler un homme sans témoin — des creux, des failles, des trous que même Antoine redoutait. Son fils… Qu’allait-il penser de lui ?Fuir. Il n’y avait plus que cela à faire. Plus tard, peut-être, il reviendrait. L’Italie était à portée de lui. Une fois passée la crête c’était la délivrance. Puis à nouveau son esprit vagabondait vers la mère de son fils:
Mélanie…Celle qu’il avait convoité, volé à son cousin Renaud Masson, l’autre avait épousé Rosemonde, la fille du dignitaire, son père était le maire. Sa Mélanie qu’il avait jeté dans les griffes du Professeur Armand. Là voilà engrossée par ce psychiatre, cet acteur de malheur, ce type qui l’avait manipulée. Robert serra les poings. Si seulement il avait croisé cet homme chez son cousin, il lui aurait montré ce qu’on fait aux traîtres.
Perdu dans ses pensées, il ne vit pas la pente sous ses pieds. Son équilibre se déroba. Il tenta de se rattraper, en vain. Le sol se déroba, la neige se referma sur lui dans un grand souffle blanc.
Un choc sourd, puis le silence.Robert resta un moment immobile, les yeux ouverts sur un ciel sans forme. Tout tournait autour de lui — la peur, le froid, les souvenirs. Il sentit le goût métallique du sang sur sa langue. Sa main chercha appui, rencontra la pierre, puis la neige, lourde, compacte.Il n’entendait plus le vent. Seulement son cœur, régulier, obstiné.Peut-être était-ce un signe. Tant qu’il battait, il pouvait encore fuir.La neige s’était refermée sur lui comme une main glacée.Il resta là, sans savoir combien de temps. La douleur monta, sourde, puis aiguë — un éclair dans sa jambe gauche. Chaque respiration lui coûtait. Il tenta de bouger, mais un craquement lui arracha un cri.La peur fit place à une étrange lucidité. Tout était blanc, figé, irréel. Sa montre indiquait 3 h du matin.
A nouveau il pensa à Antoine. Son fils.
À ce qu’il dirait, un jour, quand il apprendrait. Qu’allait-il penser de son père ? Un fugitif, un homme perdu ? Un assassin, un menteur.
Et puis Mélanie… Mélanie, qu’il aimait encore, malgré tout. La haine remonta en lui, sourde, brûlante. Il aurait voulu l’avoir en face, là, dans la neige, et lui faire payer chaque mot, chaque sourire.
Le froid gagnait ses doigts malgré les gants. Il chercha dans son sac, sortit la couverture de survie, la coinça tant bien que mal sous lui. Il savait qu’il ne devait pas s’endormir.Dans le blanc, tout autour, il n’y avait plus rien.Seulement le vent, et le bruit sourd de son cœur battant contre la glace.
Si les secours ne le trouvaient pas, demain il serait mort. À nouveau ses pensées allèrent vers son fils. À sa petite main glissant dans la sienne, autrefois, quand ils regardaient les montagnes depuis la vallée. Il lui fallait rester les yeux ouverts, mais bien malgré lui, il se sentait partir.
Quelques mètres plus bas….
Dans la lumière bleutée des projecteurs, les secours progressaient lentement, encordés, sondant le vide. La neige mêlée par endroit à la glace rendait leur ascension difficile. Dans le chalet des Lanches il n’avait rien trouvé, sauf la pièce ou son matériel de ski était entassé. Des vêtements épares gisaient de ci de là. Quelques miettes de pain, il avait du manger avant d’attaquer la montée.
Vers quatre heures du matin, un cri bref coupa la nuit :
— Là ! Dans la crevasse !
Ils s’approchèrent. À une dizaine de mètres sous la surface, un corps remuait faiblement.
Robert Permet, le visage couvert de neige et de sang, gisait sur un flanc de glace. Sa jambe gauche formait un angle impossible.
Il respirait, haletant, les yeux ouverts, hagards.
Le chef d’équipe parla dans la radio :
— Cible localisée. Vivant, blessé grave. Nous avons besoin de l’hélicoptère, vent faible, mais dès le lever du jour ce sera difficile de le descendre dans la vallée. Et à ski c’est pire. Préparez l’hélitreuillage.
La manœuvre fut longue, précise, d’une lenteur presque solennelle.
Les secouristes descendirent un brancard, sanglèrent le corps sans un mot. Le souffle du vent couvrait tout.
Quand enfin le câble se tendit et que la civière quitta la crevasse, la montagne sembla retenir un instant sa respiration.
Le rotor de l’hélicoptère déchira le silence.
La civière monta lentement dans la lumière crue du projecteur, oscillant au-dessus du gouffre, silhouette dérisoire contre la blancheur du ciel.
Robert Permet fut hélitreuillé à l’aube.
Fracture ouverte du fémur, hypothermie sévère, multiples contusions.
On le transporta d’urgence vers l’hôpital de Bourg-Saint-Maurice, sous escorte de gendarmerie.
Quand le capitaine Morel appela Armand quelques heures plus tard, sa voix avait changé de ton.
— Docteur… c’est terminé.
— Il est mort ?
— Non. Vivant. Très amoché. Il ne marchera pas avant longtemps. Mais il a parlé. Il a tout avoué. Et surtout il a demandé pardon à son fils. Vous êtes psychiatre vous pourrez le lui dire.
Armand resta muet quelques secondes.
À ses côtés, Mélanie le fixait, le visage pâle.
Il hocha simplement la tête.
— Alors, dit-il doucement, la montagne a fait le reste.
A suivre…

Coucou Éva Joe .
tu te reliras, mais il me semble que ce qui suit le à suivre est une redite de l’appel de Morel annonçant la mort de Permet. Et oui si j’ai constaté que Pascal avait repris le prénom de Robert 😉😅😂🤣
Bises et bon début de semaine. Zaza
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il faut choisir la fin que tu préfères ☺️
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J’ai inversé les chapitres sûrement. Je dors a moitié..
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Parfois j’ai du mal à suivre avec les prénoms mais je sais qu’ensuite tu corrigeras.
D’accord il a avoué mais j’ai l’impression qu’il y a des choses que tu ne nous as pas dites ou alors c’est moi qui oublie et là il va falloir que je me concentre encore plus. Mais c’est vrai qu’il est tellement plein de rancune et de rage qu’il faut démêler.
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Il est vivant mais amoché, hein !!!
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