Quelques parts là-haut vers les sommets (24)

Le jour s’était levé lentement sur Chambéry.La neige avait fondu pendant la nuit, laissant les trottoirs luisants, les arbres dégoulinants de gouttes claires.

Dans l’appartement, une odeur de café chaud flottait, familière, presque rassurante.Mélanie s’était levée tôt, sans bruit.Elle avait allumé la radio, puis la télévision, par réflexe, plus que par envie.Les images de la montagne s’affichèrent aussitôt : le ballet d’un hélicoptère, un brancard suspendu dans les airs, puis des gendarmes avançant dans la neige. La voix du journaliste était calme, presque neutre :

« Etienne Permet, recherché depuis deux jours dans le cadre de l’enquête sur le meurtre du docteur Renaud Masson, a été retrouvé vivant dans une crevasse au-dessus de Peisey-Nancroix. Blessé à la jambe, il a été évacué par hélicoptère vers l’hôpital de Bourg-Saint-Maurice. Son pronostic vital n’est pas engagé.Selon nos informations, il aurait reconnu les faits pendant son transfert. »

Mélanie écouta sans bouger.Ses doigts se crispèrent légèrement sur la tasse qu’elle tenait, mais aucun mot ne franchit ses lèvres.Puis elle éteignit le poste.Le silence revint, immense, presque apaisant.

Armand entra dans la cuisine, encore en peignoir, les cheveux en désordre. Ce n’était pas dans ses habitudes. Tu as entendu demanda-t-il doucement ?

Elle hocha la tête.

— Oui, à l’instant, elle chercha ses mots, puis dit simplement :

— Je ne ressens rien. Ni colère, ni soulagement. Juste… du vide.

— C’est normal, répondit Armand. Quand on a trop eu peur, il faut du temps pour que le corps se souvienne qu’il peut respirer. Elle esquissa un sourire discret, presque un frémissement.

Antoine arriva à son tour, les yeux encore lourds de sommeil.

— Est-ce qu’il est arrêté ? demanda-t-il.

— Oui, répondit Armand. Et il ne reviendra plus.

Antoine pris la main de son beau-père , se rapprocha, posa sa tête contre l’épaule de sa mère.Elle glissa une main dans ses cheveux, sans parler. Armand le pris dans ses bras à son tour. Puis les deux entourèrent Mélanie.

Dehors, un rayon de soleil perça entre les nuages et illumina le rebord de la fenêtre. Pour la première fois depuis des années, Mélanie sentit que le jour pouvait se lever sans menace.Elle leva les yeux vers Armand.

— Tu crois qu’on pourra retourner à la montagne ?

— Oui, dit-il. Mais cette fois, ce sera pour y vivre, pas pour s’y cacher.

Elle ferma les yeux un instant, laissant ce mot — vivre — prendre enfin tout son sens.

Quelques jours plus tard, le téléphone sonne, c’est Antoine qui décroche, le Capitaine Morel cherche à joindre son beau-père et s’étonne qu’il ne soit pas au lycée.

— Le lundi je n’y vais qu’à partir de quinze heures.

— Est-ce que tu vas bien ?

— Je n’ai plus peur de voir surgir mon père pour m’enlever. Vous avez de ses nouvelles?

Le capitaine hésite à lui répondre, finalement il se décide.

— Sa jambe doit guérir avant d’aller ailleurs. D’abord à la rééducation et ensuite en prison. Est-ce que ton beau-père est là.

— Oui, je vous le passe. Au revoir Capitaine.

— Merci, au revoir Antoine.

— Beau-Papa, excuse-moi de te déranger mais le Capitaine Morel veut te parler. Je te le passe

— Armand Valgrange j’écoute

— Capitaine Morel à l’appareil. Bonjour Professeur.
— Bonjour, Capitaine. Que se passe-t-il ?
— Je vous appelle pour vous prévenir : le père d’Antoine a demandé à voir son fils. Le juge des enfants est d’accord, à condition que la rencontre se déroule sous surveillance.

Un bref silence.
— Je vois, répondit Armand. C’est une étape délicate, mais nécessaire, sans doute.
— Oui. Ce sera au centre de rééducation, avec un agent présent.
— Très bien. J’accompagnerai Antoine. Vous pouvez compter sur moi.

— Je n’en doutais pas, dit Morel. Merci, Professeur.

Armand raccrocha et se tourna vers Antoine, qui l’attendait dans le salon, silencieux.

— Antoine… dit-il doucement, j’ai parlé avec le Capitaine Morel. Ton père a demandé à te voir.

Antoine resta figé un instant.

— Il veut vraiment me voir… ? murmura-t-il.

— Oui, répondit Armand. Il te demande pardon.. La rencontre pourra se faire. Elle sera encadrée, un des hommes de Morel sera présent pour que tout se passe en sécurité.Antoine baissa la tête, les mains serrées.

— Je… je crois que je veux le voir. Juste pour comprendre…

Armand posa une main sur son épaule.

— D’accord. Nous irons ensemble. Je serai là à chaque étape. Tu ne seras pas seul.Antoine releva la tête, un peu soulagé, et hocha lentement la tête.

— Merci… Beau-papa.

Armand sourit légèrement, rassurant.

— On fera les choses dans l’ordre, et à ton rythme.

A suivre…


Avatar de Inconnu

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

9 réflexions sur « Quelques parts là-haut vers les sommets (24) »

  1. Coucou Eva Joe
    La saga continue ???
    Pauvre Antoine, il va falloir qu’il se montre courageux.
    Pour les prénoms de Permet, il va falloir choisir ma belle…
    Etienne, Pascal, Robert, Etienne ????????? 🙃😉😆😂🤣
    Bisous, bisous – Zaza

    Aimé par 1 personne

  2. Alors on reprend Etienne ?

    C’est pas tout ça mais pour Antoine qui est déjà dans toute cette histoire, qui a compris mais peut-être pas tout, ce sera encore une grosse étape à passer avant de se relever juste bien. J’imagine quand tu te prends tout cela en plein, à l’âge qu’il a, et encore est-ce que l’âge joue pour se relever de pareille histoire. Bien sûr il sera bien entouré et heureusement.

    Aimé par 1 personne

  3. Tout à fait, c’est vraiment Etienne … j’avais remarqué mais, je n’ai rien dit, sachant que tout allait revenir à sa place et, c’est ce qui se produit.

    Ceci étant dit, j’ai hâte de voir comment cela va se passer cette visite pour Antoine. Bisous

    J’aime

    1. Ils sont tous remis à leur place : Etienne Permet ( géniteur d’Antoine) Armand Valgrange ( père d’Antoine mari de Mélanie, deux enfants) les autres ce n’est plus important… Sauf la femme à Masson. Mais on en parle qu’une demi-ligne.

      J’aime

Répondre à ANNE GUILLARD Annuler la réponse.