Quelque part là-haut vers les sommets (27)

La chambre baignait dans une lumière douce de fin d’après-midi. Mélanie, allongée sur le lit, tenait Clara contre elle. La petite dormait, paisible, le visage à moitié caché dans une couverture rose pâle.

Un coup discret à la porte, puis une tête passa dans l’entrebâillement, Mélanie vit son aîné, elle se pencha vers sa fille et lui dit :

— Clara ma petite fille voici ton frère, comme si elle comprenait , Clara esquissa un sourire.

Antoine s’approcha lentement, presque sur la pointe des pieds. Il ne savait pas vraiment quoi faire, ni quoi dire. Tout semblait fragile, suspendu.

— Tu veux la voir de plus près ? demanda sa mère avec un sourire fatigué mais tendre.

Il hocha la tête et s’assit prudemment sur le bord du lit. Mélanie écarta légèrement la couverture pour lui laisser voir le minuscule visage de Clara. Antoine resta muet, fasciné. Il n’avait jamais rien vu d’aussi petit, d’aussi calme.

— Elle est… toute légère, murmura-t-il.

— Oui, répondit Mélanie en riant doucement. C’est normal, elle pèse 2,800 kg et elle a deux jours. Bientôt elle sera dans ta chambre à attraper tes livres, tes jeux. Antoine riait aux mots de sa mère, il était revenu pour passer du temps avec sa Maman et sa petite soeur. Son père était parti à la Clinique, il avait des rendez-vous à honorer.

Antoine tend un doigt, hésitant, et Clara referme ses minuscules doigts autour de lui. Ce simple geste fit battre le cœur du garçon plus fort.

— Elle me tient, dit-il à mi-voix, comme s’il avait peur de rompre le charme.

— Oui, confirma Mélanie, elle s’accroche déjà à toi. Elle te tiendra toujours, Antoine. Tu es son grand frère. Antoine leva les yeux vers sa mère. Il sentit une vague de chaleur monter, une émotion qu’il ne parvint pas à nommer. Peut-être de la joie, peut-être du soulagement. Il comprit simplement qu’ici, dans cette chambre, tout ce qu’il avait perdu, tout ce qu’on lui avait volé, reprenait sens. Il se pencha un peu plus, caressa doucement la joue de Clara.

— Salut, petite sœur… C’est moi, Antoine. Ton grand frère. Clara remua un peu, sans ouvrir les yeux. Antoine esquissa un sourire, puis leva la tête vers sa mère.

— Elle est parfaite.

Mélanie hocha la tête, les larmes aux yeux.

— Oui. Et toi aussi, mon grand.Antoine resta encore un moment, silencieux, à regarder Clara dormir. Pour la première fois depuis des années, il sentit la paix. Pas celle qu’on impose, mais celle qu’on retrouve quand on sait enfin qui l’on est, et où l’on appartient.

Sur le coup des dix-sept heures, Armand était de retour. Il arrivait avec sa belle-mère, demain c’était la fête pour l’arrivée de Clara mais Antoine ne Le savait pas, lui aussi serait célébré. Ses grands-parents paternels viendraient découvrir leurs deux petits enfants Antoine et Claire Valgrange, sa grand-mère paternelle avait dit à Antoine au téléphone qu’elle attendait de faire la connaissance de ses deux petits-enfants. Antoine était fier d’appartenir à la famille Valgrange.

Le soleil de mai inondait le parking de la maternité d’une lumière douce et fraîche. L’air sentait la neige fondue et les premières fleurs des montagnes. Antoine tenait le cosy , très concentré, presque solennel. Clara dormait paisiblement, emmitouflée dans une couverture blanche bordée de dentelle, sur sa tête une capuche verte d’un petit ensemble pour le ski avait dit Rosemonde en l’offrant à Mélanie.

D’une histoire sordide, elles rn avaient fait une force, les deux amies s’étaient retrouvées.

— Attention aux marches, murmura Armand avec un sourire.

— Je fais attention, répondit Antoine sans lever les yeux. Son ton était sérieux, comme s’il portait un trésor fragile. Mélanie, encore fatiguée mais rayonnante, suivait doucement, soutenue par Armand. La petite famille rejoignit la voiture garée à l’ombre des sapins.Antoine installa le cosy sur le siège arrière, vérifia deux fois la ceinture, puis s’assit à côté de sa sœur.Le moteur ronronna, et la route commença à serpenter vers les hauteurs de la Plagne.

À mesure qu’ils prenaient de l’altitude, les souvenirs douloureux semblaient s’éloigner dans la vallée. Mélanie regardait par la fenêtre, Armand conduisait d’un air concentré, et Antoine observait Clara, fascinée par le moindre de ses gestes. De temps en temps, il lui murmurait quelques mots qu’elle n’entendait pas encore, mais qu’il avait besoin de dire :

— Tu verras, là-haut, c’est beau. On va bien s’occuper de toi.Quand ils arrivèrent enfin devant le chalet, la lumière du soir baignait la façade de bois doré. Antoine descendit le premier, prit délicatement le cosy et franchit la porte d’entrée.Le feu crépitait déjà dans la cheminée : Armand y tenait toujours, même au printemps. L’air sentait le pin, le linge propre, la maison.

Antoine posa le cosy sur la table basse, se pencha, et observa Clara qui s’agitait à peine.

— Bienvenue chez toi, souffla-t-il.

Mélanie s’assit sur le canapé, Armand posa une main sur son épaule.Le silence du chalet était plein de vie, un silence de paix.

Antoine leva les yeux vers eux, un sourire timide aux lèvres.

— Vous savez… j’ai l’impression que c’est vraiment chez moi, maintenant.

Armand croisa son regard et répondit simplement :

— C’est chez toi, Antoine. Pour de bon.Le garçon hocha la tête, puis se pencha encore une fois vers le cosy. Clara ouvrit brièvement les yeux, un instant suspendu.Antoine sentit une bouffée de chaleur lui monter au cœur.La page était tournée. Et, pour la première fois, il se sentait prêt à écrire la suivante.

À suivre…

Avatar de Inconnu

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

6 réflexions sur « Quelque part là-haut vers les sommets (27) »

Répondre à ANNE GUILLARD Annuler la réponse.