Brest été 1985
Erwan était aux anges il avait réussi à avoir des nouvelles de Lou, son père gendarme était reparti fin août avec sa fille à Saint-Denis de la Réunion en 1981.
Quatre ans était passé, Erwan avait eu pendant un an des nouvelles de Lou, puis en juin 1982 plus aucune nouvelle. Et même la dernière lui avait été retourné n’habite plus à l’adresse indiquée.
Gaëlle une de ses amies qui lui écrivait souvent venait de lui donner de ses nouvelles. Lou n’avait plus de nouvelles du beau brun qui venait d’Irlande et qui s’appelait Tristan. Gaëlle lui a laissé le numéro de téléphone de ses parents et des plages horaires pour appeler. Il le ferait ce soir.
Il était à peine 20 heure lorsque son téléphone vibra sur le bureau, interrompant la rêverie d’Erwan. Le nom de Gaëlle s’afficha sur l’écran. Il décrocha aussitôt.
— Salut, Gaëlle ! Alors, tu as eu Lou ? demanda-t-il, la voix un peu trop pressée.
De l’autre côté, un léger rire.
— Toujours aussi impatient, toi. Oui, j’ai eu des nouvelles. Elle va bien, mais… elle semble triste. Elle ne parle plus de Tristan. Tu sais, ce fameux Irlandais ?
Erwan sentit son cœur battre plus vite. Il se leva, fit quelques pas vers la fenêtre.
— Triste, hein ? fit-il, essayant de masquer l’émotion dans sa voix.
— Oui. Je crois qu’elle a été déçue. Elle ne veut pas trop en parler, mais j’ai compris qu’il est parti du jour au lendemain. Il s’était donné rendez-vous à Pont-Aven, tu te souviens c’est le jour de cet accident dramatique de cet homme fauché par une moto. Lou avait pensé que c’était Tristan, mais l’homme se nommait Arthur.
Le lendemain elle avait reçu un courrier il prenait le ferry à Roscoff, il lui envoyait mille baisers et un je t’aime. Puis plus un mot.
Un silence pesa un instant entre eux. Seul le souffle du vent se faisait entendre à travers la vitre entrouverte.
— Et toi, Erwan, tu ne lui écris plus ? demanda doucement Gaëlle.
Il soupira.
— J’ai essayé… Mais je ne veux pas paraître insistant. Elle a besoin de temps, je crois. Et j’attends toujours sa nouvelle adresse.
— Peut-être, répondit Gaëlle. Mais parfois, le temps, c’est juste une excuse. Peut-être qu’elle attend qu’on vienne la chercher. L’adresse je te la donne, tu as de quoi noter ?
Elle rit à nouveau, légère, avant de raccrocher.
Erwan resta un moment immobile, le téléphone encore à la main. Une chaleur familière lui monta au cœur. Peut-être que Gaëlle avait raison. Lou n’attendait qu’un signe de lui.
Le silence retomba dans la pièce une fois le téléphone posé.Erwan resta là, immobile, les yeux perdus dans la lumière pâle qui filtrait à travers les rideaux. Le vent soulevait à peine une feuille sur son bureau : un vieux mot de Lou, griffonné à la hâte avant son départ. Il le relut du bout des yeux sans vraiment le voir.
Triste ! C’était le mot de Gaëlle qui résonnait encore en lui. Triste, Lou ?Il l’avait toujours connue pleine de rires, de ce feu doux qui faisait qu’on se sentait un peu plus vivant quand elle était là.Et maintenant… elle était à l’autre bout du monde, sur une île qu’il imaginait baignée de soleil, mais où elle semblait s’éteindre lentement.
Il s’assit, la tête entre les mains.Pourquoi n’avait-il rien dit, cet été-là ?Il aurait pu — non, il aurait dû — lui dire ce qu’il ressentait avant qu’elle parte.Mais il y avait eu Tristan. Ce type venu de nulle part avec ses histoires d’Irlande, son regard sombre et ses mots faciles. Un « Tristan » d’Irlande… Quelle ironie.Lou avait cru à son charme, bien sûr. Elle aimait les âmes perdues, celles qu’on pense pouvoir sauver.
Erwan ferma les yeux. Ce n’était pas de la jalousie, pas vraiment. C’était autre chose : une envie sourde de la revoir sourire, de sentir encore une fois ce lien fragile qui les unissait.
Et si Gaëlle avait raison ?Peut-être que Lou attendait.Pas une lettre, pas des mots sur un écran — mais un vrai signe.Quelque chose qui dirait : je suis encore là, même de loin.
Il se leva, attrapa un stylo.Le papier blanc lui parut soudain plein de promesses.
Brest un soir de septembre 1985
Chère Lou,
Je ne sais pas trop par où commencer. Cela fait des semaines que je tourne autour de cette feuille, que je me dis qu’écrire ne servirait à rien — et pourtant, me voilà. Peut-être parce que j’ai besoin de t’écrire autant que toi d’être lue, même de loin.
Gaëlle m’a parlé un peu de toi. Elle dit que tu vas bien, mais je ne sais pas… il y avait quelque chose dans sa voix, comme un petit nuage au-dessus de tes mots. Peut-être que je me fais des idées. Peut-être aussi que j’ai trop envie de croire que je te connais encore un peu.
Ici, tout est pareil. Le vent du port, les lumières du soir sur la baie… parfois, j’ai l’impression que rien n’a bougé depuis ton départ, sauf le vide que tu as laissé. On rit, on sort, on fait semblant que tout continue. Mais il manque toujours cette voix, la tienne, qui trouvait toujours quelque chose à dire, même pour rien.
Je me souviens de ce dernier jour, avant ton avion. J’aurais voulu te dire quelque chose — tu sais quoi. Mais j’ai préféré me taire. J’ai cru que c’était mieux, que tu devais partir légère, sans promesse, sans attente.Aujourd’hui, je ne sais plus.
Alors je t’écris, sans but précis. Pour te dire que je pense à toi. Que je n’en veux à personne, pas même à ce Tristan dont je ne sais rien, sinon qu’il t’a fait rêver un temps. Les rêves, ça compte, même s’ils finissent mal.
J’espère que tu trouves un peu de paix là-bas, entre les vagues de l’océan Indien et les rires de ta nouvelle vie. Et si, parfois, le soir, tu penses à ici — à la Bretagne, au vent salé, à la lumière grise du matin — alors sache qu’il y a quelqu’un, quelque part, qui pense à toi aussi.
Toujours un peu trop, peut-être.
Erwan
A suivre…

Jolie lettre, ÉvaJoe .. Les prénoms des protagonistes de ont posé et j’y vois plus clair. Seul le randonneur n’est pas nommé… Et de i c’était Tristan ???
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Superbe, que cette lettre d’Erwan pour Lou !!! Bonne poursuite de ce jeudi, Eva Joe !!! Bisous
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Donc, Lou a rencontré l’Irlandais. Mais est-ce celui qui a reçu la bouteille.
Ca y est je commence à me poser des questions !
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Pffff quel romantique quand même 😂
ça va pas marcher lol
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