La mer, gardienne des mémoires ! (12)

Lou et Peter s’assirent sur un banc, un peu à l’écart du marché, l’enfant jouant à proximité. Le vent soufflait doucement, portant l’odeur salée de la mer.— Cette lettre… murmura Lou en tendant les mains vers celle que Peter avait gardée précieusement.Peter la lui passa, et elle la prit avec un mélange de respect et de nervosité.Elle parcourut les lignes, relisant chaque mot, sentant la voix de Tristan — ou plutôt d’Arthur — derrière chaque phrase.

— Je… je l’avais écrite pour Tristan, dit-elle enfin. Je croyais lui dire tout ce que je n’avais jamais osé.Elle releva les yeux vers Peter, le regard brillant.— Mais je ne savais pas qu’il s’appelait vraiment Arthur. Quand j’avais lu l’article sur l’accident… il y avait son vrai prénom. Alors je n’ai jamais fait le lien.Peter hocha lentement la tête.

— Je sais. Et c’est pour ça que je suis venu. Pour te dire la vérité. Pour qu’on comprenne tous ce qui s’est passé, et qu’on puisse… continuer, malgré tout.Lou inspira profondément.

— J’ai l’impression que j’ai raté tellement de choses. Les derniers mots, les gestes… tout ce que j’aurais pu lui dire.

— Tu ne les as pas ratés, répondit Peter doucement. Ces mots, cette lettre… ils existent encore. Et même si Arthur ne peut pas répondre maintenant, ils ont été entendus.Il pointa du regard l’enfant qui jouait à leurs pieds.

— Regarde-le. Il porte en lui une partie de lui. Ses yeux, son expression… tout ce qu’on aimait chez lui est là.

Lou baissa les yeux sur son fils, et un souffle léger traversa sa poitrine.

— Alors, peut-être que ce que j’ai écrit n’est pas perdu. Peut-être qu’il vit encore, d’une autre manière.Peter sourit, un peu maladroitement, mais sincèrement.

— Oui. Et maintenant, nous devons juste… trouver comment continuer. Pour lui. Pour lui et pour nous.Lou acquiesça, silencieuse. Le vent soulevait ses cheveux, et elle sentit que, pour la première fois depuis longtemps, le passé et le présent se rejoignaient enfin.Elle serra la lettre contre elle, consciente que ces mots, ces sentiments, étaient un pont — fragile mais solide — entre Tristan, Arthur, Peter et elle.

— En y réfléchissant… et si tu penses que tes parents sont d’accord, je vais aller voir Arthur.Car même s’il m’a menti, s’il a joué avec moi, il m’aimait réellement.

Nous avions des projets ensemble : fonder une famille, vivre en Irlande et, parfois, revenir en Bretagne… aller se promener à La Réunion. Une vie de rêve…Mais Tristan — c’est le prénom que j’ai donné à mon fils — est arrivé.Je l’ai aimé dès le premier jour. Il représentait à mes yeux tout ce que nous avions vécu pendant ces trois mois, Arthur et moi.

Peter hocha lentement la tête, ému par la douceur de ses mots.

— Est-ce que ton père est en Bretagne ? demanda-t-il après un silence.

— Oui

— J’aimerais le rencontrer, répondit-il simplement.Pour le saluer au nom de mon frère… et pour excuser Arthur de ne pas s’être confié à moi.Il aurait peut-être voulu le faire, mais il ne savait pas comment. Et moi, j’aimerais pouvoir expliquer son silence.

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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