Épisode 1 — Les Bonbons et les Ombres
Le ciel d’octobre semblait plus bas que d’habitude, comme s’il voulait écouter la ville respirer.Les enfants couraient de porte en porte, leurs cris se perdaient dans le vent. Des citrouilles s’illuminaient derrière les vitres.Et au milieu d’eux, Léonie, douze ans, manteau rouge et lampe torche à la main, avançait seule sur le trottoir, notant dans son carnet les numéros des maisons où elle s’arrêtait.
Personne ne faisait attention à elle.C’était l’avantage d’Halloween : on pouvait se glisser partout sans attirer de soupçons.Elle avait une mission.Elle avait dit à sa mère qu’elle allait “chercher des bonbons”, mais dans la poche de son manteau se trouvait une photo écornée : celle d’une fillette du même âge, aux yeux pâles, souriante, vêtue du même manteau.
En bas, au stylo, un prénom : Élise.Sa sœur jumelle.Ou du moins, c’est ainsi qu’elle se présentait quand elle en parlait.Pourtant, il n’existait aucune Élise dans les registres, aucune trace à l’école, aucun témoin.
Mais Léonie, elle, savait qu’il s’était passé quelque chose.Quelque chose ici, dans la rue du Chat Noir.Elle y entra au crépuscule.La ruelle était plus étroite que dans ses souvenirs — ou peut-être que ses souvenirs s’étaient élargis pour laisser de la place à la peur. Les lampadaires y diffusaient une lumière blafarde, malade, comme filtrée par un drap sale.Les maisons semblaient inhabitées.Pourtant, au loin, un chat noir traversa la chaussée. Il s’arrêta net, la fixa, puis disparut derrière un portail entrouvert.Léonie suivit.
Le portail grinça doucement.Derrière, une allée couverte de feuilles menait à une maison au crépi défraîchi. Sur la porte, le numéro 13. Elle consulta son carnet.C’était bien là.Elle savait ce qu’on disait de cette maison : un vieil homme y vivait seul, un certain Monsieur Vernier, ancien professeur ou collectionneur — les versions variaient.Certains disaient qu’il était fou. D’autres, qu’il n’existait plus depuis longtemps.
Léonie prit une inspiration.Elle sonna.
Rien !
Puis un bruit derrière la porte.Des pas traînants, un raclement.Une voix, rauque :
— Qui est là ?
— Des bonbons, monsieur… c’est pour Halloween.Un déclic, puis la porte s’entrouvrit.Une odeur âcre en sortit, un mélange de cire fondue et de poussière mouillée. L’homme apparut.Grand, voûté, les yeux pâles, la peau presque translucide sous la lumière du porche.Il la regarda longuement avant de dire :
— Tu n’as pas peur, toi ?
— Non, monsieur.
Un mince sourire traversa son visage.
— Entre, alors. J’en ai, des bonbons. Des rouges. Tu vas aimer.Elle hésita, un instant.Puis franchit le seuil.La porte se referma doucement derrière elle.Le bruit du loquet résonna dans le silence comme un verrou de cellule.
À l’intérieur, tout semblait figé : des meubles anciens, une horloge arrêtée, des rideaux jaunis.Un chat noir dormait sur le rebord d’une commode, les yeux mi-clos.Léonie observa, notant mentalement les détails, les distances, les issues.Monsieur Vernier posa un bol de bonbons sur la table.
— Prends ! Elle s’exécuta, sans manger.Ses doigts tremblaient à peine.
— Tu n’habites pas ici, hein ? fit-il d’une voix cassée. On ne te voit jamais.
— Non, je… je viens chercher quelqu’un.Il plissa les yeux.
— Quelqu’un ?
— Ma sœur. Elle est passée ici, l’année dernière. Elle s’appelait Élise.Un silence.
Seule l’horloge, que Léonie aurait juré morte, se remit à tictaquer.
— Élise… murmura l’homme, comme s’il goûtait le nom.Il secoua la tête.
— Non. Il n’y a jamais eu d’enfant ici. Pas depuis longtemps.Mais son regard trahit un tressaillement, furtif.
Léonie suivit le chat du regard. Il s’était levé, avançant vers le fond du couloir, d’un pas souple et assuré.Sous une porte fermée, elle crut voir briller un mince filet rouge, si discret qu’on aurait pu croire à un reflet.Le chat s’arrêta là, miaula.
— Monsieur Vernier, qu’y a-t-il derrière cette porte ? demanda-t-elle.Le vieil homme haussa les épaules.
— Une vieille armoire. Rien d’intéressant.
Il détourna les yeux, comme si la conversation le fatiguait.
— Tu devrais rentrer maintenant, petite. Il se fait tard.Mais Léonie ne bougea pas.Elle savait que la nuit ne faisait que commencer.
A suivre…

Coucou ÉvaJoe.
Elle n’est pas prudente cette petite Léonie, il va lui arriver des bricoles… Quand à cette sœur jumelle inconnue des registres, bizarre…
Bises et bonne journée. Zaza
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Pauvre petite Léonie, hélas !!! Va-t-elle pouvoir s’en sortir … le chat noir a l’air son complice mais … attention, hein ! Bonne poursuite de ce mercredi Eva Joe. Bisous
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Hum… Une histoire à faire dresser les cheveux sur la tête… Ou… Va savoir qui sait ? Le chat noir …
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Coucou EvaJoe
Ca y est, tu as repris la plume. Tu n’arrêtes jamais.
Hum … Elise, l’homme a connu.
Mais dis voir EvaJoe qui est Léonie ?
Tu nous embarques direct dans une atmosphère trouble. C’est vrai, c’est Halloween.
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J’ai besoin de m’échapper en écrivant cela m’aide à supporter ma drôle de vie.
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bien courageux c’est cette petite
logiquement on entre pas dans les maisons
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COMMENTAIRE DE MARTINE
Un début d’histoire très prenant. ce petit chaperon rouge moderne n’a pas froid aux yeux. brrr! Moi, je n’irai pas . Et, je peux te dire, que si Halloween avait existait en France lorsque j’étais môme, jamais ma mère ne nous aurait autorisé , mes sœurs et frères et moi, à faire du porte à porte pour avoir des bonbons! Au grand jamais!
Gros bisous
Martine
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