Au numéro 13 de la rue du chat noir (7)

Quinze ans plus tard

La pluie tombait encore, fine, presque identique à celle de cette nuit-là.
Le 13, rue du Chat Noir, n’existait plus depuis longtemps. À sa place, un petit immeuble moderne, façade claire, interphone neuf.
Mais Léonie savait très bien ce qui reposait sous le béton.

Elle s’était arrêtée de l’autre côté de la rue, parapluie à la main. C’était une femme d’une trentaine d’années maintenant, démarche assurée, cheveux attachés.
Personne ne pouvait deviner ce qu’elle cachait derrière ce calme.

Elle travaillait comme psycho-criminologue pour la police judiciaire. Quelle ironie du sort !
On l’appelait sur les affaires de mémoire, les reconstitutions mentales, les profils d’obsédés.

Et pourtant, elle savait que tout avait commencé ici.

Un jeune inspecteur sortait de l’immeuble.
Il la reconnut :
— Commandante Morel ? Vous connaissez quelqu’un dans le coin ?

Elle hésita.
— Non. Juste un vieux dossier. Une maison détruite après un incendie.
— Ah oui, j’ai vu ça dans les archives de la mairie. Aucun corps retrouvé, c’est ça ?
— Exact. Aucun corps.

Il haussa les épaules et repartit sous la pluie.

Léonie s’approcha du mur où jadis se dressait le portail. Elle posa la main sur le crépi humide. Et c’est là qu’elle la vit.

Une silhouette !
Son propre reflet dans la vitre d’un rez-de-chaussée.
Mais derrière elle, l’espace d’un instant — une autre enfant, manteau rouge, cheveux blonds, la fixant en silence.
Puis plus rien.

Léonie ferma les yeux, inspira profondément.

Elle sortit de sa poche un petit objet de métal cabossé : une boîte d’allumettes.
Les initiales y étaient toujours gravées, E – M.
Elle en gratta une. La flamme éclaira brièvement son visage.

Elle murmura :
— Tu peux te rendormir, maintenant.

Le vent éteignit la flamme.
Une odeur de cire et de poussière s’éleva, familière.

Léonie rangea la boîte, remit son parapluie et s’éloigna lentement.
Le chat noir la suivit un instant avant de disparaître dans une ruelle latérale.

Sous ses pas, le trottoir vibra légèrement, comme si la terre respirait encore.
Et dans la lumière blafarde d’un lampadaire, une inscription à peine visible sur le mur :
VERNIER — Restaurateur d’âmes.

FIN

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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