Une ombre dans l’escalier 17

Elle sentait son regard derrière la vitre. Cela ne tarderait guère que la meute soit lâchée. Il lui fallait mettre de la distance entre elle et ses poursuivants.

Elle se mit à courir, en chemin elle fouille dans sa poche et récupère sa clef, elle ouvre a distance sa voiture. Elle s’asseoit, démarre sans bruit sa Captur électrique. Jette un coup d’œil dans le rétroviseur. Ils arrivent, d’abord deux phares fendent la nuit comme deux couteaux. Puis deux motos s’étaient rapprochées, rapides, silencieuses, presque fantomatiques. La sueur perlait à sa tempe malgré le froid.

Elle regardé son écran, le dernier appel reçu était celui d’Alain, il devait s’inquiéter, elle s’était attardée, la nuit était là. Il lui faut l’appeler, lui dire la situation.

📞 Au moment où elle va pour appeler, son téléphone vibre dans sa poche, Elle le laisse, elle est connecté dans sa voiture. Appuie sur la touche verte et continue d’aller de plus en plus vite.

— Alain… j’suis désolée, j’ai pas eu le temps de prévenir… Ils sont déjà là. Deux motos dans les bois, genre tout terrain à moins que ce soit des quads et une voiture derrière moi. Je suis dans les bois, le chemin n’a pas de nom mais il atterrit route de Saint-Roch.

— Tu les as semés ?

— Non ! Ils me collent, je… (coup de volant) bordel ! Ils essaient de me bloquer ! Je crois qu’ils veulent pas que je sorte vivante de ce bois.

— Tu as encore les documents ?

— Bien sûr que je les ai ! C’est pour ça qu’ils me traquent. Si je tombe, tout s’écroule. Tu comprends ? (Un bruit métallique contre sa vitre. Elle pousse un cri, tourne le volant brusquement.)

— Où es-tu exactement ?

— Je ne sais pas ! Des arbres, que des arbres ! J’ai dû quitter la route forestière ! Si je perds le signal, je veux que tu envoies tout. D’accord ? Tout ce que je t’ai laissé. Même s’ils me chopent.

— Dis pas ça. Dis pas ça, Myriam. Tu vas t’en sortir, ok ? Respire. Dis-moi si tu vois un panneau, un chemin, n’importe quoi.

— je regarde autour, j’essuie la buée sur le pare-brise) puis je lui dit il y a un vieux panneau rouillé… Quelque chose avec « Pont de l’Écorce »… ça te parle ?

— Ouais, ouais, je vois. Si tu continues vers l’est, tu devrais croiser une ancienne voie forestière. Si tu peux sortir de la voiture, cours vers le vieux dépôt EDF. Il n’y a personne là-bas.

— Je n’ai pas le choix. La voiture tiendra pas longtemps. Rappelle-moi si je coupe, OK ? Et Alain…

— Quoi ?

— Si jamais… dis à Shana que j’ai fait ce qu’il fallait.

— Non. Tu n’as pas fini. Alors fonce, et reviens vivante.

(Elle raccroche. …Les motos reviennent à sa hauteur. Elle pousse un cri et donne un coup de volant brutal, elle accélère Le moteur gronde, rugit presque, tandis que les arbres défilaient de chaque côté de la route forestière. Trop de virages, trop de flaques, et surtout… trop peu de temps. Ils savaient ce qu’elle avait pris. Et ils la voulait morte avant qu’elle n’ouvre la bouche.

La première moto surgit à sa gauche. Le motard tapa contre la vitre avec la crosse d’une arme. Elle hurla, tourna violemment le volant, fit déraper la voiture pour éviter une branche morte, manqua de peu de finir dans le fossé. L’autre moto arrivait à droite, bloquant toute échappatoire. Elle n’avait plus le choix. Elle enclencha les pleins phares, braqua sèchement à gauche. Le motard ne vit pas le tronc d’arbre sur le bas-côté. L’impact fut sourd, brutal. Il disparut dans l’ombre.

Elle poussa un cri — de peur, de soulagement, elle ne savait plus. Mais la voiture noire était toujours là. Silencieuse, puissante, plus dangereuse que les motos. Le moteur toussa. Un bruit métallique, trop aigu. Une alarme clignota sur le tableau de bord. Elle avait trop tiré dessus. Les virages étaient devenus trop serrés, la chaussée trop grasse. Un choc, sec : une racine ou un rocher, elle ne vit pas. Le capot se souleva à moitié dans un grincement, et la voiture s’immobilisa dans un panache de fumée. La voiture noire était loin, Myriam à l’intersection avait quitté sans s’en apercevoir le chemin forestier. Elle était en plein bois. Il y eut un grand silence. Puis… des bruits, une portière qui claque, des pas. Ils étaient là.

À suivre…

Copyright Juin 2025

Une ombre dans l’escalier 16

Myriam secoue la tête :

— Non ! Pas encore., ils sont trop puissants. On ne peut pas se contenter de crier. Il nous faut un plan. Il faut que ça tombe… Et que ça ne se relève pas.

Dans le silence feutré de son bureau, Myriam compose un numéro qu’elle n’avait pas touché depuis quatre ans. Un homme décroche. C’est une drôle de voix lisse, sans chaleur.

— Allô ?

— C’est Maïa. » (le faux nom qu’elle utilisait à l’époque)

Une pause, puis un rictus presque audible

— Tiens… la déserteuse. Je croyais que tu étais partie pour de bon. »

— J’ai retrouvé Carmen, elle m’a convaincue de revenir. Elle avait des choses à me dire. J’ai compris que vous aviez restructuré… Et — elle cherche ses mots — affiné la sélection. Ça m’intéresse.

— Tu veux revenir, pourquoi ?

— Disons que la maternité m’a réveillée. J’ai envie d’agir. Cette fois, dans le bon sens. Un silence, puis la voix :

— Il faudra que tu sois… testée.

— Je suis prête, il raccroche.

Myriam prépare un petit sac. Rien de personnel, il n’y a aucune photo. Il ne faut pas laisser de trace, que l’on sache ce qu’elle fait il en est pas question. Elle sera comme les autres. Elle doit se noyer dans la masse.

Elle laisse un message vocal à Alain, codé, au cas où :

— Si je ne reviens pas avant dimanche, fais tout disparaitre. La clé USB, les fichiers. Et protège Shana. Elle ne doit rien signer, rien dire. Ce n’est pas une fugitive. C’est une survivante.

Puis elle s’approche du bébé endormi. Shana la regarde, la gorge nouée.

— Tu fais ça pour ton fils ?

Myriam baisse les yeux.

— Non ! Je fais ça pour qu’il n’y ait plus de Shana. Ni de Yasmine. Plus jamais.

Elle sort, sans un mot de plus. Après avoir roulé une trentaine de kilomètres, elle reconnait les lieux, il lui faut faire attention, le chemin dans la forêt est difficile à trouver, autrefois elle avait un repère, mais cela fait deux fois qu’elle passe et, elle ne retrouve pas le repère. Pourtant si on ne lui a rien dit, tout se passe au manoir.

Maintenant, au vu de ce qu’elle a vu, fille pense que Shana est venue là. Elle n’a pas osé avant de partir lui poser de questions. C’est inutile de s’affoler.

Finalement, elle a bien fait de se mettre à couvert un véhicule pour une blanchisserie s’est engouffré dans la forêt. Elle suit le véhicule et retrouvé ses marques, reconnaît un arbre, une odeur. Enfin la voilà dans la prairie.

Le manoir est silencieux, figé dans le luxe ancien. Myriam a prétexté un rendez-vous pour la “réintégration”, mais elle est montée à l’étage, seule. Dans le bureau, les murs sont couverts d’étagères, de livres reliés en cuir, de trophées poussiéreux. Sur le bureau, des papiers : certificats de naissance trafiqués, dossiers médicaux, photos de nouveau-nés.

Elle fouille méthodiquement.Un dossier cartonné attire son regard :

SHANA M. – Dossier actif – Nascituri ID #21B, à l’intérieur, elle tourne les pages et trouve un rapport médical de grossesse, un certificat de naissance vierge ainsi que la photo d’une petite fille aux yeux foncés, une barrette rouge dans les cheveux. Plus loin plusieurs notes manuscrites font une qui lui attire le regard. Fillette placée chez Élise, sous supervision de son père le Duc de la Ferté. Attachement émotionnel à stabiliser. Pas d’adoption officielle avant juin.

Myriam chancelle. Elle murmure :

— « C’est… sa fille. Elle n’a jamais su qu’elle avait accouché, elle a dû occulté ces instants où on lui a dit que son enfant était décédé

Mais soudain — des voix, celle d’une femme d’abord, douce mais autoritaire.

— Elle a fait un cauchemar cette nuit. Elle a demandé « maman ». Tu crois qu’elle commence à se souvenir ?

Un homme lui répond, posément. Pour Myriam elle en est sûr, c’est celle de l’homme à la canne.

— À cet âge, tout est volatile. Mais fais attention. C’est une marchandise sensible. De toutes façons, c’était un moucheron lorsqu’elle a été séparé de sa mère.

Myriam n’a que le temps de ramasser le dossier et de glisser sous le bureau, on ne devrait pas la trouver, le meuble est massif et non ouvert à l’avant. Mais elle n’a aucune sortie, aucune position de repli. Les pas entrent dans la pièce. Le bureau s’illumine. Le cœur de Myriam bat à ses tempes. Elle retient son souffle, la main serrée sur les papiers. Au-dessus d’elle, la voix du vieil homme résonne à nouveau :

— Tu as toujours été une fille obéissante, Élise. C’est ce qui te sauvera.

— Mais grand-père pourquoi cet enfant a tressailli quand cette jeune femme est passée près de nous ?

— Ça suffit je me fiche de tes élucubrations, elle avait quel âge lorsque tu as eu ton bébé, cette fillette qui est la jumelle de l’autre gamin qui hurle toujours. Comment veux-tu qu’elle est réalisé à dix-huit mois que c’était sa mère ? Réfléchis et évite de m’agacer sinon je te remet dans le programme.

Le soir est tombé sur la grande maison bourgeoise. Myriam est toujours infiltrée, toujours en danger. Elle erre depuis le départ de la jeune femme dans les couloirs du deuxième étage. Dans une de ces pièces, elle entend des rires d’enfants. Elle hésite, elle s’approche discrètement, jette un œil par la porte entrouverte. Sur le sol un tapis de jeu, deux enfants jouent. Un petit garçon au regard clair , cheveux blond blanc très curieux car il a vu Myriam et vient vers elle, lui sourit. Myriam est bouleversée, deux mois se sont écoulés , mais c’est Noam. La petite fille, quant à elle a ce regard sombre profond mais expressif de Shana, car elle en est sûr c’est la fille de sa protégée. Elle a un beau rire cristallin. Myriam entend des pas, elle se cache dans le placard à jouets, Noam la suite, mais à cet instant Élise entre. Elle les appelle.

— Noam, Mila, à table !

Myriam chancelle.Noam, c’est bien lui , elle ne s’est pas trompé. C’est son fils. Mila : ce prénom… inconnu.Mais dans la poche de son manteau, elle a ce carnet lu quelques heures plus tôt :

– N. S. né 18.10 (mère : M. S.)

– M. A. née 20.10 (mère : S. A.)

S. A. : Shanna Assalia, Myriam pose les yeux sur la petite fille.

— Elle ne sait même pas… chuchote-t-elle. Elle l’a portée, elle l’a perdue, elle l’a crue morte… Et Mila est là. C’est sa fille.

Une larme coule sur sa joue. Noam voulait rester, il regardait vers le placard. Elle ne sait pas ce qu’il a compris Mais elle a mis son doigt sur sa bouche, comme elle faisait autrefois quand il piquait ces crises de pleurs. Des qu’Edith a tourné les talons emmenant Noam et Mila, Myriam doit s’en aller, profiter du repas et s’enfuir. Ils s’étonner ont de ne pas l’avoir vu, mais qu’importe. Elle se reprend, elle recule, fuit dans le couloir, le cœur battant à rompre sa cage thoracique.

Elle court comme une folle sans savoir que derrière la vitre le vieil homme la voit. Il donne des ordres, elle est prise en chasse…

A suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 15

Alain sort de l’hôpital, encore secoué par ce que Jeanne lui a confié. Il hésite, puis compose le numéro de Myriam. Elle répond presque aussitôt.

— « Allô ? »

— Myriam. On doit parler. Je viens de voir Jeanne.

Il y a un grand silence, Alain attends et ne dit rien.

— Elle t’a dit quelque chose ?

— Elle m’a donné une clé USB. Et… Elle m’a dit de me méfier de toi.

Une pause, on entend une mouche volée, le silence se fait pesant. Myriam ne panique pas mais elle ne dit rien, Alain attend qu’elle réagisse et évite de trop se poser des questions.

Puis Myriam murmure :

— Viens chez moi. Maintenant.

Myriam l’attend, assise dans le fauteuil près de la fenêtre. Une lumière douce baigne la pièce, mais son visage est tendu. Shana et le bébé sont dans la chambre, à l’écart.

Elle lui sert un verre, mais ne touche pas le sien

— Je comprends qu’elle t’ait dit ça. Moi aussi, à ta place, je douterais.

Alain la fixe, et lui demande de tout lui raconter, sans laisser des zones d’ombres, même si c’est insoutenable.

Myriam inspire profondément, les yeux perdus dans le vide.

— Il y a deux ans… J’ai découvert qu’une structure “d’accueil” censée protéger les mères isolées, faisait en réalité partie d’un réseau. Les très jeunes femmes accouchaient sans papiers, sans noms, souvent sous de faux prétextes médicaux. Les bébés étaient déclarés morts, mais ils étaient bien vivants. Ils etaient revendus à une association qui les plaçait à l’adoption chez des familles aisées qui signaient un chèque sans se poser de questions.

— Sans agrément officiel ?

— Ils avaient un agrément en bonne et dû forme mais ne passait pas devant la commission.

— Tu avais des preuves ?

— J’avais des doutes. Et j’avais commencé à enquêter seule, discrètement. Jusqu’au jour où… C’est moi qu’on a visée.

Elle baisse la tête.

Myriam se met à pleurer, Alain ne sait plus quoi dire, il la prend dans ses bras, la console, lève les yeux et voit Shana qui, elle aussi pleure. Il ne dit rien et attends que Myriam reprenne ses esprits.

— « Je suis rentrée chez moi. La nounou n’était plus là. Mon fils, Noam agé de huit mois avait disparu.

— Il n’y avait aucune trace. Je n’ai eu aucun appel. Personne ne l’a retrouvé Juste un berceau vide. Et une phrase griffonnée sur le miroir de la salle de bain :

“Tu as voulu jouer, tu as perdu.”

Alain serre les dents. Shana est repart, elle ne veut plus rien entendre. Toutes les deux on leur a pris leur enfant. Certe leur histoire est différente mais elles ont perdu un être cher. Alain arrive à lui poser une question.

— Et tu crois que… le bébé qu’on a trouvé …

Myriam secoue la tête.— Ce n’est pas un enlèvement mais c’est la suite logique de ce que je t’ai raconté. Mais c’est la même mécanique. Le même système. Et je ne les laisserai plus recommencer.

Alain, ému, murmure :

— Tu t’es fait passer pour l’avocate de l’enfant, tu m’as poussé pour le déclarer afin de pouvoir garder un œil sur ce réseau.

Elle acquiesce.

— Shana est en danger. Et moi aussi. Mais maintenant, toi… tu es dedans.

Alain sort la clé USB de sa poche.

— Alors on va y aller jusqu’au bout.

Alain et Myriam sont penchés devant l’ordinateur. La clé USB est insérée. Un seul dossier visible : « Nascituri » — en latin pour “ceux qui doivent naître”.

Ils l’ouvrent, à l’intérieur, une arborescence méthodique, glaçante.Des fichiers audio, des rapports médicaux. Des vidéos de surveillance. D’autres horribles de toutes jeunes filles que l’on soumet à des pervers. Ils ont trouvé un autre système de procréation. Pas besoin de FIV. Ils ont les hommes sous la main, les filles sont là car seules, sans papier comme Shana et aussi Yasmine. Certaines ne peuvent pas avoir d’enfants, d’autres en ont si facilement. Que deviennent les premières ?

Il y a aussi un fichier principal :

CONFERENCES-PRIVES-PARIS2017

Myriam clique, c’est une vidéo. Une salle luxueuse, feutrée. Une réunion à huis clos. Des hommes bien habillés. Cravates, montres suisses. Des visages floutés, sauf un : l’homme à la canne au pommeau d’argent. Un ancien diplomate, toujours honoré dans des cercles très fermés. C’est lui le conférencier, Il parle d’une voix tranquille, presque académique :

— Nous sélectionnons les filles selon des critères de fertilité, de soumission, et surtout d’isolement administratif. Elles tombent enceintes avec les « contributeurs » sélectionnés, toi par exemple tu es d’une belle lignée, regarde comme ta fille est belle. Mais sa mère a mon fils, tu devais me le remettre ma femme ne peut pas avoir d’enfants.

Et c’est à ce moment-là que l’homme à la canne hurle : Elle est où la petite garce qui s’est enfuit avec mon fils. Puis il se ressaisit et continue d’expliquer comment il procede. Nous nous assurons que les enfants soient sains. Ensuite… Nous les plaçons si vous n’êtes pas intéressés, discrètement, en toute sécurité.

Myriam est blême, elle serre les poings et se retient afin de ne pas pleurer.

Dans un autre dossier :

« PARTICIPANTS-MAJ2024.xlsx »Une liste de noms, certains rayés., plus des photos, des âges, des profils.

Oh c’est Yasmine, la maman morte bien trop tôt. Myriam refoule ses larmes lorsqu’elle voit une photo de Shana dans les bras du vieux, si peu habillé, elle semble groggy. Sans doute prise à son insu.

Et à la fin… une photo floue. Un bébé dans un berceau. Pas celui que Shana a trouvé, Myriam le reconnaît. Elle murmure :

— C’est Noam.

Myriam s’effondre presque. Elle retient un cri, se lève, tourne en rond, le souffle court.

— Il est vivant. Il était dans leur système. Mon fils… Alain reste figé.Puis il ajoute :

— Cela dépasse tout ce qu’on imaginait. Il faut qu’on copie ça. Que ça sorte.

À suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 14

Après avoir appris la nouvelle pour la journaliste, Shana est restée assise, droite sur la chaise, les mains croisées sur les genoux. Elle ne dort pas. Elle n’y arrive pas. Ses pensées tourbillonnent. Elle a appris des choses étranges.

Elle doit se concentrer sur le bébé dans sa tête elle lui donne comme prénom Maël, cela tombe bien on doit lui donner une existence. Myriam trouve le prénom très beau, désormais ce sera le sien. Alain ira le déclarer à la mairie comme l’enfant de Yasmine la jeune fille trouvée morte dans la cave. Pour l’instant on ne connait pas le père.

Maël né le 11/06/2015 à Paris neuvième de père inconnu et mere décédée à la naissance de l’enfant Yasmine Ghellab 18 ans. Déclaré par le médecin obstétricien Alain Chassagne.

A son retour le médecin avait expliqué à Shana pourquoi ce n’était pas elle sa maman.

Shana, voilà Maël est déclaré, tu ne pouvais pas être la maman de cet enfant. Je ne pouvais pas le déclarer comme étant ton enfant tu comprends Shana. Mais Shana ne l’entends pas, elle est partie loin, elle a froid, elle sanglote, le passé lui remonte au cœur. Seule la respiration du bébé rythme le silence, entrecoupés des pleurs de Shana sa maman adoptive.

Et soudain, c’est comme un écho du passé. Une image, sans prévenir, un parfum qui revient. Une rue, la nuit, et elle Shana courant plutôt que marchant. On la suit, la poursuit. Elle se tord la cheville, elle glisse et tombe de tout son long. Une douleur terrible lui vrille le ventre. Elle se souvient de l’eau qui s’écoule entre ses jambes, sur le coup elle avait pensé à du sang. Mais maintenant elle se souvient. La femme qui se penche sur elle, qui la gifle et lui dit. Imbécile tu vas te vider et ton bébé va mourrir.

Shana ne se souvenait pas exactement du moment où le cauchemar avait commencé. Tout s’était mêlé : l’odeur rance, la voix rauque, la stupeur qui l’avait figée. Elle avait fermé les yeux si fort que l’intérieur de son crâne avait tremblé.

Les semaines qui suivirent furent floues, comme si elle avait été dissoute dans un monde parallèle. Ce n’est que lorsque les nausées se répétèrent chaque matin, qu’elle comprit que ce qu’elle redoutait le plus était en train de se produire.

Elle était enceinte .Elle pensa à fuir, à disparaître. Elle pensa aussi à ne rien dire, à faire comme si de rien n’était. Mais rien n’était possible. Son corps la trahissait à chaque instant. Et surtout, il rôdait encore. Convaincu que cet enfant à naître était un garçon. Son fils. Son héritier. Comme si l’horreur pouvait engendrer l’orgueil. Il lui dit ce garçon sera à moi. Tu le nourriras, on l’appellera Milo.

L’homme, lui, était convaincu. Arrogant et sûr de son sang, il répétait à qui voulait l’entendre – ou plutôt à ceux qui ne pouvaient rien dire – que ce serait un garçon. Son garçon. Comme s’il avait semé une graine de pouvoir, comme s’il créait un prolongement de lui-même. Il attendait l’enfant comme un roi.

Les jours s’étaient étirés, pesants, lents, presque irréels. Shana vivait comme une ombre, enfermée dans un corps qui portait l’enfant d’un monstre. Elle n’osait ni espérer, ni haïr ce petit être en elle. Elle survivait. Rien d’autre.

Neuf mois pleins de mystère dans la maison du couple. Où de temps en temps le vieux venait voir son ventre qui grossissait.

Le jour de l’accouchement arriva dans le silence. Pas de cris, pas de bras tendus. Shana accoucha dans une pièce froide, sous une lumière blafarde, sans personne pour lui dire que tout irait bien. Mais le destin, lui, n’avait rien à prouver. c’était une fille.

Le monde s’écroula. Shana sentit tout son être tomber dans un trou noir. Elle ne pleura pas. Pas tout de suite. Quelque chose s’était brisé en elle, au-delà de la douleur. Une fissure qui ne ferait jamais de bruit mais qui ne se refermerait jamais.

L’homme dédaigneux avait regardé l’enfant qui vagissait sur la table. Il lui avait craché dessus. Une fille encore une… Faites-en ce que vous voulez je ne la veux pas. Quant à la mère elle peut encore servir. C’était le reflet de ce qu’il méprisait. Alors, il avait choisi d’effacer la vérité, de voler l’amour avant qu’il ne naisse.

Milo était devenu Mila. Tout remontait à la surface pour Shana. Le vieux croisé dans l’escalier était le monstre qui avait engendré ce bébé. Et aujourd’hui il l’a menaçait d’avoir laissé vivre ce petit garçon. Mais où était Mila qui était née un soir d’hiver ?

« Edith la fille adoptive du couple avait emporté l’enfant après que Shana l’ait embrassé, ensuite un grand trou noir, elle s’était réveillé car une femme celle du vieux était penché sur elle lui envoyant de drôles d’incantation. « 

Shana se souvient de la visite de la femme, c’est elle qui lui avait parlé de l’ex croissance de chair dans le cou de son mari et aussi des autres enfants. Elle comptait sur ses doigts, il y avait eu de nombreuses filles et peu de garçons. Heureusement que ta fille est morte elle aurait eu la marque du diable. Après cette terrible nouvelle Shana avait pleuré longuement puis au petit matin était partie, si sa fille était morte elle ne voulait pas rester pour être à nouveau grosse.

Dix huit mois s’étaient écoulés, c’est le temps qu’il lui fallut pour respirer de nouveau sans ressentir la morsure de l’acier dans sa poitrine. Dix-huit mois pour croire, un peu, qu’elle avait échappé à l’ombre. Elle avait fui sans se retourner. Changé de nom. Coupé les ponts. Les cauchemars étaient encore là, tapie dans l’obscurité. L’absence de sa fille — qu’elle n’avait jamais tenue dans ses bras — la hantait dans chaque rire d’enfant, chaque poussette croisée sur un trottoir. Mais depuis que Maël était arrivé, tout son trop plein d’amour elle le lui donnait.

Puis l’homme avait refait surface, elle ne le reconnaissait pas, mais après les premières menaces il avait glissé une enveloppe dans ce qui lui servait de boîtes à lettres Aucune adresse. À l’intérieur, une photo d’une petite fille aux yeux noirs, debout dans un jardin, tenant un ours en peluche.

Elle avait exactement l’âge qu’aurait dû avoir Mila sa fille. Elle devait montrer la photo a Alain. Lui saurait comprendre.

À suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 13

Deux jours plus tard, lorsque Shana arrive dans la kitchenette , elle découvre Myriam en train de lire le journal devant son petit-déjeuner. Elle a la main figée sur la tasse, et les yeux perdus dans le vide. Sur son front une ride s’est formée signe d’une perplexité énorme.

Shana s’avance, le bébé dans les bras. Elle perçoit immédiatement le changement dans l’air.

— Qu’est-ce qu’il se passe ?

Myriam tourne lentement le journal vers elle.

En bas de la une, encadré de rouge un entrefilet :

Journaliste agressée : — « Jeanne Berthier retrouvée inconsciente dans une ruelle du 10e arrondissement. Son état est stable mais elle dit ne se souvenir de rien. — »

Shana blêmit.

— C’est elle… celle qui est venue ici ?

Myriam hoche la tête.

— Oui. Elle s’approchait trop près. Et quelqu’un l’a arrêtée.

— Tu crois qu’elle ment ?

Un long silence. Myriam plisse les yeux.— Absolument. Elle ne souffre pas d’amnésie. Elle sait exactement ce qu’elle fait.

— Pourquoi elle ferait semblant ?

Myriam repose sa tasse.

— Parce qu’elle a compris que ce qu’elle a découvert est plus dangereux que ce qu’elle voulait révéler. Et que la prochaine fois… elle ne se réveillera peut-être pas.

Le bébé pleure doucement.Shana, troublée, le berce sans répondre.Elle repense à l’homme au chapeau. À la cave. À la photo de la mère morte.Et maintenant, une journaliste silencieuse, presque complice par peur. Tout semble s’enfoncer dans une ombre épaisse. Mais quelque chose en elle s’allume. Une colère tranquille.

— On va pas se taire. Pas toujours.

Myriam la regarde. Pas tout de suite, semble-t-elle dire, mais bientôt.

L’hôpital dort à moitié. Les couloirs sont calmes, les pas étouffés. Alain, blouse encore froissée, sort de la salle de garde et prend l’ascenseur jusqu’au 2e étage. Il a en mémoire l’appel téléphonique de Myriam.

Chambre 207. Jeanne Berthier.

Il frappe doucement.

— Jeanne ? C’est Alain. On s’est croisés plusieurs fois à l’hôpital. Je suis… l’ami de Myriam.

La porte s’ouvre à peine. Il entre. Jeanne est allongée, le visage marqué de bleus. Un œil encore gonflé, des points de suture à la tempe.

Elle lui sourit faiblement.

— Myriam m’a appelé , je vous attendais.

Il tire une chaise.

— J’ai appris ce qui s’est passé. Vous avez eu de la chance.

Elle le fixe un moment. Puis fouille sous l’oreiller.Elle sort une clé USB, minuscule, scotchée à une compresse.

— Elle contient tout ce que j’ai trouvé… Et ce que je n’ai pas eu le temps d’écrire.

Il prend la clé, lève les yeux vers elle.

— Pourquoi me la donner à moi ?

— Parce que vous êtes médecin. Vous êtes censé protéger la vie, pas la vendre.

Un silence, plus lourd s’installe. Alain le médecin tourne la clef dans sa main, il attend sûrement d’autres confidences.

Puis elle murmure :

— J’ai connu la fille morte. Elle s’appelait Yasmine. Elle n’avait pas 17 ans. Elle est tombée enceinte dans une structure « d’accueil » pour mineures étrangères.

— Elle s’est échappée ?

— Oui, elle a réussi à s’enfuir, juste assez longtemps pour qu’elle me parle. Elle avait peur. Elle avait vu des femmes qui accouchaient sans nom, sans visite. Et les bébés… n’étaient jamais enregistrés.

Alain serre la clé dans sa main, lJeanne s’assombrit. Elle chuchote la dernière chose, comme un coup de scalpel.

— Méfiez-vous de l’avocate. Elle sait bien plus qu’elle ne dit.

A suivre…

Copyright juin 2025