Une ombre dans l’escalier 12

Shana s’est installée dans une routine fragile chez Myriam : donner le biberon, veiller au sommeil du bébé, observer le silence. La télévision reste éteinte. Les volets à demi clos. Parfois elle se promène dans le jardin en poussant le landeau. Mais Alain en a apporté un autre. Celui de Noam est dans le grenier. Celui-là est noir avec un liseré rouge. Pour le lit Myriam a insisté pour que ce petit bout d’homme puisse le prendre. Il.lui vient de sa grand-mère.

Mais ce matin-là, alors que Myriam est sortie faire des courses, la sonnette retentit au portail de la maison. Myriam lui a montré comment voir sans être vu la personne qui vient d’appuyer sur la sonnerie. Shana ouvre la caméra et regarde. La sonnette retentie une nouvelle fois impérative.

Shana sursaute, le bébé aussi.Elle se fige.

La sonnette de nouveau , la personne s’impatiente Elle se décide à regarder qui est cet intru qui vient réveiller ce moment si paisible entre la mère de substitution et l’enfant qui dort dans le berceau du petit garçon trop tôt disparu.

Shana jette un regard dehors. C’est une femme ! Trente-cinq, peut-être quarante ans. Tailleur sobre, cheveux relevés, bloc-notes à la main. Ce n’est pas une voisine. Elle ouvre le son lorsqu’elle voit ses lèvres bougées. C’est une voix , posée mais neutre.

— Bonjour… Je suis désolée de déranger. Je suis Jeanne Berthier, journaliste au Paris Matin. Je voudrais parler à Myriam Ménard. J’ai des questions à propos du bébé retrouvé dans le 9e arrondissement.

Shana ne dit rien, elle écoute ce qu’elle veut. Ses noms et prénoms sont pour elle, inconnus.

— Je sais qu’elle a été vue sur les lieux. On m’a dit qu’elle avait un lien avec une jeune femme, témoin clé. Je ne cherche pas à nuire. Je veux juste comprendre.

Shana recule d’un pas, le cœur cognant fort, comme si l’autre à l’autre bout de l’allée pouvait l’entendre respirer.

— Vous êtes là, n’est-ce pas ? Je ne veux pas vous nuire. Je veux raconter la vérité. Celle qu’on cache. Un long silence.

Puis, tout bas :

— Il y a eu un autre mort, vous savez ? Dans un parc fermé depuis des années. Ce bébé… n’était pas censé vivre.

Shana étouffe un cri. Le bébé pleure.

À cet instant, la porte du jardin s’ouvre derrière elle. Myriam, rentrée plus vite que prévu, pose immédiatement ses sacs et comprend.Elle n’ouvre pas le portail mais lui répond à l’interphone.

— Cette jeune femme n’a rien à vous dire. Vous devez partir. Maintenant.

La journaliste incline la tête, polie, mais revient à la charge, Myriam est agacée, elle ouvre la porte fenêtre et descend l’allée sans toutefois ouvrir le portail. Elle la jauge de haut en bas. Myriam la fixe, froide comme la lame d’un scalpel.

— Si vous êtes vraiment journaliste, alors vous connaissez la loi sur la protection des témoins et la diffamation. Je vous conseille de partir et de ne jamais revenir. Et aucune ligne dans votre journal.

La journaliste recule, mais pas sans riposter :

— L’histoire sortira. Avec ou sans vous. Faites juste en sorte de ne pas être du mauvais côté.

Elle tend sa carte à Myriam qui ne l’a prends pas. Aussi la soi-disant journaliste dépose sa carte dans la boîte à lettres. Un dernier regard appuyé à la villa, puis elle s’éloigne dans la rue et se dirige vers sa voiture une Capture rouge.

Myriam attend que la voiture soit loin, elle ouvre le portail et récupère la carte et referme la porte avec sa clef magnétique.Là haut sur la terrasse, Shana est là, blême, le bébé contre elle.

— A-t-elle entendu pleurer le bébé ?

— Non. Mais elle a senti. Et ça suffit à nous mettre en danger.

À suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 11

— Je vous présente l’officier qui va prendre votre déposition, mais il va faire avec vous le portrait robot de l’homme qui vous suit, vous a agressé et vous harcèle.

Portrait-robot

— Je vous écoute Shana, donc c’est un homme

Sexe : Masculin

— Quel âge pensez-vous qu’il peut avoir ?

— Je ne sais pas, peut-être entre 50 et 60 ans

— : Et sa taille , il est grand comme moi, je fais 1,85 m

— Légèrement plus petit

— On va dire 1,80 mètres, et sa corpulence :

— Corpulence que voulez-vous dire ?

—Grand, petit, maigre, gros qu’en pensez-vous

— Maigre et mince mais je ne vois pas bien car il a toujours un manteau qui le grossit.

— Par ce temps, il a un manteau, dîtes moi son teint, la couleur de son visage

— il est pâle comme de la craie

— Ses cheveux de quels couleurs les voyez-vous.

— Noirs, aux tempes il est grisonnant l’autre jour son chapeau est tombé ses cheveux étaient humides derrière et tout lisses mais bien coiffés

— Avez-vous vu la couleur de ses yeux

— Il a des yeux méchants enfoncés dans son visage et gris, non comme le cadre de mon vélo

— Vous voulez dire gris acier

— Oui c’est ça, mais ils sont froids

— D’accord, et les sourcils

— mince et comme ça

Shana montre à l’inspecteur un demi-cercle, celui-ci lui dit :

— Fins et arqués, certainement très entretenus Comment voyez-vous son nez ?

— long et avec un trait

— Long et droit, avec une arête très marquée, cela vous va

— Oui dit-elle en regardant le portrait robot qui apparaît sur l’écran. Elle se met à trembler, le Commissaire et l’inspecteur sentent qu’ils sont bien en phase avec la jeune fille.

— Passons à sa bouche si vous voulez bien. Nous pouvons faire une pause.

— Non je veux aller voir mon bébé. C’est comme s’il n’avait pas de lèvres , elles sont très minces. Il sort ses dents et les serrent.

— Son menton vous avez remarqué une barbe ou un signe distinctif

— Il est carré et il a trois poils dans un trou comme comme. Shana se met à pleurer. Le Commissaire sort et revient avec Myriam. Elle a le bébé dans les bras. Elle lui tend le biberon. Shana s’en saisit et le lui donne. Et dit d’une voix calme trois poils dans une fossette.

— Passons aux oreilles le jour où son chapeau est tombé les avez-vous vu ?

— On dirait qu’il.n’en a pas, elles sont collés à sa tête

— Peut-être a-t-il eu un accident ou c’est une drôle de morphologie. Il vous a parlé, sa voix comment est-elle ?

— Il a un drôle d’accent elle semble enrouée.

— Pour le chapeau, Myriam trouvé le portrait-robot fort ressemblant et dit avoir vu cet homme. Elle nous a donc aidé, pour elle c’est un melon noir, mais parfois il a un Fedora noir aux larges bords. Penche légèrement vers l’avant, ses vêtements c’est un manteau long en laine noire, dessous il a un costume sombre et des gants en Cuir. Sa canne :est en bois noir verni, le pommeau en argent sculpté avec une tête de loup. Quand le Docteur Alain l’a croisé dans l’escalier il a senti soit du vétiver soit une odeur de cuir

Le Docteur a ajouté qu’il avait un nez aquilin — un nez de vieille Noblesse. Genre aristocrate sur le retour. Il a vu lorsqu’il l’a croisé dans l’escalier , Une fine cicatrice sous l’œil gauche. Il avait une bague ancienne à l’auriculaire droit (chevalière sans armoiries, peut-être effacées) et il lui avait trouvé un regard insistant, mais dominant. Dans l’escalier il l’avait essayé de l’intimider. Mais c’était peine perdue. Pendant que je vous parle nous sommes allés sonner au quatrième étage là où vous l’avez vu entrer.

— Et ? Vous l’avez trouvé

— Non il y avait qu’une jeune femme et deux enfants à peu près du même âge . Environ dix-huit mois.

— Ce sont ses enfants demande Myriam d’une drôle de voix, et elle ajoute, elle connait l’homme.

— La femme nous a dit il est entré en trombe en me racontant qu’il était poursuivi par des gamins qui lui avait pris un petit chaton.

Shana devient blème et leur dit, c’est une excuse pour trouver le bébé.

Ce sont les policiers qui ont récupéré les maigres effets de Shana et les ont ramenés chez Myriam. Désormais elle va vivre avec elle.

Elle a une chambre pour elle toute seule, le bébé a une jolie chambre tout à côté de la sienne. Tout-à-l’heure elle y est entrée et a lu sur un faire-part Alain et Myriam ont la joie de vous annoncer la naissance de Noam.

A suivre…

Copyright Juin 2025

Une ombre dans l’escalier 10

— Madame Ménard et le Docteur Alain m’ont contacté ce matin. N’ayez crainte, vous avez sauvé cet enfant, vous vous êtes dévoilé aux yeux de tous, vous êtes sortie de votre clandestinité pour sauver un inconnu. Bravo Shana, vous permettez que je vous nomme par votre prénom.

Shana ne sait pas quoi lui dire, elle secoue la tête, la police elle en a peur, mais si c’est l’ami du Docteur Alain et de Myriam elle peut lui faire confiance.

— Pendant votre absence on a trouvé le corps de la mère de ce petit garçon, il était à l’emplacement de votre vélo, dans le couloir de la cave. Cette femme est très jeune, son identité est encore floue.

— Oh comme c’est triste !

— Le bébé n’a aucun papier, il est si petit. Nous avons fait le tour des maternités, aucun bébé n’a disparu, aucune trace d’hospitalisation. C’est un miracle qu’il soit en vie.

Shana sent ses jambes faiblir. Elle reste debout par fierté. Ou par instinct. Elle ne dit rien, pas encore, bientôt.

Myriam, qui la regarde attentivement, s’approche lentement.Elle pose la main sur son bras, puis remarque ses vêtements froissés, les égratignures sur son cou. Le regard dans le vide.

— Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Shana secoue la tête. Mais ses yeux se remplissent de larmes.

— Il m’a suivie. L’homme au chapeau. Il m’a plaquée contre un mur. Il a essayé de… Elle ne finit pas.

Le policier se redresse aussitôt.

— Décrivez-le, ses vêtements, sa taille, son visage, s’il a parlé. Et vous venez tout de suite au commissariat faire une déposition. Et on fera un portrait robot. Ce n’est plus une affaire de hasard.

Shana regarde le bébé. Il dort paisiblement. Ignorant la violence du monde dans lequel il vient de naître. Elle murmure, presque pour elle-même :

— Il m’a dit que ce bébé n’était pas à moi. Et que j’allais payer pour l’avoir laissé vivre.

A suivre

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 9

Sa voix est calme. Mais vide.Elle recule d’un pas. Il avance d’un. Il est grand, trop près. Il sent quelque chose de froid. Pas l’alcool, autre chose, c’est indéfini : il se contrôle, oui il ne laisse rien paraître.

— « Tu veux jouer à la petite mère courage ? Tu crois que ce bébé t’appartient ?

Elle tente de passer, il la plaque brutalement contre le mur. La main sur sa bouche. L’autre, déjà descendue, brutale, intrusive. Shana se débat, mord, frappe. Il l’a serre plus fort, la tient plaquée contre lui.

— Tu crois que t’es la première ?

Elle lui écrase le pied avec son talon, hurle à travers sa paume. Il relâche une seconde. Elle en profite. Elle lui donne un coup de coude, s’échappe, court. Elle ne se retourne pas. Elle entend juste sa voix, loin derrière.

— Ce bébé n’est pas à toi. Mais tu vas payer pour l’avoir laissé vivre.

Elle court jusqu’à une bouche de métro, se jette dedans. Elle descend deux, trois volées de marches, tremble, pleure sans un son. Un agent de la RATP la regarde bizarrement. Elle se redresse. Elle essuie son visage. Elle ne dira rien. Elle ne peut pas. Une rame passe elle ne la prends pas. Elle regrette son vélo. Dans l’enveloppe il y a deux cent € en quatre billets de cinquante, et cinquante euro en cinq billets de dix. Elle en prend un et s’achète au guichet encore ouvert sur sa ligne un billet.

Elle descend à la station d’avant, elle va faire un détour, et s’il attendait devant la porte du quatrième. Shana a peur, elle pousse la porte puis elle monte les marches quatre à quatre, comme si les étages pouvaient la sauver. Le souffle court, les mains tremblantes, le cœur au bord de la gorge.

Chaque pas dans l’escalier en colimaçon est un combat contre la panique. Contre ce qu’elle vient de vivre. Ce qu’elle ne peut pas dire. Pas maintenant…

Elle pousse la porte de la chambre, haletante. Et s’arrête net. Un homme est assis sur l’unique chaise. Ce n’est pas l’homme en noir. Celui-ci est en civil, mais on voit tout de suite qu’il est flic : posture rigide, regard qui détaille chaque mouvement. Myriam se lève aussitôt.

— Shana ! Tu vas bien ?

Shana hoche la tête, mécaniquement. Elle n’ose pas s’approcher tout de suite du bébé. L’homme se lève aussi.

— Capitaine Louvel. Brigade des mineurs.

A suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 8

Mais revenons en arrière lorsque Shana quitte sa chambre de bonne…

Lorsque Myriam l’appelle elle sursaute, ne sait plus où elle est. Puis rapidement, sans bruit elle se prepare. Myriam lui a préparé un thé chaud et une biscotte beurrée. C’est une véritable maman songe Shana.

Dans son couffin bébé, dort. Elle s’est promis de revenir vite. Elle n’a pas le droit d’être en retard. Pas aujourd’hui.

Lorsqu’elle pousse la porte de l’immeuble, le petit matin est encore humide et brumeux. Peu de gens dans la rue. Juste les livreurs, les éboueurs, les silences parisiens.

Et…Lui, l’homme…Il est là de l’autre côté du trottoir. Debout, immobile, comme une tache d’encre dans la brume.

Le même homme., il est grand, son éternel chapeau noir, sa canne au pommeau d’argent.

Shana s’arrête net, le souffle coupé. Il ne la regarde pas. Il fixe la façade de l’immeuble, comme s’il attendait que quelque chose — ou quelqu’un — en sorte. Elle hésite. Puis baisse la tête, traverse la rue en diagonale, le plus loin possible de lui, et disparaît au coin.

Quand elle ose se retourner, il n’est plus là. Ce matin elle n’a pas retrouvé sa bicyclette, volée, qui lui a fait ça ? Elle court. Le café où elle travaille est déjà en effervescence. Les machines ronronnent, les clients habituels râlent sur les croissants, les collègues sont tendus. Shana s’efforce de sourire, de servir, de tenir. Elle tient bon jusqu’à midi.

C’est à ce moment que la patronne l’appelle. Tous la nomme « la mère Michelle », car elle a perdu son chat. Elle lui fait signe de la suivre dans la réserve loin des regards des autres.

Michelle, de son prénom Rose est une femme sèche, tirée à quatre épingles, les lèvres pincées et les yeux pleins de jugement.

Elle tend une enveloppe à Shana.

— Voici ta paie, celle d’hier et celle d’aujourd’hui. Quant à ta prime de fin de mission il ne faut pas rêver.

Shana lève les yeux, surprise. Pourquoi parle-t-elle de fin de mission. Qu’ai -je fait ?

Entre les deux femmes un silence glacial, puis la Mère Michelle lui assène ses mots :

— Parce que tu ne reviendras pas demain. Je viens d’apprendre ce que tu caches. Une voisine t’a vue. Tu courais avec un bébé sanguinolent, elle a vu le cordon sur le sol. Shana blêmit.

— Ce n’est pas ce que vous croyez…Lui dit-elle dans un souffle.

Mais la patronne l’interrompt sèchement.

— Je ne veux pas savoir. Je ne garde pas de gamines qui se prostituent et accouchent dans la clandestinité. Mon établissement a une réputation. Bonne chance. Pars maintenant, on t’oubliera, tu es personne.

Elle tourne les talons. La sentence est tombée.

Shana reste là, seule, les doigts tremblants sur l’enveloppe. Elle ne pleure pas. Elle ne peut pas. Elle ne sait pas encore si elle doit fuir, hurler ou frapper.Le monde vient de se refermer un peu plus.Et dehors, quelque part, un homme au chapeau noir attend.

Shana marche, son sac bat contre sa hanche, ses pensées sont en vrac. Perdre son travail, c’est perdre son oxygène. Elle pense au bébé. À Myriam. À ce qu’elle va dire, faire, inventer. Elle traverse la rue, sans regarder. Puis soudain un froid s’insinue en elle.

Il y a quelqu’un derrière elle. Trop près, elle accélère. Il accélère aussi. Elle tourne, prend une rue secondaire, étroite, à l’angle du vieux théâtre. La rue est vide elle a dû le semer. Une ombre se détache du mur. Il est là avec un grand manteau, de sa main gauche il fait rebondir sa canne dans sa main droite de plus en plus vite comme si il l’a menaçait et envisageait de lui la casser sur le dos.

Il n’est plus derrière elle mais face à elle, comme s’il savait où elle allait. Il la prend par le bras et tout en la secouant lui jette au visage :

— Tu t’en sors bien pour une clandestine.

A suivre…

Copyright juin 2025