Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Charles était à peine arrivé que Père lui demandait où nous étions passé, il l’a rassuré en prétextant une balade en compagnie de sa cousine Chantal dans un parc. Bon gré mal gré il a fait contre mauvaise fortune bon cœur, surtout que l’oncle de Chantal , le majordome avait introduit le jumeau de notre géniteur. Ce dernier venait s’entretenir avec Charles sur sa nomination à la tête des Houillères de Béthune dont Anin faisait partie.

  • Dépêche-toi Charles un homme vient de se présenter il demande à te rencontrer.
  • Oui je l’ai rencontré en ville c’est le jumeau de notre géniteur.
  • Jumeau lui, mais il ne ressemble nullement à son frère.
  • Il nous a dit être son faux jumeau. Il.m’a laisse sa carte, il se nomme bien Pierre de Bougainvilliers.
  • Et bien va voir ce qu’il te veut, il est dans le bureau de son frère c’est là où le majordome l’a fait entrer.
  • J’y vais à plus tard

Lorsque nous sommes rentrées, nous avons croisés la traction noire de Monsieur de Bougainvilliers orne de fleurs blanches et filant à bout allure vers les terrils de Béthune. Charles par la fenêtre ouverte nous a salué.

  • Il va falloir l’attendre pour se rendre à Anin nous a dit Chantal
  • Mais il.a qu’à prendre la traction de papa
  • Pour nous rejoindre
  • Oui ça nous évitera de marcher au retour
  • Pauvre petite nature

Notre père nous taquinait, il semblait moins taciturne que ces jours passés.

  • Annabelle ne me raye pas la carrosserie comme à ton habitude, je te prête ma voiture.
  • Voyons papa je ne l’ai plus rayé depuis longtemps
  • Je préfère t’avertir si tu la raye tu payeras les réparations.
  • Oui

J’espère qu’Annabelle ne va pas nous taper contre un mur ou rentrer dans une voiture car la connaissant elle nous demandera de partager les réparations. Et il faudra toute la mansuétude de notre mère pour que père revienne sur sa décision.

Emmenés par Annabelle, Chantal nous a fait déposer Cécile et moi à Anin devant la maison de nos grands-parents maternels. Comme c’était non loin de chez Chantal, une fois que Charles nous aurait rejoint nous repartirons chez elle où nous attendait le reste de la famille.

Une bonne odeur de café et une douce chaleur nous étions chez nos grands-parents. Mémé Renée avait mis une robe noire ornée d’une dentelle blanche au col et au poignet, elle nous attendait assise dans son fauteuil tout près de la cheminée. Notre Grand-père Léon avait une moustache blanche ainsi que ses cheveux, des yeux verts presque transparent comme ceux de Charles, un pantalon noir et une chemise blanche à manches courtes. Sur sa tête une casquette, il fumait du gris dans sa pipe comme il.nous l’a dit, espérant que la fumée n’allait pas nous incommoder. Devant notre négation il a allumé sa cigarette qu’il avait patiemment roulé devant nous.

  • Ou est mon petit-fils Charles
  • Il est avec oncle Pierre
  • Ah il est revenu l’enfant maudit
  • Maudit ?
  • Oui, rejeté par les Bougainvilliers car pas conforme à leur rang
  • Qu’avait-il en dehors du fait qu’il soit un faux jumeau ?
  • Il a un pieds baut
  • Ah et c’était une tare pour nos grands-parents Bougainvilliers… Comme c’est triste.
  • Helas autrefois et ça ne date pas de si vieux les enfants malformés étaient abandonnés, votre oncle a eu de la chance que sa mère les aime tous les deux ses petits. Mais elle est morte alors que les gamins n’avaient que dix ans c’est ce que Pierre m’a raconté. Nous sommes conscrits tous les deux, on l’a place dans une ferme puis il.s’est sauvé et son père l’a envoyé à la mine. On avait tous les deux treize ans lorsque nous sommes descendus la première fois. J’ai su qui il était le jour où son père est venu à Anin suite à un coup de grisou. Le porion lui a dit la mauvaise graine ne meurt jamais. On venait juste de me remonter et je leur criais :  » Pierrot est mal en point mais il est vivant » le vieux s’est penché sur moi et m’a dit : Ne crie pas, c’est quel Pierrot ? Connais tu son nom de famille ? Il m’a dit un jour qu’il était personne. Alors c’est mon fils. Tous les mineurs ont sifflés et quand mon copain Pierrot est remonté j’ai su que c’était le fils du Seigneur des Houillères comme tous nous l’appelions.
  • Était-il blessé,?
  • Oui une plaie ouverte à la tête, mais lui comme moi nous étions les seuls survivants du coup de grisou. Mais Pierrot n’est pas revenu travailler, le porion nous a dit que le Seigneur avait eu honte.
  • Et est-ce que tu l’as revu ?
  • Jamais, si Charles peut lui demander de venir me voir … J’aimerais bien.
  • Tu le lui demanderas Grand-père , il va venir Charles.
  • Arrêté Léon de ressasser le passé je vous ai fait un gâteau vous allez m’en dire des nouvelles. Je suis heureuse de vous connaître mes petites filles car je vais mourir tranquille désormais. Je peux m’en aller.
  • Mémé tu as le temps, attends mon mariage
  • A quand la noce
  • L’an prochain
  • Tu es laquelle des jumelles ?
  • Claire
  • Et toi Cécile ?
  • Mou aussi je vais me marier le même jour que Claire.
  • Que font vos fiancés?
  • J’ai répondu à mon grand-père que mon fiancé était inspecteur de police en poste à Mâcon, quant à Cécile elle lui a dit je le cherche mais j’ai devant moi une année pour le trouver.

Grand-père a tellement rit qu’il s’en est étouffé et s’est fait gronder par Mémé Renée

A suivre …

Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Apres le petit déjeuner, nous les jeunes décidons que ce matin nous irons visiter Béthune afin de nous familiariser avec les lieux. Et surtout pour voir quel impact nous aurons sur les habitants. Et cet après-midi nous nous rendrons accompagnés de Chantal dans la famille de notre mère.

Apres la visite du Beffroi et de l’hôtel de ville, nous nous sommes dirigés vers une figure fort connue des Bethunois. Le « Charitable » ce qui nous a bien fait rire. Ce ne doit pas être notre géniteur Monsieur de Bougainvilliers car lui à part ses petites parties fines, nous ne le voyons point donner la moindre pièce. Ce qui allait nous surprendre ce fut l’accueil des gens du terril. Car les Puits de Mine s’étendait tout alentours, beaucoup plus qu’à Arcin. Du reste c’était là où se situait les bureaux de la mine où Charles irait travailler des mercredi prochain.

Mais revenons à la visite du Beffroi, il trône sur la Grand Place depuis 1386. Les maisons qui entourent la place sont de style Flamand et sont très bien conservé.L’autre se reconnaît facilement il est vêtu d’une longue cape noire, d’un bicorne et de gants blancs. Lui les représente mais il n’est pas rare de les croiser au détour d’un chemin. Désormais nous saurons qu’il est possible d’en voir en chair et en os.

L’église Saint Vaast avait été détruite lors des bombardements, elle a été reconstruite grâce à une généreuse donatrice. Elle est selon Chantal plus belle que celle d’avant. Les orgues et les vitraux sont majestueux.

Notre visite des monuments est terminée , l’oncle de Chantal nous a rejoint et a proposé à Charles de l’emmener boire une bière. C’est incontournable. Lui y est allé, nous, nous sommes rendues dans un des jardins de la ville. Assises sur un banc nous avons vu arriver un vieux Monsieur d’un âge respectable, ce n’était point l’homme de notre première visite, celui-ci il.nous faudrait le rechercher. Lui c’était différent, il était assis non loin de nous et nous observait. Puis il se décide à se lever et nous demande à brule-pourpoint si nous n’étions pas parenté avec le patron des houillères. Nous observons, incrédules dans un premier temps puis interrogative. Qui est ce bel homme et que nous veut-il ?

Il ôté son chapeau noir et en s’inclinant devant nous dit :

  • Je savais que ma nièce par alliance avait eu une fille mais j’ignorais que vous aviez une sosie.
  • Qui êtes vous ?
  • Le jumeau de Monsieur de Bougainvilliers
  • Je ne vous ai jamais vu chez nous réponds Cécile
  • C’est bien normal chère jeune demoiselle c’est le vieux qui m’empêchait de prendre contact avec vous.
  • Et, ma mère acceptait cette situation
  • Pauvre demoiselle vous ne savez pas tout, votre mère, ma nièce en l’occurrence était la chose du vieux.
  • La… La chose que voulez-vous dire ?
  • Tant qu’André votre père était à ses côtes, il préservait votre mère des assiduités du « vieux grigou ». Mais hélas il l’a vite remise dans son lit après sa disparition.
  • Oh !
  • Je m’excuse de vous faire de la peine mais ça va vous être difficile de l’accuser avec une mère qui…

Le frère de Monsieur de Bougainvilliers s’est tu n’osant dire la suite, puis il s’est tourné vers moi en me demandant qui j’étais. Puis devant ma réponse :  » je suis sa jumelle » , il est devenu tout blanc. S’est assis sur notre banc et a bredouillé :

  • C’était donc vrai ce que m’avait dit André sur son lit de mort, j’avais cru qu’il divaguait sous l’effet des médicaments. Que sa femme suite à un avortement après la naissance de votre frère ne pouvait plus avoir d’enfants. Il vous avait adopté.
  • Je sais tout ça Monsieur, je suis née en 1940 dans un tout petit village sur la route de l’exode. Si ma sœur a été adoptée quelques mois plus tard j’ai eu la chance ou la malchance d’être adopté quelques heures après ma naissance.
  • Il faut que je vous dise ce que Monsieur André m’a dit. Le patron des mines suivaient vos parents et se doutaient que votre maman attendait des jumeaux. Il lui avait fait promettre de n’en garder qu’un si deux naissaient. Et s’ils ont fuit comme tant d’autres sur les routes de France l’avancée des soldats allemands ce n’est pas pour leur échapper mais pour vous sauver toutes deux de la malédiction des Bougainvilliers.
  • Quelle malédiction ? Lui demande Cécile
  • Celle de supprimer sans le tuer le plus chétif et de le déposer dans un couffin chez les soeurs Saint Vincent de Paul.
  • C’est ce qui a été fait pou vous ?
  • Non car je ne suis pas sa copie conforme contrairement à vous deux. Je suis un faux jumeaux, je ne suis pas né dans la même poche. Mais j’ai été sommé des que j’ai eu vingt et un an de quitter la ville.
  • Et vous êtes revenu
  • Oui, dès que j’ai eu la voie libre. Je vais aider votre frère à s’intégrer dans ses fonctions.
  • Oh !

Puis il s’est incliné, nous a donné une carte de visite, à ajouter :  » A bientôt si vous le voulez. Et il est reparti.

Nous sommes revenu jusqu’au bar où je ne sais quoi où l’on entendait chanter dans une langue inconnue. C’est du ch’ti nous a dit Chantal qui nous attendait. Charles est reparti, il vous suggère de rentrer en ma compagnie.

Je crains lui dis-je qu’à son arrivée, Père lui dise que nous étions sous sa responsabilité et qu’il n’avait pas gardé son rang. C’était notre chaperon.

Chantal m’a regardé et a éclaté de rire.

A suivre…

Hum ! Une famille tuyau de poêle !

La mère adoptive de Cécile s’est permise de nous faire une scène avant de partir. Elle refusait de remonter sur Béthune. Il a fallu toute la fermeté de Père pour qu’elle accepte enfin de nous accompagner. Après lui dit-il si vous voulez vous éloigner de Cécile c’est votre droit le plus grand. Vu sous cet angle Madame de Bougainvilliers a consenti à faire ses bagages.

Père a eu une idée loufoque au moment du départ, il ne voulait prendre qu’une voiture. Mais c’était sans compter sur les bagages d’Annabelle, Cécile et moi-même. Finalement Mère a réussi à lui faire admettre que nous ne savions pas combien de temps nous restions dans le froid.

Il a haussé les épaules et confié sa belle traction noire à Charles qui n’était pas peu fier de la conduire. Père et Mère on hérité de la mère de Cécile, on ne l’a voulait pas avec nous. Du reste Charles a tranché en disant

  • Les jeunes restent ensemble
  • D’accord Charles mais nous prenons notre temps, ne conduit pas comme Fangio ( c’est d’époque)
  • Bien entendu je ne suis pas fou.

Annabelle a tout naturellement pris sa place auprès de son époux. Cécile et moi nous étions à l’arrière séparée par une valise qui n’avait pas trouvé de place dans le coffre.

Après deux cent kilomètres et vu l’heure tardive à laquelle nous étions parti, nous nous sommes arrêtés à Reims. Un bon repas et direction nos chambres. Bien entendu que nous, les jumelles dormons dans la même chambre. Père a été scandalisé en découvrant que toutes les chambres avaient qu’un lit pour deux personnes. Il a eu beau faire un esclandre, le réceptionniste n’a émis aucun mot. Il était plutôt largement agacé. Il lui a même indiqué un hôtel minable, qui aurait sûrement une chambre à deux lits pour les jolies demoiselles.

Nous sommes arrivés à calmer Père après que nous lui ayons promis que nous dormirons tête bêche. Mais il rêvait. Ce n’était pas grave que deux jumelles dorment dans le même lit. Surtout que nous n’avons même pas papoté. Nous avons sombré dans un sommeil qui aurait dû être réparateur mais qui m ‘entraînait dans des lieux mal famés de Béthune. Au petit matin au déjeuner je baillais à qui mieux mieux.

Père me regardait bizarrement, j’ai dû me justifier en racontant mon rêve. J’ai affolé nos deux mères adoptives que je puisse rêver à pareille ignominie. Finalement j’ai dormi pendant les deux cent kilomètres suivants. Cela m’a fait grand bien. Cécile m’a dit que j’étais fort agité au départ puis petit à petit mon sommeil s’est apaisé et j’ai dormi sans parler.

J’aurais pu dire des choses que j’avais fait avec Nicolas, qu’en aurait penser Charles. La sexualité chez nous c’est tabou. Ce que je sais je l’ai appris de mon chéri et aussi de filles délurées en troisième. Mais je me suis bien gardée d’en faire part à Père et Mère.

Nous déjeunons non loin d’un puit de Mines. Ce pays est triste à mourrir, noir moche. Pire il pleut, un bord d’orage nous a dit la serveuse. Elle nous a servi un repas de pauvres comme a dit Père. Une tranche de jambon avec une terrine de « je ne sais quoi » mais sûrement pas d’oies a ajouté Charles, le plat consistant était des frites accompagnés d’un morceau de viande indistinct. Il paraît que c’était du porc. Ensuite un fromage blanc et des fraises. Cécile et moi y avons mis de la chantilly. C’est drôle nous avons les mêmes goûts.

Le voyage s’est poursuivis une fois que Père eut terminé son cigare, car dans la voiture Madame de Bougainvilliers avait vomi en sentant les relents du cigare de Père. Ce qui avait fait dire à Annabelle :

  • chochotte ! Ta mère adoptive est une véritable bourge.
  • J’en sais rien lui a répondu Cécile, et vous dans quelle catégorie pensez-vous être ?
  • Nous ne sommes pas des bourgeois juste des Nobles.
  • Et c’est quoi la différence
  • Aucune mais on ne va pas en faire un fromage. Je maintiens ta mère fait sa précieuse.
  • Apres tout je m’en moque royalement a répondu Cécile.

L’incident fut clos mais Madame de Bougainvilliers jetait des airs furibonds à Annabelle qui riait sous cape. Quant à Cécile elle a eu droit à une phrase cinglante pour ses propos vulgaires. Elle a haussé les épaules et a dit entre haut et bas, je ne connais pas cette femme c’est une menteuse. Ce qui a eu le mérite de clouer le bec à sa mère adoptive.

Enfin nous arrivons fatigués mais la maison du Seigneur des lieux est toute illuminé. Si le vieux donne une réception c’est qu’il a été remis en liberté et ça risque de faire du grabuge. Mais nous nous apercevons bien vite que tous les domestiques attendent les enfants cachés de Monsieur de Bougainvilliers.

Ce ne serait pas si triste que ce serait comique. Mais nous n’avons nullement besoin de porter nos bagages, une nuée de petites mains se précipitent vers nous. Après avoir franchis les grilles du château comme l’appelle pompeusement Cécile, nous avons remonté une longue allée bordée de tilleuls, puis nous arrivons dans la cour du Seigneur de la mine, ici un double escalier conduit au hall d’entrée. Au sol des tomettes rouges qui brillent sous l’encaustique. Je plains ceux qui entretiennent le sol. Un Majordome s’incline devant Père et Mère, Madame de Bougainvilliers a disparu dans sa demeure qui n’est autre que la conciergerie du château.

Ou est le fils de Monsieur de Bougainvilliers :

  • Charles vous souvenez-vous de moi ?
  • Je ne suis pas venu souvent ici mais je me souviens d’un cheval à bascule
  • Oui, Monsieur vous l’avait acheté pour vos trois ans je m’en souviens bien. Mais vous veniez pas souvent jouer
  • Je pense que celui que j’appelais papa ne devait pas être très chaud pour que je vienne chez votre patron.

Avec ce trait de génie de Charles, le vieux Majordome n’a plus rien dit, nous l’avons vu sourire, il ne doit pas plus que nous le porter dans son coeur. Les femmes de chambre dès qu’elles ont su notre venue ont dû s’activer pour nous préparer nos chambres. La mienne est magnifique de belles fleurs roses ornent les murs. Sûrement un artiste qui l’a décoré. Tout est en rose aussi bien la courte-pointe que les chaises capitonnées de velours roses. Le lit est en bois rose, le chevet, la commode et l’armoire tout est rose. Ce qui a fait dire à Charles :

  • Tu vas dormir dans une boîte à bonbons

Cecile avait l’air d’être triste, je lui ai proposé de la prendre. Mais elle ne l’a pas voulu. Ce n’est que le lendemain que j’ai appris que c’était sa chambre d’enfants. Elle a eu la chambre jaune, père et mère la verte et Charles et Annabelle une belle chambre bleue nuit. Mais c’est la femme de chambre de Charles qui a fait l’effet d’une bombe. Le soir elle n’y était pas mais lorsqu’Annabelle s’est payée le luxe de sonner la femme de chambre, elle ignorait que Chantal était la cousine de Charles. Charles en entendant :

  • Bonjour Monsieur Charles

Le ton était moqueur et Charles qui dormait d’un oeil a répondu

  • Que fais-tu Chantal dans l’antre de l’ogre
  • Vous vous connaissez ? Demande Annabelle
  • Ma chérie je te présente Chantal ma cousine, je réitère ma question que fais-tu là ?
  • Dès que j’ai su par mon oncle qui n’est que le majordome qu’un enfant caché du vieux arrivait, je lui ai demandé s’il connaissait son nom de famille et de suite j’ai su que c’était de toi qu’il s’agissait. Je me suis présentée la première et j’ai demandé à m’occuper de toi et de ta femme.
  • Ah merci Chantal. Surtout que tu ne ‘e sais pas, nous ne sommes pas là que pour les vacances je suis nommé directeur des Houillères de Anin.
  • Oh mais c’est super tu vas pouvoir nous donner de grands coups de mains, mes oncles t’aideront sois sans crainte.
  • Nous verrons ça dans les prochains jours, j’irai prendre connaissance des porions d’ici lundi prochain. Ces jours-ci je veux me familiariser avec le personnel et pour le reste nous verrons au jour le jour.
  • Allez cousin Charles je peux t’embrasser
  • Ah ah pour l’instant je te conseille de sortir car ma tenue n’est point respectable.
  • Annabelle vous voulez faire quoi en attendant ? Descendre prendre votre déjeuner.
  • Non Chantal nous sommes encore de jeunes mariés.
  • Hum ne m’en dites pas plus, sonnez-moi lorsque vous aurez besoin de mes services.
  • Top là cousine- lui dit Charles-

Nous sommes tous dans la grande salle à manger, les mariés arrivent accompagnés par Chantal. Quelle n’est pas notre surprise, ce sont de nouvelles embrassades. Pour l’instant c’est un bon repos que nous allons prendre. Il sera grand temps demain pour Charles d’aller voir le vieux grigou qui nous sert de père mais uniquement sur le papier. Nous sommes bien décidés de récupérer sa fortune surtout s’il prend dix ans. Mais nous en avons discuté et nous savons exactement comment elle va nous servir.

A suivre…

Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Nicolas est arrivé dans la soirée, il a d’abord crû croiser Cécile et à bien failli l’embrasser, mais avant qu’il ne lui dise quoi que ce soit, elle l’a averti.

  • Bonjour cher futur beau-frère
  • Arrete Claire à quoi joue-tu ?
  • Nicolas je suis Marie Cécile
  • Mais que s’est-il passé ?
  • Rien, sauf
  • Nicolas
  • Claire !
  • Tu es étonné de voir la ressemblance frappante de Cécile
  • C’est incroyable , on dirait toi
  • C’est ma jumelle
  • Oui, c’est ce que tu disais
  • Je le disais car j’avais appris que nous avions le même père, mais en fait on a les mêmes parents.

Pour Nicolas c’était une histoire rocambolesque. Mais après explication, il a compris. Il est tout de même étonné que celui qui se considérait comme notre papa n’ait jamais dit à qui que ce soit que nous étions Charles et moi du même père. C’était impossible qu’il le dise à Charles, il était bien trop jeune.

Nicolas me posait trop de questions, j’étais dans l’impossibilité de lui répondre. Le connaissant il allait enquêter. Après tout c’était bien un peu son métier que de rechercher la vérité. Le week-end est passé bien trop vite. Avec ma complice Marie Cécile j’ai échangé ma chambre, dans la sienne, en réalité celle d’Annabelle le lit est double plus facile pour dormir. Quoique ce chenapan de Nicolas m’a avoué en pleine nuit qu’il préférait mon lit de jeune fille à celui trop grand de ma sœur ainée.

  • Ma douce on est plus serré dans le tien
  • Père dirait c’est bon pour les péripatéticiennes
  • Oh ton père exagère

Puis un fou rire nous avait secoué, nous avions même eu peur d’avoir réveillé Père. Mais s’il s’était bien relevé ni il avait ouvert la porte ni réclamer le silence. Ouf nous nous en étions bien sortis. Le lendemain père m’a attrapé et m’a dit gentiment mais fermement :

  • Claire je ne suis pas dupe, je préfère que tu le fasses chez moi, je n’ai pas beaucoup d’autorité sur toi, par contre ne nous déshonorez pas et prenez vos précautions.
  • Oui Père

Lorsque j’en ai fait part à mon fiancé il était aux anges. C’est ce dimanche que nous avons eu la visite de Monsieur son père. Il était en costume bleu marine et en gant blanc, sa femme qui n’est pas la mère de Nicolas mais la seconde femme de son père avait une magnifique robe verte avec de grandes fleurs blanches. Un chapeau assorti de la même couleur ainsi que ses talons aiguilles. Ils sont venus demander ma main pour Monsieur Nicolas comme disait Gérard dans la cuisine à sa femme Constance.

  • Bonjour Monsieur de la Roche Vineuse je viens vous demander la main de votre fille Claire pour mon fils Nicolas inspecteur à Mâcon.
  • Monsieur D’Archambeau je n’ai aucune autorité sur cette demoiselle mais en l’absence de son géniteur j’accorde à votre fils la main de Claire.

Une fois les formalités accomplies nous avons pris le repas de fiançailles. Au moment du dessert Nicolas m’a offert un beau diamant entouré de rubis. Cécile s’en est émerveillé. Elle m’a avoué m’envier d’avoir un amour sur qui je pouvais m’appuyer. Je l’ai consolé en lui disant que ce serait bientôt son tour.

Même la date du mariage a été fixé au 30 juin de l’an prochain une fois mes dix-huit ans accomplis. J’ai dit à Cécile tu te débrouilles comme tu veux mais nous allons nous marier le même jour. Elle en a ri mais j’ai bien vu qu’elle l’espérait.

Nicolas est reparti, je me sens comme abandonnée, nous avons fait l’amour toutes les nuits, enfin plusieurs fois par jour car mon amour n’est resté que deux nuits. Mais avec la bénédiction de mon père, Nicolas ne se gênait plus et moi j’étais comblée et complètement accroc à la douceur de ses caresses. Il m’initiait à des tas de jeux… Au point que je me demandais qui lui les avait enseigné. Annabelle avait jeté un doute dans mon esprit. J’étais toute songeuse voir même contrariée lorsque Nicolas fut partie.

Mais je n’ai pas du le temps de m’attarder sur cet énigme car le soir Père nous a annoncé qu’il accompagnait Charles dans le Nord, que nous ne restions pas seule à la maison car nous aussi nous étions du voyage. Il.nous a simplement prise au dépourvu :

  • Charles, Annabelle, Claire nous partons pour Béthune ça nous fera des vacances.
  • Maman vient – lui demande Annabelle –
  • Bien entendu, elle mérite autant que toi ces quelques jours de vacances.
  • Et Cécile – lui demandais-je –
  • Elle vient aussi ainsi que sa mère. Sa mère rentre dans son pays. Sans sa prétendue fille, je sais qu’elle a eu un choc mais elle aurait pu se douter que tôt ou tard Cécile aurait pu l’apprendre.
  • Sauf Père si le secret était bien gardé
  • Ton frère n’a qu’à demander à sa cousine Chantal si elle en avait eu des échos.
  • Nous y avons songé Annabelle et moi. Car figurez-vous qu’elle reste ma cousine, sa maman était la soeur de notre mère. Son papa était le frère de celui que j’appelais Papa.

A suivre…

Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Un silence de plomb a suivi le récit de Madame de Bougainvilliers, puis Claire et Cécile ensemble se sont mises à pleurer.

Vingt ans plus tard elles apprennent qu’un jour de juin 1940 sur une route où l’exode avait poussé leurs parents, leur destin avait basculé.

Puis les larmes ont succédé au rire et brusquement Claire a saisi les mains de Cécile en criant dans un même ensemble, « je suis ta jumelle » ou sur un autre registre  » nous sommes jumelles », père ne disait rien, il laissait les filles dansées autour de la table. Si elles deux s’étaient exclamées, nous par contre avions plus de mal à digérer pareille ignominie.

Puis, le téléphone a sonné mettant fin à la sarabande des jumelles. Le bruit de la sonnerie a raisonné comme un signe du destin.

  • Allo, oui je prend la communication. Bonjour Maître Leroy, que me vaut l’honneur de votre appel.
  • Oui, et bien aujourd’hui nous venons d’apprendre une nouvelle extraordinaire, venez ce soir vers 17 heures, vous me ferez part des nouvelles que vous venez d’apprendre et moi des miennes.

Père raccroche le téléphone et nous annonce cette nouvelle :

Monsieur de Bougainvilliers va être transférer sur Béthune compte tenu que les viols ont eu lieu dans le Nord. Par contre il y aura prescription sauf si des éléments nouveaux venaient se greffer dessus.

Ah ! Ce fut le cri de nous tous. Puis Père nous a demandé de sortir nous les jeunes et est resté en compagnie de Maman et de la « fausse mère de Cécile » . Nous ignorons ce qu’ils se sont dit, mais Madame de Bougainvilliers était fort pâle en sortant. Cécile a même refusé de lui parler, car, elle aurait pu lui expliquer lors de la mort de son père qu’elle n’était pas leur fille mais que son père qu’elle chérissait tant avait volé un bébé sur la route de l’exode dix ans plus tôt. Mais ce ne devait pas être facile pour elle de le dire à celle qu’elle croyait être son enfant. La pauvre femme avait dû être bouleversé. C’est ce que j’expliquais à Cécile, mais elle était tellement en colère, elle refusait de m’écouter. C’est Charles et Annabelle qui ont réussi à lui rendre son sourire.

  • Toi et ta maman d’adoption vous n’étiez pas si proches que ça
  • Effectivement, jamais elle me prenait dans ses bras, je ne comprenais pas pourquoi.
  • Et bien vingt ans plus tard tu le sais. Est-ce que tu vas repartir dans le Nord ?
  • Pour faire quoi ? Non je vais chercher un endroit pour vivre et …

Cecile se met à pleurer, elle m’avoue avoir peur de se retrouver seule. Je la plante seule au milieu du hall et je cours à la recherche de père. Il est dans son bureau et prépare avec Charles je ne sais quoi, le coffre-fort est ouvert et sur la table il y a une malette pleine de billets. Charles va sûrement porter des fonds à la banque. Mais rapidement Père m’explique que Charles, Annabelle et Madame De Bougainvilliers vont partir dès demain matin. Alors j’en profite pour lui demander où va aller Cécile ?

  • Mais il n’est pas question qu’elle se rende chez cette femme qui n’est pas sa mère. Elle peut rester là tant qu’elle n’est pas mariée comme toi ma princesse.
  • Oh papa cela fait bien longtemps que vous ne m’avez pas appelé ainsi.
  • Cela te manquait
  • Oui, mais l’essentiel c’est que vous m’aimiez.
  • Qu’importe le petit nom que je te donne, maintenant que tu me sembles rassuré pour Cécile, file. Va donc aider Annabelle à faire ses bagages.

Cecile ne se trouve plus dans le hall, mais où est-elle passée ? Je remonte et la trouve en compagnie d’Annabelle qui fait le tri de ses vêtements. Cécile va prendre sa chambre et elle choisit parmi le tas de robes que ma sœur n’emporte pas les tenues qui lui font envie.

Annabelle me jette un oeil , elle sait que la robe rouge de bal m’était destinée et Cécile la prise et mise dans son paquet. Je ne vais pas me disputer avec ma jumelle. Tant pis la couturière m’en fera une autre à moins que Nicolas m’en achète une. Je suis perdue dans mes pensées aussi je sursaute lorsque Cécile met sa main sur mon épaule.

  • Soeurette nous allons voir ensemble quelles robes nous allons pouvoir mettre. Il y en a en tout dix. Cinq chacune.
  • Attendez les filles j’ai cette robe que je n’ai jamais mise. Comme tu aimes le vert Claire elle va t’aller à ravir. C’est une robe de bal que j’ai fait faire en me temps que la rouge sur le même modèle.
  • Comme tu es gentille Annabelle, merci je t’aime trop.
  • Filez les filles, partez avec votre butin avant que je regrette ma générosité.

Elle nous regarde avec son air espiègle et éclate de rire. C’est tout-à-fait Annabelle, c’est la joie de vivre, elle fera une épouse parfaite pour Charles.

  • Bon vous partez ou je vous pousse dehors, les chaussures que je n’emporte pas je les laisse au bas de l’armoire. Je ne connais pas ta pointure. Si elles te vont tant mieux. Sinon tu les prends Claire vu que nous avons la même pointure.
  • Je fais du 37
  • Nous aussi
  • Et bien tout est à vous. Là haut je vais rarement porté des talons aiguilles mais plutôt des bottes.

Nous quittons Annabelle en riant et, elle en colère nous a lancé une de ses chaussures. Puis nous nous promenons dans la vigne et notre Majordome me prévient que Nicolas va venir ce weekend car il est de repos. Il va être étonné de rencontrer ma jumelle alors que pour lui c’était seulement ma demi-soeur après notre périple dans le nord.

A dix-sept heures tapantes Maître Leroy et Richard sont annoncé par Gérard notre Majordome. Monsieur De Bougainvilliers et son petit fils ont été transféré à la prison de la Santé.

ils nous font part de la rencontre qu’ils ont eu avec l’avocat de notre géniteur. Ce dernier est d’accord pour nous reconnaître Charles et moi. Mais en ce qui concerne Marie-Cecile elle restera sa petite fille et héritera comme ses deux enfants vu que son père est décédé.

Mais lorsque mon père lui explique les derniers événements, Maître Leroy pense qu’il.faut que Marie-Cécile soit couché sur le testament à la hauteur de son frère et sa jumelle. Il en reparlera à l’avocat d’ici deux semaines. Le procès du petit-fils aura lieu vers mars quand au grand-père il sera jugé la première quinzaine d’avril car il n’y a personne qui n’a porte plainte contre lui. Il risque de s’en sortir la tête haute. Charles se dit prêt à rencontrer celle qu’il considère comme sa cousine, la fille du frère de celui qui a été son père. Chantal j’en ai gardé un si beau souvenir qu’elle ne peut pas dire non nous dit-il…

A suivre….