C’était en 1952, à Kerlouan, un village du Léon battu par les vents et les embruns.Dans une petite maison de granit, Marie Le Guern, mère de quatre enfants, faisait de son mieux pour maintenir chaleur et réconfort. Ses mains, rudes mais attentives, avaient l’habitude des travaux du foyer comme des récoltes d’algues quand il fallait aider son mari. Elle avait ce regard des femmes de la côte : à la fois fier et inquiet, forgé par la mer et l’attente.Ce soir-là, autour de la grande table en bois, les enfants se tenaient sages, leurs yeux brillants fixés sur la porte. Sur la table reposait la soupe encore fumante, mais personne n’y touchait. Tous attendaient Michel Kerbihan, le père, meneur respecté de la grève des goémoniers. Depuis des semaines, il s’était battu avec ses camarades contre les prix injustes imposés par les acheteurs d’algues. On disait que la grève touchait à sa fin, que Michel reviendrait avec la nouvelle : la reprise du travail.Dehors, la nuit était tombée sur les dunes de Meneham, et le vent portait l’odeur des varechs étalés sur les grèves. La lampe à pétrole jetait une lumière tremblante sur les visages. Chaque bruit dans la ruelle faisait sursauter Marie, qui croyait entendre ses pas. Mais les heures passaient, et la porte restait close.
Pourtant, Michel en rentrant du camp de prisonniers après sa capture s’était juré de changer de métier. Mais que faire ? Reprendre des études… Il avait abandonné l’idée d’acheter un bateau et de sillonner la mer afin d’être marin pêcheur.
Goémonier tu es né, goémonier tu resteras lui avait asséner son père lorsqu’il lui avait fait part de ses intentions.
La petite rente promise à la mort du grand-père avait été englouti pour Marie et son autre belle-fille pour qu’elles survivent à l’absence de leurs maris. Et son fils aîné voulait sa part pour jouer au Capitaine, le vieux marin avait été terrassé par une crise cardiaque le soir de ce jour néfaste.
A suivre…
Août 2025

