L’enfant de personne/11

Noël, un enfant dans la tourmente

J’ai mis mon bébé au monde avec l’aide de Mariette le 25 décembre 1943. Il neigeait et naturellement je l’ai appelé Noël, le médecin n’étant pas là, Mariette ayant mis seule, elle aussi, sa petite dernière avait su me prodiguer les mots de réconfort, avait eu les gestes appropriés pour que mon bébé vienne au monde dans les meilleurs conditions.
C’était un beau bébé, Paul l’ayant pesé et même mesuré avait noté cela sur un carnet pour s’en souvenir au moment où le médecin viendrait.

J’ obervais mon enfant, car Mariette tout en soignant mon corps m’avait apaisé pour pouvoir bien accueillir l’enfant qui allait naître. Me faisant remarqué très judicieusement que ce n’était nullement sa faute ni la mienne si sous les coups de Jules, sous ma longue marche sans trop me nourrir il avait eu envie de vivre. Plus je le regardais, plus je me disais que je devais l’aimer, il n’avait que moi et lui ne pouvait pas être, à son tour l’enfant de personne. J’en avais bien trop souffert.


Il était brun comme moi alors que l’autre, désormais c’est ainsi que je l’appelait était roux, il avait des traits fins et non grossier comme le rustre. Les soeurs de Pierre voulaient toutes s’en occuper, elles s’extasiaient sur son regard et plus tard sur la couleur de ses yeux, se demandant tout comme moi de qui il les tenait.


De qui pouvait-il avoir pris ses beaux yeux verts clairs lumineux ? Les miens étaient brun pailletés de vert. L’autre avait les yeux noirs. Je remerciais le dieu de ma tante car je ne croyais en rien, mais depuis que j’étais arrivée chez Mariette je croyais en la bonté de certaines personnes. J’avais de plus en plus d’amour pour mon petit garçon.
Et c’est tout naturellement que Noël et moi nous ne faisions plus qu’un, mais depuis le 25 décembre, Pierre venait souvent chez ses parents, la nuit de préférence et nous commencions à nous apprécier mutuellement.
Un soir il me fit une déclaration fort importante :

  • Magdeleine pour ton bébé je dirais à tout le monde après la guerre que c’est le mien. Je l’ai déjà fait inscrire sur les registres paroissiaux et dit que c’était le nôtre, j’ai paré au plus pressé. Nous sommes dans un petit village ça te protegera. Notre bon curé voulait de suite que je t’épouse, mais je n’ai pas cédé. Reconnaître ton enfant est important on ne sait pas comment cette guerre va tourner quoique je pense que les « Bosch » partiront. On va gagner crois moi et c’est pour bientôt.
    J’étais tellement abasourdie que je ne lui ai pas répondu. Puis je me suis jetée dans ses bras et embrassé, puis de fil en aiguille ses mains m’ont délicatement serrées. Et pour la première fois j’ai ressenti des papillons qui me caressaient au niveau du ventre. Ses baisers étaient tendres. Il était doux, cela n’avait rien à voir avec la manière de l’autre.
    Cette fois-ci je n’ai pas voulu qu’il me caresse, j’acceptais seulement ses baisers. J’étais encore en proie avec des cauchemars terrifiants. Faire l’amour pour moi était toujours dans la violence.
  • Pierre sois patient, je t’aimes
  • Moi aussi je t’aimes je t’attendrais, nous sommes jeunes.
    Mais à la fois je ne voulais pas attendre, je désirais Pierre et avait envie de connaitre le véritable amour et à la fois j’étais terrorisée à cause de ce que j’avais subi. Et surtout la guerre et ses horreurs étaient à notre porte. L’étau se resserait sur le Maquis de l’Ain et du Jura.
    En mars 44 une nuit nous avons eu la surprise d’entendre un grattement à la porte, c’était Le félin et Tonio qui portaient un blessé .
  • C’était notre bon vieux docteur il venait de tomber dans une embuscade sur la route de Bourg à Lyon non loin de la gare ferroviaire. Il était recherché car trahi par un du réseau qui, pris de panique leur avait avoué avant l’embuscade qu’ayant été arrêté il avait parlé sous la torture. Comme il était de Bourg-en-Bresse il connaissait la planque du chef du réseau. Averti la résistance de l’Ain et du Jura était parti pour exfiltrer notre bon vieux docteur. Ils avaient eu le temps de l’avertir mais en sautant par la fenêtre donnant sur le jardin il s’était cassé une jambe. Tant bien que mal ils avaient pu le ramener à la traction qui les avaient amené sur les lieux mais leur petit convoi avait été pris pour cible à hauteur de la gare. Pierre avait forcé le barrage pendant que la résistance couvrait leur fuite, ne voulant pas que leur chef soit arrêté. Le vendu s’était précipité vers ceux qui lui avaient ordonné de retourner dans son groupe. A quoi pensait-il ? Qu’ils l’accueuilleraient à bras ouverts. Une rafale de mitrailleuse l’avait couché à tout jamais sur la chaussée. Cette trahison restait en travers de la gorge de Pierre et de son groupe. Non seulement le traître avait perdu la vie mais deux jeunes de 20 ans et 25 ans étaient morts cette nuit.
    L’un d’entre-eux faisait parti de ceux qui avaient défilé à Oyonnax le 11/11/1943 à la barbe des nazis. ( Véridique lire l’événement phare de l’automne 43 ). C’était un jeune de Saint Cyr, Marius dit la Débrouille son nom dans la Résistance.
    Pour parer au plus pressé il fallait cacher le Dr Morand, car lui personne ne l’avait récupéré, c’est sous sa houlette qu’aider de Mariette nous lui avons mis la jambe sur une planche et bandé assez serré pour qu’il ne souffre pas et surtout qu’il puisse se déplacer. La ferme était fort grande et Paul avait déjà logé plusieurs Résistants blessés sans que jamais leur cachette fut découverte. Et même il cachait aussi des Juifs mais je ne l ‘appris que bien plus tard après la guerre.

L’enfant de personne /7

Le calvaire ( partie 3)

Avant de partir au champ il m’embrassa de force, sentir sa langue fouiller ma bouche me donna la nausée et je rendais le peu de nourriture que je venais de prendre.Je vomissais sur ce rustre, Jules de son prénom, me fila deux gifles, tout en m’ordonnant de nettoyer ma saleté, puis, il parti à grande enjambée vaquer à ses occupations.

Du seuil de la porte il me menaça au cas où il me prendrait l’envie de m’enfuir :  » ici on est à proximité du Maquis de l’Ain, à des kilomètres à la ronde il n’y a rien. C’est un lieu hostile c’est la raison pour laquelle ma femme est allée chez sa sœur. Elle attend la fin de la guerre pour revenir avec ma petite. Si toi tu penses que là-bas tu serais mieux crois moi les allemands ou ces voyous de maquisards feront une seule bouchée de toi. Tu seras leur proie. Tu … Enfin tu m’as compris réponds moi. »

  • Oui
  • Oui qui ?
  • Oui Monsieur
  • Oui Jules chéri, répète
  • Oui Jules

Deux autres claques viennent se fracasser sur mes joues. Je vais m’assomer sur son buffet vermoulu et tombe à la renverse. Il se précipite sur moi me remet debout, je vois ses yeux tout petit, ses gros sourcils noirs me fixer méchamment, aussi je réponds :  » oui Jules chéri ».

Voilà ce n’est pas bien difficile, quand tu seras gentille moi aussi je le serais, dans le cas contraire…

Ces mots sans équivoque s’étaient gravés en moi comme une épée de Damoclès suspendu au-dessus de ma tête. Avec ses claques il m’avait désarçonné et fait valdinguer au sol. Je devais courber l’échine et réfléchir à la manière de m’enfuir sinon je ne serai plus en vie assez rapidement.

A 22 ans alors que d’autres étaient mariés ou songeaient à fonder une famille j’étais venue me jeter dans les pattes de ce paysan qui vivait mal sa solitude et surtout pour qui le sexe était son seul passe-temps dès qu’il rentrait des champs. Il sentait à la fois la sueur, les cochons, la bouse de vache, il était gros, lourd. A chaque étreinte que je subissais il fallait jouer la comédie. Lui dire haut et fort que j’aimais ces attouchements ou autres saletés qu’il me faisait subir. Des qu’il en avait fini je me précipitais dans le seul lieu où je pouvais me laver, dans la cour où l’eau arrivait continuellement  » le bachat » aux vaches. J’avais réussis, en fouillant les affaires de sa femme à trouver un espèce de savon dur qui, à force d’être mouillé me permettait de me laver. Je lavais mon corps de son sperme. Je me frottais, fort très fort. Chaque fois je le détestais davantage mais il avait su entretenir ma peur et il faut dire que j’étais une véritable oie blanche. Chez les religieuses à part les bonnes manières je n’avais pas eu d’explications ni de conseils sur ce qu’il pouvait arriver à une femme car à l’époque, à part la méthode « Ogino » on ne prenait pas de précautions en faisant cet acte qui me répugnait. Lui disait  » viens ma chérie on va faire l’amour ». Alors que moi je le subissais tout en lui jouant la comédie.

A suivre…

L’enfant de personne/5

Deux ans de calvaire ( première partie)

Si j’avais su ce que ces mots voulaient dire être gentille je me serais enfuie, mais cet homme était non seulement méchant, brutal mais énorme et face à lui je ne faisais pas le poids.La première nuit il m’a violé dans la grange, s’est relevé m’a demandé pardon et je ne l’ai pas revu avant le lendemain matin.


il était à moitié couché sur moi, il ronflait, j’étais nue et complètement écrasée par cette masse de chair flasque qui me donnait des hauts le cœur. La chambre ressemblait à une bonbonnière rose. Le lit était entouré d’un voilage blanc comme ceux d’une mariée. C’était un lit de princesse.

Quand il a ouvert les yeux il m’a touché le visage avec ses gros doigts aux ongles noirs, j’ai eu un haut le coeur, il s’est mis à rire et m’a dit :- Fais pas ta mijaurée, cette nuit tu m’as offert ton corps et je t’ai dévoré toute crue. Tu me disais encore Jules. J’ai bien profité de toi, tu n’as pas chialé, faut dire que je t’ai fait boire. De cette manière tu ne criais pas. Soit tu m’acceptes et tu l’as ferme soit je te fais boire et je te prends quand même. Mais tu es un beau brin de fille et c’est bête de gâcher un si beau moment.

J’avais mal de partout. Il s’est levé, s’est habillé m’à empoigné par les cheveux m’a jeté une vieille blouse à la tête et m’a dit  » va préparer le café »

A suivre…

Le Finistère

Sur la carte de la France
Tu avances
Nez en avant
Face à l'océan
C'est là où la terre s'achève.
Sous le souffle du vent
La terre de Cornouaille
Donne à ses rochers
Des tailles fantasmagoriques
Rappelant les légendes
Du pays Celte en Armorique
Entre landes et océan
Du haut de ses falaises
Domine la pointe du Raz
En face d'elle
Emergeant tout juste
Voici l'île de Sein
Ici où là  des éperons rocheux
Se souviennent de sites fortifiés
Font vivre les légendes
De chemins, de promenades en sentier
Arrêtons-nous à Pont-Croix petite cité médiévale
C'est une halte obligée
Pour brutalement plongé
Au cœur du Moyen-Age
De la Pointe de Pen-Hir
En passant par les criques verdoyantes
Du Cap de la Chèvre
Nous voici au cœur de ce Finistère
Sauvage et authentique
N'oublions pas la pointe du Van
Non loin de la baie des Trépassés
Lieu envoutant
Les rochers ont des noms
Comme Merlin et Morgane
C'est ici que j'admire les flots déchainés.
Novembre 2017 copyright (Ecume sur un océan de mots) 

L’enfant de personne/3

La Survie

Quand celui qui s’est présenté comme mon père m’a abandonné dans ce dortoir je n’ai pas compris. Pourquoi me laisser là ? Qu’avais-je fait? Je savais par les confidences de mon oncle quand il me possédait que j’étais immensément riche. Il voulait mon argent. Mais tant que je n’étais pas majeure il ne pouvait pas y toucher. Alors pourquoi mon père m’a-t-il abandonné là ?

La religieuse qui était ma tante m’a dit le lundi matin qui a suivi mon arrivée. Magdeleine tu es dans l’orphelinat des soeurs St Joseph. Dorénavant c’est lui notre bon Saint qui sera ton père.

Non, j’ai un père

Tu dois apprendre les bonnes manières pour faire honneur à ton rang, et surtout pour t’éloigner de ton oncle qui est malveillant. Jamais il ne viendra te chercher ici.
Tu as déjà 13 ans et toute ton éducation est à faire. Ce matin tu vas me montrer comme tu lis, et si tu sais compter. Après on avisera pour le reste.


Certes je n’ai pas été malheureuse, je n’étais plus violée ni battue mais ma vie était terne, sans joie, sans amie. Je n’arrivais pas à me lier avec les autres, si je le faisais en général c’était le fiasco, soit elle quittait précipitamment l’orphelinat pour être adoptée, soit un grand-père venait les récupérer ou elles fuguaient. Je ne les revoyais jamais.

Je me promenais seule dans les jardins et au début je plantais des fleurs, aidée par une vieille religieuse que l’on appelait Rose car elle avait toujours une rose à nous offrir lorsque nous lui donnions un coup de main. Puis plus tard elle m’apprit les joies du jardinage. Elle plantait selon la lune et nous allions vendre fruits et légumes sur le marché cela nous occupait deux jours par semaine. La vie était paisible et j’étais devenue une belle jeune fille selon un Monsieur qui était venu adopter ma compagne de chambre. Je me demandais pourquoi il me détaillait de la tête aux pieds. Il était très gentils mais pour moi c’était bizarre. Avant de partir, Adélaïde m’a dit :  » tu n’es pas adoptable pourtant celui que demain je vais appeler papa voulait aussi t’emmener ».

Dans ma tête j’ai songé que mon père m’avait abandonné dans se soucier de moi, mais il me refusait le bonheur dans une famille aimante.

Un jour Soeur Mathilde que j’aimais bien nous a dit :  » Rentrez vite chez vous mes pauvres petites la guerre est déclarée avec son lot de malheur ». Partir pour aller où ?

A suivre…

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