Le coffret (suite)

Bientôt la fin, mais je n’ai pas osé vous mettre ma totalité du chapitre 12; Allez Globule attends encore un peu….Rire!!

 

 

Denis et France sont hilares devant le mépris qu’elle a affiché mais ce qui  rend les choses fort drôles c’est qu’elle se soit plus conduite en patronne qu’en secrétaire corvéable à souhait comme l’a exigé d’elle au cours de ces six mois leur cher cousin. Mais il y a un problème de taille et il va falloir se dépêcher. En effet comment vont-t-elles ressortir avec le coffret sous le bras, c’est impensable, voire même impossible. France a une idée, elle l’expose rapidement. Dans un premier temps, Denis va s’en aller comme un hypothétique client ou fournisseur par la grande porte, auparavant il remet le portrait du « patriarche ». Ensuite, comme à son habitude, Victoria fait quelques pas, à l’extérieur du bocal comme tout le monde nomme le bureau du patron et accompagne Denis jusqu’à l’ascenseur, elle a refermé la porte du bureau, il n’est pas question que l’on y découvre France. Puis d’un pas posé, elle la retrouve et décide d’appeler Rodolphe, elles ont mis au point une manière idéale de faire sortir le coffret au nez et à la barbe de l’ensemble du personnel. Denis avait dit d’un ton goguenard, il faut faire évacuer l’immeuble, ce qui avait détendu l’atmosphère, mais pendant que Victoria accompagnait leur ami, France a fait appeler Rodolphe le petit protégé de son ami qui, depuis quelques temps travaillait au courrier. Il avait fait quelques bêtises, et pour prouver au juge qu’il s’était rangé, il avait accepté de travailler selon certains codes. Comme il était redevable aux deux sœurs, il ferait ce qu’elles lui demanderaient. France lui demande de venir avec un gros carton fermé, elle lui expliquera une fois dans le bureau ce qu’elle attend de lui. Rodolphe fier de rendre service à France qui lui a ôté une grosse épine du pied, ne tarde pas à arriver. Il apporte comme on lui a demandé un carton sur lequel il a écrit une adresse. Il entre et voit deux femmes en tout point pareil, il n’en croit pas ses yeux. Il se demande laquelle est Victoria, il les examine attentivement et se dit que l’on dirait bien des jumelles, il suppose qu’une est France et l’autre la DRH. Mais il attend les ordres.

Rapidement les deux sœurs lui expliquent qu’ils vont mettre à l’intérieur de ce colis le coffret en bois qui se trouve sur le bureau, de cette manière il passera devant tout le monde. Ils ont toujours un regard oblique et épient chacun des faits et gestes de Victoria, comme s’ils étaient des indicateurs pour le patron. Ce qui est sûrement le cas. Mais pour repartir avec le colis plein, il va leur falloir jouer la comédie. Dans un premier temps rien ne se passe, puis, soudain, tous entendent des cris à l’intérieur du bocal, un de ces Messieurs a même l’idée de se rendre dans le bureau. Mais mal lui en prend, il se ramasse la porte en pleine figure.  Victoria dit assez haut et fort :

–       Rapportez le colis à la poste, et dites-leur qu’ils ont fait une erreur, celui-là ne nous est pas destiné.

–       Bien, Madame, je le fais immédiatement.

Puis, pendant que Rodolphe emmène leur bien précieux, les deux sœurs se concertent, l’une, Victoria va sortir, et France, quant à elle, va regarder les papiers que sa sœur a vus et qui lui semblent étranges. Il y a  là pleins de formules, elles pensent toutes les deux que c’est un parfum, mais est-ce celui de leur père ou a-t-il prévu une pâle copie ? Victoria ne comprenant rien à ces formules, l’avait signalé à sa sœur, mais il lui fallait se rendre dans le bureau de leur cousin pour en prendre connaissance et se faire une idée, et, aujourd’hui c’était chose faite. Il ne fallait pas traîner et sortir au moment où les employés quittaient la Société pour éviter qu’ils se posent trop de questions, compte tenu qu’ils l’auraient déjà vu sortir. Mais tout ceci aurait bientôt une fin, et elles n’étaient pas à un esclandre près. Fabien portait de nombreuses casseroles et s’il était en colère, elles avaient de quoi le faire tomber ; selon ce qu’il avait fait, il pourrait être soumis ou rebelle. Elles verraient cela prochainement.

Elles se prennent dans les bras l’une et l’autre. Que de chemins parcourus depuis leur première rencontre, aujourd’hui elles se considèrent comme deux sœurs et rendent visite assez souvent à leur maman. Elles y vivent à tour de rôle puisque pour l’instant elles vivent cachées. Victoria avant de partir descend le volet et met la pénombre dans le bureau, elle laisse les rideaux roulants fermés, ceux qui séparent le bureau du « Boss », du bureau de la secrétaire ou de ses hommes de mains comme le dit Denis. Puis d’un pas ferme, elle quitte le « bocal », elle s’arrête vers Mirabelle et lui signale que le patron rentre ce soir et qu’elle n’aura qu’à lui remettre son CV en mains propres dès demain matin. Elle ajoute qu’elle part car elle a une rage de dents. Elle se dirige vers l’ascenseur et entend Mirabelle rapporter l’ensemble des mots qu’elles viennent d’échanger aux collaborateurs de Fabien Delmas. Elle entend le rire gras du chef de bureau qui ricane et dit bêtement :

– mal aux dents mal d’amour, quand on voit la gueule qu’elle a on peut comprendre.

 Il n’y a pas un muscle du visage de la DRH qui bouge, elle entend, et se dit intérieurement,

-si le « Boss » s’en va, je pense que nous ferons une charrette complète avec ses subalternes.

Rien que d’y penser elle s’en réjouit. Avant de sortir elle fait un petit signe à l’hôtesse d’accueil, une charmante jeune femme qui élève seule son fils. Dehors, la voiture de Denis l’attend, elle s’y engouffre et ne voit pas son patron qui, sur le trottoir d’en face, la voit monter dans une Maserati flambant neuve. Il est fort étonné, car il la voyait comme une secrétaire aigrie et revêche. Malgré les diplômes qu’elle a, du reste, il trouve que l’homme qui lui tient la portière a une élégance comme il aime, et il se demande qui il peut être, cela lui semble fort bizarre. Quant au chauffeur il avait des allures de Rodolphe, possible qu’il soit de sa famille et qu’elle se soit bien gardée de lui le dire. Mais il lui faut se rendre à son domicile, puis il retournera à son bureau dans la soirée, et il oublie ce qu’il vient de voir.

Rodolphe emmène chez Léa, Victoria et Denis et le coffret, puis il retournera terminer son travail et récupérera France qui à son tour viendra les rejoindre. Mais il repart avec sa propre voiture, car la voiture de Denis, il est préférable qu’il ne la conduise pas, bien que maintenant il soit rangé ait juré à Denis qu’il ne recommencerait plus jamais ses larcins. Il lui doit une fière chandelle et France lui a assuré qu’il ne serait pas oublié lorsque le moment sera venu. Il ne comprend pas ce que tout cela veut dire, mais il leur fait confiance. Depuis qu’il les connait, sa vie a complètement changé.

Denis appuie sur la sonnette, car comme il dit, il aime bien le bruit qu’elle fait, c’est une jolie mélodie. Léa entrouvre sa porte et est heureuse de les voir, mais il manque France, elle s’en étonne. Victoria lui explique que dans la semaine elle avait découvert des formules chimiques et que France voulait s’assurer que ce n’était pas celles de son père. Elles vont attendre son retour pour en savoir davantage. Après les formules d’usage, Léa leur demande si tout s’est passé comme prévu. Il leur semble, en tout cas que personne ne se soit mis au travers de leur chemin. Maintenant, il faut que France puisse en faire tout autant, après il leur suffira d’ouvrir le coffret… Espérons qu’il leur dévoilera son secret.

–       Quoi qu’il en soit, ajoute Rodolphe, personne ne nous a suivis.

Ce qui les fait tous rire, ils  se croient dans un épisode d’un feuilleton de la télévision. En attendant que France revienne ils papotent. Il est grand temps que Rodolphe aille chercher France qui vient de les appeler. Elle est fin prête, l’ensemble du personnel était parti plus tôt que d’habitude, mais c’était ce qu’avait remarqué Victoria. Dès qu’un des deux n’était pas là, les autres quittaient leur poste. Comme on dit « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent ».

–       Dès que France sera là, vous irez dans le salon et vous ouvrirez le coffret, nous vous laisserons seules, c’est la vie de votre père, sûrement des secrets, j’espère que vous trouverez des réponses à votre vie.

Enfin les voici, Rodolphe précède France, cette dernière semble être épuisée. Il faut dire que tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Au moment où elle allait prendre l’ascenseur, elle s’était retrouvée nez à nez avec leur cousin qui lui avait asséné quelques mots car il était fort étonné qu’elle ne soit pas allée chez son dentiste. Et d’un ton goguenard, il lui avait demandé où était son chevalier servant et son chauffeur privé et il avait ajouté :

-J’ai dû vous payer un peu trop pour que vous puissiez vous promener dans une Maserati flambant neuve.

Elle lui avait rétorqué :

–     Payer certes, mais non déclarer, donc nous sommes quittes.

Et sur ce elle avait pris la poudre d’escampette, le laissant la bouche ouverte, car c’était la première fois qu’elle lui faisait ce genre de réponses.

Le coffret (chapitre 12)

 

 

France, assise devant son miroir, réfléchissait aux événements tels qu’ils se déroulaient depuis 6 mois. Certes ce n’était pas très honnête mais dans cette histoire qu’est ce qui était normal ? Rien !

 

Son père était toujours porté disparu, mais depuis ce temps, il était fort improbable qu’il soit encore vivant. L’avait-on tué, ou fait disparaître comme le pensaient Victoria et un tantinet France ? Ou, comme osaient le dire depuis quelques temps ouvertement les salariés du laboratoire, ne pouvant faire face aux problèmes de la Société, s’était-il donné la mort ? Il y avait tant de raisons possibles à cette longue attente. Mais aucune ne seyait à ses filles.

Alors, il avait fallu se décider à passer à une vitesse supérieure, il ne leur restait plus qu’à opérer au nez et à la barbe de Fabien pour s’introduire dans le bureau du patriarche, comme il était encore indiqué aujourd’hui sur la porte. Tout avait été longuement mûri et organisé par France et Victoria, aidées en cela par Léa. Il avait fallu tout d’abord introduire le loup dans la bergerie afin d’espionner les faits et gestes de leur cousin. Victoria, forte de ses résultats obtenus à l’école prestigieuse de Lyon, n’avait pas eu de mal pour se faire embaucher par Fabien Delmas. Mais si elle était venue comme une fleur en lui disant « je suis Victoria Delmas », elle n’aurait eu aucune chance. Aussi avait-elle falsifié son diplôme, la seule chose qu’on lui avait demandée. Comme elle était en CDD et qu’elle connaissait très bien les méthodes de son cousin, elle savait qu’il n’allait même pas la déclarer à l’URSSAF ni du reste à quoi que ce soit, elle ne ferait pas sa fine bouche, elle n’était pas là pour faire des vagues, mais pour observer son cousin et voir quelles étaient ses habitudes. Il lui avait seulement demandé son diplôme et avait émis un sifflement en découvrant ses résultats, à part ça, il lui avait dit qu’il la payerait d’une somme coquette de la main à la main, et que si dans 6 mois elle faisait l’affaire, il l’embaucherait définitivement sous un nouveau contrat. Victoria s’appelait depuis six mois Elise Donat, elle avait mal orthographié le nom de Léa, mais qu’importe puisque tout le reste était faux. Elle s’était entourée de toutes les garanties, elle faisait partie d’une troupe de théâtre avec laquelle elle avait appris à se grimer et à se fondre dans la foule. Le subterfuge durait depuis la moitié d’une année, mais c’était un travail facile pour elle. Ce qui l’était moins, c’était de faire attention à tout, de ne pas reprendre les gestes et les tournures de phrases dont elle avait l’habitude. Aussi, deux jours par semaine, c’est France qui la remplaçait, de manière à ce qu’elle puisse souffler. Fabien ne s’était jamais rendu compte de rien, il les avait  confondues puisque il n’avait jamais fait une seule remarque.

 

Tout cela va bientôt se terminer, mais auparavant il fallait que Victoria et France se retrouvent en même temps dans le bureau et elles avaient décidé que c’était cet après-midi. Depuis six mois que Victoria travaillait, c’est la première journée où elle se retrouve seule ; son cousin est parti sur Paris pour rencontrer une haute sommité. Elle ignore qui cela peut-être, et elle n’a même pas cherché à le savoir. Ce qui lui importait c’est que France puisse récupérer son coffret, au moins cette mascarade s’achèverait.

Elle attendait avec impatience l’arrivée de son ami Denis, le frère aîné de Léa, qui allait l’aider à déplacer le portrait du patriarche qui était fort lourd. Il ne devrait pas tarder. Comme c’était la première fois qu’il venait, il faudrait qu’il montre patte blanche, mais la jeune fille de l’accueil ne devrait pas poser énormément de questions. Enfin l’interphone sonne, et Victoria qui vient d’entrer répond. Denis est annoncé comme étant  son frère, elle ne cherche pas à la tromper, elle lui demande de le laisser monter.

Il ne faut pas perdre de temps, les employés et chercheurs pourraient s’étonner que les volets intérieurs restent fermés si longtemps. Il ne faudrait pas que l’un d’entre eux se montre un peu trop curieux. Le lourd portrait se trouve au sol et, comble de la surprise, le coffre-fort est entrouvert et ils  constatent qu’il a été forcé. Cela a dû se passer récemment, car Victoria avait vérifié pas plus tard que la semaine passée qu’il n’avait pas été ouvert. Cela voulait dire que les événements se précipitaient et cela confortait l’idée émise par Victoria que son papa avait dû parler, si tant et si bien qu’il ait été kidnappé, comme certains de la Famille avaient l’air de penser.

L’idée faisait son chemin dans toutes les têtes. Mais Si Fabien en était l’instigateur il n’avait jamais rien laissé paraître. Quels comédiens dans cette famille pensait Denis, mais en ce qui concerne sa fiancée, c’était louable, elle ne récupérait que ce qui lui était dû. Si Fabien a kidnappé son père, là c’est fort grave, mais ils n’en n’étaient que dans des suppositions. Enfin, le coffret est bien là, il a lui aussi subi quelques détériorations, mais personne n’a réussi à l’ouvrir. Maintenant il va leur falloir s’en aller chacun à leur tour, mais il faut le faire pendant que les employés ne sont pas tous revenus de la pause.

S’il leur prenait l’idée de sortir ensemble, les deux sœurs feraient sensation, mais elles se découvriraient un peu trop tôt. Elles avaient échafaudé un plan parfait, il ne fallait pas se griller avant que le mot fin soit écrit. Leur cousin devait être mis devant le fait accompli, lorsqu’elles seraient certaines d’avoir gagné. De plus si dans le coffret il n’y avait pas ce que toutes deux espéraient, Victoria donnerait sa démission sur le champ et adieu l’espoir d’être la DRH de sa sœur France. Mais on n’en était pas là.

Le coffret est assez important, il est en bois et tout sculpté. Ce n’est pas du travail d’amateur, c’est un bel ouvrage fait main. France veut être certaine qu’elle emporte bien le coffret déposé par son père, pour cela, elle ôte de son cou la fine chaîne d’or que Denis lui avait passé autour du cou cinq ans auparavant. Elle introduit la clef dans la serrure et la tourne. Rien ne se produit. Il ne faut pas s’affoler, elle essaye à l’envers, son père a sûrement eu cette idée de monter la serrure à l’envers. En effet le coffret s’ouvre.

Mais c’est à ce moment-là que la ligne privée de Fabien Delmas sonne. Victoria répond. C’est son patron qui lui annonce son retour pour la fin de la soirée, et il ajoute j’aimerais que vous soyez présente, je pense être là aux alentours de 18 h. Victoria est fort contrariée, ne sachant quoi lui répondre, elle prend la première idée qui lui passe par la tête et lui dit

–        Je ne pense pas être présente, j’ai un fort mal de dents, je vais aller consulter mon dentiste. 

Elle sent dans la voix de Fabien une espèce de doute, et elle ajoute

–        Je serai là demain matin, à l’heure qu’il vous plaira.

Il n’a vraiment pas l’air content, et il lui débite un flot d’injures, comme lorsqu’enfant il les insultait, il y a entre eux deux un moment de flottement, puis Victoria reprend plus rapidement que lui sa maîtrise et lui assène ces quelques mots :

 

–       Monsieur Delmas, je n’ai jamais failli à mon devoir et vu le peu de considération que vous avez à mon égard, je pense que je mettrai rapidement un terme à notre collaboration.

Fabien est surpris par la réponse de sa secrétaire et il ne peut que bredouiller un « je m’excuse » qui ne fait ni chaud ni froid à Victoria.

Elle raccroche et éclate de rire de l’avoir remis à sa place façon Victoria Delmas. C’est la première fois qu’elle se permet cette incartade. Mais il a vraiment exagéré, son rendez-vous a dû mal se passer pour qu’il lui ait aboyé au visage.

Une absence qui s’éternise (chapitre 10)

Bonjour à mes lecteurs,

Je vous ai mis l’intégralité du chapitre 10 car je dois m’absenter 3 à quatre jours la semaine prochaine. Cela me donnera le temps de transcrire l’ensemble de mes notes de mon cahier à mon ordinateur et dès que je rentrerais vous pourrez continuer à découvrir mon roman. Et à la fin je vous offrirais en prime le titre de mes écrits car je l’ai enfin trouvé…C’est un peu contraignant  de regarder qu’il n’existe aucun ouvrage ayant déjà ce titre. Même si les histoires sont différentes deux titres semblables c’est interdit.

Excusez-moi pour la longueur, mais j’espère que si l’histoire vous plaît et j’en ai l’impression vous ne verrez pas la longueur. De plus cela va dans le sens que vous avez l’air d’attendre.

 

 

Selon la volonté de leur maman et avec l’accord de leur père, la maman de France se trouve depuis le début de l’année scolaire dans une maison de repos à l’écart de Lyon. Cette maison se trouve dans les Monts du Lyonnais dans un charmant village qui se nomme Saint-Martin-en-Haut. C’est là que le chauffeur les dépose en ce début d’après-midi. Sa chambre est au rez-de-chaussée, elle a une porte-fenêtre qui donne sur un immense parc aux arbres à essences variées. En ce début d’après-midi la maman de France fait la sieste et ne s’attend pas à voir sa fille accompagnée de sa demi-sœur dont elle a appris l’existence par son mari qui est parti affronter ses démons, enfin c’est ce qu’elle pense, car il a été fort évasif au téléphone pas plus tard qu’hier matin.

Quand France accompagnée de Victoire arrive, elle voit que sa maman dort dans un fauteuil relax sur la terrasse. Comme à son habitude elle a une longue robe blanche avec un manteau de la même couleur ; sur sa tête un chapeau blanc qui la protège des rayons du soleil. Elle paraît tellement fragile pense France en la voyant assoupie. Ce blanc la rend diaphane se dit-elle. Elles essayent de faire le moindre bruit possible, mais hélas les gravillons du chemin réveillent la belle au bois dormant comme pense à ce moment Victoire. La maman de France soulève lentement son chapeau qui la protège des rayons du soleil de cette semaine Pascale, et elle rosit de plaisir en voyant que s’avance sa fille adorée. Elle pense de suite que la fillette qui l’accompagne est forcément Victoire née du premier amour de son mari.

–       Ma petite chérie, quel plaisir tu me fais, mais tu m’avais annoncé ta venue pour demain, je ne suis pas présentable. Toi, tu dois être Victoire.

Victoire apprécie la douceur de la maman de France et est même étonnée de sa gentillesse, après tout elle n’est que la demi-sœur de sa fille. Mais Luce ne parait pas du tout gênée par la présence du fruit de l’amour de son mari, au contraire, on dirait qu’elle la considère comme  sa propre fille. Elle l’embrasse chaleureusement, ce qui fait naître au bord des cils de Victoire, quelques larmes, qu’elle réprime rapidement. Personne ne doit voir qu’elle est émue. Mais la maman de France s’en est aperçue et elle lui tend un merveilleux mouchoir blanc pour qu’elle puisse s’essuyer les yeux, et lui fait comprendre qu’elle peut le garder. Ce qui met un sourire sur les lèvres de France, elle reconnait bien sa mère, elle a toujours distribué ses mouchoirs en fine batiste.

Luce Delmas s’intéresse énormément au travail scolaire des deux fillettes, elle leur pose les questions d’usage, félicite dans un premier temps sa fille pour ses résultats scolaires, et encourage Victoire pour sa progression tout en l’entourant d’affection.

–       Et bien je pourrai dire à votre père que vous avez bien travaillé en classe, il sera fort heureux.

–       Maman, pourquoi papa ne rentre pas, son travail l’attend et il laisse Fabien s’en occuper, je pensais que c’est ce qu’il ne voulait pas.

 

–       Ton papa, il faut le comprendre,  a appris en même temps que Victoire était sa fille, il l’ignorait complètement, et il s’en veut énormément d’avoir cédé à son père il y a plus de 12 ans.Quant à son travail il a préféré le fuir, il est en ce moment au Bénin où il va essayer avec ton parrain de mettre sur pied un laboratoire pour faire des recherches sur des vaccins. Mais votre Grand-Mère s’y oppose un tantinet,  je n’en connais pas la raison. Ici en France il doit aussi essayer de savoir qui lui veut du mal au sein de son propre Laboratoire, il y a eu des vols, et le pire de tout il a subi de la part de Fabien de nombreuses suspicions. Aussi,  comme il ne se sent pas dans l’état de travailler, sa mère lui a ordonné de prendre du repos et de revenir quand il aura mis ses idées en ordre. D’où son départ précipité vers son frère. Et votre grand-mère a donné les rennes à Fabien, ce qui contrarie ton père.

 

–       Mais Fabien a licencié le papa de Rose, la petite fille de la cuisinière de Bonne Maman, pourtant il faisait bien son travail, papa disait toujours « c’est un gardien exemplaire. » Maintenant qu’il est loin de nous il est  gentil, alors qu’avant son départ il me malmenait et m’envoyait promener à tout moment.

 

–       Avant son départ ma fille chérie, il venait de savoir que l’on avait besoin de lui aux USA, et il se demandait ce qui se passait, puis quand il s’est retrouvé avec vous Victoire, il n’a pas su comment assumer, il vous a même poussée à parler vous-mêmes à France, ce que en d’autres temps il aurait assumé seul. Mais je ne puis vous en dire davantage mes chéries. Par contre France, j’ai reçu pour toi une lettre de ton papa, tu ne dois jamais communiquer ce que tu trouveras à l’intérieur à qui que ce soit, sauf à ta sœur.

A mots couverts, la maman leur dit que c’est la formule pour fabriquer les deux parfums homme et femme. Mais chut, elle n’a rien dit.

–       Venez rentrons il fait frais !

A l’intérieur elle se dirige vers une pile de linge et derrière se trouve une lettre d’où s’échappent des effluves fort agréables ; le tout est plié avec un ruban rouge, il tombe à terre une feuille fine, et dessus, il y a l’écriture de son mari.

–       Il faut que tu la mettes dans un endroit où personne n’en prendra connaissance, ou bien tu devrais la donner à Victoire, ta grand-mère n’ira pas regarder dans ses affaires.

 

–       Quel honneur vous me faites Madame.

 

–       Oh ! Non pas Madame, si tu ne peux pas m’appeler Maman ce que je comprendrais, dis-moi Luce.

 

 

–       Merci Maman Luce.

L’après-midi est allé fort vite, France a remis la lettre à Victoire et a laissé le petit mot et le ruban à sa maman. Elle ouvrira le courrier seulement quand elles seront en sûreté chez Monsieur Donnât, le papa de Léa. L’infirmière qui suit la maman de France les a remerciées de leur visite et leur a même dit de revenir plus souvent car elle avait trouvé Madame Delmas très calme. Mais France et même Victoire s’était rendu compte qu’au fur et à mesure qu’approchait la fin de leur rencontre, elle rentrait dans son mutisme et ses yeux presque violets se voilaient de tristesse.

Quand elles sont rentrées à la grande Maison, Fabien était encore là et discutait âprement avec leur grand-mère. Dès qu’elles ont toutes deux franchi le seuil, il y a eu comme un grand silence qui a mis tout le monde mal à l’aise. Et comme par hasard dans leur monde où rien ne devait sortir, elles  ont appris le soir même que Fabien jouait un drôle de jeu. Après le repas auquel assistait Fabien, la grand-mère et le petit fils s’étaient, comme à leur habitude depuis des années, retirés dans le bureau de Bon Papa qui était depuis celui de sa femme, mais tout le monde le nommait ainsi depuis 10 ans. Les fillettes, curieuses comme elles étaient et sentant que l’atmosphère s’épaississait, avaient décidé d’aller dans le boudoir vert attenant au bureau et là, l’oreille collée à la paroi du mur du placard, n’avaient pas perdu une miette des manigances de leur grand cousin.

–       Bonne Maman tu m’as demandé de prendre un détective privé et suivant tes recommandations je lui ai donné carte blanche. Voici ce qu’il vient de découvrir. Il a suivi Oncle François depuis qu’il a déposé sa fille  Victoria, et non Victoire comme vous l’appelez, à l’internat où se trouve France. A partir de ce moment il ne l’a pas quitté d’une semelle. Il s’est envolé à nouveau pour les USA, régler les affaires courantes à la fois chez la mère de la petite et à la fois au laboratoire. Le poste resté vacant par Madame Gerry n’avait plus besoin de personne, compte tenu que le laboratoire a fermé ses portes, il a donc licencié l’ensemble des chercheurs. Certains sont donc revenus en France, comme tu le sais, et ils devaient intégrer le laboratoire, mais je ne les ai pas gardés, c’étaient les yeux et les oreilles de François je n’en n’ai pas besoin.

 

–       Tu as largement exagéré, je te l’ai du reste dit il y a quelques temps, mais comme le Laboratoire tourne bien, je ne t’en fais pas griefs.

 

–       Merci Bonne Maman de m’accorder votre confiance, car mes oncles et ma tante n’ont pas l’air d’être d’accord avec vous. J’espère que les petites pestes n’informeront pas vos autres enfants.

–       Justement j’ai prévenu Monsieur Donnât, il va venir les chercher demain au plus tôt. Il est comme tu sais Commandant dans la Marine Française mais il a été légèrement blessé lors d’un entraînement et il a un repos de trois mois voire plus. Il ne m’a posé aucune question, mais de cette manière tu auras les coudées franches.

 

–       Merci ! Bon je termine et après je filerai dormir, je le mérite bien. Donc il est allé se mettre au vert chez son ami de promotion. Il y a quinze jours il est sorti et c’est là que le détective a perdu sa trace, mais auparavant il a posté 7 lettres. Or à ce jour, après que Luce ait répondu qu’elle en avait une, la vôtre, celle de vos deux fils et de votre fille et la mienne, je ne vois pas qui a reçu la septième. A moins que ce soit France, mais hier elle ne l’avait pas sur elle, j’ai fait vérifier ses bagages quand elle était avec nous au mini Conseil de Famille.

 

–       Ma petite France a gardé son sac à dos, c’est certainement là qu’elle a mis cette lettre, avant qu’elle ne parte demain matin, il va falloir que je trouve cette lettre. As-tu pris connaissance de celle de Luce ?

 

–       Oui, mais cela n’a rien à voir avec l’entreprise, ce sont des banalités de couple.

 

–       Elle a accepté que tu  la lises ?

 

–       Pas vraiment mais je l’ai menacée.

 

–       Fabien, je ne veux rien savoir de tes manières.

C’est à ce moment-là que le téléphone a sonné dans le bureau et les deux fillettes se sont empressées de disparaître, craignant que Fabien en profite pour aller à l’extérieur, vu quel’appel ne le concernait  pas, chercher des verres comme souvent il le faisait.

En arrivant dans la chambre, elles ont réfléchi où cacher l’écrin ainsi que la lettre de leur papa qui leur était destinés. Car les menaces de Fabien étaient fort claires, il avait tout vérifié ce matin, il ne s’était pas sali les mains, il l’avait fait faire par un homme de main ou son détective, ceci elles l’ignoraient toutes les deux. Plus elles réfléchissaient plus elles pensaient qu’il viendrait pendant leur sommeil. Ne pas dormir n’était pas la bonne solution. Mais où tout cacher ?  Une idée vint à France, elle allait mettre le tout dans la grosse plante sur le balcon extérieur, elle allait faire un trou, le reboucherait et remettrait sur le dessus les petits copeaux de bois de manière que personne ne trouve qu’il y avait quelque chose d’anormal. Toutes les plantes de la grande maison avaient des copeaux de bois. Mais auparavant elle enveloppa l’écrin, la lettre dans la robe d’une de ses poupées qui trônait sur la cheminée, dans la chambre de son père.

Rapidement, aidée de Victoria, c’est ainsi qu’elle l’appellera désormais, vu que c’est celui-là son vrai prénom, elles ont réussi, avant le retour de Bonne Maman, à tout remettre en place et à fermer les persiennes, de manière que leur cousin ne puisse se rendre sur le balcon au cours de la nuit. L’essentiel était de se montrer étonnées si leur Grand-Mère les avertissait de leur départ imminent pour se rendre chez Léa, et de ne jamais regarder vers la fenêtre pendant qu’elle leur parlerait. Mais lorsque Bonne Maman est montée, elle leur a demandé de l’accompagner au rez-de chaussée, elle avait quelques choses d’important à leur dire. Elles ont eu beau prétexter qu’elles avaient sommeil, elle s’est montrée inflexible. Toutes les deux ont bien compris ce qui allait se passer. En effet, tout en descendant, suivies de leur Bonne Maman, elles ont croisé Fabien qui sifflotait, accompagné d’un inconnu. Mais elles n’ont pas osé poser une seule question et se sont bien douté de ce qu’il allait faire. Toutes les deux, sans se concerter, ont espéré que leur cachette était un lieu sûr.

Après que leur grand-mère les aient averties de leur départ dès demain chez les Donnât, elle a discuté de leur travail scolaire, mais ne semblait pas totalement intéressée par leur réponse, ce qui n’était pas étonnant compte tenu de ce que les deux fillettes avaient entendu. Elle attendait le retour de Fabien, qui est réapparu plus d’une demi-heure plus tard. A sa tête, et devant sa négation en regardant sa grand-mère, toutes deux ont compris que leur cachette n’avait pas été découverte. Leur cousin est parti, suivi de son acolyte qui était certainement son détective privé. Il a serré leur Bonne Maman dans ses bras et est sorti sans regarder ses cousines.

Ces dernières, pressées de se rendre dans leur chambre, ont pris congé de leur Bonne Maman et l’ont regagné rapidement pour essayer de dormir. La nuit a été dure pour France, Victoria a bien dormi, c’est tout au moins ce qu’elle a dit à France le lendemain. Cette dernière s’est demandé pourquoi sa grand-mère n’était plus la même, et  c’est pendant la nuit qu’elle a décidé de lui dire qu’elle avait eu son père au téléphone pas plus tard  que la semaine dernière. Ce qu’elle avait caché à tout le monde. Aussi, connaissant les levers matinaux de sa grand-mère, France est descendue dès six heures du matin. Sa grand-mère déjeunait tranquillement dans le patio à peine éclairé. C’est à ce moment-là que France l’a trouvée, pâle et les traits tirés, elle a sursauté en voyant apparaître une de ses petites filles.

–       Bonjour, ma petite France, tu es tombée de ton lit ?

 

–       Non Grand-Mère, mais j’ai mal dormi, il fallait que je vous confie quelque chose, surtout que nous n’aurons plus l’occasion de nous voir avant cet été.

 

–       Qu’as-tu à me dire mon enfant ?

 

–       Papa, je l’ai eu au téléphone la semaine passée, je ne l’ai dit à personne, vous êtes la seule désormais à le savoir. Je ne l’ai même pas dit à Maman.

La Grand-Mère ne lui a  pas répondu, elle a juste fermé les yeux et lui a dit :

–       Merci, mais maintenant retourne te coucher.

France est bien retournée dans la chambre, Victoria était réveillée et elle attendait sa sœur. Elles avaient déjà récupéré la lettre et le coffret qui détenait cette fameuse clef. C’est à ce moment-là qu’elles ont entendu des cris dans le bas de la maison. C’était la femme de chambre de leur grand-mère. France est sortie dans les escaliers pour voir ce qui se tramait.

–       Mademoiselle France, appelez le Samu, votre grand-mère a eu une crise cardiaque !

 

 

Fin de la première partie

La révélation (chapitre 8 suite)

 

 

 

–       Bonjour France, asseyez-vous toutes les deux. J’ai déjà vu Victoire, vous a-t-elle parlé ?

–       Oui Madame, mais ce matin j’ai reçu un  courrier de papa et je vois qu’il est étonné que je ne lui parle jamais dans mes courriers de la venue de Victoire. Au vu de ce que vient de me dire Victoire je comprends son sous-entendu, il ne voulait pas me l’annoncer lui-même, il espérait que Victoire me le dirait elle-même.

Et, à ce moment France se tourne vers Victoire et l’apostrophe  car elle est en colère :

–       Pourquoi as-tu eu ce comportement avec moi et surtout pourquoi m’avoir fait tant souffrir ? J’ai toujours rêvé d’avoir un frère ou une sœur je t’aurais accueillie les bras grands ouverts. Pourquoi ne m’avoir rien dit ? Pourquoi ? Papa espérait tellement que nous devenions amies avant de découvrir notre lien de parenté.

Dans le bureau on pourrait entendre une mouche voler tant le silence est pesant, puis tout-à-coup les deux fillettes éclatent en sanglot ; aussi bien pour l’une que pour l’autre, la tension ses derniers temps a été rude. La directrice ne dit rien, elle pense que France sera capable de prendre sur elle et d’accepter cette sœur qui lui tombe du ciel, quant à Victoire il lui faudra mettre sa fierté dans sa poche, mais vu qu’elle pleure autant que sa sœur, elle pense à ce moment qu’elle a franchi un grand pas. Aussi c’est sur la pointe des pieds qu’elle laisse les deux sœurs faire plus ample connaissance, elles ont certainement beaucoup de choses à se dire.

–       J’étais jalouse de toi France, tu avais eu notre père et moi pendant mon enfance je n’ai eu que ma maman, qui est morte, emportée par un cancer. Elle ne m’avait jamais parlé de notre père, elle était fort évasive, mais jamais elle n’a dit du mal de lui, elle parlait de circonstance malheureuse. Depuis qu’elle est partie j’ai été livrée à moi-même, j’étais avec une tutrice que ma mère avait désignée avant de s’en aller à tout jamais. Elle était gentille mais ne connaissait rien aux enfants, et puis il y a eu l’ouverture de ce testament et là tout a basculé. J’ai rencontré notre père à New York, chez un homme de Loi qui a ouvert un testament et qui m’a présentée à mon père. Lui ne savait même pas la raison pour laquelle il était convoqué, je pense qu’il s’en doutait, mais ma mère ne lui avait jamais rien dit, et pourtant elle travaillait pour les Laboratoires Delmas comme chimiste.

–       Comment ta maman a rencontré Papa ?

–       Non seulement  Papa, mais aussi tes oncles et ta tante, car ses parents, mes grands-parents étaient employés chez ton grand-père et ta grand-mère. Ma grand-mère était cuisinière et mon grand-père chauffeur. Le jour où ton grand-père a empêché ses fils, d’abord son fils aîné qui s’est tué par la suite car il aimait lui aussi ma mère à la folie, et ensuite notre père, à avoir une relation avec ma mère, mes grands-parents  maternels ont quitté Bonne-Maman qui était veuve à la suite de la crise cardiaque de Bon papa.

–       Oui, je sais que Bon Papa est mort quand il a appris que son fils aîné s’était donné la mort, mais jamais il ne nous a été dit la raison.

Dans la pièce, le silence s’est fait entre les deux fillettes ; la directrice, qui attend dans la pièce voisine, hésite à les déranger. Passé ces explications de la raison pour laquelle elles sont sœurs, il faut que l’abcès éclate concernant la vie que Victoire a menée à sa sœur.

–       Tu te rends compte Victoire tu es là depuis deux mois et tu n’as même pas essayé de faire un pas vers moi, tu n’as même pas pris la peine de dire à Papa que c’était plus difficile que tu ne pensais, mais surtout tu as été très méchante avec moi, tu m’as poussée dans les escaliers, j’en ai eu le poignet cassé, tu ne t’es même pas excusée alors que tu aurais pu le faire. Certes tu es ma sœur mais tu dois te comporter différemment sinon je ne donne pas cher de notre fratrie.

–       France, j’espère que tu me pardonneras, car papa m’a donné une mission, je dois te protéger. Puisque je vide mon sac, il faut que tu saches que c’est moi qui ai fracturé ton armoire et que c’est bien entendu moi qui ai mangé ta tablette de chocolat. Je te demande pardon pour ce que j’ai fait et surtout j’espère que nous arriverons à ressembler à des sœurs.

La directrice profite de ce moment assez tendre entre les deux fillettes pour revenir, et elle les invites à se prendre dans les bras. Ce qu’elles font avec beaucoup de promptitude, un sourire naît sur chacun de leur visage. Ce n’est pas encore gagné, pense la directrice mais elles viennent de faire un grand pas en avant. Puis, doucement, elle les met à la porte et les invite à rejoindre leurs amies, et elle insiste sur le mot ami. Pendant que les fillettes se passent un peu d’eau sur leur visage bouffi, la directrice en profite pour rejoindre Léa qui n’a pas quitté son banc, sautant par la même occasion le premier cours du matin. La directrice comprend très bien la raison, elle va se retrouver entre France et Victoire, mais elle a une grande capacité d’écoute, elle s’en est rendue compte depuis qu’elle a rejoint l’internat, et elle chérit France. Elle va être capable d’aimer Victoire, elle se doute que c’est elle qui a mené la punition contre Victoire, il lui faut à tout prix lui en toucher un mot avant que ses camarades la rejoignent.

–       Alors, Léa, vous avez manqué le cours d’histoire géographie de ce matin, il faut dire que le paysage a de quoi vous laisser rêveuse, mais je vous invite à rejoindre le cours suivant et profiter des quelques minutes qui vous en séparent pour être présente auprès de votre amie et laisser une chance à Victoire de se reprendre, elles ont toutes les deux beaucoup de choses à vous dire.

–       Je pense Madame la Directrice que j’ai compris à mi mot, France et Victoire ne seraient-elles pas sœurs ? Car avant d’aller vous voir, je leur ai trouvé une forte ressemblance, il faut dire que toutes les deux pleuraient.et que Victoire n’avait pas cet air renfermé qu’elle affiche depuis son arrivée.

Mais la directrice ne lui répond pas car les deux sœurs arrivent, elle remet juste un bon d’absence pour chacune d’entre elles pour la deuxième heure du cours d’histoire géographie. Léa les voit arriver main dans la main, et elle en sourit, elle avait raison.

A midi au moment du petit déjeuner tout l’internat est réuni car la directrice veut profiter des évènements pour leur rappeler que l’on ne fait jamais justice soi-même. Même si tout peut conduire à une vengeance, celle-là aurait pu tourner au drame si Victoire avait été cardiaque. Elle en profite pour leur annoncer que France et Victoire viennent de découvrir qu’elles sont sœurs. La directrice ne fait aucune allusion concernant l’attitude de Victoire, seule Léa est au courant mais elle saura tenir sa langue.

Au travers de ses larmes, Victoire esquisse un sourire, la vie va redevenir normale. Le soir un appel téléphonique de Bonne Maman les informe toutes les deux que pour les vacances de Pâques elles seront à la grande maison la première semaine et quant à la seconde, Monsieur Donnât les récupérera toutes les deux pour qu’elles passent une semaine de vacance à la mer en compagnie de Léa et Denis.

A la suite de cette annonce les trois fillettes sautent de joie et attendent avec impatience la fin de la semaine.

La révélation (chapitre 8 )

Après les événements de la nuit, Victoire avait traîné au lit, puis sous la douche et c’est d’un pas lourd qu’elle avait rejoint l’ensemble de l’internat qui déjeunait dans un joyeux brouhaha. Les langues allaient bon train, chacune semblait tout savoir sur la manière dont s’étaient déroulés les événements de cette nuit. Toutes y allaient de leur remarque. A part les instigatrices, peu savaient ce qui s’était  réellement passé.

Victoire en arrivant vit la porte fermée, mais elle pensait pouvoir se glisser anonymement dans la salle à manger et gagner une place libre. Hélas, rien ne se passa comme elle l’espérait. A son entrée, la salle a oscillé entre le fou rire et le silence. C’est le silence qui l’a emporté, un silence hostile, qui pouvait glacer le sang de Victoire, qui, à ce moment-là s’est sentie jugée par toutes les internes. Elle a gagné rapidement sa place et s’est assise sous le regard de centaine d’yeux méprisants. Elle qui pensait que peu seraient au courant, là, il lui fallait bien s’avouer que c’était peine perdue. Puis petit à petit alors qu’elle restait figée sur sa chaise, les conversations ont repris, mais malgré tout elle se sentait la cible de toutes les élèves de la sixième à la terminale. De plus elle ressentait en son for intérieur une grosse humiliation. Tout en déjeunant du bout des lèvres, elle savait que la directrice l’attendait, qu’allait-elle lui dire ? Qu’allait-il se passer ? Elle voyait bien que c’était elle qui allait faire les frais de cette aventure. Elle qui avait été enfermée, et non celles qui l’avaient enfermée. Elle ne pourrait être renvoyée, son père s’y opposerait, il avait tellement de travail, la preuve il l’avait déposée là en pleine nuit comme un paquet. Ce père dont elle avait rêvé alors qu’elle était enfant, et qui venait d’apparaître dans sa vie, ce père qu’elle avait idéalisé et qui brutalement lui était revenu…Bien sûr il ne savait rien, sa mère avait caché sa grossesse à tous. Mais il n’était pas l’homme dont elle avait enjolivé sa vie étant enfant. Son prince charmant, c’était un homme beau qui possédait les mêmes cheveux qu’elle, mais ses yeux étaient d’un vert comme la mer un jour d’été. Ce père qu’elle n’avait vu en tout et pour tout que quinze petits jours et qui, brutalement lui avait fait quitter les Etats Unis où, selon ses dires, rien ne le retenait, l’avait emmenée en France. A ce moment-là elle était encore accompagnée par sa tutrice, mais c’est lui seul, après l’avoir présentée à sa mère, qui avait décidé de l’emmener dans cet internat. Au grand dam de sa tutrice, seule sa mère avait compris. Quant à sa tutrice, elle s’était inclinée et avait compris la raison pour laquelle il la mettait dans cette pension, elle avait eu beau le supplier, il lui avait bien fait comprendre que c’était en attendant qu’il règle des affaires importantes, la meilleure solution. Elle sentait de la part de sa grand-mère une certaine animosité, Victoire en connaissait la raison, sa mère avait aimé ses deux fils, et le patriarche, son grand-père avait fait comprendre à ses fils que fréquenter cette femme c’était une mésalliance. Tour à tour il l’avait laissée sous la pression familiale. Seul son père avait affronté le patriarche, mais devant le courroux du vieil homme il avait cédé, tout en demandant à son frère de lui trouver une place dans leur société. Pour sa mère, cette place lui avait permis de garder la tête hors de l’eau surtout lorsqu’elle s’était aperçue qu’elle attendait un enfant de son amour d’adolescence. Et la suite, Victoire la connait, elle avait vécu dans l’ombre de ce père qu’elle ne connaîtrait jamais jusqu’au jour  où lors de l’ouverture d’un testament chez un notaire, Victoire avait appris les noms et prénoms de son père, et la possibilité à ce dernier de pouvoir la connaître et la reconnaître, chose plus importante aux yeux de sa mère. Sa maman était morte des suites d’un cancer.

Tout en allant à son rendez-vous chez la directrice, Victoire se souvient de son père lui expliquant qu’il lui demandait de faire connaissance avec sa petite sœur, et de lui dire qui elle était. Il savait qu’elle aurait un choc, mais elle avait toujours rêvé d’avoir un frère ou une sœur. Il lui avait demandé de lui dire tout son amour pour elle, et que bientôt ils vivraient tous ensemble. Victoire devait lui remettre une lettre en mains propres et non la mettre dans son casier comme elle l’avait fait. Elle avait aussi menti à ses camarades de chambre car elle n’avait pas voulu leur dire que cette mère qu’elle chérissait énormément était trop tôt partie, et, elle leur avait dit qu’elle était vivante.

Quant à France, elle lui ressemblait, sauf qu’elle possédait les fameux yeux verts de son papa. Toutes les deux étaient brunes avec de belles boucles, si France les avait gardées longues, ce n’était pas son cas, elle avait détesté ses cheveux, alors elle les faisait couper très courts,  maintenant elle en est certaine, elle l’allait les laisser pousser. Son père lui avait dit de l’informer dès qu’elle en aurait parlé à sa sœur, ce qu’hélas elle n’avait pas fait, elle ne lui avait jamais écrit.Tout en cheminant vers le bureau de la directrice, Victoire se souvient du moment où son père s’en est allé, il était venu avec elle pendant l’absence de France, pour justement  lui laisser sa chance de faire connaissance. Et elle avait tout raté. Il faut dire que son arrivée avait été assez chahutée par les filles de sa chambre, elles s’étaient un tantinet moquées d’elle, mais elle n’avait rien fait pour en rire avec elle. Et puis, quelle idée elle avait eue d’aller ouvrir, voire même forcer l’armoire de sa demi-sœur et craquer pour une maudite tablette de chocolat.

En attendant que la directrice l’appelle, elle descend dans la cour et se demande comment elle a pu devenir la pestiférée de cette école. Devant ses yeux il y a un paysage des plus beaux. Le Cervin tout auréolé de neige est si majestueux, que tout le monde succombe à ses charmes. Victoire admire sa dent rocheuse qui perce le ciel. Son papa lui a dit qu’il l’avait déjà gravi, elle rêve un jour de l’accompagner, ainsi elle le connaitrait davantage. Mais pour l’instant elle est appelée par la directrice, elle quitte la cour à contre cœur et va vers son inévitable punition.

Rien ne s’est passé comme elle s’y attendait, elle se sent en un sens fort soulagée ; mais comment faire maintenant, il lui faut aller vers France, la directrice lui a appris qu’elle avait reçu un courrier de Monsieur Delmas, s’étonnant du silence de ses filles l’une ne lui écrivant pas du tout et l’autre ne lui disant pas comment elle avait appris la nouvelle. Maintenant la directrice était dans la confidence, elle avait même proposé à Victoire une solution et lui avait demandé d’y réfléchir, la balle était dans son camps, c’était désormais à elle de faire le premier pas. Mais il fallait se dépêcher car France allait aussi l’apprendre de leur père. La lettre était arrivée, la directrice lui avait donné à peine une heure. Il lui fallait prendre le taureau par les cornes et ne pas tergiverser. Toutefois la directrice lui avait dit qu’elle avait eu une attitude déplorable et que ce serait long pour reconquérir l’amitié de l’ensemble de sa chambre dans un premier temps. Elle pensait que dès que France serait au courant, elle devrait lui pardonner, même si elle était allée un peu loin. Pour leur papa il serait préférable qu’elles tissent toutes les deux de nouveaux liens. Elle ne la punissait pas car elle trouvait que ce que ses camarades lui avaient fait, même si on ne fait jamais justice soi-même, était une punition qui lui permettrait de s’en souvenir toute sa vie.

Victoire est à nouveau dans la cour face au Cervin, cette montagne  qu’elle aime car elle la rapproche un peu de son père, qui la connait. Elle sanglote car le moment que son papa a voulu est enfin arrivé, il lui faut parler à France. Et là elle se sent toute petite, ce n’est plus la méchante, c’est une grande sœur qui a fait beaucoup de peine à sa petite sœur, même si cette dernière n’a pas la même mère qu’elle. Victoire n’a pas vu que dans la cour, plus loin, il y avait aussi Léa, qui s’est bien rendu compte que Victoire pleure. Elle ne sait si c’est la punition de la directrice ou alors si elle pleure de ce que ses compagnes de chambre lui ont fait subir, à moins qu’elle regrette, Léa ne sait qu’en penser ? Personne ne l’avait frappée, juste jetée dans une pièce noire et enfermée, du reste, elle pense que c’est surement Laure qui lui avait ouvert la porte ce qui jetait sur Victoire une suspicion comme si elle s’était punie elle-même. Tout à coup elle aperçoit France qui traverse la cour en courant, elle a dans la main une lettre. Mais sur son visage se lit un grand désarroi. De qui peut-être ce courrier ? Dès que France est auprès d’elle, elle lui tend son courrier et lui dit :

–       Tiens lis

Puis, sans un mot elle s’assoit et attend que Léa finisse sa lecture. Léa comprend assez rapidement ce que le père de France lui annonce bien que ce soit à mots couverts, mais elle préfère se taire et attend que France lui dise ce qu’elle en pense.

–       Tu sais Léa, il y a tellement de coïncidences et je me demande si…

Mais elle n’a pas le temps de terminer sa phrase, Victoire les a rejointes et Léa en les voyant larmoyantes, leur trouve une ressemblance. Elle avait bien compris, mais alors pourquoi Victoire s’est comporté de cette manière ?

–       France je te demande pardon de t’avoir fait souffrir et d’avoir eu ce comportement indigne de moi, Madame la directrice nous attend toutes les deux, veux-tu m’accompagner ?

 

–       Oui, mais tu n’as rien à me dire ?

–       Tu as raison, autant en finir tout de suite, France tu es ma petite sœur et je le sais depuis le jour où a été ouvert le testament de ma maman. Pardonne-moi, j’étais tellement jalouse de toi, tu avais eu notre père pendant 10 ans et moi je ne l’ai vu que quinze jours.

Léa, doucement s’éclipse, elles ont tant de choses à se dire, elle ne veut pas être entre-elles.

Elles s’éloignent, côte à côte mais pas encore mains dans la main, mais en fin limier Léa sait que ce n’est qu’une question de temps.

%d blogueurs aiment cette page :