Le Rivage des Ombres : Récit d’une absence habitée

Il y a des séismes qui ne font aucun bruit de démolition, des effondrements qui se produisent dans le secret d’une artère, quelque part sous la boîte crânienne. En un instant, la géographie de notre vie a basculé. Ce n’est pas seulement son corps qui a flanché, c’est tout le réseau de nos routes communes qui s’est effacé.

Juillet 2023 reste gravé comme un dernier phare avant la tempête. Il fêtait ses soixante-dix ans. Je revois encore les sourires, j’entends les éclats de rire, je sens cette chaleur d’un été qui semblait nous promettre encore de longues années de douceur. Ce jour-là, il était pleinement lui, il a chanté  en entraînant familles et amis à le suivre. Nous avons tous vibré  de cette joie partagée qui est aujourd’hui mon seul refuge. C’était notre dernier territoire de bonheur pur.

Puis, novembre 2024 est arrivé comme une lame. En un instant, l’homme de juillet s’est évaporé, laissant place à un enfer que je n’aurais jamais pu imaginer.
Pendant huit mois, j’ai vécu dans l’antichambre de l’espoir, comptant les jours de rééducation. Mais quand il est enfin rentré dans notre appartement pour six mois, le miracle avait un goût de cendre. Il était là, mais son esprit semblait avoir pris la mer. Son côté gauche restait immobile, comme une ancre trop lourde. Le lit était devenu son refuge, une île où il s’enfermait. Les connexions s’étaient tues ; les ponts de son cerveau avaient sauté, laissant des gouffres là où il y avait autrefois des pensées et des désirs

Le plus douloureux, c’est ce reproche qu’il nous adresse. Il nous en veut, à mon fils aîné et à moi, de lui avoir sauvé la vie. Il nous reproche d’avoir lutté contre la fatalité, d’avoir choisi pour lui ce souffle qui lui semble aujourd’hui un fardeau. Porter le poids de son ressentiment est une croix quotidienne. Nous avons sauvé l’homme, mais nous avons perdu sa paix.

Aujourd’hui, dans sa chambre d’EHPAD, je pratique une archéologie du cœur. Parfois, je l’oublie. Je l’oublie pour ne pas hurler, pour m’autoriser à respirer. C’est un bouclier contre le chagrin. Si je pouvais briser la vitre blindée que la maladie a posée entre nous, je lui dirais : « Regarde-moi. On n’a pas voulu ton malheur, on a voulu ton retour. On a agi par un amour qui ne pouvait se résoudre à te laisser partir. Est-ce un crime de s’accrocher à ce qu’on a de plus cher ? »

Dans mon silence, je l’imagine me répondre qu’il n’est jamais revenu. Alors je lui murmure de ne plus nous en vouloir, de se reposer. Dans ma tête, il est toujours celui de juillet, celui qui riait sous le soleil. C’est cet homme-là que je ramène avec moi chaque soir. L’autre, celui qui souffre, je le confie aux soignants, mais l’homme que j’aime reste intact dans ma mémoire, là où aucune lésion ne pourra jamais l’atteindre.

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Souvenirs !

A cet impossible tant désiré

Que je ne puis saisir ni attraper

A ces rêves fous qui ne sont jamais arrivé

 

Je revois ces sommets enneigés

Ces plages aux reflets irisés

Ces sentiers escarpés

Et ces chemins détournés.

 

Ce paysage lunaire aux cendres encore fumantes

Ce petit coin de campagne au charme désuet

Cette cathédrale et ces vitraux grandioses.

 

Il y a dans les voyages  des moments irréels

Des rencontres qui sont éternels

Et des souvenirs à jamais gravés

 

Dans l’attente !

Pont Vasco de Gamma ( Portugal)

Le chemin se déroule jusqu’à l’infini

Pour laisser entrevoir l’autre rive

Où l’on imagine ceux qui y vivent

Interpellant le ciel ils supplient.

 

C’est un désir qui s’étouffe dans une morne tristesse

Et le temps brûle en  un immense chagrin

C’est derrière leurs fenêtres que tous veillent au grain

Afin que le soleil continue ses caresses.

 

C’est au fond de la nuit que serpente le chemin

Donnant au spectre qui le parcourt des formes humaines

Afin qu’ils se souviennent comment sera demain.

 

Lorsque la nuit s’empare de la terre

Naissent à nouveau les rêves d’émeraude

Pour vivre et oublier hier

 

Le réveil de mes rêves…

J’aimerais écrire et vous comblez de rêves

Mais je n’entends que bruits et discorde

Les pourfendeurs de notre histoire jouent sur la corde

Ils nous pourchassent sans vergogne, pour nous pas de trêves.

 

Au loin retentit les cris, les effrois de l’humanité sur terre,

Pourtant je sais que c’est le moment de réveiller mes rêves

De saisir cet instant et ce pouvoir qui m’élève

Et de refouler loin de ma vue tous ces protestataires.

 

Ce n’est pas le nier c’est juste m’en éloigner

Je sors de ce mal être comme on sort de prison

Pour pouvoir être moi sans perdre la raison

Car mes amis sont là pour m’ accompagner.

 

Il me faut aller de l’avant sur des chemins inconnus

Croiser des nouveaux regards m’ouvrir à d’autres horizons

Alors je laisserais s’envoler le mal pour une nouvelle guérison

Afin de saisir ma chance et je serais reconnue.

 

Si j’écoute l’écho de ma ligne de vie, je ne peux oublier

Qu’il me faut sacrifier mes doutes sur l’autel des cris

Je me dois de me lancer à corps perdu dans mes écrits

pour vous offrir ma rage de vivre et que personne puisse s’ennuyer.

 

Je ne puis me saisir de l’image colportée de vos visages blancs

Arrêtez de vous plaindre ne perdez pas votre temps

A trop le répéter vous ne vivrez rien d’excitant

Moi je positive tout et  ne fais pas semblant.

 

J’ai au fond de ma poche une ribambelle de sourires

Et je dis à tous les pessimistes que jamais je ne vais me taire

Ma ligne d’horizon est à jamais tracé, je fais de vous mes légataires.

 

EvaJoe ce vendredi 8 avril 2016 copyright

Solitaire !

Bretagne  Septembre 2015 269Où es tu voyageur solitaire

As-tu succombé?

A l’irrésistible appel du grand large!

 

Sur le sable blond

D’un océan bohème

les souvenirs se promènent

Le frisson du vent dans les voiles

Le cri des mouettes attendant leur pitance.

 

De l’aurore jaune pâle

aux couchers crépusculaires

Des guirlandes de ciel ourlent l’océan

En brillant tel mille feux au firmament

Mais seule dans cet autre dimension

Attends celle que tu as délaissé.

 

Février 2016 copyright EvaJoe