Goémon, sang et silence ! (7)

Le matin se leva sur un ciel gris, et la maison semblait silencieuse, presque étouffée. Marie s’inquiétait de ne pas voir Michel descendre pour le petit déjeuner.

Elle appela Jean et Yves, et tous deux sortirent, pressentant qu’il avait pris la direction de la plage.

Jean ne savait plus s’il s’agissait d’un cauchemar ou s’il avait réellement vu son père disparaître derrière ce rocher. Il s’y était rendu pour vérifier, mais il n’y avait rien : ni dans l’eau, ni sur la pierre noire battue par les vagues. Avec sa lampe, il avait longuement inspecté le sol. Aucun sang, aucune trace de lutte… seulement du sable remué, marqué de pas incertains. Ces empreintes s’enfonçaient vers la grève, mais déjà la mer montante menaçait de les effacer.

— Par ici, dit Yves en désignant l’ombre du rocher.

Le vent soulevait des grains de sable sur le sentier, leurs jambes nues étaient fouettées. En approchant des rochers, Jean aperçut une forme étendue, immobile. Son cœur se serra.

— Papa ! cria-t-il, courant.

Michel gisait là, les yeux mi-clos, le visage pâle, les mains crispées. Les vagues léchaient doucement les rochers autour de lui. Jean s’agenouilla, le secouant doucement. Yves resta figé, biniou à la main, incapable de jouer, paralysé par l’angoisse.

— Appelle le médecin ! s’écria Marie, en courant vers eux. Quand le docteur arriva, il examina Michel avec calme et précision. À première vue, il semblait qu’une crise cardiaque avait emporté l’homme, fatigué et fragile après des semaines de labeur. Mais en observant de plus près les rochers et la position du corps, il nota des ecchymoses légères sur le bras et l’épaule, ainsi que quelques éraflures sur le côté.

— Hmm… murmura-t-il, intrigué mais prudent.— Rien qui laisse supposer un crime… peut-être un choc contre les rochers dans sa chute.

La mer avait emporté toute preuve, et le vent balayait les traces du passage de Michel. Seuls Jean et Yves restèrent à observer, le cœur serré, avec un sentiment inexplicable que tout n’était pas si simple. Marie caressa doucement la main de son mari, les larmes aux yeux, tandis que le vent semblait murmurer encore son nom. Le mystère, lui, s’installait dans le silence de la grève.

Les gendarmes arrivèrent et commencèrent à poser des questions.

Marie, la veuve, se présenta d’elle-même à la brigade, accompagnée de sa fille. Le visage fermé, elle déclara :

— Mon mari avait des ennemis. Tout le monde le sait. Depuis la guerre, il était en conflit permanent avec Jean Le Bihan.

Le nom fit réagir. Ancien de la milice durant les jours sombres, revenu sans jamais être inquiété, Le Bihan s’était imposé, au fil des années, comme meneur d’une partie des goémoniers. Michel, de son côté, dirigeait l’autre camp, ceux qui refusaient de plier devant lui.

— Les querelles étaient constantes, reprit Marie. Et il y a à peine une semaine, une bagarre a éclaté entre eux, sur la grève. On a dû les séparer. Beaucoup ont vu la scène.

Sa fille, pâle, confirma d’un signe de tête.

— Le soir de sa disparition, ajouta Marie d’une voix plus basse, Michel a reçu un mot. Je ne sais pas de qui. Mais il est parti aussitôt, en colère, vers la plage. Je suis certaine qu’on lui avait donné rendez-vous.

A suivre…

Août 2025

Une découverte renversante pour Shana 7

Le silence avant le retour. L’Afrique avant la France. Le cœur en vrac. Dakar – 3 heure 32 du matin. Réflexions de Tino qui attend son départ…

Tino est allongé sur un lit en métal, sans drap, torse nu, les yeux rivés au plafond. Le ventilateur claque mollement au-dessus de lui. Dans la rue, un chien aboie. Le sommeil ne viendra pas. Son sac est prêt. Il n’a rien gardé, sauf un vieux carnet froissé avec des dessins glanés au fil du temps et une photo d’un coucher de soleil sur le lac Rose. Il allume son téléphone. Aucun message de Mila, ni de Léo. Pas besoin. Ils ont fait leur part.

Un texto, en revanche, brille à l’écran :

Rendez-vous demain 14 heure au Centre culturel français. Passeport temporaire en main. Ton contact c’est le Capitaine Benga. Ne parle à personne.

Tino (à voix basse) :

— C’est réel, cette fois.

Il regarde par la fenêtre : les lumières jaunes, la ville étouffée de chaleur et de poussière. Il ne sait pas s’il est triste de partir… ou juste soulagé.

Il repense à ses errances : les marchés de Kaolack, les nuits volées à Saint-Louis, les petits boulots à la frontière gambienne.

Un vieux voisin sénégalais, Mamadou, passe la tête dans l’encadrement.

Mamadou (souriant, en wolof français approximatif) :— C’est demain, hein, le retour ?

Tino (légère voix rauque) :

— Ouais… Demain je redeviens quelqu’un.

Mamadou hoche la tête. Pas de mots de trop.Avant de partir, Tino inscrit dans son carnet :

“On fuit toujours pour rester vivant. Mais revenir, c’est pour rester debout.”

Il ferme les yeux. Et pour la première fois depuis longtemps… il dort.

Le lendemain, tout s’est déroulé comme l’avait prévu Thomas, le père adoptif de Mila, celui qui les protège tous. Son oncle, comme il vient de l’apprendre, avait tout organisé.

Selon le Capitaine, c’est un homme droit et humble, un commandant du GIGN dont la réputation n’est plus à faire.Il devrait porter plus de dix mille médailles, tant ses états de service sont innombrables.Mais Thomas est modeste, il n’en parle jamais.

Base aérienne de Villacoublay, France – 6 heure 07, la passerelle est encore vide quand Tino descend de l’avion, yeux cernés, sweat noir à capuche. Il marche lentement. Il garde son sac près du corps. Chaque pas est un coup de marteau dans la poitrine.Il franchit les portes vitrées. On ne lui demande rien, ici pas de douaniers, juste deux hommes l’attendent.

Léo, mains dans les poches, yeux rouges, et Thomas, debout, droit, en civil. Mais on sent le GIGN dans sa posture : solide, protecteur, prêt à intervenir.

Thomas (sans solennité) :

— Bienvenue chez toi, Tino.

Tino reste figé une seconde. Il ne sait pas quoi faire. Puis Léo s’avance, hésite, puis le serre dans ses bras, c’est fort, brut.

Léo (voix étouffée) :— T’as pris ton temps.

Tino (lâchant un demi-sourire) :

— Fallait que je revienne avec une barbe plus stylée que la tienne.

Ils rient tous les deux, ça détend l’atmosphère un peu crispé dans ce matin de fin d’été.

Thomas les regarde, puis pose une main sur l’épaule de Tino.

Thomas (sincère) :

— On a de la place à la maison. Et pas besoin de masque ici. Tu peux respirer. Tino ne répond pas. Mais il hoche la tête. Et ça suffit.Ils sortent ensemble. Le jour se lève à peine.

La porte s’ouvre lentement. Thomas entre, suivi de Léo, puis Tino. Sac à l’épaule, il s’arrête. Il entend des rires d’enfants, une radio qui grésille doucement, l’odeur du linge propre.

Un monde totalement opposé à celui qu’il a fui.Sur le tapis de jeu, Malian, 18 mois, le regarde fixement en suçotant un anneau de dentition. Les jumeaux, Matis et Matéo, rampent dans tous les sens. Mila, penchée sur eux, se relève en voyant Tino.

Mila (doucement) :

— T’es là.Tino esquisse un sourire.Un sourire fatigué mais sincère. Je te reconnais malgré qu’en Afrique tu apparais sais flou. C’est toi Mila ma cousine par ta mère et ma sœur par notre père . Double casquette par la folie d’un mec dangereux et fou. Puis Tino (regardant autour) :

— Vous avez ouvert une garderie ou quoi ?

Léo (avec un demi-rire) :

— Pas loin. Ça s’appelle “la famille”.

Dans un coin du salon, Maël est déjà là. Bras croisés. Regard sombre. 14 ans et déjà dur comme un mur.

Maël :

— Donc t’es Tino. Le “grand” frère. Celui qui a fui pendant que nous, on encaissait tout.

Tino (calme mais sec) :

— J’ai pas fui. J’ai survécu. Il me semble avoir compris que toi tu as vécu grâce à ma tante Shana qui t’as sauvé d’une mort certaine.

Maël accusé le coup, Tino est direct, la vie ne l’a pas épargné , si Maël est en colère il peut le comprendre mais il.ne connait rien de l’enfer qu’a vécu.

Un silence tendu mais palpable suit les paroles de Tino. Shana apparaît, posant un biberon. Elle fixe Tino.

Shana , directe :

— Toi, je te reconnais. Les yeux d’Edith. La bouche de Capet.

Tino (amer) :

— Et l’âme de personne, apparemment.

Shana s’approche. Elle ne tremble pas. Elle ne l’enlace pas. Mais elle le regarde en face.

Shana :

— Edith… Elle t’a élevé. Toi, Yanis, Inès et Mila. Et d’autres Pas pour vous aimer. Elle vous gardait comme elle l’aurait fait pour des animaux , Vous enfermait et vous dressait comme des chevaux à coup de fouets. Comme si vous lui apparteniez.

Tino (les yeux brillants, à voix basse) :— Elle m’appelait “mon petit roi”. Puis me frappait quand je la contredisais.

Elle voulait me modeler comme Capet. J’ai préféré dormir dehors.Un silence lourd. Même Maël baisse les yeux.

Thomas (intervenant doucement) :— Ce gosse a traversé l’enfer. Mais il est debout. Alors ici, il a sa place. Alors Shana le prends dans ses bras et lui dit :

— Sois le bienvenu Tino.

Shana l’embrasse et lui dit je me souviens de toi, j’avais dix ans , j’habitais avec ma sœur et… C’est là où ton grand-père , ensuite ton père et … J’avais beau les fuir, me cacher sous le lit, ou dans le placard, ta mère me trahissait toujours. Tu comprends pourquoi je ne t’ai pas accueilli les bras grands ouverts. Mais maintenant grâce à mes enfants et mon époux adoré je vais bien.

Mila s’avance, tenant Malian dans les bras.

Mila (à voix douce) :

— Lui, c’est Malian. Ton demi-frère. Par Edith. Mais il aura une autre vie que nous. Papa et Maman recherche son père.

Tino (regardant l’enfant, bouleversé) :

— J’vais pas lui transmettre le poison.

Il s’agenouille, passe doucement un doigt sur la joue du bébé. Malian attrape sa main sans peur. Tino le regarde, et un sanglot discret lui échappe.

Tino (murmure) :

— Ce regard… il est encore pur. On va le garder comme ça.

A suivre …

Copyright Août 2025

Shana face à un choix 16

Lieu : Dakar, Sénégal – Quartier administratif fermé – 2h43 du matin :

Le Capitaine Diallo est le chef du commando sénégalais, il est accompagné de deux agents français , qui sont rattachés à l’ambassade..C’est une mission conjointe sous couverture pour vérifier la trace administrative d’un enfant supposé né ici il y a 15 mois. Avec un seul objectif : accéder aux archives internes du ministère de l’Intérieur sans alerter les services locaux.

Une camionnette banalisée roule sans phares dans une ruelle latérale du Plateau, à Dakar. Elle s’arrête à hauteur d’un bâtiment gris sans enseigne : le Centre National d’État Civil Numérisé.

Le Capitaine Diallo (en chuchotant) : C’est là. Bloc C. Niveau -1. Le fichier central.

Les deux agents français hochent la tête. Un homme, Léonard, ouvre sa mallette : dispositifs de dérivation électrique et brouilleur réseau. Léonard :

Vous avez bien les codes récupérés par l’agent consulaire ?

Diallo : À une minute près, on est invisibles. Au-delà, c’est infiltration.

Ils s’engouffrent dans le bâtiment par une porte de service, neutralisent le badge magnétique. L’accès aux sous-sols est direct. Il n’y a pas d’alarme sonore, mais chaque mouvement est surveillé électroniquement. Arrivés à l’étage -1, une salle froide les accueille : armoires numériques, serveurs, un terminal central.

L’ Agent français (Muriel) : Le numéro de registre de naissance, c’est : SNB-20451-ND / 22. Nom déclaré : Moussa Diallo. Né d’une mère “Aminata Sow”.

Ils entrent la référence dans la base. L’écran clignote. Puis un message rouge s’affiche :

“Fichier inexistant. Référence attribuée mais non validée.”

Diallo (blême) : C’est une coquille administrative. Un numéro volé.Cet enfant n’a jamais été déclaré ici.

Muriel (fronce les sourcils) : Quelqu’un a utilisé un cadre administratif réel, mais aucune naissance ne l’a rempli.

Léonard (scrute la console) : Pire. Le système a été forgé de l’intérieur. Le code figure dans la base miroir utilisée pour la délivrance des passeports diplomatiques.

Un silence choquant.

Muriel : Tu veux dire que ce faux acte de naissance pourrait être reconnu légalement par l’ambassade, s’il est bien présenté ?

Léonard : Oui. C’est un bébé fantôme… mais validé dans le mauvais système.

Diallo (murmure) : Donc, le bébé n’est pas sénégalais. Mais il a une trace d’identité sénégalaise créée à dessein.

Muriel : Je dois en informer la France.

Diallo : Pour cela je vous conseille de sortir d’ici, et de le faire du véhicule avec ce téléphone. Prudence obligé. Je vous quitte ici, à partir de maintenant nous ne nous connaissons pas. Bonne chance.

Thomas (voix radio) :

— Résumez-moi. Cet enfant est un fantôme administratif ?

Muriel : — Oui. Il n’est jamais né ici. Mais son acte de naissance existe, injecté dans une base parallèle du ministère, comme un cheval de Troie administratif.

Thomas : — Donc quelqu’un a fabriqué une identité complète pour cet enfant, assez solide pour tromper les autorités. Il a été “fabriqué” pour circuler sans être retracé.

On continue de vérifier, je vous laisse Commandant , un appel crypté

Tenez-moi au courant le plus rapidement possible.

Diallo : Muriel venez immédiatement j’ai une piste.

Muriel : J’arrive

Dans un café discret, quartier de Grand-Yoff, Dakar vers 11h12, on retrouve Diallo et Muriel
Diallo a contacté un vieil informateur, Sékou Traoré, ancien greffier reconverti en courtier officieux de documents. Il aurait aidé Samir à « régulariser » certains enfants dans les années passées. Mais rien ne va se passer comme il le pensait.


Le café est à moitié vide. Ventilateurs lents, mur taché de nicotine. Sékou Traoré entre, vêtu sobrement, son regard méfiant. Il repère immédiatement Diallo. Ils se serrent la main comme deux anciens rivaux.

Diallo (sec) : Je te laisse 30 secondes. Pas plus.

Sékou (léger sourire) : Tu n’as pas changé, Capitaine. Toujours aussi cassant. Alors, c’est Samir qui te ramène à moi ? Et c’est qui cette femme.

Muriel ne dit rien, elle est voilée comme lui l’a conseillé Diallo.

Diallo sort une enveloppe. À l’intérieur : la copie du faux acte de naissance sénégalais, et une photo du bébé.

Ce n’est pas un enfant Sénégalais, il ne ressemble pas du tout aux bébés de mon Pays.

Diallo : Il ne vient pas d’ici. C’est toi qui as monté ça ?

Sékou : J’ai facilité… disons… une couverture. Mais ce gosse, je ne l’ai jamais vu. Il m’a été “envoyé” avec dossier complet en photo, s’il avait trois jours c’était le bout du monde. C’est tout ce que je sais.

Diallo (calme mais tranchant) : Tu mens. Et tu sais ce que ça coûte, ici. Qui te l’a envoyé ?

Sékou hésite. Puis soupire.

Sékou : Le contact venait de Bamako. Une clinique privée, rue de Koulikoro. On m’a dit que l’enfant n’avait jamais été déclaré, qu’il fallait “lui fabriquer une naissance.” On a utilisé un numéro sénégalais dormeur.C’est une commande spéciale.

Diallo : Qui a commandé ?

Sékou baisse la voix.

Sékou : Un homme qui parlait comme Samir, mais ce n’était pas lui. Il portait un nom touareg, mais avait l’accent de France.Il m’a payé en euros. Et m’a dit que le bébé valait la vie de plusieurs hommes.

Diallo se lève. La tension est montée d’un cran.

Diallo : Je veux l’adresse exacte. Et si ce que tu dis est faux, je te laisse ici. À poil. Avec un fax au parquet.

Sékou gribouille quelque chose sur un morceau de nappe :

“Clinique Sainte-Maïssa, Koulikoro, Bamako. Chirurgien-directeur : Dr. Boubakar A.”

Diallo, accompagné de Muriel sort et ils se rendent à l’ambassade de France. Diallo sort discrètement par une porte latérale habillé en bédouin. Il se fond dans la foule grouillante. Pendant ce temps Muriel se prépare pour rentrer en France, sa mission est terminée.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 2

Myriam, jusqu’ici silencieuse, intervient :

— Tu peux retrouver ce rapport ?

— Peut-être. Mais ce n’est pas officiel. Ce type n’était pas enregistré sous le nom Samir, mais sous une identité de couverture.

Shana se lève d’un bond.

— Tu crois que c’est lui, le père d’Elijah ?

Thomas hoche la tête, lentement.

— C’est une possibilité. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne tombera pas par hasard sur un prénom comme Samir.

Le soir-même, quand tout le monde dort, Thomas est assis à la table de la cuisine, ordinateur portable ouvert, une tasse de café froid à la main. Il tape le nom « Samir », croise avec « mission humanitaire Sahel », « ONG disparus », « coopérants », « Rebecca », mais les résultats sont flous. Trop flous, pour ce soir il est tard, demain il appellera Gaby ou Julien, ils feront une recherche.

Puis il se souvient du dossier confidentiel qu’il avait brièvement vu, des années plus tôt, dans les archives internes du QG. Une mission au Mali, un convoi humanitaire pris dans une embuscade, un homme disparu, jamais retrouvé. Il n’avait pas été déclaré mort. Juste… évaporé.

Il ouvre une session cryptée, contourne les accès restreints. C’est risqué, mais Elijah mérite de savoir.

Et là, il tombe sur un nom : Samir El Hadji. Nationalité française. Né à Lyon. Dossier classé « inactif – à surveiller ». Dernière trace : Dakar, 2019. Il y a à peine un an.

Il aimerait bien savoir si Rebecca etait de Dakar, en ce cas elle serait Sénégalaise. Mais avec Edith il risque de se heurter à un mur. Dans quoi est-elle encore aller se fourrer ?

Mais ce qui le frappe, c’est une annotation en bas du rapport :

« Présumé vivant. Contacts possibles avec réseau dissident.

À ne pas approcher sans autorisation. »Thomas se fige. » Un frisson lui parcourt le dos.

Dans la nuit Shana le trouve dans le salon, endormi sur le canapé, l’ordinateur encore ouvert.

Elle jette un œil à l’écran. Une carte. Le Sénégal. Un point rouge clignotant à côté de Dakar.

— Tu n’as pas dormi ?

Thomas se redresse.

— J’ai trouvé quelque chose. Rebecca n’avait pas menti. Samir existe. Et il est probablement encore en vie. Mais il est mêlé à quelque chose… d’opaque.

— Opaque comment ?

— Il aurait rejoint un groupe indépendant, un réseau d’anciens humanitaires devenu… plus radical.

—Personne ne sait s’il aide encore les populations ou s’il agit contre certains gouvernements. Il est hors des radars. Shana s’assied à côté de lui, son regard sur Elijah, qui gazouille doucement dans son berceau.

— Tu penses qu’il est dangereux ?

— Je pense qu’il n’a peut-être pas le choix.

Un silence lourd tombe entre eux. Puis Thomas ajoute :

— Il faut que j’aille à Dakar. Shana le regarde, abasourdie.

— Quoi ? Non. Pas maintenant. Pas avec les jumeaux… Pas avec tout ça. Et tout-à-l’heure de quoi le Colonel voulait t’informer, enfin de quoi t’a-t-il parler ?

Thomas soupire, l’histoire d’Elijah a failli lui faire perdre ce qu’il attend depuis plus de quinze jours.

Et …Thomas se lève tout en refermant brusquement son ordinateur. Il ne peut pas partir à Dakar. Pas encore.Pas tant qu’il n’aura pas éclairci l’autre zone d’ombre. Celle qui, depuis des mois, l’empêche de dormir : le passé de Shana.

Surtout la raison pour laquelle, on l’avait mise dans une cellule.Il explique à sa jeune femme adorée le plan qu’il a eu cette nuit.

— Ne pars pas Thomas, je ne le veux pas. Je t’aime

— Je ne partirai pas longtemps. Juste quelques jours. Je dois voir si je peux le retrouver. Pas pour moi. Pour lui, pour Elijah. S’il n’est pas mort… il mérite au moins de savoir qu’il a un fils. Il doit aussi savoir que la maman de son fils n’est plus de ce monde.Il devra choisir entre lui donner un père ou nourrir tous les autres.

— Attends encore un peu, hier tu ignorais jusqu’à son existence. Aujourd’hui tu te jettes à corps perdu.

— Oui c’est vrai

— Edith est revenue , c’est une chance supplémentaire pour connaître les raisons de cette mascarade.

Thomas ne sait pas quoi dire. Alors il s’approche de Shana et lui dit :

Viens profitons de ce que nos bébés dorment et nous reparlerons de tout ça demain matin.

Puis il prends Shana dans ses bras et entre dans leur chambre.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 1

Au moment où Thomas s’apprête à repartir, le Colonel lui fait signe de descendre. Il l’entraîne à l’intérieur.

Quand Thomas revient, il ne dit rien à personne, mais il a une drôle de tête. Shana le remarque, mais elle sait qu’il lui en parlera quand il en aura envie.Ils ne rentrent pas directement chez eux. Ils font un détour chez Myriam et Alain, pour leur présenter leurs deux beaux garçons.

— Noam vient de m’envoyer un message, dit Mila. Il nous attend. Mais ses parents ont de la visite : Tante Edith est chez eux.

Thomas s’arrête net.

— Edith est chez Myriam ? Tiens, c’est étrange… Elle est rentrée des États-Unis ? Noam ne t’a rien dit, Mila ?

— Non, juste qu’elle vient d’arriver avec un petit bébé noir.

— Voilà autre chose… Quel âge a l’enfant ?

— Selon Myriam, il aurait environ six mois, ajoute Shana, en se fiant à l’âge de sa propre fille. Elle vient de m’envoyer un sms. Elle ne comprend pas grand chose pour le Papa cela semble embrouillé.

— J’espère, qu’elle ne s’est pas fourré dans de sombres histoires. Écoutez, les enfants, comme nous avons emporté les biberons, pendant que votre maman nourrira soit Matis, soit Matéo, l’un de vous donnera le biberon à l’autre. J’ai un coup de fil à passer, de la plus haute importance, je file à la maison et quand j’en aurais terminé, je reviendrais voir dans quoi votre tante a mis son nez.

— Papa , Celui qui aura la plus faim il boit le lait de Maman où le lait dans le biberon.

Dans le biberon Maël je t’ai déjà expliqué que c’est du lait que ta Maman a mis.

Ça dépendra de qui aura le plus faim, répond Maël. Parce que, quand on a choisi les prénoms avec Mila, on s’est dit qu’on s’occuperait de celui dont le prénom aurait été accepté par un de nous deux.

— Ah bon ? Vous ne nous aviez jamais dit ça ! Alors, qui a choisi Matias ?

— C’est moi, dit Maël.

— Et qui pleure en ce moment ?

— Je ne sais pas… Peut-être Matéo ?

— Eh bien non, c’est Matias.

— Mais comment fais-tu pour les reconnaître, Maman ?

— C’est au fond de moi, répond-elle simplement. Je ne peux pas vous l’expliquer.

Thomas jette un coup d’œil vers la maison de Myriam, le regard dur.

— Tu ne m’avais pas dit que ta sœur était rentrée.

Shana hausse les épaules, sans cacher une pointe d’agacement.

— Normal, je ne le savais pas non plus. Elle ne m’a pas appelée. Comme la dernière fois, elle revient sans prévenir.

Maël et Mila échangent un regard silencieux, tout en sortant les jumeaux de la voiture.

Ils entrent dans le salon, et le calme presque étrange qui y règne les enveloppe aussitôt.

Tante Edith est là, assise avec dignité, un bébé dans les bras. Elle lève les yeux, aperçoit Shana… et reste immobile.

— Shana…

— Edith, dit Shana d’un ton sec. Je croyais que tu vivais à New York, ou peut-être Los Angeles. Ou ailleurs. Mais certainement pas ici, chez Myriam.

Edith esquisse un faible sourire, presque triste.

— Je ne suis pas venue pour raviver le passé. Je suis venue parce que… je n’avais pas le choix.

Elle regarde tendrement le bébé endormi dans ses bras.

— Lui non plus n’a pas eu le choix.

Shana croise les bras.

— Et je suppose que tu n’as pas pensé une seule seconde à me prévenir ? Même pas un message ?

Thomas recule légèrement, laissant sa femme gérer la situation. Il sait qu’il ne faut pas s’en mêler, pas tout de suite.

— Je n’ai pas eu le courage, avoue Edith. J’ai trop attendu. Et maintenant… j’ai besoin d’aide.

Shana fronce les sourcils.

— Il est à qui, cet enfant ?

— Il s’appelle Elijah. Sa mère… est morte. Une amie proche. Elle m’a demandé de m’occuper de lui, de lui trouver une famille. Elle m’a confié un nom… mais je ne sais même pas si c’est le bon.

Shana la fixe, les lèvres serrées.

— Tu n’étais pas là quand j’ai accouché. Tu n’étais pas là quand j’avais besoin de ma grande soeur pour comprendre pour le procès . Et maintenant tu réapparais, avec un bébé, et des histoires floues.

— Je sais. Et je ne demande pas ton pardon. Mais Elijah, lui, n’a rien fait.

Thomas s’avance légèrement, les bras chargés de Matéo qu’il tend à Shana

—Latias est dans les bras de Maël , son biberon est à bonne temperature. Il est goulu il boit. Shana, si tu veux, on peut sortir, te laisser parler avec elle.

Mais Shana ne bouge pas, à part prendre dans ses bras Matéo et soulever son sweat-shirt et mettre son fils au sein. Elle regarde Edith, puis Elijah, puis à nouveau Edith.

— Tu restes combien de temps ?

— Je ne sais pas encore. Ça dépend… de vous.

C’est à ce moment que Myriam suivit de ses deux enfants entrent.

Un long silence s’installe.

Maël, mal à l’aise, suit Noam et sa sœur , Myriam continue de donner le biberon à Matias, elle a demandé aux enfants d’aller jouer dans la salle de jeux.

Puis Maël dit à sa sœur

— C’est encore plus tendu qu’un repas de famille chez oncle Baptiste quand lui et Papa se disputent.…Surtout que chez Baptiste, c’est toujours amusant les repas.

Mila sourit à moitié. Et dans un petit coin du salon, un des jumeaux se met doucement à pleurer, comme pour rappeler qu’il est aussi là, lui, avec sa propre histoire à écrire.

— Alors dis-nous ce que tu sais. N’oublie rien.

Edith hoche la tête, et serre doucement Elijah contre elle.

— La mère du petit s’appelait Rebecca. On vivait en colocation à Atlanta. C’était une femme forte, drôle… mais très secrète. Elle ne parlait jamais de sa famille. Elle a su qu’elle était enceinte, mais elle n’a jamais dit qui était le père.

Elle marque une pause.

— Et puis, six mois après la naissance d’Elijah, elle a commencé à aller mal. Une leucémie foudroyante. Elle est morte en quelques semaines.

Shana détourne les yeux un instant, émue malgré elle.

Elle m’a juste dit ça : « Tu dois le retrouver. Il s’appelle Samir. Il est en France. Je n’ai que ça… » Et elle m’a tendu une photo. Je ne suis même pas sûre qu’elle soit récente.

Elle fouille dans son sac, en sort un vieux cliché froissé et jauni.

Shana le prend, sceptique, puis tend le bras à Thomas sans regarder.

— Tu veux voir ? Thomas attrape la photo et blêmit. Il fronce les sourcils.

— Attends… Ce type… Je l’ai déjà vu.

Shana se redresse.

— Quoi ? Tu le connais ?

— Non… pas personnellement. Mais j’ai vu ce visage sur un ancien rapport de mission, au QG. Il faisait partie d’un réseau humanitaire qui opérait au Sahel, il y a cinq ou six ans. Il bossait dans des zones de guerre. Il a disparu du jour au lendemain.

A suivre…

Copyright juillet 2025