Le plan de bataille

 

 

 

Pierre n’en croit pas ses yeux, ce Chinois, rien que d’en entendre parler ce matin il en avait froid dans le dos, et, le voici dans la cabine de son frère, et ce dernier où est-il ? Mais Pierre ne cherche pas à savoir la réponse, il lui faut mettre de la distance entre ce dingue et lui, Pour son frère il avisera plus tard. Pierre court le long de la coursive suivis par le Chinois, lui, Pierre est plus agile, l’autre se prend les pieds dans un filet de pêche et s’affale de tout son long parterre. Le temps qu’il essaye de se relever, Pierre a disparu. Le bateau de son frangin il le connait encore plus que sa propre maison, pour le débusquer il va falloir y mettre le feu. Il lui faut concentrer ses idées, et essayer de voir où son frère se trouve. Il va lui envoyer un texto, sans dire où il se trouve et il verra si il lui répond, ils ont un code entre eux cela date de leur enfance et seuls les initiés peuvent le comprendre. S’il est en danger il le saura rapidement. « Toto c’est loufoque, tout baigne ? »  Après avoir envoyé le message, il attend et la réponse ne se fait pas attendre, « Oui et toi ? »  De suite, Pierre comprend que son frère n’est pas libre de ses mouvements, il va devoir envoyer un autre texto. « L’eau monte, il va y avoir un cours jus », de cette manière son frère va savoir qu’il est à bord. Et, la réponse arrive, « Souque loufoque et évite de rappeler » Comme Pierre le pressentait son frère n’est pas sur le bateau, alors qui emmène l’équipage à la pêche et surtout, il espère ne pas s’être jeté dans la gueule du loup. Il va passer aux cuisines pour voir si son pote le cuistot est bien là, il n’a jamais manqué une seule sortie de pêche. Mais lorsqu’il se trouve à quelques encablures de la cambuse, le bateau s’arrête, au loin il voit les feux de la ville, mais tout près il y a coque contre coque un autre bateau, celui-là n’est pas de pêche. Rapidement, Pierre se cache derrière un tas de cordage et se fait tout petit. Il va falloir éviter de se montrer sinon il sera jeté en pâture aux poissons. A la faible lueur de la lune il voit transférer du rafiot au bateau de son frère des cagettes d’oranges, voilà d’où viennent les oranges retrouvés dans la voiture de Paulo, il ne les avait sans doute pas  réellement volés, mais pris à ce gang et espérait pouvoir s’expliquer, et les autres l’avaient balancés au boss. Il en est là de ses réflexions lorsqu’un deuxième bateau arrive et se range à son tour contre le flanc du bateau. Là, il n’y’ a plus d’oranges mais de la contrebande de cigarettes, pour savoir le fin mot il va lui falloir être plus que prudent, car là c’est du lourd.

C’est à ce moment –là que le Chinois fait son apparition et explique avec des cris gutturaux qu’il a vu leur prisonnier. Branlebas le combat à bord, pire que des corsaires. Une chape de plomb tombe sur les épaules de Pierre, s’en est finis de sa tranquillité, vite, ils vont le rechercher, aussi il enjambe rapidement le bastingage et se laisse glisser le long de la coque. Est-il capable de tenir longtemps, faut-il rentrer au port à la nage, il ne sait que faire. Soudain il voit par un des hublots du bas, une tête, pas vraiment patibulaire, c’est Tom le mousse que son frère forme au métier de marin, ce gamin adore la mer depuis sa plus tendre enfance et  comme c’est les vacances, Marco lui apprend les rudiments du métier, en attendant que le gamin rejoigne une école militaire. Dès que le môme voit Pierre, il met son doigt sur sa bouche et lui tend la main, Pierre l’agrippe et monte, le voici dans une cabine exigüe mais au moins il est en sécurité, car il connaît ce réduit, inconnu de tous. Son frère n’a dû en parler à quiconque, seul, Tom était au courant et lorsque les pirates comme ils les nomment se sont emparés du bateau il dormait et c’est lorsqu’ il a entendu une conversation qu’il a compris que Marco et le second avaient été kidnappés. Les marins n’étaient pas à bord, car c’était leur jour de repos, quant aux autres ils les avaient fait avertir que le capitaine ne prenait pas la mer. C’était du manque à gagner, mais le capitaine est seul maître à bord et personne n’était venu voir la raison. Ce qui arrangeait les contrebandiers, car Pierre avait vu juste, c’était un trafic de contrebande de cigarettes de grande ampleur.

En chuchotant ce que Pierre sait recoupe ce que Tom a appris et voici ce qu’ils se dirent pendant cette longue nuit.

Les oranges du Maroc sont placés en hauteur pour que certains grossistes les récupèrent avant que le gros de la troupe arrive. Seule la première rangée a les fruits, en-dessous ce sont des cigarettes, et Paulo ce futé a découvert le pot au rose et a du se confier à un des gars qui l’a fait arrêter pour se débarrasser de ce petit gêneur. Pierre se demande pourquoi il n’a pas tout balancé aux flics, il doit encore y avoir une chose louche la dessous. Les pas se rapprochent, mais, normalement ils ne devraient pas être découvert, Tom est là depuis deux jours, il est sortis l’autre matin pendant que la troupe devait être aux entrepôts, il a récupéré des vivres et de l’eau et attends qu’ils s’en aillent définitivement. Par contre il pense que sa mère va s’inquiéter car il était censé rentrer demain matin.

Mais, Pierre veut savoir depuis combien de temps dure ce petit manège et pourquoi s’en prendre à son frère, là aussi Tom lui ai d’un grand secours, car c’est pour faire pression sur lui qu’ils ont pris le bateau de Marco. Ils pensaient qu’il resterait prisonnier et possible qu’ils l’auraient fait soit chanter, soit menacer de tuer son frérot. La nuit est longue, ils les ont entendu jurer et penser qu’il avait réussis à se sauver, il leur fallait rentrer rapidement au port et laisser en rase campagne ou dans les entrepôts son frère et son second et finir le travail commencé et se terrer quelques semaines en attendant que les affaires se calment. Il pensait que Pierre allait parler. Et comment que j’allais le faire, ils n’allaient pas s’en tirer à aussi bon compte. J’avais vu deux des grossistes qui avaient pignon sur rue et qui jouissaient d’une notoriété sur la ville, ils allaient payer, mais il me fallait la bande au complet et le meilleur moyen c’était d’avertir la police et de les prendre la main dans le sac, dès lundi dans les entrepôts, là où la marchandise était écoulée. En attendant il fallait faire le mort ?

–          Lundi, mais c’est tout à l’heure Monsieur Pierre !

–          Quoi j’ai donc dormis une journée entière !

–          Sûrement !

Je n’en revenais pas, je pensais que nous étions seulement dimanche, et bien Tom tu dois me donner un coup de main, t’inquiètes tu ne seras pas pris, il faut juste que tu ailles voir le frère de Paulo et que tu lui donnes rendez-vous à notre cabane, il sait où elle se trouve, nous avons tous joué autrefois., si toi tu ne comprends pas, lui il saura.

Deux heures plus tard, nous réussissons à quitter le bateau de pêche et nous nous fondons dans la nuit, chacun de notre côté. Le bateau était vide de ses occupants, ainsi que de la marchandise. Personne à proximité pour le garder, il me faut rejoindre la cabane de notre enfance et attendre l’éducateur et sa bande pour rapidement leur exposer les faits et se rendre ensuite aux entrepôts, mais là ce sera facile car ils sont peu éloigné de notre lieu de planque. Il faut que dès 3 h du matin nous soyons à l’intérieur, nous avons aménagé Jeff et  moi une deuxième planque au cas où nous soyons obligés de nous replier au cours de notre première nuit. Avertir les gendarmes ne serait pas aisés, mais le téléphone allait nous servir. Nous, nous serions dedans, et eux à l’extérieur. Et, au moment fatidique nous ferions la jonction en les prenant en tenaille, après advienne ce qu’il pourra !

L'attente (suite)

 

 

 

Pierre a juste eu le temps en roulant de s’aplatir derrière un vieux chariot, il doit faire le mort, mais espère que Jeff n’est  pas grièvement blessé. Des bruits, des cris se font entendre :

–          Que personne ne bouge, sinon vous risquez de prendre une balle perdue, à quel jeu  jouez-vous ?

Pierre entend l’éducateur répondre :

–          A rien, je suis éducateur de rue et je suis venu récupérer les gamins dont je m’occupe, je sais qu’ils passent leur temps ici à refaire le monde. Mais cet homme doit être blessé, pourquoi lui avoir tiré dessus ?

 

–          Ce ne sont pas vos affaires, nous allons nous en occuper, dégagez et plus vite que ça !

–          Vous n’êtes pas d’ici, car vous ignorez que les jeunes ont fait de ces hangars leur base de jeux !

 

–          Déguerpissez ! Moins vous en saurez mieux vous vous porterez,  Et, Monsieur l’éducateur, n’oubliez pas que votre petit frère est sous surveillance constante, aussi, tenez-vous à carreaux.

Pierre essaye sans faire de bruit de se glisser à nouveau dans un des recoins que cet entrepôt regorge, mais ce n’est pas chose facile, il est à quelques encablures de son ami d’enfance, et hélas il ne peut rien faire. Le plus grand de ceux qui est intervenu se penche sur lui, et dit : il a son compte, ce traitre ne nous mènera plus en bateau, quand à l’autre, il doit être loin, rentrons, nous avons encore du boulot sur la planche. Cette nuit c’est le grand jour et à nous la marchandise, les deux gêneurs ont disparu. Vous deux, vous allez rester à l’entrée B, au cas où il se passe quelques choses d’inhabituelles, ne vous montrez sous aucun prétexte, faîtes le mort.

–          Pas de problèmes, chef

Ils s’éloignent et à nouveau un silence, mais ce silence est glacial, il fait froid dans le dos de Pierre, c’est comme si la mort flottait dans les hangars. Jeff, mort, quel horreur, que va-t-il pouvoir dire à sa femme ? Il lui faut en avoir le cœur net, mais se méfier ce ne sont pas des enfants de chœur. En rampant, Pierre avance millimètres par millimètres et petit à petit il voit de dos les deux hommes s’éloigner pour se rendre à l’autre extrémité, il lui faut encore attendre.. Il faudrait faire diversion, mais comment ? Il lui faut réfléchir mais les minutes jouent en défaveur de son ami. Pierre a brusquement une idée, il prend une de ses pommes, se lève et la jette sur un des wagons qui se trouvent quelques mètres devant lui. C’est un bon tireur, il devrait faire mouche. Lorsque sa cible atteint son but, il voit les deux hommes porter la main à leur côté et s’avancer dans la direction du bruit. Pierre se lève et se laisse tomber auprès de son ami. Il met la main sur son cou vers la veine et sent un faible battement, ouf il n’est pas mort, mais au ventre il a une vilaine plaie faîtes par la balle, il lui faut des soins. Elle saigne abondamment. Au même moment, il aperçoit que sa main est ouverte, paume vers le plafond et il a entre ses doigts un papier pas plus grand qu’une feuille à cigarette. Pierre la prend et à ce moment-là  il entend des sirènes, ce sont les pompiers, l’éducateur a dû les appeler, à défaut des flics, ce sera mieux. Mais il lui faut éviter d’être là, car il ne sait pas ce que vont faire les deux malfrats. En effet,  à leur tour ils s’enfuient de son côté, il ne doit sa chance qu’à la faible lumière, ils filent sans demander leur reste. Les pompiers font rapidement le nécessaire et toutes sirènes hurlantes repartent vers l’hôpital le plus proche. Et à nouveau le silence. Dans la lumière des phares il a vu la tête des deux hommes, eux aussi ce sont des négociants en fruits et légumes. Il doit y avoir une affaire juteuse, c’est bien le cas de le dire, là-dessous.

Pierre pense se rendre à la police mais il a si peu d’éléments, quoique son ami blessé puisse sûrement l’aider, mais sera-t-il en état de parler et surtout va-t-il pouvoir accéder à sa chambre. Pierre en se guidant de sa lampe de poche, s’en va vers une des sorties, surtout éviter la grande porte la B et partir par une des petites portes qui donnent sur l’entrée qu’il a vu de sa fenêtre lorsqu’il était enfermé. Il va lui falloir de la dextérité, car les fils de fer barbelés sont un peu hauts et assez coupant, mais avec son canif il devrait y arriver. Il escalade rapidement un des poteaux, et une chance il y a déjà un énorme trou, il se glisse par là et saute à pieds joints de l’autre côté. Maintenant il lui faut se repérer, voici au loin le port et la ville et pas âme qui vive ici. Tant pis, en rasant les murs, sa capuche sur la tête pour faire banlieusard, le voici partis et il court, car il lui faut être sur le port avant le départ pour la mer de son frère. Pendant sa pêche il aura l’occasion de lui parler et ensemble ils aviseront.

 

La nuit est tombée depuis déjà deux heures, et Pierre attend le départ de son frère pour se glisser sur son bateau, pas la peine de se faire repérer par les marins, cela évitera les mauvaises surprises. Il espère qu’il n’est pas surveillé, car tout le monde le connait comme détective amateur, il a déjà résolu de nombreuses affaires au nez et à la barbe de la  police. De toutes façons si les négociants étaient venu le questionner, cela lui aurait mis la puce à l’oreille, car Pierre ne fait pas les manchettes des journaux, personne n’a pu signaler sa disparition, puisque  il était censé être en congé  jusqu’à la fin de la semaine. Après ce serait une autre histoire, mais on en était pas là. Enfin, voici la corne qui annonce leur départ, vite, Pierre se glisse sur le bateau in-extrémis. Il va directement à la cabine de son frère et au moment où il rentre, il aperçoit un Chinois, immense qui est allongé sur la couchette de son frère.

–          Enfin, vous en avez mis du temps à venir Monsieur le fouilleur de merde.

 

A suivre….

 

 

EvaJoe novembre 2013 Copyright

L'attente

 Espérons qu’il n’est pas mort, sinon gare aux retombés, le cuisiner sans le tuer, en quelques sortes lui faire subir une ou deux tortures et il devrait parler. Après que le Chinois lui aura mis la main dessus, il ne devrait pas être en état de dire quoi que ce soit, chez lui, c’est du raffiné. En attendant, planque car cette bande de jeunes qui circulent dans l’entrepôt ne me dit rien qui vaille.

   Ce sont des potes au petit con de Paulo, si il a parlé, ils doivent se douter qu’il y a anguille sous roche, de toutes façons il va tomber, et se prendre des années de prison, et adieu le caïd !

Pierre entend un rire gras qui lui est familier mais pour l’instant aucun nom à mettre sur ce rire. Il bande ses muscles en attendant que l’autre homme se penche sur lui, et dès que ce sera fait il lui montrera qui fait la loi ici. Après il avisera pour l’autre, car si il le connaît l’effet de surprise devrait jouer en faveur de Pierre et non de l’inconnu dont le  rire lui dit quelques choses. Et, comme l’avait pressentis Pierre, son kidnappeur ne s’attendait pas  à voir Pierre lui faire une prise de judo, le voici au tapis et là, stupéfaction c’est un gros négociant du coin. L’autre git maintenant à ses pieds, Pierre ne s’embarrasse pas de principe, un bâillon, un coup sur la tête et il l’attache avec la cordelette trouvée à même le sol. La porte est entrouverte et il se glisse doucement de l’autre côté, tout d’abord s’orienté, mais avant il lui faut appeler, qui va pouvoir le croire, son patron en l’état actuel des choses c’est impossible il risque le renvoi et cela ne fera pas avancer l’enquête, Jeff, maintenant il hésite, il ne sait pas ce qui le retient. Il lui semble préférable qu’il croit que la planque c’est bien passée. Finalement en se dirigeant à l’opposé de la sortie où le deuxième homme planque et après avoir fermé la porte et emporté la clef, il décide d’appeler la police, ils se débrouilleront avec, et puis c’est de leur ressort. Mais que leur dire, pour l’instant il ne sait absolument rien, il va vraiment falloir trouver une raison pour innocenter ce môme, savoir qui commande et à quoi cela sert. Il pense que ces deux-là sont des comparses, il lui faut la tête. Et, pour cela il lui faut être certain que Jeff est bien de son côté. Il va donc attendre et voir comment les évènements vont tourner.

Tout en réfléchissant il se remémore leurs mots, qui peut bien être ce Chinois qui aime faire souffrir, il n’en connaît aucun qui gravite autour de son patron où de l’entreprise. Il faudrait en parler au frère de Paulo, mais en attendant il doit se planquer, on va sûrement le chercher et il va falloir aviser pour voir ce qui va se passer. Tiens mais sa carte de la ville va lui servir pour s’éloigner rapidement des entrepôts. Il lui faut rejoindre le vieux port et ensuite se perdre dans la foule, ne pas aller chez lui, mais sans sa carte bancaire il n’est rien, sans argent il ne peut pas prendre le train, sans parler du TGV. Rejoindre son frère serait le mieux, mais son bateau est –il à quai ?  Il en est là de sa réflexion lorsqu’il entend à nouveau ce bruit qui à la fois l’agace et à la fois lui fait peur. Il se glisse dans un couloir et attends, il passe si prêt de lui qu’il sent son aftershave, tiens c’est « azzaro ». Il lui faut noter cet indice supplémentaire, plus tard, il l’espère il fera le point et qui sait son frère  pourra l’aider. Mais Jeff, va-t-il le prévenir ? Tiens se dit-il en riant, il met ce parfum et, mais oui, c’est Jeff, c’est pour cela qu’il savait où il se planquait, ah le salop, il l’a bien eu, à jouer au gentil, et lui, il est tombé, tête baissée dans son piège.  Du reste la chaussure, c’est lui qui lui a mis ce petit morceau de fer, le même qu’il mettait aux sabots de ses chevaux, car Monsieur avait de belles bottes et une était percée, il préférait la garder, voilà pourquoi cela faisait un son métallique une fois sur deux, l’autre botte était en bon état.

Mais qu’est-ce que Jeff gagne dans ce trafic et qu’elle raison l’a poussée à le sacrifier, alors qu’il aurait pu se taire, mais bien sûr c’est Paulo qui a dû découvrir le pot aux roses et il la sacrifié en connaissant son passé. Vraiment il se sent mal, Jeff son copain d’enfance passé à l’ennemi, mais quel est donc cet ennemi et qu’est-ce qu’ils cherchent à cacher. Ce doit être du gros, car essayer de le supprimer en lui faisant subir  je ne sais quoi, mais pourquoi, Jeff sait bien qu’il n’est au courant de rien du tout, puisque c’est lui qui l’a poussé à se planquer. C’est à n’y rien comprendre et pour l’instant l’écheveau de laine est bien embrouillé, il va falloir mettre tout à plat et voir comment sortir de ce cauchemar. En attendant il est piégé dans cet entrepôt, et pour sortir il va falloir être plus malin qu’eux deux.

Déjà deux heures depuis qu’il a faussé compagnie à ses deux geôliers, il a pris un petit repas pour pouvoir attendre, mais il lui faut maintenant sortir de sa cachette et passer à leur barbe. Au loin il entend des rires, les jeunes doivent jouer où faire ce que tous les jeunes font dans ces entrepôts. Si c’était des comparses ils ne riraient pas et seraient silencieux, tant qu’à faire, autant diriger ses pas vers eux en étant attentif au bruit de la semelle ferrée de Jeff. En deux ou trois enjambées il se retrouve à hauteur des rires, c’est les copains de Paulo, il les connait bien, mais est-ce des amis ou des ennemis. Il en est là de sa réflexion lorsqu’il entend l’un d’entre eux s’adresser à Jeff.

–          Alors tu ne l’as pas retrouvé,

–          Non, j’ai bien peur qu’il me prenne pour son ennemi, il faut dire que je ne l’ai pas aidé et même je lui ai frappé sur la tête, mais il a bien dû voir que ce n’était pas si grave.

–          Es-tu certain qu’il t’a reconnu ?

–          Bien entendu, il m’a mis un morceau de fer sous ma botte et ce bruit s’entend très bien, on dirait que je claudique. Et, lui, c’est un doué, il reconnait n’importe quel bruit, on a souvent joué ensemble à ce petit jeu. Il m’a toujours battu à plate-couture.

Des sifflements se font entendre, ils sont admiratifs des prouesses de Pierre.  Pendant ce temps, Pierre, attend, il n’est pas certain que Jeff dise la vérité, il faut être prudent, ils vont tous s’en aller, il est fort tard, et les petits dealers vont prendre le relai, il a intérêt d’avoir filé avant , surtout qu’il a remarqué que leur éducateur était avec eux, ce qui veut dire que la version de Jeff serait la bonne, mais, alors pourquoi ce coup sur la tête, jouerait-il double jeu pour en savoir davantage. Au moment où Pierre sort de sa cachette, un coup de feu retentit et Jeff s’écroule.

 

La planque (suite)

Dès que Pierre se trouve à leurs pieds ils se précipitent sur lui, lui font les poches, le retournent sans se préoccuper de son état, ouvre son sac à dos. A l’intérieur une lampe électrique, des céréales, deux petites bouteilles d’eau et deux pommes. Où se trouve son téléphone, je ne comprends pas, comment peut-il communiquer avec son complice dit le plus vieux à l’autre.

        Magne, on s’en fiche, on l’a trouvé le complice de Paulo, on exécute les ordres et le reste on s’en fiche.

       Mais ils nous ont dit de lui prendre son téléphone.

       Ecoute, rends toi à l’évidence il n’a pas de portable, les autres vont arriver il ne doit plus rien rester, ni lui, ni sa cachette et là ce n’est pas une mince affaire.

      Attends on ne va pas démolir cette cache, on s’en fiche on n’est pas obligé de lui dire qu’il était dans une planque,

      Et on dira quoi gros malin, qu’il sifflait et se baladait mains dans les poches…

      Pourquoi pas ? Nous dirons qu’il se dissimulait au fond vers les fruits à mettre à la benne et basta.

 

Tout en portant Pierre vers une destination connu d’eux seuls, ils devisaient sans voir deux yeux qui les observaient non loin de là.

Il fait son poids le chefaillon, et ils partirent d’un rire tonitruant alors que leur voiture s‘éloignait rapidement des entrepôts. En chemin ils n’étaient pas d’accord sur la suite à donner à ce kidnapping, le plus jeune veut se débarrasser du corps et le plus vieux à quelques scrupules à commettre l’irréparable.

     Nous ne sommes pas des assassins et il faut s’en débarrasser mais évitons de commettre une chose qui va nous suivre toute notre vie. De plus notre commanditaire ne veut rien savoir de ce qui va arriver à ceux qui croisent son chemin, alors le tuer où l’abandonner quelques parts ne lui donnera pas la gloire, à qui veux-tu qu’il aille raconter son histoire, il lui faudrait donner la raison pour laquelle il espionnait la nuit dans les entrepôts de son patron. Non je t’assure il est ferré le petit chef. De toute façon il n’a toujours pas repris ses esprits. Franchement je pense que j’ai raison.

Nous allons le laisser à ……Et, si il reprend ses esprits il aura de l’eau et après nous aviserons. Nous n’avons rencontré personne et nous avons fouillé minutieusement tous les endroits susceptibles d’accueillir un suspect. Toutes les caches de Paulo ont disparu et celle-là a été dure à trouver mais notre indic a bien su manœuvrer. Ni vu, ni connu, adieu le Pierrot.

Et sur ces bons mots ils referment la porte et jettent la clef,  en s’en allant ils espèrent  ne plus entendre parler de ce minable.

Lorsque Pierre commence à bouger il y a longtemps qu’ils ont quitté les lieux. Tout d’abord il ne voit rien et n’entend absolument rien, le temps de reprendre ses esprits il se frotte la tête, il a une belle bosse. Que s’est-il passé ? Est-il encore à l’entrepôt, il a des doutes car il sent un mur au bas de ses pieds et un autre à sa tête, un vrai tombeau, il frémit. Il bouge et heurte un jerrican, une odeur d’essence empli le réduit où il se trouve, mince j’aurais dû allumer ma lampe. D’ailleurs où est-elle cette dernière et que s’est-il vraiment passé et qui était ces hommes ? Les phrases se bousculent dans sa tête, maintenant il se souvient, deux hommes lui apparaissent comme dans des flashes, ils étaient cagoulé donc impossible de savoir qui l’a abandonné lâchement dans cette espèce de citerne. Bizarre ils lui ont laissé son sac à dos avec toutes ses provisions, c’est peu il est vrai, mais il a  de l’eau et dieu sait si il a soif. Tant qu’il ne sait pas comment va se passer les heures qui vont suivre, il va lui falloir être économe. Il lui faut se  lever et voir s’il y a moyen de s’échapper avant que ces dingues ne reviennent. En se levant il voit qu’il peut se tenir debout, ouf ce n’est pas une citerne mais une pièce exiguë, mais il n’est pas bien, sa tête tourne, il lui faut s’asseoir à nouveau, il cherche dans les petites poches de son sac à dos et il trouve des comprimés, c’est pour le mal de tête, cela devrait le soulager un peu.

Le jour s’est levé il voit par les interstices d’une fenêtre grillagé une pale lueur, il prend le jerrican, monte dessus et observe le décor. Il est à des kilomètres de chez lui, Cela ressemble à rien, un sol de terre battue, une palissade de bois avec de hauts piquets entourent ce lieu inhospitalier, il y a même des barbelés. Pas âmes qui vivent !

 

Soudain son regard est accroché par un vêtement qui flotte sur ce qui a dû être autrefois un étendage, ce vêtement il le reconnaît c’est celui de ceux qui travaillent au port, bizarre que fait-il là, accroché à ce fil tendu. Soudain un flash lumineux, ce sont les entrepôts sur le port, ils sont désaffectés mais des bandes de jeunes y passent leur temps à fumer où bien à jouer cela dépend de leur âge ; il n’y a pas si longtemps il se baladait dans ce coin avec une petite amie.

Aussitôt qu’il eut fait ces constatations, Pierre cherche une porte qui devrait se trouver dans ce coin s’il  ne me trompe pas, en effet il sent sous ses doigts les gongs, il passe sa main et va à l’opposé pour chercher la poignée, mais il n’y en a pas, ni la clef bien évidemment. Une porte en fer, jamais il ne va pouvoir sortir, en bois d’un coup d’épaule il aurait pu la faire sauter. Désespéré, il s’assoit pour réfléchir et commence l’inventaire de ses poches pour voir ce que ces deux types lui ont laissé, mais auparavant il éteint sa lampe car il doit avant tout l’économiser et la lumière qui filtre par l’interstice de la fenêtre lui donne assez de lumière pour sa recherche.

Dans sa poche gauche il a un canif, un morceau de ficelle, du solide, il le sait, un paquet de bonbons et une pomme. Dans l’autre un plan de la ville, oh c’est fou ce que cela va lui servir se dit-il mentalement. Un tournevis, ça c’est intéressant ! Quelques noix, ils n’ont pas du lui faire les poches, sinon le canif et le tournevis ne seraient plus là. Tiens il lui ont piqué son téléphone, ah mais non il se souvient qu’avant leur arrivée il l’avait mis dans sa poche de pantalon. Y est-il encore ? Sa poche qui se trouve le long de sa jambe et à l’intérieur, une vraie trouvaille que ce pantalon acheté la semaine passée dans un surplus de l’armée.

Son téléphone est bien là, mais qui était ces deux comiques, il a tout son matériel de détective. Enfin il en fait un beau ! Il espère avoir du réseau, il appelle chez lui à tout hasard, sachant qu’il est là, il n’y a personne, chouette ça passe, vite appelé Jeff et l’avertir.

Au moment où il va composer le numéro il entend à nouveau marcher avec ce bruit caractéristique. Ses kidnappeurs sont de retour, vite tout remettre à sa place et s’allonger, faire le mort, possible qu’il soit revenu avec de meilleures intentions, mais Pierre en doute.

A peine est-il  allongé sur le sol qu’une clef tourne dans la serrure, une lampe est braquée sur lui et  ce qu’il entend lui fait froid dans le dos.

 

A suivre…..

 

EvaJoe  Copyright novembre 2013

 

Les lunettes

Pour le coucou du haïku de Marie-Alice

 

 

Sur une idée de Lénaïg  aujourd’hui les 

 

regarder la vie

brouillard sur les lunettes

changement de temps

 

 

 

ski à gogo

lunettes plantées sur le nez

soleil assuré

 

 

 

vision en 3 D

requins à portée de mains

yeux exorbités