Shana face à un choix 4

Ils sursautent tous les deux. Le temps d’un souffle, ils restent immobiles, encore enlacés, comme suspendus entre deux mondes : celui qu’ils viennent de partager, et celui — bruyant, exigeant — de leur quotidien.

Un des jumeaux pleure.

Elle tourne la tête vers le couloir, le cœur déjà en alerte. Thomas la retient doucement, son regard plongé dans le sien.

— Je vais y aller, murmure-t-il.

Elle hoche la tête, émue. Elle le regarde se lever, attraper son caleçon à la volée, encore un peu maladroit, les cheveux en bataille, le dos nu.Il disparaît dans le couloir, et déjà le cri faiblit.

Il a cette manière de prendre Matis dans ses bras, de murmurer tout bas, qui rassure immédiatement. Elle l’entend chuchoter quelque chose de doux, puis le silence revient.

Elle se redresse un peu, ajuste la couverture sur elle. Son corps est encore parcouru de chaleur, mais son esprit est déjà ailleurs — là où l’attendent leurs enfants, leurs responsabilités, et cette étrange et belle alchimie entre fatigue, désir et amour.

Quand Thomas revient, le bébé contre lui, paisible, elle sourit.

— Il s’est rendormi ?

— Presque, dit-il. Il voulait juste être sûr qu’on était là. Il s’installe près d’elle, le petit blotti sur sa poitrine. Ils restent ainsi, tous les trois, dans le demi-jour du salon, enveloppés de chaleur humaine et de tendresse.

À peine le calme revenu, un second cri fend l’air, plus bref, plus impatient. L’autre jumeau. Matéo est l’écho parfait du premier.

Ils échangent un regard complice, presque résigné. Un sourire discret étire les lèvres de Thomas, tandis qu’elle soupire avec tendresse.

— C’était trop beau, murmure-t-elle en se glissant hors du canapé.Elle attrape sa robe, l’enfile à la hâte, traverse le salon pieds nus. L’appartement est silencieux, mais vivant. Un souffle d’enfance circule dans les murs, dans les nuits interrompues, dans ces instants volés à deux toujours rattrapés par quatre petites mains.

Dans la chambre des enfants, elle trouve leur second fils, les joues humides, les yeux brillants d’un demi-sommeil agité. Elle le prend contre elle, le berce doucement, sent son petit cœur battre vite contre sa poitrine.

— Chut… maman est là. Je suis là…

Il se blottit contre elle, déjà apaisé. Ses doigts minuscules s’accrochent à sa robe, comme un rappel : ne pars plus.

Quand elle revient dans le salon, Thomas a installé le premier jumeau dans un nid de coussins sur le tapis, un plaid sur les jambes, les paupières lourdes. Il relève les yeux vers elle, et son regard s’adoucit à la vue de leur deuxième fils dans ses bras.

Elle s’assoit à côté de lui. Ils sont maintenant quatre, enroulés dans ce salon qui porte encore la trace de leur élan amoureux, devenu refuge de famille.

Les enfants somnolent. Eux deux aussi.

Et dans cette nuit morcelée, imparfaite, bercée d’interruptions et d’amour brut, ils trouvent une forme de paix — éreintante, tendre, réelle.

Shana serre les dents. Elle regarde ses fils dormir dans leurs berceaux, puis :

— Thomas je pense à ce petit bébé qui se nomme Elijah, j’ai peur de ce qu’il va devenir. Que veux exactement Elise ? Tu as vu pour Maël lorsque Myriam et moi avons repris nos enfants, elle s’est enfuie ne voulant pas de cet enfant, alors que nous aurions pu lui obtenir le droit de lui le remettre.

— N’oublie pas qu’elle était mal. La perte de Noam et de Mila, la faisait pleurer des journées entières. Nous avons bien fait. Tu ne regrettes pas. Regarde comment ces deux-là dépendent de nos deux plus grands. Ils ont leurs rôles de grands soeurs et frères. Et comme ils sont fiers de leur donner le biberon.

Aux mots biberons Matis et Matéo dans un ensemble parfait se mettent à crier. Cela a au moins le mérite de voir ce qu’ils font lorsque ceux-ci hurlent. Une cascade dans l’escalier. Il est six heures du matin. Ils ont pratiquement fait leur nuit. Nos deux enfants arrivent chacun avec un biberon.

On essaye Maman de donner ce lait à Matis. Guigoz, ce n’est pas ton lait. Tu crois qu’il va l’accepter.

J’espère car je n’en ai plus ou juste pour les calmer la nuit comme celles qui vient de s’écouler. C’est la raison pour laquelle vous nous trouver dans le salon.

Mila pouffe de rire, mais lorsque Thomas lui demande la raison de ce rire. Elle pique un far et murmure rien car je n’ose pas te le dire.

Thomas amusé se doute que Mila aux vues de son âge ait compris, mais il ne laisse rien paraitre. Shana peut toujours en rediscuter ou laisser filer.

Leurs débats amoureux ne sont pas une affaire d’état. Par contre il y a des affaires urgentes à s’occuper.

Shana demande à Mila de s’asseoir sur le fauteuil et Maël en fait autant sur l’autre fauteuil. Chacun à sa manière pour donner le biberon. Maël le tient en hauteur et si c’est Mila qui lui donne, son frère refuse de le boire. Seul Matéo boit comme Mila lui donne son biberon.

Ce matin nous allons voir un pédiatre pour la visite du premier mois, c’est un ami d’Alain. Il a demandé à nous voir tous les quatres. Comme ce sont les vacances nous avons acceptés.

A suivre

Copyright juillet 2025

Shana face à un choix 3

Thomas s’est éclipsé après le déjeuner. Il a récupéré le numéro de téléphone américain d’Édith sur un post-it oublié. Un numéro écrit à la hâte, sans nom. Il contacte Gaby.

— J’ai besoin que tu traces un numéro international. Origine : États-Unis. Peut-être New York. Je te l’envoie.

Shana avait accepté lorsqu’il lui avait proposé de lui donner le numéro de téléphone américain de sa sœur. Tout ce qu’il faisait — dès lors que ce n’était pas un secret d’État — il en informait sa femme, qu’il aimait profondément.

— Je suis dessus. Tu penses qu’Édith a menti sur le père du gosse ?

— Je pense qu’elle cache quelque chose de grave. Et que ce Samir n’est pas un inconnu.

Édith joue avec Elijah. Myriam entre discrètement.

— Tu vas devoir lui dire, Édith.

— À qui ? À Shana ?

— Non. À Thomas. Parce que lui, il ne lâchera pas. Il va fouiller. Et s’il apprend seul… tu ne contrôleras plus rien.

Édith se fige. Elijah babille doucement.

— Tu crois qu’il sait déjà ?

Myriam baisse les yeux.

— Il cherche Samir. Et ce nom… il est dans les fichiers d’Interpol. C’est pas rien.

Quelques heures plus tard, Malik appelle du QG des renseignements français.

C’est Malik, Gaby m’a filé ta demande de renseignements, surtout lorsqu’il a vu … Enfin … Je t’explique. Mauvaise nouvelle. Samir est un nom d’emprunt. Mais le numéro qu’Édith utilise a été lié à plusieurs transactions en ligne : transferts d’argent, réservations d’hôtels… et un billet d’avion à destination de Dakar.

Thomas se redresse.

— Dakar ?

— Exact. Et mieux encore : on a une image. Caméra de surveillance à JFK. Samir, 35-40 ans, chemise blanche, bébé dans les bras. Le bébé est métis. C’était y a six mois.

Thomas sent le puzzle se refermer.

— C’est Elijah. Ce type l’a emmené de New York à Dakar. Et maintenant Édith revient avec lui, seule.

— Du coup comme Gaby m’a dit que ta belle-soeur arrivait des States, j’ai vérifié toutes les lignes, c’est la raison pour laquelle je te rappelle aussi tard. Et bien figure toi qu’elle n’a embarqué d’aucun État américain.

— Alors, celle-ci je ne m’y attendais pas. Elle arrive de Dakar.

— d’Afrique, oui mais pas de Dakar, du Mali de Bamako.

— Que veux-tu savoir ? L’intérieur peut transmettre aux renseignements extérieurs, mais j’ai besoin de connaître.

— Je te tiens au jus.

— Ça marche, bonjour à tes hommes et félicitation pour tes deux fils.

— Merci vieux frère.

— Tu veux que je te sorte un vrai dossier ?

— Oui. Et tout ce que tu peux trouver sur Samir Mbarek ou je ne sais comment il se fait appeler. Je sens qu’on est sur quelque chose de sale.

Thomas rentre tard. Shana l’attend, elle s’inquiète. Sur un coup de tête il ne peut pas partir au Sénégal, mais Edith a pu réussir à le convaincre. Mais elle en doute. Chaque fois que ses pensées deviennent sombres, ses jumeaux le ressentent. Elle est troublée par cette symbiose parfaite qui les unit, mais elle s’agace aussi de se laisser envahir par son côté obscur.

— Je me languissais de toi, tu ne m’as pas dit ou tu étais.

— J’étais en train d’essayer de comprendre pourquoi Édith est revenue avec un bébé… et pas avec son son père et peut-être son mari.

Shana reste la bouche ouverte en entendant les propos de Thomas.

Thomas préfère attendre le lendemain plutôt que de rentrer dans de longues discussions.

Ce soir-là, pourtant, quelque chose est différent. Le regard de sa femme, ses gestes, sa présence… ont éveillé en Thomas un désir profond. Sans un mot, il tamise les lumières du salon, ajuste la musique, et donne à la pièce une atmosphère intime. Elle lui a donné envie. Envie d’elle. De l’aimer, là, maintenant.

Thomas s’affaire sans bruit. Une lampe tamisée, un disque de jazz doux qui tourne lentement, une couverture légère sur le canapé. Il ne cherche pas à séduire, pas vraiment — ce serait trop calculé —, mais à créer un cocon, un espace suspendu, comme une bulle où le monde extérieur ne pourrait pas les atteindre.Elle le regarde faire sans un mot, intriguée. Elle sent qu’il se passe quelque chose. L’atmosphère a changé, épaissie d’un désir tendre mais palpable. Elle comprend sans qu’il ait à parler. Ses propres pensées sombres, un instant plus tôt accaparant, se dissipent peu à peu, balayées par cette attention silencieuse.

Il s’approche, s’assoit près d’elle. Son regard cherche le sien, doucement, sans insistance. Elle pose sa main sur la sienne.— Tu vas mieux ? demande-t-il simplement.Elle hoche la tête, émue de le sentir aussi présent. Il ne cherche pas à fuir ses ténèbres, mais à les accueillir avec elle. Et dans ce salon devenu refuge, elle se laisse aller. À lui. À eux.

Elle ne répond pas. Son regard s’attarde sur sa bouche, sur la ligne de sa mâchoire tendue. Il est beau, là, dans cette lumière douce qu’il a créée juste pour eux. Il ne parle pas non plus. Ses doigts glissent lentement sur les siens, remontent le long de son poignet, effleurent la peau nue de son bras.Elle frissonne.Il le sent. Il se rapproche, pose ses lèvres sur son épaule, puis dans le creux de son cou. Elle ferme les yeux, bascule légèrement la tête pour lui offrir sa peau. Sa respiration se fait plus lente, plus profonde.Ses mains à lui se posent sur sa taille, la tirent doucement vers lui. Elle vient s’asseoir sur ses genoux, sans hésiter. Le tissu fin de sa robe glisse contre sa peau, et il sent sa chaleur, sa présence, son envie.Le silence n’est plus qu’un souffle entre eux. Ses mains glissent dans ses cheveux, l’attirent à lui. Le premier baiser est lent, profond, comme une promesse. Elle y répond avec une ardeur contenue, mais déjà brûlante. Ils ne pensent plus. Ils se cherchent, se trouvent, se dévorent du regard, de la bouche, des mains.Le salon, baigné de lumière tamisée et de musique feutrée, devient leur monde. Un cocon de peau, de soupirs, d’abandon.

Elle l’embrasse plus fort, plus profondément, et son bassin commence à onduler contre le sien, dans un rythme lent, instinctif. Leurs souffles se mêlent, chauds, irréguliers. Thomas glisse ses mains sous sa robe, découvre la courbe de ses cuisses, la douceur de sa peau nue.

Elle gémit légèrement quand ses doigts trouvent ce point de chaleur entre ses jambes. Il l’explore du bout des doigts, avec une tendresse fiévreuse, comme s’il redécouvrait chaque centimètre d’elle. Elle s’abandonne, bascule un peu plus contre lui, haletante, tendue vers lui, vers ce qu’il éveille en elle.Il la soulève doucement, l’allonge sur le canapé, au milieu des coussins. La robe glisse sur son corps, ne devenant plus qu’un morceau de tissu oublié sur le sol. Il se penche sur elle, la regarde, la contemple un instant — ce corps qu’il connaît, qu’il désire, qu’il aime.Leurs vêtements tombent un à un, dans une hâte maîtrisée. Quand il entre en elle, c’est lent, profond, presque solennel. Elle l’accueille avec un soupir de soulagement, comme si c’était là, exactement là, qu’elle voulait être.Les mouvements sont doux d’abord, puis plus pressés. Ils se cherchent, se perdent, se reprennent. Elle agrippe ses épaules, ses hanches viennent à sa rencontre, de plus en plus vite, plus fort, jusqu’à ce que le monde s’efface autour d’eux, remplacé par un grondement sourd, un frisson traversant leur corps à l’unisson.

Puis vient le calme. Le silence après la tempête. Il la serre contre lui, son front posé contre sa tempe. Elle respire fort, mais elle sourit. Et dans cette chaleur moite et rassurante, leurs corps encore noués, elle se sent enfin légère. Apaisée.

Un cri, soudain, perçant, brise la bulle.

A suivre…

Copyright juillet 2025

Shana face à un choix 2

Myriam, jusqu’ici silencieuse, intervient :

— Tu peux retrouver ce rapport ?

— Peut-être. Mais ce n’est pas officiel. Ce type n’était pas enregistré sous le nom Samir, mais sous une identité de couverture.

Shana se lève d’un bond.

— Tu crois que c’est lui, le père d’Elijah ?

Thomas hoche la tête, lentement.

— C’est une possibilité. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne tombera pas par hasard sur un prénom comme Samir.

Le soir-même, quand tout le monde dort, Thomas est assis à la table de la cuisine, ordinateur portable ouvert, une tasse de café froid à la main. Il tape le nom « Samir », croise avec « mission humanitaire Sahel », « ONG disparus », « coopérants », « Rebecca », mais les résultats sont flous. Trop flous, pour ce soir il est tard, demain il appellera Gaby ou Julien, ils feront une recherche.

Puis il se souvient du dossier confidentiel qu’il avait brièvement vu, des années plus tôt, dans les archives internes du QG. Une mission au Mali, un convoi humanitaire pris dans une embuscade, un homme disparu, jamais retrouvé. Il n’avait pas été déclaré mort. Juste… évaporé.

Il ouvre une session cryptée, contourne les accès restreints. C’est risqué, mais Elijah mérite de savoir.

Et là, il tombe sur un nom : Samir El Hadji. Nationalité française. Né à Lyon. Dossier classé « inactif – à surveiller ». Dernière trace : Dakar, 2019. Il y a à peine un an.

Il aimerait bien savoir si Rebecca etait de Dakar, en ce cas elle serait Sénégalaise. Mais avec Edith il risque de se heurter à un mur. Dans quoi est-elle encore aller se fourrer ?

Mais ce qui le frappe, c’est une annotation en bas du rapport :

« Présumé vivant. Contacts possibles avec réseau dissident.

À ne pas approcher sans autorisation. »Thomas se fige. » Un frisson lui parcourt le dos.

Dans la nuit Shana le trouve dans le salon, endormi sur le canapé, l’ordinateur encore ouvert.

Elle jette un œil à l’écran. Une carte. Le Sénégal. Un point rouge clignotant à côté de Dakar.

— Tu n’as pas dormi ?

Thomas se redresse.

— J’ai trouvé quelque chose. Rebecca n’avait pas menti. Samir existe. Et il est probablement encore en vie. Mais il est mêlé à quelque chose… d’opaque.

— Opaque comment ?

— Il aurait rejoint un groupe indépendant, un réseau d’anciens humanitaires devenu… plus radical.

—Personne ne sait s’il aide encore les populations ou s’il agit contre certains gouvernements. Il est hors des radars. Shana s’assied à côté de lui, son regard sur Elijah, qui gazouille doucement dans son berceau.

— Tu penses qu’il est dangereux ?

— Je pense qu’il n’a peut-être pas le choix.

Un silence lourd tombe entre eux. Puis Thomas ajoute :

— Il faut que j’aille à Dakar. Shana le regarde, abasourdie.

— Quoi ? Non. Pas maintenant. Pas avec les jumeaux… Pas avec tout ça. Et tout-à-l’heure de quoi le Colonel voulait t’informer, enfin de quoi t’a-t-il parler ?

Thomas soupire, l’histoire d’Elijah a failli lui faire perdre ce qu’il attend depuis plus de quinze jours.

Et …Thomas se lève tout en refermant brusquement son ordinateur. Il ne peut pas partir à Dakar. Pas encore.Pas tant qu’il n’aura pas éclairci l’autre zone d’ombre. Celle qui, depuis des mois, l’empêche de dormir : le passé de Shana.

Surtout la raison pour laquelle, on l’avait mise dans une cellule.Il explique à sa jeune femme adorée le plan qu’il a eu cette nuit.

— Ne pars pas Thomas, je ne le veux pas. Je t’aime

— Je ne partirai pas longtemps. Juste quelques jours. Je dois voir si je peux le retrouver. Pas pour moi. Pour lui, pour Elijah. S’il n’est pas mort… il mérite au moins de savoir qu’il a un fils. Il doit aussi savoir que la maman de son fils n’est plus de ce monde.Il devra choisir entre lui donner un père ou nourrir tous les autres.

— Attends encore un peu, hier tu ignorais jusqu’à son existence. Aujourd’hui tu te jettes à corps perdu.

— Oui c’est vrai

— Edith est revenue , c’est une chance supplémentaire pour connaître les raisons de cette mascarade.

Thomas ne sait pas quoi dire. Alors il s’approche de Shana et lui dit :

Viens profitons de ce que nos bébés dorment et nous reparlerons de tout ça demain matin.

Puis il prends Shana dans ses bras et entre dans leur chambre.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à son passé 22

Deux semaines de nuits hachées, de biberons en équilibre sur un genou, de pleurs et de sourires presque esquissés. Deux semaines de chamboulement total, mais aussi de joie pure. Ce jour-là, Thomas avait décidé de les présenter à « ses frères ». Ceux avec qui il avait partagé le danger, les silences, les confidences rares… et désormais, un chapitre nouveau.

Dans le 4×4, bien calés à l’arrière, Matéo et Matias dormaient dans leurs sièges-auto, emmitouflés dans des combinaisons minuscules aux couleurs neutres. Shana, radieuse malgré la fatigue, portait un large sweat à capuche dans lequel elle aurait pu dissimuler un troisième bébé.

Mila, téléphone à la main, se prenait déjà pour la photographe officielle de la mission, pendant que Maël levait les yeux au ciel à chaque photo prise.

— T’as dit qu’on y allait 20 minutes, hein ? Pas deux heures, marmonna-t-il.

— Oui, soupira Thomas avec un sourire. C’est pas une opération. Juste… une présentation. Et un moment que j’ai envie de leur offrir.

Quand ils arrivèrent à la caserne, le silence se fit presque immédiatement. Une poignée d’hommes en tenue, larges d’épaules, regard acéré, les attendaient près de la grille. Des visages qu’on imagine durs, marqués, blindés.

Mais à la vue des deux cosy transportés par Thomas et Shana, quelque chose bascula.

— C’est eux ? demanda Gaby, massif, pourtant ému.

— C’est eux. Matéo et Matias. Quinze jours chacun. Ne me demandez pas qui est qui, ils sont capables de changer de tête juste pour vous embrouiller.

Un éclat de rire discret parcourut le groupe. Des hommes d’élite, ceux qu’on envoie là où personne ne veut aller, s’étaient soudain adoucis.

— Mon dieu, ils sont minuscules, souffla Yacine en se penchant, impressionné.

— C’est incroyable, ils ont l’air… parfaits, ajouta Julien.

— Tu crois qu’on peut les prendre ? demanda Léo, soudainement redevenu un enfant.

Shana hocha la tête, un sourire aux lèvres. Elle tendit doucement Matias, bien calé dans ses bras. L’un des hommes, les mains encore calleuses de l’entraînement du matin, le prit avec un soin religieux.

— Il a les yeux de sa mère, celui-là, déclara-t-il comme un oracle.

Mila, en retrait, captait chaque instant avec son téléphone.

— Voilà. J’ai une vidéo où les mecs les plus durs de France font des grimaces à un bébé. Je vais faire un montage, « Les Gardiens et les Gagas », dit-elle, hilare.

Maël, bras croisés, observa un moment, puis se pencha à l’oreille de Thomas :

— T’as vu ? Ils flippent plus à tenir Matias que leur arme de service.Thomas sourit.

— C’est parce que ça, c’est plus précieux que tout ce qu’on protège.Un silence suivit. Profond, très respectueux.Puis un des hommes, en fixant Matias :

— Tu sais, Thomas… Tu nous as vus dans plein d’états. En sueur, en rage, en larmes parfois. Mais là… c’est peut-être la première fois qu’on voit un truc qui nous dépasse complètement.

— C’est la première fois que je ressens ça aussi, répondit Thomas, d’une voix posée.

— Et c’est beau, ajouta Ludo. C’est rare. Merci de nous l’avoir montré.

Les minutes passèrent dans une atmosphère suspendue. Des hommes aux carrières de fer, touchés en plein cœur par deux vies à peine écloses. Une transmission de force douce, de respect silencieux, d’émotion assumée.

Avant de repartir, Mila lança :

— Bon, j’espère que vous avez tous retenu lequel a le pli au front et lequel a la fossette, hein ? Parce que sinon… couches pour tout le monde !

Éclats de rire. Même Maël sourit franchement.

Thomas, en replaçant les cosy dans la voiture, regarda ses frères d’armes, sa femme, ses enfants. Sa famille. Sa tribu.

— Deux bébés. Quatre enfants. Et quinze hommes… complètement retournés.

Il se disait que ce jour-là, il n’avait pas seulement présenté ses fils. Il avait présenté sa fierté.

Au moment de partir après avoir rendu les honneurs à ses hommes, le Colonel pointa le bout de son nez. Thomas était juste rn train de dire à son groupe que la prochaine fois il apporterait :

D’une seule voix 15 hommes crièrent :

Le Champagne !

Et dans la foulée dirent :

Mes respects mon Colonel, mais celui-ci était vers la voiture et admirait les frimousses des deux enfants. Puis se tournant vers Maël lui demanda :

Alors jeune homme, vous êtes fiers de vos petits frères c’est ce que m’a dit ma fille pas plus tard que ce matin, ce qui valu à Maël un coup de coude dans les reins et des que le Colonel fut parti un éclat de rire et une phrase assassine à l’encontre de son frère.

Ah ah tu es toujours fourré chez le Colonel ce n’est pas Patrick qui t’intéresse mais Mélodie sa fille.

Thomas tout en conduisant trouvait que ses enfants étaient comme tous les autres. Ils étaient vraiment une famille.

Hélas les jours heureux croisent la route des jours sombres.

A suivre…

Copyright juin 2025

Shana face à son passé 21

Lorsque nous rentrons de l’hôpital militaire, Shana a ses premières contractions, j’appelle le médecin qui la suit à la Clinique Sainte Bernadette, mais la déception est immense le médecin chef s’est cassé la jambe.

Je vois de suite que cela agace Shana, moi aussi mais je ne laisse rien paraître. Shana refuse de se rendre à la clinique aussi je la dépose chez Myriam, comme il y a Alain, il est médecin, il avisera s’il y a du changement.

Je suis appelé sur une prise d’otages, cela peut durer. Il est non loin de midi. Myriam vient récupérer Shana à la caserne, elle prend la valise qu’elle a préparé pour les bébés. Je me sens plus tranquille, elle est sous bonne garde.

Et c’est le matin suivant que vers 2 h38 mon téléphone a vibré, j’ai su immédiatement que quelque chose de familier, d’intime, allait se passer. Mes enfants arrivaient.

> « Thomas, Shana a des contractions régulières. Ce n’est pas violent, mais c’est là. Alain préfère l’emmener à la clinique. Je te passe Shana.

Pas de cris, pas d’alarme. Juste cette voix posée, forte. Elle avait déjà fait ça. Elle savait. Moi, j’étais un débutant.

J’ai quitté le terrain immédiatement. Le Colonel averti par Gaby m’a rejoint rapidement, il n’a même pas eu besoin d’un mot : il m’a regardé, hoché la tête.

> « Va. Sois là pour ta femme. »

La route jusqu’à la maternité, je ne m’en souviens qu’en fragments. Les clignotants oubliés, le souffle court, l’uniforme encore sur le dos. Et dans la tête, un tourbillon : est-ce qu’ils vont bien ? Est-ce qu’elle va bien ? Est-ce que je serai à la hauteur ?

Je suis arrivé à 3 h 03. On m’a fait passer en urgence, j’ai entendu son souffle, court, puissant, et son regard s’est posé sur moi comme un ancrage. J’ai su que j’étais au bon endroit, au bon moment.

Matias est né en premier, dans un silence suspendu, puis il a pleuré, fort, vivant, beau. Il pesait 2,420 kg, un tout petit être aux doigts longs, aux yeux fermés, et aux cheveux châtains foncés, un peu humides. On l’a posé sur la poitrine de ma belle Shana. J’ai pleuré. La grosse pendule en face de moi marquait 9 h 12.

Trente minutes plus tard, a suivi Matéo, il n’a presque pas de cheveux, un léger duvet plus clair que son frère. Il est calme, discret. Il a ouvert les yeux, et j’y ai vu un monde. Mon monde désormais.

Et moi leur père j’étais ému et ne savais que dire. J’étais en admiration devant ces petits êtres. Lorsque j’ai pris Matias contre ma peau, sa petite bouche s’est ouverte ce qui a fait rire la sage-femme qui lui a dit :

Non mon mignon là c’est papa, le lait … C’est ta maman.

Alors je les ai déposé tous les deux dans les bras de mon amour, Shana était radieuse, les deux petits garçons étaient tellement beaux. De suite elle a senti les petites bouches sur ses seins. Son rire cristallin résonne dans la chambre. Comme ma nouvelle petite famille était belle. Et puis, alors que je les regardais tous les deux contre elle, Mila est entrée doucement dans la chambre. Quinze ans, déjà presque une jeune femme. Elle s’est approchée sans un mot, a regardé ses petits frères, et m’a lancé un regard mi-amusé, mi-sérieux :

> « Alors, c’est maintenant que tu deviens papa pour de vrai ? »

Je n’ai pas su quoi répondre. Parce qu’au fond, elle avait raison, et tort à la fois. Je suis devenu papa le jour où je l’ai aimée, elle aussi, sans condition. Sans chercher à remplacer. Juste à être là.

Mais ce jour-là, avec Matias et Matéo contre leur mère fatiguée mais rayonnante, et Mila en retrait, fière et un peu chamboulée. Je n’ai pas donné la vie à ma fille, mais elle a contribué à la mienne. Et mes fils… eux, ils m’ont fait père.

Quelques jours après la naissance, on est enfin rentrés à la maison.Shana, encore fatiguée mais rayonnante, tenait Matéo contre elle. Moi, j’avais Matias dans un bras, le sac à langer dans l’autre. On aurait dit un commando de retour de mission. Mais en beaucoup plus fragile.

Dès qu’on a passé la porte, l’odeur familière de notre maison m’a frappé. Pas celle d’un lieu figé, non. Une odeur de vie, de lessive, de cacao, de papier de cahier froissé, de chaussettes oubliées dans l’entrée. Une vraie maison.

Mila était déjà là, postée comme une vigie au bout du couloir, téléphone à la main, prête à filmer chaque minute. Elle a fondu sur sa mère avec un mélange d’enthousiasme et de prudence, puis s’est penchée sur les jumeaux comme une experte en mini-humains.

Et puis, il y avait Maël, treize ans. Adopté il y a sept ans. Il n’est pas venu se précipiter dans les bras. C’est pas son genre. Il garde toujours un peu de distance, comme s’il s’attendait à devoir se protéger. Mais ses yeux, eux, brillaient.

Il s’est approché lentement, s’est arrêté devant moi et m’a demandé, presque à voix basse :> « C’est lequel que tu tiens ? »

> — Matias Tu veux le porter ? Il a hésité. Puis il a hoché la tête, très sérieusement. Je l’ai aidé à s’asseoir sur le canapé et j’ai posé Matias dans ses bras. Et là… je ne sais pas. Quelque chose s’est passé. Comme si le gamin qui n’osait jamais trop s’attacher venait de poser une brique de plus dans sa confiance. Il a regardé Matias, puis Matéo, puis moi.

> « Alors maintenant… je suis quoi, moi ? Le grand frère du milieu ?

J’ai souri.

— Exactement. Et sûrement le plus cool des grands frères.

Il a souri à son tour. Pas un grand sourire. Mais un vrai.

La nuit tombait sur la maison. Les jumeaux dormaient l’un contre l’autre, bercés par les murmures de leur sœur et la présence silencieuse de leur frère. Shana s’est endormie un instant sur le canapé, les traits détendus. Moi, je regardais tout ça, encore un peu hébété. Une fille qu’elle a eue avant moi.nUn garçon qu’on a adopté ensemble. Et maintenant, deux fils, nés de notre amour.

Quatre enfants. Quatre histoires. Une seule famille.

Ce n’est pas ce que j’avais imaginé. C’est mieux. La maison était étrangement calme. Pour une fois. Les jumeaux dormaient enfin. Shana et Thomas s’étaient assoupis à tour de rôle sur le canapé. Dans la chambre partagée des bébés, la lumière était tamisée, les volets à moitié fermés.

Mila était là, assise au pied des berceaux, téléphone en main, en train de faire défiler les photos qu’elle avait prises depuis la maternité.

Maël entra discrètement, une compote à boire à la main, pieds nus, l’air faussement détaché.

> « Ils dorment ? » demanda-t-il, sans chuchoter franchement, mais sans trop déranger non plus.

— Oui, miracle. Et t’as vu ? Ils sont pareils. Des vrais jumeaux. Genre… copier-coller.

Maël s’approcha, observa les petits visages paisibles. Même front, même nez, mêmes petites mains. Il fronça les sourcils.>

« Franchement, c’est flippant. S’ils se mettent à parler en même temps plus tard, je change de chambre. »

— T’as déjà pas voulu partager la tienne avec eux… rappelle-toi.

— Logique. J’ai 13 ans, j’ai une réputation. Tu veux que mes potes me voient avec une couche dans la main pendant un appel vidéo ?

— Pfff. Arrête, t’es genre… attendrissant.

— T’es relou.

— Et toi, t’es trop sérieux. On dirait un papy.

Maël leva les yeux au ciel, mais sans méchanceté. Il grignota le haut de la compote, puis demanda après un silence :

« Tu penses qu’ils vont avoir les mêmes délires que nous deux ? Genre… se crier dessus à table, piquer le dernier yaourt, balancer des sarcasmes dès le matin ?

Mila sourit.

— Bien sûr. C’est ça être frères et sœurs. Tu peux pas les voir, mais t’as envie qu’ils soient là quand même. T’es chiant, mais t’es à moi. Enfin… à nous.

Ils éclatèrent de rire en même temps. Puis le silence retomba, avec tendresse.

Mila posa sa tête contre le mur, ferma les yeux un instant. Maël regardait encore les deux petits visages, identiques, si paisibles.

« Tu sais, on fait une drôle de fratrie, nous. »

— Ouais, répondit Mila. Mais… une belle fratrie, quand même.

Maël, toujours penché au-dessus des jumeaux endormis, plissa les yeux.>

Moi je sais déjà qui est qui.

— N’importe quoi, dit Mila en croisant les bras. À peine t’as vu leurs têtes que t’as dit que c’était flippant.

— Ouais, mais j’ai observé. Regarde, Matias il a un pli plus marqué entre les sourcils. Il fronce un peu, même quand il dort. Genre… il réfléchit trop.

— Et donc Matéo c’est le zen, c’est ça >— Exactement. Matéo a les mains toujours ouvertes. Matias, il les serre. C’est simple, faut juste faire attention.Mila haussa un sourcil.

— Faux. Matéo a une fossette quand il baille. C’est trop mignon. Matias non. Moi je regarde les expressions. Toi t’es en mode FBI.

Maël bomba le torse.

— GIGN, si tu veux bien.

— Ok, monsieur l’expert en bébés identiques… Mais attends, regarde bien : Matias a un tout petit duvet blond derrière l’oreille gauche. J’ai vu ça tout à l’heure pendant le bain.

Maël s’approcha, surpris.

— Sérieux ?

— Tu vois ? T’avais pas remarqué. Donc en vrai… c’est moi la pro.

— Bon ok. Match nul.

A suivre…

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