Les eaux troubles du Canal Saint-Martin

Emma la copie parfaite d’Hortense de Beauharnais chapitre 19

Grand-père semblait fatigué, lorsqu’il ouvre la porte, il se tenait sur le palier, voûté, le visage creusé par la fatigue. Quend il me vit son visage s’éclaire d’un sourire lumineux.

— Ah c’est toi petite, tu as grandi et tu nous manque terriblement. Tu es toujours aussi belle, tu ressembles à…

C’est à ce moment là que Grand-mère lui mis un coup de coude dans le dos.

C’est moi qui termine sa phrase et de suite je vois qu’ils sont au courant.

— Je ressemble à Joséphine de Beauharnais et aussi au prince actuel descendant des Bonapartes.

— Comment le sais-tu ? Où plutôt qui te l’a dit ?

— Te souviens-tu Grand-père où je travaille ?

— Bien entendu j’ai encore toute ma tête.

— D’après une photo j’ai trouvé que j’avais une ressemblance.

— Alors vous avez tout retrouvé ? Le carnet de mon père et la page arrachée par ma mère.

— Oui Grand-père, c’est la raison de notre venue.

Puis dans un silence religieux Père et moi nous attendons que Grand-père nous parle nous explique.

Il ne parla pas tout de suite.Il posa seulement sur la table un paquet enveloppé dans un vieux tissu.Un tissu que l’on ne fabrique plus depuis longtemps. Le tissus ou Tiphaine avait enveloppé le secret. Nous lui apportons le carnet rouge , ce fameux carnet caché de génération en génération, et enfin la feuille jaunie par le temps, arrachée à ce même carnet.

C’est ce jour-là que j’appris que l’un des gardes impériaux étaient un aïeul du côté de mon père. Lui s’appelait Charles Du Vernay, il était marié à Eléonore Morel. Mais dans la généalogie je ne pouvais pas le retrouver puisqu’il me manquait son nom qu’il ne devait pas offrir à sa descendance puisque le seul qui existait était De Morel, c’est après l’assassinat de la fille aînée de Tiphaine qu’ils enlevèrent la particule, puisqu’elle ne les protégeait plus.

— On ne voulait pas qu’une branche illégitime des Bonaparte survive, expliqua Grand-père.

— Ou ajouta Grand-mère qu’elle soit utilisée. Ou qu’elle transmette quelque chose.

— Alors on a surveillé les filles. Les aînées. Celles qui auraient pu faire alliance par mariage, porter un nom, devenir nuisibles… symboliquement.

— C’est complètement dément, c’est sortie d’un cerveau malade.

Aujourd’hui on dirait qu’il ou elle étaient paranoïaque cria Emma en proie à une colère immense.

— Comme si mes aïeules étaient capable de fomenter un coup d’état. Allez tuer de jeunes femmes innocentes.

—Elles étaient toutes aussi belles que toi et ressemblaient à Joséphine de Beauharnais tout comme toi.

— Pourquoi mon arrière grand-père a été tué en 1916.

— Il gênait, de plus il avait récupéré le carnet rouge.

Et à la guerre suivante ?

Ta grand-mère était une résistante, j’opte plus pour cette raison que la lignée.

— Alors… tout cela… ce n’était que pour ça ?

— Pour ça, oui.

— Pour éviter qu’une branche illégitime accède à… quoi ?

— Rien, aujourd’hui. Emile soupira.

— Mais autrefois ? C’était assez pour faire s’effondrer un régime.

Il lui tendit le carnet.

— Il n’y a plus de danger. Plus de surveillance. Plus de raison pour que cette histoire continue de ronger notre famille.

— Alors c’est fini ? demanda Emma dans un souffle.

— Non ! Mon père posa sa main sur la mienne.

— Maintenant, c’est à toi de décider si ce secret doit mourir… ou être raconté.

Emma baissa les yeux vers le carnet de sa famille.

Elle sentit, pour la première fois, non pas une menace… mais une continuité.

Elle n’était pas la seule Morel.Elle n’en portait même pas le nom.Mais elle portait l’histoire. Et les Morel, enfin, avaient survécu.

FIN

Merci de m’avoir lu…

Les eaux troubles du Canal Saint-Martin

Un secret bien gardé chapitre 18

La lumière filtrant par les grandes fenêtres de l’appartement de Philippe éclairait doucement les piles de dossiers anciens, sa fille Emma l’avait suivi dans sa recherche sur le passé.

Pour Philippe c’était dans un but précis, il recherchait toujours la moindre ligne, le moindre papier qui le remettrait sur la piste que son père avait entrevu.

Emma, 22 ans, feuilletait des archives de la Bibliothèque nationale quand elle tomba sur un feuillet plié, jauni et presque oublié. Sur le papier, une écriture fine et hésitante, et un sceau presque effacé : un aigle impérial.

Son cœur battit plus vite. Elle reconnut immédiatement le symbole : celui de la famille de Napoléon III.Ce qui lui attira le regard c’est le nom, c’était celui de la famille de sa grand-mère. Tiens c’est fort étrange. Dans un premier temps elle a pensé à une coïncidence. Puis en déchiffrant elle en fut certaine, ce papier jauni par le temps la reliait inexorablement à cet aigle impérial

Enfant né hors mariage mais reconnu par Napoléon Louis Bonaparte. Remis à Eléonore Morel la mère sous la protection de sa propre mère. L’ Officier de la garde impériale a signé en bas du registre des naissances pour Jean De V en deux mots, l’an 1850, Tiphaine de Vernay, fille naturelle d’Éléonore Morel et Napoleon Louis Bonaparte.

Plus bas une autre petite phrase écrite de la main du second officier :

En ce jour du onze juin 1821 sont nés les premiers enfants de Napoléon Louis Bonaparte un garçon mort né prénommé Charles, une fille vivante appelée Tiphaine, nous officiers impériaux en sommes témoin. La mère se nommera désormais Eléonore de Morel et transmettra son nom à ses enfants au lieu que ce soit son époux.

Fait à Versailles ce 11/06/1821

Emma se souvient que Napoléon Louis est décédé dix ans après. Tiphaine était âgée de dix ans seulement. Elle était née hors mariage avec une roturière, il n’avait pas de descendants mâles. Sa lignée s’arrêtait.

Emma sentit un frisson.… Éleonore et Tiphaine, si le premier elle l’avait lu sur la généalogie de sa grand-mère, pour sa fille elle ne comprenait pas. C’était un vrai labyrinthe pour ses yeux. Était-ce la première née avant son arrière arrière grand-mère née Morel ? Elle n’avait jamais compris le lien car sur le relevé d’État civil rien ne mentionnait de naissance.

Mais c’était cette particule qui faussait tout.Son instinct la guida : elle photographia le document, remit le feuillet exactement où il était, et sortit prendre l’air. Une seule idée en tête.Appeler son père Philippe

— Papa… il faut que tu voies ça. Je peux passer ? C’est… j’ai trouvé quelque chose, c’est tellement étrange mais…La voix familière répondit aussitôt :

— Bien sûr, ma chérie. Ta mère et moi sommes là.Le salon sentait le café et les livres anciens. Philippe, 48 ans, cheveux grisonnants mais allure sportive, posa sa tasse en voyant l’expression de sa fille. À ses côtés, sa femme — quadragénaire, douce et attentive — l’accueillit d’un regard inquiet.

— Qu’est-ce qu’il se passe, Emma ? Elle ouvre son téléphone car les documents pour les sortir il faut montrer patte blanche. Et elle ne voulait pas que l’on voit ce qu’il était noté au-dessus du sceau impérial.

Philippe pâlit.Sa femme, elle, fronça les sourcils sans comprendre.

— Où as-tu trouvé ça ? demanda Philippe d’une voix basse.

— Dans un dossier que je numérise. Il… n’avait rien à faire là.Un silence dense s’installa.Philippe passa une main sur sa bouche, un geste qu’Emma lui connaissait : celui qu’il avait quand quelque chose l’atteignait profondément.

— Papa ? Je ne sais même pas ce que ça signifie.Il inspira

— Ce document… confirme quelque chose que mes parents m’ont raconté il y a très longtemps. Quelque chose que j’ai voulu oublier.Emma sentit la tension monter.

—.— Quelque chose sur la famille Morel ?Demanda-t-elle.

Ses parents échangèrent un regard.Ce fut sa mère qui répondit :

— Oui ! Sur eux… et sur nous. Par alliance, par filiation. C’est compliqué.

Philippe se leva et se passa une main dans les cheveux, nerveux.

— Emma… il faut qu’on aille voir tes grands-parents.

Elle ouvrit de grands yeux.

— Maintenant ?

— Oui. Ils ont 86 et 74 ans. Ils ne sont plus tout jeunes. S’il reste quelqu’un qui peut confirmer ou infirmer ce que tu viens de découvrir… ce sont eux.Il ajouta, d’une voix où passait une inquiétude réelle :

— Et plus tu vas fouiller, plus tu risques d’attirer l’attention de ceux qui surveillent ce genre de documents depuis un siècle et demi.Emma sentit un frisson.

— Qui “eux” ?

Philippe secoua la tête.

— Je ne sais pas. On ne m’a jamais donné de noms. Seulement des mises en garde.Il posa une main ferme sur l’épaule de sa fille.

— Ce que tu viens de trouver ne concerne pas seulement des archives.Ça concerne ta famille, et un secret qui remonte à… très haut.Emma déglutit.

— Haut comment ? Puis ajouta Napoléon Louis Bonaparte…

— Chut !

—Nous sommes seuls et de plus en 2024, comment se nomme le descendant des Bonaparte.

—Je n’en sais rien

— Moi je le sais, et figure toi que je ressemble à une photo que j’ai vu sur un livre écrit par un de leur descendant.

— A qui ressembles-tu ?

— A une fille Bonaparte, la mère du petit prince Louis Charles. Ils vivent en Angleterre.

Lorsque j’ai terminé de raconter ce que j’ai découvert, j’ai en face de moi mon père , il est pâle comme un mort.

A suivre…

Les eaux troubles du Canal Saint-Martin

L’enfant Impérial Typhaine chapitre 17

Emile prend la feuille et l’emporte chez lui pour pouvoir l’étudier plus attentivement.

Chez lui il s’enferme dans son bureau et allume sa lampe afin de comprendre qui est cet enfant illégitime ?

Eleonore Morel avait tout juste vingt ans lorsque sa mère Louise née Thevenot épouse Morel Antoine, ( première Morel.) chambrière chez Hortense de Beauharnais fit rentrer sa fille ainée Eléonore comme institutrice du jeune Louis Napoléon Bonaparte âgé quant à lui de dix-sept ans.

C’est au mois de juin 1821 que la jeune fille fit part à sa mère dans le plus grand secret qu’elle attendait un enfant, mais elle lui cacha qui en était le père. Louise n’eu pas de mal à le comprendre ainsi que la mère du jeune prince que c’était le résultat d’amour clandestine. Elle convoqua la mère et la fille afin de les sermonner.

Louise était gênée et dans une grande colère. On lui fit signer un papier qu’Emile avait retrouvé en fouillant les archives. La honte plus la pression politique les poussèrent à quitter le cocon dans lequel elles vivaient pour trouver un appartement non loin du Canal Saint-Martin.

Il était noté dans la marge , la filiation est donnée par les mères car ce sont-elles qui enfantent. Si l’aînée meurt la preuve disparaît. Bien entendu qu’ils protégeront l’enfant ainsi que sa mère.

Louis Bonaparte eut tout juste le temps de se pencher sur le berceau de l’enfant que son père Louis Bonaparte l’envoie à Saint-Leu la Forêt où Eléonore n’entendit plus jamais parler de lui. La Famille Morel laissèrent courir le bruit que le père de la fillette était mort des suites d’un accident.

C’était une idée de Madame de Beauharnais, et personne n’y trouva à redire. Mais le papier retrouve par Emile était la copie exacte de la déclaration officielle de la naissance de Typhaine Bonaparte née Morel fille d’Eléonore Morel mariée de force à Valentin Morel un cousin au troisième degré. Ils n’eurent aucun enfant. C’est Éléonore qui plus tard apprenant la mort de Louis Bonaparte dit à sa fille qu’elle était de sang Impérial. Elle le nota sur un chiffon de soie qu’elle brodait puis l’enferma dans un tiroir du bureau de son père. Espérant que personne ne le trouverait. Puis une fois mariée, elle confia le secret à sa fille ainée qui devait le transmettre à son tour à sa fille ainée. C’est ainsi qu’avec ce secret elles se sont toutes exposées à une mort fatale.

Emile quant à lui n’en dit rien à son fils Philippe. Et l’histoire aurait pu s’arrêter là.

Philippe se maria avec une jeune femme de petite noblesse qui mit au monde une fille et deux garçons. La tragédie s’était éteinte avec le mariage de raison d’Émile.

L’aînée Emma travaillait à la Bibliothèque Nationale de France où elle était archiviste et un jour un feuillet jauni attira son attention.

A suivre…

Les eaux troubles du Canal Saint-Martin

La descendance secrète, le Passé explose chapitre 16

De leur union naquit trois enfants l’aîné Philippe , puis deux autres filles. Il n’était plus question de transmettre quoi que ce soit. Il fallait que tous ses drames s’arrêtent. C’est ce qu’avait fait son père en le poussant à convoler en juste noce avec Evelyne Morel.

Quelques années auparavant on avait brouille les pistes, en sacrifiant Louise pour qu’elle dise à qui voulait l’entendre qu’elle n’était qu’une pièce rapportée et non la fille en ligne directe. Elle avait tout accepter, et, ainsi sauvé toute la lignée qui avait suivi. Et elle n’en était pas morte. Elle n’était pas totalement coupée de sa famille, mais elle appelait sa mère ma tante devant témoins.

Le mariage d’Émile et d’Évelyne avait été arrangé, imposé même, dans l’urgence.

Mais dès leur étrange “voyage de noces”, ce Paris silencieux du mois d’août 1974 où tout semblait suspendu, quelque chose avait basculé. Ils s’étaient confié leurs peurs, leurs attentes, mais surtout leurs solitudes.Et lorsqu’Émile, une nuit, lui avait murmuré qu’elle n’avait plus jamais rien à craindre tant qu’il vivrait, Évelyne avait compris :ce mariage n’était plus un refuge forcé — il devenait un amour véritable.

Lorsque septembre arriva, ils formaient déjà un couple uni, aussi improbable que solide. La naissance de leur fils l’année suivante, leur premier enfant vint sceller cette union. C’etait un garçon, ils l’appelèrent Philippe, un prénom ancien dans la branche Morel, choisi par Évelyne et approuvé par Émile comme un hommage discret à une lignée qu’ils comprenaient encore mal. Ils étaient jeunes, amoureux, unis. Et malgré les ombres du passé, la vie se construisait.

C’est en 1979 et 1982 ils eurent deux filles pour compléter le foyer. Leur première fille Anne, en 1979, douce et introspective, et Madeleine, en 1982, vive comme l’éclair.

Leur appartement se remplit de rires, de jouets, de couleurs.Les dossiers d’Émile, eux, restaient fermés dans une armoire à clé — le seul secret qu’il ne partageait pas encore.Il avait juré de protéger Évelyne.Il n’avait pas encore trouvé le moyen de lui dire contre quoi.

Le secret refait surface en un après-midi d’automne, en triant des archives dans le cadre d’une enquête sur le trafic de documents anciens, Émile resta figé devant un feuillet minuscule, classé là par erreur :un acte de naissance illégitime, daté de 1855 et là où sa vue se troubla c’était qu’il portait un sceau non pas Royal mais Impérial.

A suivre…

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Un drôle de mariage 1974 chapitre 15

Assis devant le bureau de mon grand-père, je me souvenais de la gifle de mon père . J’avais 30 ans, moi qui était certe pas encore inspecteur mais policier au 36 je m’étais senti humilié par mon paternel. Une gifle à douze ans et une à trente ans là c’était la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase. J’avais quitté la maison, pris un appartement en ville et j’avais tiré un trait sur mon vieux. C’est ainsi que je l’appelais.

Mon père , je ne savais pas ce qu’il etait devenu jusqu’à ce matin de 1972. Et c’est ainsi que mon père m’a lié à tout jamais à une jeune Lyonnaise appelée Evelyne Morel.

Deux ans plus tard

L’été 1974 écrasait Paris sous une chaleur sourde. Le mois d’août avait vidé la capitale, laissant les rues presque muettes, sans les voitures, sans les cris des boulevards, sans les foules de bureaux.

Un Paris étrangement vulnérable, comme mis entre parenthèses.C’est dans ce décor, choisi précisément pour sa discrétion, que l’histoire d’Évelyne Morel bascula.

Évelyne — 22 ans, héritière d’une lignée qu’elle ignore. Elle venait de Lyon, où elle vivait chez sa grand-mère, c’était la belle-sœur de Louise. Son mari était gendarme, et c’est tout naturellement qu’ils étaient parti sur Lyon , ils s’étaient ainsi tenue à l’écart de “l’histoire sombre”, en s’éloignant de Paris.

Mais depuis plusieurs semaines, Evelyne était suivie, observée, sans comprendre pourquoi. Elle ne savait toujours pas comment son nom — Morel — avait franchi un seuil interdit et ravivé une menace vieille de plusieurs générations.

On lui avait simplement dit, sans détails, sans douceur :

« Mademoiselle Morel, votre vie est en danger. »

Elle avait été recueillie, transférée, interrogée, protégée… Puis, brusquement, promise à un mariage. Cela s’était fait en douceur, pendant un an elle avait correspondu avec un jeune homme, Emile D. Puis tout s’était précipité, on l’avait emmené en voiture puis en avion, direction Paris.

La cérémonie eu lieu le 7 août 1974, à 10 h 15 exactement, Évelyne franchit le parvis d’une petite mairie de quartier située à quelques rues du 36, quai des Orfèvres. Une jolie robe blanche offerte par Emile du moins le croyait-elle, c’était celle de la mère de son époux, une couronne de fleurs dans ces beaux cheveux auburn. Aucune personne de sa famille était présente. Juste deux témoins silencieux, deux fonctionnaires aguerris, et un homme qui l’attendait déjà devant le bureau de l’adjoint au maire. Évelyne ne l’avait même pas regardé, elle l’avait trouvé vieux. Lui ou un autre cela ne la dérangeait pas. Elle adorait peindre, dans une lettre il lui avait dit lui avoir préparé un atelier pour pratiquer son art.

Émile Devermay, 34 ans était policier judiciaire, fils de Paul Devernay — un homme discret, lui-même lié malgré lui au passé des Morel. Émile n’était pas là par amour.Il n’avait même pas cherché à séduire ou rassurer Évelyne. Il avait accepté une mission : la protéger.La dissimuler,la sauver.Le mariage était la solution la plus rapide et la plus sûre.Quand Évelyne prit le stylo pour signer, sa main tremblait.

— C’est nécessaire, lui murmura Émile sans la regarder.

— Je sais, répondit-elle d’une voix blanche.

À cet instant, elle devenait Évelyne Devernay, officiellement.Et ce nom, que personne ne surveillait, que personne n’associait aux Morel, devenait son bouclier. Un mariage de raison, de survie.

À peine les registres signés, l’adjoint les félicita du bout des lèvres, sans enthousiasme.Les deux témoins s’éclipsèrent immédiatement, mission accomplie.Émile ne lui prit pas la main.Il ne tenta aucun geste tendre.La jeune femme, encore sonnée, ne réalisa que plus tard que ce mariage n’avait été qu’un moyen administratif de la faire disparaître aux yeux de ceux qui la cherchaient.

Changer de nom, c’était effacer l’adresse, les papiers, les traces.C’était rompre la continuité d’une lignée pour la sauver.On lui avait sauvé la vie… En enterrant son identité.

Émile proposa ensuite ce qu’il appela un “voyage de noces”.Un terme qui fit rougir Évelyne non pas de pudeur, mais d’incompréhension.Il s’agissait en réalité d’une opération de terrain :un Paris d’août déserté, où il pouvait l’emmener d’un quartier à l’autre, la garder en mouvement,tout en vérifiant si quelqu’un cherchait à les suivre. Elle, qui n’avait connu Paris qu’à travers des cartes postales, découvrait :les berges de Seine silencieuses,Montmartre sans touristes,

la place Dauphine aussi vide qu’une scène de théâtre après la dernière,les rues du Marais écrasées de soleil. Émile marchait toujours à deux pas d’elle, attentif, professionnel, le regard constamment en mouvement.Pas un geste tendre.Pas un mot de trop.Mais une présence qui, malgré sa froideur, la protégeait. Puis un soir il s’approcha de lui, les yeux sans les yeux, il lui caressa Le visage et lui dit :

— Demain je t’emmène au Louvre.

Maus lorsqu’il vit dans ses beaux yeux verts des larmes coulées. Il n’y fut pas insensible. Délicatement il l’embrassa et lui dit :

— Ne pleurez pas ma chérie, j’avais accepté un mariage de raison mais je vous aime. Nous prendrons le temps qu’il faudra. Si vous ne m’aimez pas je me contenterais de vos larmes et de votre rire.

— J’avais peur que vous ne m’aimiez pas, oui Emile je vous aime.

Ils discutèrent longuement, Émile lui avait dit être porteuse d’un secret

Évelyne ne comprenait pas encore pourquoi elle,elle seule,avait éveillé une menace oubliée.Elle ignorait qu’elle descendait — par la lignée du frère de Louise — d’une branche supposée “hors du jeu”.

— Dis-moi Emile as-tu un livre, un cahier, des mémoires, ou je ne sais quoi qui retracent la vie de la famille Morel.

— Allons au Louvre, continuons notre voyage de noce. Et je te raconterai ce que j’ai découvert ce soir.

Elle ignorait qu’un document, un nom, un fragment d’archive avait refait surface. Elle ignorait qu’en portant ce nom, Morel, elle était devenue, en 1974, la cible la plus vulnérable d’une histoire qui avait commencé un siècle plus tôt. Elle ignorait tout.

Et pourtant, son mariage avec Émile Devernay allait réparer ce que le temps avait brisé —et relier pour la première fois, depuis 1944,la lignée Morel et la lignée issue de Paul Devernay.