De père en fils : l’enquête Morel (10)
Le jour filtrait à peine à travers les vitres opaques de la Préfecture. La Seine étouffait dehors sous un brouillard gris-vert, et Paris retenait son souffle, comme si la ville elle-même craignait d’être surprise à respirer.
Paul Devernay posa le dossier sur le bureau.Un dossier ancien, relié de ficelle, jauni, épais de poussière :“Affaire Morel – Canal Saint-Martin – 1854 / 1872 / 1910.”
Sur la couverture, une écriture familière, ferme, penchée : celle de son père.Il avait retrouvé le dossier dans un double fond de malle, derrière des papiers de service.Un nom avait surgi — Clara Morel — et, en marge d’un rapport, une note à la plume :
> « Pattern non admis. »Signé : L. Devernay.
Paul avait compris.Son père n’était pas réellement mort pour la France il en savait trop, un coup de baïonnette ennemi ou française. Personne n’avait rien dit on l’avait éliminé.
La porte s’ouvrit brusquement.
— Inspecteur Devernay ?
Un homme en uniforme entra sans attendre d’invitation. C’était le commissaire principal Jouvet, un ancien de la Sûreté passé du bon côté du régime.Le regard froid, la moustache taillée comme une lame.
— Vous êtes affecté sur d’autres priorités. Ce dossier… (il tapa du doigt sur la chemise cartonnée) n’a aucune valeur.
— Monsieur le Commissaire, objecta Paul d’une voix maîtrisée, on a retrouvé une jeune femme dans le canal, hier matin. Inconsciente. Pas morte.
— Et alors ?
— Elle s’appelle Louise Morel. Le nom resta suspendu entre eux, comme une mèche allumée. Un silence s’installa. Puis Jouvet reprit, plus bas, le ton glissant :
— Ce nom, Devernay, vous feriez mieux de l’oublier.
— Vous saviez ?
— Votre père n’a jamais su s’arrêter. Vous non plus, on dirait. Il saisit le dossier, le souleva lentement et le fit glisser dans un tiroir métallique derrière son bureau.
— Ces affaires datent d’un autre temps. Ce sont des histoires de femmes, des coïncidences.
— Trois disparitions, l’avant dernière morte, une tentative de meurtre, un seul lieu. Et toujours la fille aînée…
— Assez !
Le claquement de la main sur le bureau résonna comme un coup de feu.Jouvet se pencha vers lui, la voix basse, coupante :
— Ce n’est pas un dossier de police, Devernay. C’est un dossier d’État.Vous n’avez pas idée de ce que vous manipulez.
Il se redressa, réajusta son uniforme, puis ajouta, presque calmement :
— Je vous conseille de ranger votre loyauté du bon côté de l’Histoire. La France, aujourd’hui a besoin de vous Paul. Regardez ce qu’il se passe.
Paul ne répondit pas.Ses yeux restaient fixés sur le tiroir refermé, derrière lequel reposait le dossier paternel.Le même tiroir où, déjà, la vérité de trois générations dormait sous scellés. Dans le couloir, il croisa une infirmière.
Elle tenait un carnet rouge et une carte d’identité chiffonnée.Il lut le nom :Louise Morel – son âge -18 ans. Il regarda la religieuse et lui demanda qui elle cherchait :
— Les Allemands l’ont amenée hier soir, elle est choquée mais vivante. Elle a une plaie à la tête. Sa carte d’identité était dans sa poche. Mais au moment de laver sa robe, j’ai découvert roulé dans un ourlet ce petit carnet. Il est noté dessus à la première page :
Remettre à Bertin
—Inspecteur je ne veux rien savoir, on m’a dit que ce Monsieur Bertin était parti à la retraite et que c’était vous qui le remplaciez. Venez voir la petite, elle attend Monsieur Louis Devernay.
— C’était mon père, il est mort pou…pour
Puis se resaisissant ajouta d’une voix ferme :
« Il est mort pour la France »
La religieuse lui serra la main puis lui ajouta
— Courage Monsieur et votre père peut être fier de vous.
L’inspecteur la regarda s’éloigner, Louise Morel était sûrement à L’hôtel-Dieu. Il se glissa à l’extérieur pris la seule voiture à gazogène qui restait et pris la direction de l’hôpital. En chemin il ouvre le carnet et une phrase écrite de la main de son père figure en dernière page car, il l’a ouvert à l’envers. C’est un papier ancien, jauni par le temps. L’eau n’a pas effacé totalement les lettres mais il y a des trous.
Pour ceux qui reprendront l’enq il faut protéger illes nées aussi bien chez les fils Mor que l filles. Les aînées transmettront toujours. endre aux nièces.TENTION ( souligné trois fois)
Et encore plus bas : le ca et est dans mon b eau.
Il fera voir tout ça à sa femme ce soir à moins que Mademoiselle Morel puisse l’aider.
