OÙ EST MADELEINE ? 6

C’etait le mois de juillet, les vacances venaient à peine de commencer tandis que la plupart des ados du village profitaient de la rivière ou des soirées autour du terrain de foot, eux passaient leurs journées à courir d’un endroit à l’autre, le nez dans les registres et les oreilles grandes ouvertes aux récits des anciens.

À la mairie, l’air était lourd et sentait la poussière chaude. Les volets à moitié fermés n’empêchaient pas le soleil de brûler la pièce. Les registres qu’on leur posa sur la table semblaient dormir depuis des décennies.

Ils les feuilletèrent, la sueur coulant sur leurs tempes, les doigts tachés d’encre et de poussière. Et soudain, Hugo tapa du doigt sur une page :

— Là ! Regardez ! Sous Vendanges , septembre 1968, ils lurent tous ensemble :

— Moreno Alejandro, dit Alex. Un silence s’abattit, rompu seulement par le bruit des voitures dehors.

— C’est lui… murmura Margot, le cœur serré. Plus bas, une adresse apparaissait : Logement saisonnier – ferme des B… à Saint-Joseph.

Les garçons se regardèrent, excités.

— On y va ! dit Thomas. On a le temps, on est en vacances. On peut filer demain matin à Saint-Joseph.

En sortant de la mairie, ils furent éblouis par la lumière dorée du soir. La place du village résonnait des voix, on sentait aussi l’odeur du foin fraîchement coupé flottant dans l’air. L’été, la liberté et le mystère s’entremêlaient. Margot serra le médaillon trouvé dans la cabane.

— Alejandro Moreno… Si on le retrouve, on retrouvera peut-être Madeleine.

Le lendemain matin, ils enfourchèrent leurs vélos. L’air sentait déjà la poussière et la vigne chauffée. La route montait et descendait à travers les collines du Beaujolais, avec ses rangs de ceps bien alignés et ses murets de pierres sèches qui retenaient la terre. Ils avaient mis pieds à terre, pour attendre les retardataires et aussi boire l’eau fraîche puisée à la source avant de partir. Léo râlait, c’était sa deuxième crevaison depuis le départ d’Arnas. A croire que tous les méchants du coin lui plantaient des clous dans ses pneus. Il était le seul à crever, il n’était pas à prendre avec des pincettes. Personne n’osait lui lancer une boutade. Il remonta tant bien que mal sur son vélo et la fin de la route se passa sans autre problème notoire.

— On se croirait dans une chasse au trésor, souffla Margot, les cheveux collés sur son front par la chaleur.

Ils pédalaient en file indienne, le bruit des pneus crissant sur le gravier, et parfois une bourrasque chaude leur ramenait l’odeur des caves où dormaient les tonneaux.Vers midi, ils atteignirent Saint-Joseph. Le village était assoupi sous le soleil : les volets clos, les rues désertes, seulement le ronron d’un tracteur lointain dans les vignes.

— On va à la ferme des B… ? proposa Thomas. Ils traversèrent une cour où caquetaient quelques poules blanches, un coq majestueux avec des plumes aux couleurs magnifiques,les accueilli comme des visiteurs de renom. L’ombre rare d’un tilleul les protégea un instant. Une maison massive, crépie d’ocre pâli, se dressait au bout. Une vieille femme sortit sur le pas de la porte, s’essuyant les mains sur son tablier.

— Vous cherchez quelque chose ? demanda-t-elle, un peu méfiante. Margot prit une grande inspiration.

— Bonjour madame… On fait un travail pour l’été, sur l’histoire des vendanges. Est-ce que vous vous souvenez des saisonniers d’autrefois ?La vieille dame haussa un sourcil.

— Les saisonniers ? Oh, il y en a eu des dizaines… Mais… attendez. Vous parlez pas d’un Espagnol, par hasard ? Les cœurs des ados s’emballèrent.

— Si ! s’exclama Hugo. Alejandro… Moreno !bUn sourire éclaira soudain le visage ridé.

— Oui, lui. Un brave garçon. Il est venu plusieurs années de suite. Toujours poli, travailleur. On l’appelait Alex, pour simplifier. Les ados se regardèrent, comme électrisés.

— Vous savez ce qu’il est devenu ? demanda Maud d’une voix tremblante.

La femme eut un soupir, ses yeux se perdant dans le souvenir.

— Oh, ça remonte à loin… Mais je me rappelle d’une chose. Un été, il n’est pas venu seul.

Un silence tomba aussitôt dans la cour.

— Il avait une jeune fille avec lui. Une toute jeune, timide. Belle comme un ange. Ils avaient l’air de cacher quelque chose… ou de fuir. Margot sentit le médaillon peser lourd dans sa poche. Elle n’avait plus aucun doute : cette jeune fille, c’était Madeleine.

— Et… vous savez ce qu’ils ont fait ? Où ils sont allés ?

— Pas vraiment, répondit la vieille dame. Ils venaient parfois ici, donner un coup de main. On les voyait dans les vignes, discrets, toujours ensemble. Mais un jour… ils ont disparu. Plus personne n’a jamais su pourquoi.Les ados restèrent un moment silencieux. La chaleur, le chant des moineaux, tout paraissait suspendu.

— Vous n’avez rien remarqué d’autres ? demanda Thomas, la voix pressante.

La vieille dame hésita. Puis elle hocha la tête.

— Je me rappelle d’une seule chose : Alejandro venait souvent chercher du pain au village, chez le boulanger. Il n’y allait jamais seul. La jeune fille l’accompagnait toujours. Peut-être que lui ou sa famille en savent plus. Les yeux des ados brillèrent. Ils tenaient une nouvelle piste. Le boulanger de Saint-Joseph… Peut-être que sa famille avait gardé la mémoire de Madeleine et d’Alejandro.Le petit groupe traversa la place de Saint-Joseph. L’air vibrait de chaleur, et une odeur de pain chaud flottait autour de la boulangerie. La vitrine ancienne, aux lettres dorées un peu effacées, semblait sortie d’une autre époque.

— Vous croyez qu’ils vont se souvenir ? demanda Hugo en essuyant la sueur de son front.

— S’ils venaient tous les jours chercher du pain, oui, répondit Margot.

Ils poussèrent la porte, et une clochette tinta doucement. Derrière le comptoir, un homme d’une soixantaine d’années les accueillit avec un sourire fatigué.

— Bonjour les jeunes. Qu’est-ce que je peux vous servir ?Thomas hésita, puis osa :

— On ne vient pas vraiment pour acheter du pain… On fait une sorte d’enquête. C’est, à propos d’Alejandro Moreno. Un Espagnol qui venait ici dans les années soixante. Le boulanger eut un petit sursaut. Ses yeux se plissèrent, comme s’il fouillait dans sa mémoire.

— Moren, oui. Ça me dit quelque chose. Attendez… vous parlez bien du grand brun qu’on appelait Alex ?

— Oui ! s’exclama Maud. C’est lui !

Un silence tomba dans la boutique. Le boulanger posa ses mains sur le comptoir.

— J’étais gamin à l’époque, mais je me souviens très bien. Il venait souvent avec une fille. Plus jeune que lui. Elle ne parlait presque pas.Les ados retinrent leur souffle.

— Vous savez qui c’était ? demanda Margot.

Le boulanger secoua lentement la tête.

— Pas de nom… Mais je me rappelle de son visage. Elle était jolie, un peu triste. On les voyait marcher ensemble, comme s’ils avaient peur de se perdre.Il fit une pause, puis ajouta, un jour, ils ne sont plus revenus. Personne n’a jamais su s’ils étaient partis vers Lyon, ou ailleurs. Mais je me souviens d’une chose étrange : Alejandro avait demandéà mon père s’il connaissait quelqu’un chez qui louer une chambre…Les ados échangèrent un regard brûlant d’excitation.

— Et ? Votre père a trouvé ?

Le boulanger hocha la tête.

— Oui. Une chambre, dans une vieille maison à l’entrée du village. La maison des Lambert.Un nouveau fil venait de se tendre devant eux.

— On doit aller voir cette maison, chuchota Hugo. Tout de suite.

La maison des Lambert se dressait un peu à l’écart du village, derrière un vieux portail de fer rouillé. C’était une bâtisse massive en pierres dorées, avec des volets fermés et un jardin envahi d’herbes hautes.

— On dirait qu’elle dort depuis des années, chuchota Margot.

Ils osèrent frapper à la porte. Après un long moment, une femme d’âge mûr apparut, un foulard noué sur la tête. Elle les regarda, intriguée.

À suivre

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OÙ EST MADELEINE ? 5

Tout à coup, une pensée traversa Thomas :

— Si Madeleine est encore vivante, elle doit avoir l’âge de nos parents… ou un peu plus… 45 ans. Peut-être qu’elle a une famille maintenant. Peut-être que son enfant a notre âge…

Le silence tomba. Tous prirent conscience que ce qu’ils tenaient entre les mains n’était pas seulement un vestige du passé, mais un lien direct avec quelqu’un qui avait vécu ce secret toute sa vie.

— On doit réfléchir… murmura Margot. On ne peut pas juste se lancer à la recherche d’une inconnue sans savoir où chercher. Et si la gendarmerie avant nous ne l’a jamais retrouvé comment nous détective en herbe allons- nous y arriver ?

La boîte, la lettre et le médaillon reposaient là, comme un puzzle qu’ils devaient résoudre. Mais pour le moment, le mystère restait entier.Thomas avait aussi sollicité sa grand-mère, cela rejoignait ce que Maud et Margot leur avait dit mais voici ce qu’il a entendu lors de sa visite à sa grand-mère.

Tiens j’ai fait une découverte avec Margot, on a retrouvé une lettre vieille de trente ans qui dormait sous une table.

— Raconte Thomas tu as tes yeux qui brillent, c’est une nouvelle enquête ?

— C’est possible Granny

— Ah… Madeleine… Bien sûr que je me souviens d’elle. Une jolie fille, discrète, toujours dans l’ombre de son frère aîné.Thomas pencha un peu plus son visage, impatiente.

— Granny… est-ce que tu sais qui était son amoureux ?

La vieille dame hésita, puis finit par parler, sa voix basse et posée comme si elle se confiait à un secret.

— Ce garçon n’était pas du village. Il venait travailler dans les fermes, parfois chez les viticulteurs, pour les vendanges. On disait qu’il se débrouillait bien, qu’il était courageux. Il avait vingt ans, l’âge du frère de Madeleine.

— Et… c’est comme ça qu’elle l’a connu ?

Un sourire triste passa sur le visage de la grand-mère.

— Oui. Son frère emmenait souvent Madeleine quand il allait au bal, dans les villages alentours. Même ici, à la salle communale. Elle adorait danser. Et c’est là qu’elle a croisé ce garçon. On les a vus plusieurs fois ensemble. Personne ne s’en inquiétait trop. Les Lopez savaient que leur fils Diego s’occupait de sa sœur, hélas un soir de bal elle n’est jamais revenue. Et le lendemain une enquête était ouverte pour disparition.

Thomas sentit son cœur battre plus vite. Tout prenait forme : le frère, les bals, ce garçon de vingt ans qui travaillait dans les fermes…

— Tu crois qu’il était vraiment amoureux d’elle ? demanda-t-il ?

— Oh oui, j’en suis persuadée. Mais à l’époque, vingt ans et quinze ans… tu comprends ? Les familles n’auraient jamais accepté.

Thomas ne disait rien, il était perdu dans ses pensées. Il se revoyait dans la cabane, découvrant le médaillon en forme de cœur. Il était presque sûre qu’il venait de ce garçon.Ce soir-là, quand il retrouva les autres, il raconta tout. Léo en resta bouche bée.

— Alors son amoureux était un saisonnier ? Ça veut dire qu’il n’était pas d’ici… Il a pu l’emmener n’importe où ! Lopez c’est espagnol, Pedro ton père tu pourrais lui demander s’il les connaissait les Lopez, ils habitaient à côté de la Grand-mère de Maud.

— Ça marche , tu sais que nous venons juste de revenir dans le village. Mais mon père n’avait qu’une idée après que ses cerisiers ont été détruits à cause de l’autoroute, c’était de revenir chez son père. C’est la raison pour laquelle nous sommes de retour.

— Alors, lui dit Maud, s’il travaillait dans les fermes et chez les viticulteurs du coin. Forcément, certains anciens doivent encore se souvenir de lui. Et pourquoi pas ton grand-père Pedro. Tous comprirent qu’une nouvelle piste venait de s’ouvrir. Ils n’avaient plus seulement l’histoire de Madeleine. Ils avaient maintenant un nom à chercher : celui de ce garçon mystérieux de vingt ans qui avait tout changé.

Chez les viticulteurs Martin, le vieux ronchon les avait bien accueilli, son fils connaissait bien Margot, aussi il ouvrit sa porte aux deux jeunes filles, mais la grand-mère assise sur un rocking-chair se souvenait mieux que les autres. Elle n’était pas avare pour tailler la bavette à la jeunesse.

— Oh oui, ce garçon venait chaque année. Grand, brun, toujours souriant. Il plaisait aux filles, c’est vrai. Mais avec Madeleine… c’était pas pareil. On voyait bien qu’ils s’étaient trouvés.

— Et son nom ? demanda Maud, impatiente.Elle fronça les sourcils, cherchant dans sa mémoire.

— On l’appelait Alex, pour faire simple. Mais je suis presque sûre que ce n’était pas son vrai prénom. C’était un Espagnol. Son vrai nom sonnait… comment dire… différent.

Les ados échangèrent un regard excité.

— Espagnol ? répéta Margot.— Oui, confirma la vieille dame. Son nom de famille était… Moreno, je crois. Oui, Alex Moreno. Mais parfois, ses amis l’appelaient « Alejandro ».Un silence suivit. Les adolescents se regardèrent comme si la pièce venait de s’illuminer. Enfin, ils tenaient quelque chose de concret : un nom, un visage, une origine.

— Alex… Alejandro Moreno, murmura Thomas.

Margot serra le médaillon dans sa main.

— C’est lui. Ça ne peut être que lui.Désormais, ils avaient une piste sérieuse.

Si Madeleine avait fui avec lui, alors peut-être qu’elle vivait encore, quelque part, sous un autre nom.

A suivre …

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OÙ EST MADELEINE ? (4)

Et sans vraiment s’en rendre compte, ils comprirent tous la même chose : ils venaient de se lancer dans une enquête bien plus grande qu’eux. Le dimanche matin, les garçons décidèrent de retourner seuls dans la forêt.

— On doit chercher des indices, dit Thomas. Si Madeleine venait souvent ici, il reste peut-être quelque chose.

— Ou quelqu’un, ajouta Léo, mi- sérieux, mi blagueur.

Ils s’enfoncèrent dans les bois. Plus ils avançaient, plus les arbres se faisaient épais. La lumière passait à peine à travers le feuillage. Ils marchaient en silence, tendus, leurs pas craquant sur les branches mortes. À part des plants de myrtilles, une vieille chaussure d’homme, une casquette qui était trop récente pour appartenir à Madeleine, un peigne à myrtille que Léo s’empressa de mettre dans son sac à dos comme si c’était lui qui l’avait perdu. De maigres indices sans aucun rapport avec leur recherche.

Les arbres se resserraient autour d’eux, et bientôt le soleil disparaissait. Ce qui fit dire à Léo

— Faites gaffe, si on se perd, on est mal.

— Ferme-la tu me files la gerbe, imagine que cette fille se soit perdue dans la forêt et que nous retrouvions son corps.

— Stop cria Thomas, tu lis que des polars pour essayer de nous faire peur.

— Bon on repart, ça ne sert à rien, ce n’est pas trente ans plus tard que l’on peut trouver des indices, et je n’ai nullement envie de retrouver son corps.

— Tu as juste la trouille.

Pendant ce temps-là, du côté des filles, Maud avait fait une découverte. Sa mère lui avait appris qu’avec sa mère, donc sa grand-mère, elles avaient participé aux recherches quand Madeleine avait disparu. Madeleine avait un an de moins que la maman de Maud. Mais elle la connaissait bien. Elles habitaient dans des maisons jumelées. Après sa disparition , ses parents avaient quitté le village. Ils avaient un garçon plus grand. C’est tout dont elle se souvenait.

Maud insista pour aller voir sa grand-mère. La vieille dame vivait désormais dans une petite maison près de la rivière. Elle accueillit sa petite-fille avec un sourire fatigué, mais ses yeux s’assombrirent quand Maud prononça le prénom :

— Mamie est-ce que tu te souviens de la jeune fille qui s’appelait Madeleine. Elle a disparue en 1968. Un long silence, puis la vieille femme soupira :

— Tout le village a cherché… On a fouillé la forêt, les chemins, les rivières. On n’a jamais trouvé son corps. Alors, certains ont pensé au pire. Mais moi… moi, je crois qu’elle s’est enfuie. Maud fronça les sourcils.

— Enfuir ? Pourquoi ?

— Parce qu’elle avait un secret. Personne n’en parlait à l’époque, c’était la honte. Mais Madeleine avait fauté. Dans un petit village ou tout se sait ,ou tous se taisent. Une chappe de plomb a envahi le village et nul a osé en reparler. N’allez pas remuer le passé.

Maud sentit son cœur bondir. Elle nota chaque mot dans sa tête. Un bébé. Une fugue. Un secret étouffé.

— Elle n’est jamais revenue ? demanda-t-elle, la gorge serrée.La vieille dame haussa les épaules, les yeux perdus dans le passé.

— On ne l’a jamais revue.

Pendant que les garçons exploraient la forêt, Margot prit le bus pour aller voir son grand-père, le père de sa mère. Marcel était à la maison de retraite. Elle adorait l’y retrouver, mais aujourd’hui, son cœur battait plus vite que d’habitude. Elle attendit un moment dans le grand salon où les pensionnaires lisaient ou jouaient aux cartes, puis son grand-père arriva, la veste que Margot lui avait tricoté sur les épaules.

Quand Margot prononça le prénom de Madeleine, elle vit son visage changer. Un voile passa dans ses yeux. Son grand-père était policier sur Villefranche sur Saône, il s’était coordonné avec les gendarmes de Belleville pour organiser des battues. Il était étonné que cette histoire malheureuse, vieille de trente ans ressurgisse. Il fit signe à sa petite fille de quitter la salle à manger pour se rendre dans le petit salon attenant où à cette heure de la journée il n’y avait personne qui regardait la télévision.

— Qui t’a parlé d’elle ? demanda-t-il d’une voix basse.

— Personne… Enfin… On a trouvé un papier, en forêt. Dans une cabane. Un appel au secours signé Madeleine.

— Fais moi voir ce papier ? Te connaissant je suis certain que c’est toi qui a fait cette découverte.

Son grand-père était très perspicace, il connaissait bien sa petite fille. Elle avait déjà élucidé des petites enquêtes qu’il lui avait soumis. Mais là il se doutait bien qu’elle s’attaquait à un gros morceau. Le grand-père resta silencieux longtemps, le regard fixé sur la fenêtre. Puis il soupira, il était prêt à lui donner des pistes, sur ce qu’il avait appris, mais connaissant sa mère, cette dernière allait le gronder s’il entraînait sa petite fille trop loin. Surtout que cette gamine avait du flair. Elle ferait une bonne enquêtrice.

— Madeleine… Oui, je me souviens. Toute la commune a cherché quand elle a disparu. Des semaines entières. On n’a jamais retrouvé son corps. Certains disaient qu’elle s’était noyée, d’autres qu’elle s’était perdue dans la forêt.Il marqua une pause, puis ajouta d’un ton plus grave :— Mais moi… j’en avais fait part à mes chefs, et je pense toujours à la même chose. Je pense qu’elle est partie avec son amoureux. C’était un grand homme bien brun , il travaillait à ramasser les cerises chez le père Michalon, et chez les Martin,le raisin. Entre les deux il aidait de çi-de-là, Il se louait chez les paysans. Lui c’était un bel homme. Environ une vingtaine d’années. Madeleine avait un frère de vingt-ans, il emmenait sa sœur dans les bals . Il devait la surveiller. Et il a dû faillir car…

— Papy est-ce que tu penses que Madeleine attendait un bébé ?

— Chut ! Ne dis rien, je ne sais pas je ne l’ai jamais su. En tous les cas au bout de huit jours on en parlait plus et les Lopez avaient quitté le village. Un matin leur maison était vide même que la grand-mère de ton amie Maud a fait intervenir les pompiers pour faire fermer les volets. Il faisait un bruit terrible.

Margot resta un moment immobile, la tête pleine d’échos. Madeleine, un bébé, une fuite… Et si l’enfant de Madeleine avait survécu, aujourd’hui il aurait leur âge à eux.Margot sut alors que la vérité se cachait entre les arbres de cette forêt. Et que le papier retrouvé dans la cabane n’était que le début

Les garçons, quant à eux plus ils avançaient, plus ils comprenaient qu’ils ne trouveraient rien de concret. Le temps avait effacé les traces, avalé les sentiers, recouvert les moindres marques d’une épaisse couche de mousse et de silence. Alors, ils prirent une décision.

— On retourne à la cabane, dit Thomas. Si Madeleine venait souvent ici, elle a peut-être laissé quelque chose. Pas dehors, mais dedans. Ils firent demi-tour et, après une marche prudente, arrivèrent devant la vieille bâtisse. Elle paraissait toujours fragile, mais solide malgré les années, comme si elle avait tenu debout pour garder son secret.À l’intérieur, la lumière filtrait à peine par les planches disjointes. Léo examina les murs. Hugo passa ses doigts sous la table où le premier message avait été trouvé. Thomas, lui, s’agenouilla près du plancher.— Attendez, chuchota-t-il. Il venait de sentir sous ses mains une latte qui sonnait creux. Tous retinrent leur souffle. Ensemble, ils soulevèrent la planche vermoulue.En dessous, il y avait une petite boîte métallique, rouillée mais intacte, genre boîte à sucre.

— Une cachette ! s’exclama Léo, la voix tremblante. Ils ouvrirent la boîte. À l’intérieur, plusieurs choses s’entassaient : une photo noir et blanc pliée, une lettre jaunie, et… un petit médaillon en forme de cœur. La photo représentait une adolescente, souriante, aux cheveux sombres : Madeleine. À ses côtés, un garçon beaucoup plus vieux qu’eux. Il n’y avait aucun nom d’inscrit sauf une phrase ce petit cœur pour toi mon amour.

La lettre, elle était adressée “à celui qui trouvera” et semblait parler d’un grand départ.Les garçons se regardèrent. Ils venaient de mettre la main sur un véritable trésor de mémoire.

— Faut prévenir les filles, dit Hugo. Et surtout Margot, elle est capable de trouver ce que personne n’y est arrivée jusqu’à présent. Souviens-toi de l’enquête en plein hiver…

— On s’en fiche, nous savons de quoi elle est capable. Elle va lire entre les lignes, puis n’oublie pas son grand-père était policier, il lui a peut-être donne des pistes car, là ça change tout.

Les garçons restèrent figés devant la boîte ouverte. Chaque objet semblait respirer le passé.

— C’est vraiment incroyable, murmura Thomas. Ils prirent délicatement la lettre. Les mots étaient soigneusement alignés, une écriture mais elle ne disait rien sur un endroit où la retrouver. Juste des phrases courtes, tristes, et pleines d’espoir :

— « Si un jour quelqu’un trouve ceci, sachez que j’ai dû partir… Mais je pense encore à vous tous. Prenez soin de ceux que vous aimez. »

— Elle ne dit rien sur où elle est partie… soupira Hugo.

— Oui, mais ça confirme qu’elle a choisi de s’enfuir, dit Léo. Elle était seule, et elle voulait disparaître…Le petit médaillon attira leur attention. Margot, qui les avait rejoints, le prit dans sa main. C’était un cœur simple, avec une gravure presque effacée.

— Ce doit être de ce cœur dont parle son amoureux dit-elle doucement.

A suivre…

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OÙ EST MADELEINE ? (3)

Ils firent une liste sur un coin de cahier

  1. Allez voir à la mairie s’il existe encore des archives
  2. Fouiller dans les vieilles photos de classe, dans l’ancienne école ( demandez la clef)
  3. Interrogez leurs parents, les plus anciens du village
  4. Fouillez la cabane de fond en comble.

Le samedi suivant, ils passèrent à l’action. À la mairie, ils eurent du mal à convaincre la secrétaire. Mais quand elle vit leurs mines sérieuses, elle les laissa feuilleter un vieux registre poussiéreux.

— Voilà, fit Thomas en pointant du doigt. Madeleine M… Elle habitait bien au village. En l’année 1968 une jeune collégienne est portée disparue. Malgré des fouilles minutieuses elle n’a jamais été retrouvée. Les enquêteurs ont privilégiés la fugue. Ils se regardèrent, un peu glacés. À l’école, ils restèrent de longues minutes devant les photographies en noir et blanc accrochées au mur. Et soudain, Inès la vit.

— Là ! C’est elle !Une adolescente aux cheveux sombres, le regard sérieux. En dessous, un prénom écrit à la main : Madeleine.

Le soir, chacun rentra avec la mission de questionner ses parents, ses grands-parents. La plupart haussèrent les épaules. Mais la grand-mère de Margot, elle, pâlit en entendant le prénom.

— Madeleine… Tu as entendu parler de cette histoire, toi aussi ? dit-elle d’une voix basse. C’était une gentille fille. Discrète. Elle a disparu du jour au lendemain… Et tu sais quoi ? La cabane… c’était son coin préféré.

Margot sentit son cœur s’emballer. Elle serra le papier retrouvé la veille. Et dans sa tête, une seule question tournait :Pourquoi ce message avait-il refait surface, maintenant ? Les jours suivants, chaque membre de la bande ramena un petit bout du puzzle. Léo avait interrogé son père, qui se souvenait vaguement que “l’affaire Madeleine” avait été un choc pour tout le village, mais qu’on n’en parlait plus. Inès avait découvert, dans une vieille armoire de son oncle instituteur, un cahier d’élèves de l’époque : le prénom de Madeleine y apparaissait, ses notes, ses devoirs. Elle était une excellente élève. Dans la marge on avait noté.  » Où es-tu Madeleine ? Il y avait des dessins merveilleux, ainsi qu’un carnet de notes où l’oncle d’Inès avait noté : les possibilités de cette jeune fille sont une pure merveille, la laisser partir dans la voie choisie. Son oncle s’occupait du CM2 , autrefois appelée septième. C’était l’année transitoire avant de partir à Villefranche sur Saône en sixième. La même année elle avait passé son certificat d’études et elle était sortie première du canton. Son oncle avait reçu les félicitations de l’académie.

Il y avait aussi des coupures de journaux dans un vieux carton où son oncle et un journaliste avait poussé l’enquête beaucoup plus loin. Pour son oncle c’était trop tard il ne pouvait pas l’aider. Il avait quitté ce monde suite à un accident de motos. Mais le journaliste, elle lisait son nom. Elle le nota dans son carnet. Disparue après les honneurs sur le journal ( Y-a-t-il un rapport disait le journaliste Hugo Chavas).

Son oncle ajoutait départ volontaire ou instrumentalisé… Début juillet on entendait plus parler de Madeleine Martin, ses parents à leur tour quittèrent le village comme des voleurs. Les uns les avaient croisés à la boulangerie, les autres devant l’école. Et le lendemain tout ce petit monde avait disparu.

Thomas, lui, avait entendu son grand-père marmonner :

— Tu sais Thomas, elle est partie après avoir eu les honneurs du journal, elle voulait être comédienne c’est ton père qui la côtoyait bien qui me l’avait dit. D’autres disent qu’elle n’a pas disparu toute seule. Qu’elle avait rendez-vous dans la forêt… mais avec qui ? Ça, personne ne l’a jamais su.

Chaque information rendait l’affaire plus mystérieuse.Alors, deux jours plus tard un matin, ils décidèrent de retourner à la cabane.

En approchant, Margot sentit un frisson lui parcourir l’échine. La cabane semblait exactement comme ils l’avaient laissée. Pourtant, à l’intérieur, un détail avait changé : sur la table poussiéreuse, il y avait une nouvelle feuille, plus grande cette fois. Léo s’approcha prudemment, comme si elle pouvait mordre. Il la déplia. Les lettres étaient plus nettes, comme si elles venaient tout juste d’être tracées :

“Vous êtes proches. Continuez.”

Personne n’osa parler. Le papier qu’ils avaient trouvé la première fois reposait pourtant toujours dans la poche de Margot.

— Comment… comment c’est possible ? balbutia Inès.

— Quelqu’un veut nous guider, dit Thomas, les yeux brillants. Soit Madeleine… soit quelqu’un qui connaît son secret.

A suivre…

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OÙ EST MADELEINE ? (2)

— On devrait peut-être demander aux parents… ou aux grands-parents, dit Inès en triturant la manche de son sweat.

— T’es folle ! Ils vont nous dire de ne plus mettre les pieds ici, protesta Léo. Et si c’était vraiment une vieille affaire, ils vont nous forcer à tout oublier. Surtout si dans cette forêt il y a eu une disparition.

— Justement, répliqua Margot en serrant le papier dans sa main. Si on n’en parle pas, on n’aura jamais la réponse.

Un débat s’engagea. D’un côté, ceux qui voulaient en parler aux adultes. De l’autre, ceux qui préféraient garder le secret et mener l’enquête par eux-mêmes. Finalement, comme souvent, la curiosité l’emporta.

— Bon, trancha Thomas. On n’en parle à personne pour l’instant. On rentre, et ce soir, on cherche. On fouille Internet, les vieux journaux, tout ce qu’on peut trouver. S’il y a eu une disparition, ça doit être marqué quelque part.

Ils hochèrent tous la tête, un peu excités, un peu inquiets aussi. Avant de quitter la cabane, Margot glissa le papier plié dans la poche intérieure de sa veste. Elle avait l’impression qu’il brûlait contre son cœur. Comme si les mots de Madeleine n’avaient pas fini de résonner.

Sur le chemin du retour, personne ne parla beaucoup. La forêt semblait différente, plus lourde, comme si elle les observait. Arrivés à l’entrée du village, ils se séparèrent en vitesse, avec la promesse de se retrouver le lendemain après les cours. Dans trois jours ils seraient en vacances. Ils auraient largement le temps de résoudre cet énigme.

Ce soir-là, dans leurs chambres respectives, ils pianotèrent frénétiquement sur leurs claviers. “Disparition Madeleine + nom du village”. “Jeune fille disparue forêt”. “Vieilles affaires non résolues”.

Au bout d’une heure, ce fut Margot qui tomba sur quelque chose. Un article de journal, jauni et numérisé. La date : plus de trente ans auparavant. Le titre :“Une adolescente introuvable après une promenade en forêt.”Et le prénom… Madeleine.

Le lendemain, à la récréation, la bande se retrouva derrière le gymnase. Margot brandit son téléphone, l’écran allumé.

— Regardez. J’ai trouvé ça hier soir.

Ils se penchèrent tous. L’article de journal, tremblotant en noir et blanc, apparaissait.

“Une adolescente introuvable après une promenade en forêt. La jeune Madeleine D…, 14 ans, n’a plus donné signe de vie depuis…”

— C’est elle… souffla Inès, les yeux ronds.

— Ouais, confirma Thomas. Et l’endroit… c’est bien notre forêt.

Un silence. Puis Léo frappa dans ses mains.

— Bon. On a un vrai mystère. Par quoi on commence ?

A suivre…

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