La petite annonce (La traversée dangereuse )

Dans la voiture qui me ramène je ne sais ou, je ressens les effets de ma cavale nocturne, depuis mon départ du centre de traumatologie je ne me suis pas allongé un seul moment et j’ai ma cheville qui me fait souffrir, le matin le kiné de l’hôpital m’avait dit de me ménager, il trouvait que j’en faisais trop, et pour cause il comprendrait ce matin la raison, je m’entraînais pour mon départ en catimini de son cabinet.

J’en suis là de mes conciliabules lorsque je vois que la voiture ralentie pour finir par s’arrêter, deux gendarmes viennent à notre rencontre, que va-t-il m’arriver ?

  • Gendarmerie Nationale, Monsieur doit nous accompagner, finalement à la demande du chirurgien nous devons le faire examiner, puis il sera présenté au juge d’instruction et c’est lui seul qui décidera de sa mise en examen ou en détention.
  • Monsieur avez-vous un avocat ? Si c’est le cas je vous laisserai le temps de l’appeler ;
  • J’en avais un mais je l’ai jeté il n’y a pas plus de trois heures.

Et sur ces bons mots ils m’extraient de la voiture et me font monter dans leur véhicule, ils m’ont ôtés les menottes, ceux-là ne doivent pas me considérer comme un assassin, c’est une chance, toutefois je décide de me murer dans le silence le plus total. Ce qui je l’avoue n’allait pas arranger mes affaires mais je suis d’un naturel peu expressif et là il commençait tous à me courir sur le haricot si je puis m’exprimer ainsi. Une envie de nicotine exaspère tous mes sens, je fumerais bien une clope, mais aucun des deux flics n’a ça sous la main ou dans leur poche. Ils me disent ne pas fumer, du coup je retombe dans mon mutisme.

La route suit une forêt, des arbres à perte de vue, je lutte pour ne pas dormir mais petit à petit je sombre dans le sommeil, et brutalement je sens que l’on me secoue, je dois rapidement revenir à la réalité, au moment où je mets les pieds par terre je sens une douleur terrible me vriller la jambe, et si un des agents de la force publique ne me soutenait pas je pense que je me serai affalé sur le sol. Je suis devant un hôpital, mais je sais que ce n’est plus la Suisse, possible que je sois à Montbéliard, il me semble reconnaître les extérieurs, mais rien ne se passe comme je l’espérais, on apporte un fauteuil roulant on me colle dessus d’une manière brutale et je suis rapidement emmené à l’intérieur ou une infirmière à l’air revêche me prends en charge et m’emmène passer une radio dans un premier temps, puis me colle dans une chambre minuscule où je dois attendre le médecin qui ne saurait tarder. Hélas les minutes défilent au départ rapidement puis petit à petit une heure. Je prends mon mal en patience, puis subitement pris d’un doute je vais vers la porte que la dame a pris soin de refermer et là oh stupeur je m’aperçois que je suis enfermé comme un vulgaire criminel. Il faut dire qu’avec ma barbe de trois jours j’en ai bien l’air. Dans un premier temps je m’approche de la fenêtre pour vérifier si elle s’ouvre, peine perdue elle est condamnée, pire à la fenêtre il y a des barreaux. Je devais être dans un état second pour ne pas m’apercevoir de tout cela. Je n’ai ni montre ni téléphone et donc j’ignore combien de temps je dois attendre le bon vouloir des médecins ou des gendarmes, je n’aurai jamais dû renvoyer mon avocat, il aurait pu me tenir compagnie, ou bien exiger que tant que je suis présumé innocent, je ne sois pas enfermé. Il est vrai que j’ai tendance à fausser compagnie à mainte et mainte gens. Finalement le médecin me dit que je suis un imbécile et que la longue marche que j’ai faites ne m’a pas arranger la cheville, les os se sont déplacés à nouveau, maudit calcanéum, il m’en fait baver.

Me voici enfermer dans la pièce dîtes « des fous », en effet beaucoup d’hôpitaux ont une chambre spéciale pour dégriser les furieux ou les saoulards qui sont ramené au petit matin. Selon les dires du médecin je ne suis ni coupable, ni méchant mais j’ai déjà échappé à la justice plusieurs fois et donc il veut s’entourer et se protéger, puis il a reçu des ordres. Et en riant il me dit et encore vous avez de la chance je devrais vous attacher au montant du lit.

Un jeune infirmier se pointe vers les 13 h avec un repas, il m’explique que je n’étais pas comptabilisé pour le repas de midi et que le médecin leur avait demandé de me préparer un plateau, avec ces collègues ils avaient mis chacun une petite chose ce dont je les remercie.

  • Vous n’auriez pas une bière, je rêve d’en boire une ;
  • Non, mais si vous voulez un verre de vin je peux vous l’apporter,
  • Va pour un bon verre de vin
  • Ah je ne sais si c’est du bon, mais le médecin en boit ce n’est certainement pas de la piquette.

Et sur ce trait de génie il éclate de rire et s’en va, et je ne le reverrais pas, je n’ai que de l’eau, on avisera demain. Dans l’après-midi on m’apporte un téléviseur, un téléphone et on prend le temps de refermer la porte à clef. Plus tard un des inspecteurs qui m’a déjà interrogé vient me chercher et m’emmène dans le fauteuil roulant dans une pièce au dernier étage ou je retrouve un juge, une greffière et une avocate commise d’office, elle me salue et me demande de répondre aux questions du juge afin que je sois innocenté si je n’ai pas commis les crimes affreux qui font les manchettes des journaux.

Sur la table je devine plutôt que je lis la Une du journal local «  Fin de la cavale du tueur du GR 5 », ah me voilà un criminel, un vrai de vrai. Cela me donne une envie de gerber. Je suis coupable aux yeux de tous. Il va falloir que je m’explique si je ne veux pas me retrouver en prison.

Trois heures plus tard je sors libre du bureau du juge improvisé à l’hôpital de Montbéliard, aucune charge n’a été retenue contre moi, j’ai pu me justifier sur chacun des accidents, notamment ceux de la jeune fille et du professeur, quant au douanier il s’est rétracté et n’a pas donné suite ce qui me met toutefois la puce à l’oreille. Je suis libre de quitter l’hôpital mais je n’ai pas le droit de quitter le territoire français car je suis tout de même mis en cause dans le vol d’une voiture, son propriétaire n’a pas eu le temps de déposer plainte, il a retrouvé sa voiture en bonne état ainsi que son téléphone que je n’ai pas écrasé comme il pensait. Le feras-t-il ? A ce jour je n’ai pas eu de nouvelles. Quant à la jeune femme retrouvée morte au bas des échelles de la mort il s’est avéré que c’était une désespérée qui s’était suicidée. Par contre je n’ai plus aucune nouvelle de Maud et là je suis inquiet.

Maintenant  que je suis libre et plus le suspect, je vais me mettre à la recherche des fous furieux qui ont essayé de me tuer mais auparavant il faut que je retrouve Zoé, tant que cette nana est dans la nature je peux à tout moment tomber dans une embuscade, cette fille a osé dire que j’étais le meurtrier de Maud et que j’étais impliqué dans la chute du Professeur, elle pensait donc que je ne pourrais jamais communiquer. Le Juge m’a demandé si je voulais porter plainte contre elle, dans un premier temps j’avais songé le faire mais tout compte fait je vais appliquer ma justice.

Me voici de retour à mon point de départ, mon frère avait pris ses aises et mon retour ne lui fait nullement envie, mais rapidement il comprend que je ne suis plus intéressé par ma petite entreprise, j’ai des comptes à régler, j’aviserais plus tard si je reprends les rennes de ma Société où si je lui la vends car il n’est nullement questions que je lui en fasse cadeau comme j’ai entendu mon père le dire cet après-midi. J’ai rapidement remis les pendules à l’heure et maintenant que tout est clarifié je me rends au journal local pour déposer mon annonce.

« Mario donne forte récompense pour toutes personnes susceptible de lui donner des renseignements et des nouvelles concernant Maud B et Zoé C ; laissez message au N° 365897 ainsi que téléphone, vous serez rappelés. Tout plaisantin sera poursuivi par mes soins. »

 

A suivre…

La trahison (La traversée dangereuse)

Lorsque les flics reviennent je dors ou plutôt je fais semblant de dormir, j’ai le don désormais pour me soustraire à toutes leurs questions, mon avocat leur a remis les réponses mais ils espèrent des précisions. Au travers de mes paupières mi closes j’en vois un qui se penche vers moi, toujours dissimuler j’ai fait ça toute ma vie, alors pourquoi aujourd’hui j’en ferais autrement, d’autant plus que maintenant je suis sous  les feux des projecteurs de la justice de mon pays. Bien que selon mon avocat il n’y ait pas la moindre trace de ma culpabilité. C’est une enquête de routine qui en rejoint d’autres, ce GR5 a souvent été le lieu où on a retrouvé pas mal de cadavres imputés jusqu’à présent à la montagne mais désormais ils ont des doutes et pense que je suis le seul responsable de ces meurtres, allez le mot est lancé, je serai le grand méchant loup et j’aurais à mon actif une dizaine de disparitions d’hommes et de femmes. Mais voyons si cela les arrange, je n’y vois aucun inconvénient du moment que ce n’est pas moi, mais comme m’a dit mon avocat il faudrait pour cela que je retrouve la mémoire pour m’innocenter pleinement.

Là ce n’est pas gagné d’avance, il y a des pans entiers de ma vie qui sont dans le flou. Seul me revient parfois des flashs, mais ils ne durent pas longtemps et je ne sais sans aide extérieure où les replacer dans ma vie. Il faut que je fasse un gros travail de mémoire, et je n’en n’ai pas vraiment envie. C’est décidé cette nuit je mets les voiles pour aller sur Genève et de là je prendrais un avion dans un premier temps pour Paris et ensuite j’aviserais sur place, auparavant je dois vider un de mes comptes, prendre de l’argent liquide je ne veux pas que l’on me suive à la trace.

Quelques heures plus tard, il est tôt environ 7 h du matin, les feux d’une voiture trouet le brouillard qui s’élève en provenance du Lac Léman, je sors des buissons ou j’ai attendu patiemment le lever du jour, j’allume ma grosse lampe torche et comme lorsque j’étais enfant et que je jouais aux gendarmes et aux voleurs je l’agite sur la route. Une grosse berline freine brutalement et je suis apostrophé vertement par cet individu qui s’adresse à moi comme à un vulgaire passant. Je ne lui laisse pas le temps de m’en dire davantage que je pointe sur lui une arme factice que je me suis procuré en quittant l’hôpital la nuit dernière, c’est un bijou bien imité, mais l’homme panique en la voyant et je l’invite vigoureusement mais courtoisement à quitter son véhicule et le laisse sans aucun état d’âme sur le bord de la route. Auparavant je l’ai dévalisé de son téléphone portable qui va me servir pour appeler mon avocat et lui donner rendez-vous dans un lieu dont il m’avait parlé quelques jours auparavant comme étant un havre de tranquillité. Mais il faut qu’il soit mon complice et là je ne suis pas certain d’arriver à mes fins. Il faut aussi que je sois certain qu’il me croira, j’ai tant menti jusqu’à présent je lui ai même dissimulé que je parlais à nouveau, pourtant hier quand j’écrivais, il m’a demandé en plusieurs fois si je pouvais prononcer quelques mots, et j’ai secoué la tête en signe de négation.

En m’éloignant en direction de la frontière je rigole en me rappelant la panique que j’ai vu chez ce commercial Suisse, il voulait me donner son argent mais je ne le lui ai pas pris, je ne suis pas un voleur, je lui ai juste emprunté son véhicule car au dernier moment j’ai renoncé à l’avion.

La frontière passée sans encombre, personne n’a donné l’alerte et tous vont me chercher vers les aéroports et non pas en France, le plus drôle c’est que je vais aller dans un chalet qui se situe pas très loin du GR5 et attendre la suite des évènements. Mais hélas rien ne va se dérouler comme je l’espérais, ’et ma cavale va prendre fin à la porte du chalet de mon avocat qui a fait mettre en place une souricière ou j’ai foncé tête baissée.

Mais revenons en arrière au moment où je passe la frontière je prends le temps de boire un café, ce sera ma première erreur, un homme va me reconnaître et dans un premier temps il va appeler la police de Thonon les Bains, mais ils ont d’autres chats à fouetter et ne vont pas prendre la communication très au sérieux ce n’est que vers 8 h du matin lorsqu’ils vont apprendre que j’ai mis les voiles qu’ils feront le rapprochement, sur le coup tout le monde a pensé que j’étais fort loin, or je n’avais pas fait plus de 100 kilomètres. J’avais comme prévu téléphoné à Maître Bardin et expliqué que je m’étais sauvé, dans un premier temps il m’avait raccroché au nez. Puis plus d’une heure plus tard m’avait rappelé, c’est là que j’aurais dû me méfier mais j’étais loin de connaître le sale tour qu’il venait avec l’aide de la justice de mettre sur pieds.

  • Mario
  • Oui Maître, vous êtes revenu à la raison
  • Vous m’avez surpris, mais comme pour l’instant personne n’est au courant de votre fuite je viens vous récupérer, vous ne bougez pas de là où vous êtes, vous me remettrez les clefs de la voiture que vous avez volés.
  • Non, je ne l’ai pas volé, juste emprunté ;
  • Vous jouez sur les mots, donc je vous disais vous me donnerez les clefs, le téléphone et je vous emmènerais vers mon chalet, j’ai pris le soin de faire quelques courses et ma nièce qui habite pas très loin vous ravitaillera le temps que les choses se tassent. J’ai foncé tête baissée vers ce projet qui répondait en tout point au mien. Mon avocat ne voulant pas se montrer m’a laissé en contrebas de son chalet disséminé dans une forêt.  Aux alentours d’autres habitations mais toutes fermées. Ce n’était plus la saison estivale, il avait neigé encore cette nuit, et bien qu’approchant de la fin de l’hiver à cet altitude il y avait encore quelques traces de névés. C’est en faisant attention où je mettais les pieds que j’avais parcouru la courte distance qui me séparait de son chalet, j’étais en train de gravir les marches lorsque j’ai entendu un éternuement, interloqué j’ai regardé de tous les côtés sans voir qui que ce soit, dans un premier temps j’ai pensé à des marcheurs puis je n’ai pas mis longtemps pour comprendre que j’étais tombé dans un véritable guet-apens. La porte du chalet s’est ouverte, un type cagoulé en noir m’a dit :
  • Bienvenu chez vous Monsieur !

J’ai d’abord joué l’ironie

  • A qui ai-je l’honneur ?
  • A la justice Monsieur,
  • Elle me prend pour un assassin et je n’en suis pas un.
  • En tous les cas vous avez une belle voix au timbre fort agréable mais gardez la précieusement, elle vous servira le moment voulu pour répondre aux questions de vos juges, à moins bien entendu que vous préfériez rester dans votre mutisme.

Je ne lui réponds pas, à quoi bon ? Je suis rapidement menotté, et redescendu vers la route où mon avocat m’attend, il s’avance vers moi et me dit :

  • Je suis là pour toi Mario,

Ma réponse cinglante ne se fait pas attendre :

  • Dégage tu m’as trahis, je n’ai plus besoin de toi, jusqu’à nouvel ordre je me défendrais tout seul.
  • Tu croyais Mario que j’allais jeter aux orties toute ma vie, je suis et resterais fidèle à mes convictions, je n’arrivais pas à te faire entendre raison aussi j’ai appelé les inspecteurs et avec eux j’ai monté ce subterfuge, je sais que tu es en colère mais passé ce temps tu comprendras que la fuite n’arrange rien.

Pour l’instant je suis sous le coup du sort qui s’acharne sur moi et ne lui répond pas, à mes yeux il a trahis la confiance de ma famille et m’a empêché de quitter le territoire français.

 

A suivre

Le début des ennuis (La traversée dangereuse )

J’étais déjà là depuis plus de deux mois lorsque je me suis aperçu que je commençais à pouvoir écrire à nouveau, je me gardais bien d’en informer les médecins, car je sentais que le monde idyllique dans lequel j’étais disparaîtrait immédiatement si j’osais leur dire que tout ce qu’il me faisait avait des résultats. Je pouvais me promener dans les couloirs et un jour alors que je croisais une jeune femme, je lui avais dit bonjour, certes ma voix était un peu rauque mais je pouvais parler à nouveau. En revenant dans ma chambre je décidais de cacher le plus longtemps possible aux médecins, kinés et autres thérapeutes que j’avais retrouvé l’usage de ma voix. Rien ne me prédisposait aux mensonges mais compte tenu des présomptions qui me pesaient sur la tête et les épaules, il était préférable à rester ce muet qui recevait la compassion de toutes les infirmières plutôt que de revenir l’homme que j’étais avant mon accident.

 

Le personnel était au petit soin pour moi, me plaignant, me chouchoutant, me dorlotant, pour l’instant je n’étais pas le monstre que j’allais devenir au cours des mois suivants. Je préférais attirer l’empathie que le dégoût. Mais pour ne pas devenir fou je m’absentais et me rendais à la cafétéria lorsque personne ne s’y trouvait, disait bonjour à des passants imaginaires, bref, en un mot je travaillais ma voix.

 

Un jour alors que je pensais être seul, je me trouvais nez à nez avec une belle blonde qui fut interloqué, si moi je ne l’avais pas reconnu, elle, par contre savait exactement qui j’étais, ce dont elle me fit part assez rapidement :

 

  • Monsieur Mario, quelle bonne nouvelle ! Vous avez retrouvé l’usage de votre voix
  • Je le découvre en même temps que vous, je regardais la neige tombée et j’ai eu ce oh de surprise.
  • Vous avez une belle voix ;
  • Sachez qu’elle est différente, d’où mon hésitation à parler, je ne me reconnais pas.
  • Elle est peut-être plus rauque qu’autrefois, mais petit à petit vous vous y habituerez. De plus comme je viens de vous le dire vous avez une voix charmeuse.
  • Si vous le dîtes ;

 

Je l’entends rire alors qu’elle s’éloigne de moi, maintenant il en est finis de ma tranquillité, elle va aller le crier sur les toits, les flics vont réapparaître et ils m’emmèneront vite dans une de leur prison pour y attendre mon procès. Mais alors que je repars, la blonde m’attend, elle m’apprend qu’elle est technicienne de surface, qu’elle ne dévoilera pas mon secret, car elle se doute que je serai ennuyé. J’apprends qu’elle le sait depuis plus de quinze jours que je parle mais n’avait pas encore trouvé le moment pour m’en faire part. Elle me tourne autour, me dit que je suis bel homme, je sens qu’elle n’a qu’une envie c’est se trouver dans mon lit. Je la rassure aussitôt je n’ai pas de goût à la bagatelle, mais dès que j’irai mieux je l’inviterais au restaurant, voire plus si affinités, ce qui la fait rire, mais je lui fais promettre que d’ici là elle se garde bien de dire à qui que ce soit que j’ai retrouvé l’usage de la parole.

Avec sa promesse en poche, nous remontons tous les deux au cinquième étage, dans l’ascenseur je sens son envie de folie et je lui demande de m’accompagner dans les toilettes, ces dernières sont fort propres, mais elle préfère m’entraîner dans la lingerie dont elle possède la clef, tout en devisant, elle pousse mon fauteuil et nous nous trouvons dans une buanderie, qui fait aussi office de salle de repassage, je pense que la coquine a déjà eu l’idée d’y aller avec d’autres. Elle minaude, tourne du cul, s’approche de moi et me colle un baiser timide sur la bouche. Sa bouche a un goût mentholé, je sens une envie irrésistible montée en moi, je me laisse faire. Elle ôte sa blouse, elle est quasiment nue dessous, je pense qu’elle a prémédité son geste. Ses seins ne sont tenus que par mon regard, car ils explosent dans le soutien-gorge minimaliste qu’elle porte. Hélas au moment où elle s’approche pour me sortir de mon fauteuil, alors qu’elle a déjà ouvert ma robe de chambre et baisser mon caleçon pour passer sa langue sur mon attribut au garde à vous, nous entendons un bruit à la porte. Elle met son doigt sur sa bouche, me réajuste mes vêtements, me pousse dans un réduit qui ressemble plus ou moins à un placard, et ouvre la porte. J’ai le temps d’apercevoir un des infirmiers qui est à mon étage, la petite le connaît, l’autre a ‘habitude de la retrouver ici. J’entends plus que je ne vois ce qu’il lui fait subir, ses gloussements, ses cris, ses râles et elle en redemande. Je pense que je me suis endormi, dégoûté que ce soit lui qui récupère ses envies et non moi. Si la dame voulait coucher avec moi c’est certainement qu’un futur prisonnier ex muet ne faisait pas encore parti de sa liste d’amants. Il faut que je m’échappe de cet hôpital sinon cette demoiselle m’ajoutera à ses trophées. De plus je suis à la merci de sa parole donnée. Lorsque je la quitte j’apprends qu’elle sera absente un mois, qu’elle espère qu’à son retour je serais plus en forme, elle n’est pas gênée de s’être envoyé en l’air devant moi, au contraire cela lui a permis de décupler sa libido ce qu’elle m’assène en me déposant au seul de ma chambre. Dans cette dernière je retrouve les deux inspecteurs qui essayent d’en savoir davantage sur moi, mais pour eux je suis toujours dans un mutisme total.

Toutefois pour montrer un peu de bonne volonté je leur écrit que je peux essayer de dialoguer avec eux en écrivant. L’inspecteur en chef semble ravi, mais déchante vite quand il s’aperçoit que je ne peux répondre à la vitesse qu’il aimerait. Le plus jeune et aussi le moins gradé me dit de prendre mon temps. Il écrit à ma place les questions et me demande d’essayer d’y répondre et ce avant midi, moment où ils viendront récupérer mes réponses. J’ai l’impression que je suis revenu sur les bancs du collège. J’acquiesce car je dois les mettre dans ma poche, et je leur écrit que je leur rendrais ma copie d’ici midi, ce qui les fait rire. Je veux bien répondre à leurs questions mais je n’ai pas la moindre idée de ce qu’ils aimeraient entendre. Il faut que je me concentre, afin de pouvoir comprendre. Cependant je devrais avoir un avocat à mes côtés, je dois l’appeler, c’est compliqué car je ne suis pas censé parler. Je sonne et une infirmière arrive, je lui écris ma demande et elle accepte d’appeler mon avocat. Ce dernier se charge de dire à la police que je ne pourrais pas répondre à leurs questions d’ici midi car j’ai tout de même quelques difficultés pour écrire et aussi qu’il doit me rencontrer ce qui est la manière d’opérer en France. En effet mon avocat est Suisse, j’ai paré au plus pressé aidé en cela par ma famille qui est soudée derrière moi, y compris mes parents et mon frère aîné. Ma sœur je n’ai pas eu besoin de la convaincre, elle a toujours été à mes côtés.

Mon avocat arrive vers les 14 h, nous avons, montre en mains juste une petite vingtaine de minutes pour que je puisse écrire mes réponses.

 

En préambule je dois apposer mes noms et prénoms ce que  se charge de faire mon avocat, puis arrive les questions plus personnelles.

  • Décrivez nous ou vous étiez lorsque vous avez vu tomber la jeune fille ?
  • Quelles personnes avez-vous rencontrées ?
  • Combien de temps avez-vous mis pour vous rendre au refuge ?
  • Quelle heure était-il quand vous avez croisé le professeur ?
  • Avez-vous essayé de le sauver ? Ou avez-vous passé votre chemin sans vous préoccuper de lui ?
  • Dans votre périple nous avons un trou d’une quinzaine de jours, où étiez-vous ? Avec qui ? Qu’avez-vous fait ? 
  • Pourquoi avez-vous tabassé le douanier ?
  • A quels moments avez-vous retrouvés votre femme et pour quelle raison cette dernière vous a accompagné ?
  • Quels jours étiez-vous aux échelles de la mort ?
  • Qui est Zoé pour vous ?
  • Qui sont les jeunes filles qui ont donné l’alerte ? Qui est l’homme qui selon vos premiers dires vous aurait poussé ? 

Il y a une liste de questions tout aussi stupide les unes que les autres comme si je pouvais répondre à toutes ces questions, ayant perdu le moindre souvenir des détails, les seules choses dont je me souvienne c’est la fille qui est tombée de l’arbre, mais je ne pouvais rien faire compte tenu qu’elle était bien entourée et que moi j’étais fort loin. Je note que j’ai croisé une première fois mais en sens inverse celui qui se faisait appeler Commandant, que c’est lui qui m’a indiqué la cabane et que c’est en arrivant presque au sommet que j’ai entendu des appels, que je me suis penché et tendu la main à ce professeur, mais qu’il devait être affaiblis car il n’arrivait pas à m’attraper la main, même si à un moment en me penchant davantage j’y suis arrivé, il me l’a lâché rapidement et je n’ai pas pu le retenir. J’ai plusieurs fois appelé, ne voyant pas du tout à quel endroit il se trouvait, et voyant la nuit tombée j’avais essayé de téléphoner pour appeler les secours, hélas mon téléphone ne passait pas et la batterie était dans le rouge.

Pour la question concernant le douanier je note que je n’en n’ai aucun souvenir et que j’en suis désolé. Alors que je me souviens que j’étais dans une rage folle mais que jamais au grand jamais je l’aurai tué.

Je note que j’ai rencontré Maud par hasard sur Montbéliard et que de suite elle a voulu partir avec moi, ce dont je ne l’ai pas dissuadé. J’ai l’impression que les questions ne sont pas dans l’ordre mais je ne vais pas le leur dire, ou plutôt le leur écrire, je m’en fiche royalement. Au moment où j’écris je sais que je vais mettre  une nouvelle fois les voiles.

A suivre…

Sans voix (La traversée dangereuse )

Une fois que les deux inspecteurs se sont retirés, l’infirmière m’a remis, le goutte à goutte qu’elle avait ôté le temps de l’interrogatoire ; rapidement je me suis senti soulagé, hélas dans la nuit la douleur est revenue au galop. Devant mon rictus  les veilleuses de nuit ont compris que j’étais au plus mal. A nouveau le grand trou noir, ce qui me réveille le lendemain matin c’est l’odeur de café. Hélas je rêvais la Suisse n’offrait pas de croissants pour accompagner ce qui, me semblait plus être du jus de chaussette qu’un café a réveiller les morts. Du pain plus rassis que frais, beurre et confiture ne me donnaient pas la chance d’avoir envie de voir ce qui m’entourait, qui, au demeurant était magnifique. Lorsque les policiers sont arrivés, le chirurgien n’était pas passé, or une des infirmières du matin m’avait annoncé sa venue pour 10 h. A ma montre il est 8 h, ils ont largement le temps de m’écouter sans forcément m’emmener menottes aux poignets. Mais avec eux on ne sait jamais.

A ce moment j’aimerais être sur le GR 5, hélas c’est chose impossible, je suis là, allongé dans un lit d’hôpital face aux sommets Suisses, souffrant le martyr et surtout ce matin j’ai une boule dans la gorge comme une gêne pas une douleur mais une chose étrange se produit, une première fois j’ouvre la bouche et ma voix je ne l’entends pas, les inspecteurs me regardent  et me demandent si je vais bien, j’hoche la tête incapable de leur répondre ;  l’un d’entre eux me demande d’arrêter de me payer leur tête, je dois avoir l’air affolé car ils appellent dans le couloir, une infirmière apparaît puis deux et enfin un interne pointe son nez. Il me pose des questions, puis, pensant que cela a un rapport avec les inspecteurs il leur demande de quitter la chambre, ils s’exécutent sans dire un mot et attendent dans le couloir, je les vois, aussi une infirmière ferme la porte mais auparavant elle a bipé le chirurgien. Celui-ci arrive rapidement, il ne me pose aucune question mais dit à l’interne que c’est passager et que cela est dû au choc que j’ai subis ces heures passées. Qu’il pense que tout rentrera dans l’ordre rapidement, il se tourne vers moi et me dit de ne pas m’inquiéter. Je ne sais pas ce que le toubib  a dit aux inspecteurs mais ils sont aimables avec moi, puis ils repartent sans m’avoir inquiété tout en me disant qu’ils reviendraient dans les jours prochains, que je devais me reposer.

Me reposer ils en ont des bonnes phrases passe-partout, je ne fais que ça, j’ai même eu mon père au téléphone, mais je n’ai rien pu lui dire, j’ai réussis à faire signe à une infirmière du coup elle a pris la communication pour lui expliquer que depuis quelques jours je ne pouvais plus parler, ni écrire car ils avaient essayé pour que je puisse écrire mes réponses à la police, peine perdue mes doigts ne serraient plus rien. J’étais une loque humaine, seule mon cerveau fonctionnait, je comprenais tout mais je ne pouvais rien dire, rien faire. Je regardais la télévision, si personne ne changeait ma chaîne, j’étais condamné à regarder la même chaîne des heures durant, si le matin c’était Lydie une jeune et belle infirmière, elle me mettait la chaîne d’info, mais une fois que vous savez ce qui se passe dans le Monde cela va, après je somnolais. Puis à midi Jeanne, se posait un temps dans ma chambre et regardait sa série préférée. Cela m’endormait, quand je me réveillais la télévision était éteinte, normal je ne la regardais pas, cela ne servait à rien qu’elle tourne pour personne. Et ainsi de suite mon temps était rythmé au gré de ceux qui passaient me voir, me piquer, s’occuper de moi. Cela faisait déjà trois semaines que j’étais au Centre de Traumatologie Suisse que j’ai vu débarquer mes parents, ma sœur et son plus jeune fils et la fameuse Zoé. Cette dernière m’a enlacée, embrassée comme si j’étais son petit ami et jacassée une partie de l’après-midi. Puis, comme elle était venue elle est repartie et je ne la reverrais que fort tard à un moment où elle aurait dû m’aider. Hélas elle allait avoir une attitude à faire hurler et à vous dégoûter à tout jamais d’aimer une femme.

Je vois bien que mes parents sont inquiets pour moi, j’apprends ceci qui me fait froid dans le dos :

  • Mario tu es inculpé pour l’assassinat du professeur, et la tentative d’assassinat sur le douanier et de lourds soupçons posent sur toi concernant Maud.

Hélas que lui dire que je ne suis pas coupable d’assassinat concernant le professeur puisque je l’ai aidé, je suis juste coupable de ne pas avoir donné l’alerte toutefois mon père me dit que l’autopsie a révélé qu’il s’était tué sur le coup. Mon téléphone n’a même pas borné c’est bien la preuve que rien ne passait. C’est juste parce que les gendarmes m’ont trouvé dans la cabane que je suis suspecté d’avoir commis ce meurtre. Un accident en montagne n’est tout de même pas affilié à un meurtre systématiquement, qu’avait fait cet homme pour que je sois le coupable idéal?

Pour le douanier je l’ai juste tapé pour qu’il me fiche la paix je n’ai jamais eu l’intention de le tuer, mais à quoi bon me défendre puisque je ne puis pas communiquer.

Quand à Maud j’essaye de faire comprendre à mon père de m’en dire davantage, j’aimerais savoir à quelle époque cela se situe ? J’arrive à comprendre que c’est le moment où j’étais enfermé dans le fort à la merci de ces dingues qui m’ont piégé avec ce Commandant, je l’ai compris ces jours derniers, je l’ai reconnu mais comment leur dire ? C’est impossible il faut que j’accepte d’aller voir cet orthophoniste qui m’a dit qu’elle pourrait m’aider. Le kiné me fait du bien en ce qui concerne mes mains. Le plus drôle c’est que j’ai remarqué que ma main droite marche bien mais je suis gaucher, aussi le kiné m’a proposé de m’apprendre à écrire avec la droite. Pour l’instant ça m’occupe, mais j’espère bien pouvoir prochainement retrouver l’usage de mes mains et aussi retrouver ma voix.

A suivre

Diagnostic ( La traversée dangereuse )

Le père de Mario est inquiet il n’a aucune nouvelle de son fils, cependant ce matin il vient de recevoir un étrange appel. Un homme lui a dit que son fils était en danger quelques parts entre Jura et Alpes. Depuis il hésite, doit-il en informer les siens ou se rendre dans le commissariat le plus proche, finalement la raison l’emporte et il y va.

Après avoir signalé recevoir de drôles d’appels téléphoniques dont le dernier pas plus tard que ce matin, il est à la fois soulagé mais aussi inquiet d’apprendre que son fils gît sur un éperon rocheux au-dessus du vide, qu’il ne doit son salut qu’à son téléphone, hélas depuis 5 h du matin ce dernier n’émet plus ; cependant les secouristes ont compris à quel endroit ils se trouvaient exactement grâce au témoignage précis de deux femmes qui avaient croisé sa route dans les jours précédents. Son fils avait pu communiquer avec elles il y avait à peine deux jours.

Lorsque Tino repart chez lui il est angoissé, il ne doit en aucun cas communiquer sa peur à sa femme, il faut qu’il tienne bon, il va se confier à sa fille, elle saura le soutenir.

Pendant ce temps Mario a passé une sale nuit, lorsqu’il avait été en communication avec les pompiers, ceux-ci lui avaient dit qu’ils pensaient l’hélitreuillé, hélas malgré trois tentatives cela avait été impossible, cela faisait courir trop de risques à tout le monde, aussi en désespoir de cause, Mario l’avait entendu repartir dans la vallée, et, à nouveau il était seul.

Chaque heure qui passait lui montrait sa lâcheté, si je souffre tant c’est que je n’ai rien fait pour tous ceux qui ont croisé ma route, toutefois je ne suis pas si méchant que je le ressens en ce moment, c’est juste parce que je suis isolé, perdu et que j’ai un mal de chien, j’ai dû me briser la cheville, j’ai réussi à ôter ma chaussure, pour la remettre cela a été impossible mon pieds est violet tirant sur le noir et il brille, au vu de son état j’ai renoncé à me passer de la pommade, j’ai juste pris une bande pour me maintenir la cheville, mes tremblements s’étant arrêté. Je ne puis me réduire la fracture, puis un mauvais geste et c’est la descente infernale, en plus je n’y connais pas grands choses, à part les premiers gestes je me vois mal m’auto soigner. Même la bande s’est révélée désastreuse, j’ai dû l’ôter, et là impossible de m’enfiler une chaussette. Après une heure d’effort j’ai réussi à me glisser dans mon duvet, en haut j’ai enfilé tous les pulls que mon sac contenait, j’ai pris mon léger blouson et mis mon poncho, je ne pensais pas qu’il neigerait et je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Sur la plateforme étroite j’ai tellement peur de glisser vers le vide que je me suis accroché d’un côté au rocher si je tombe je resterais suspendu mais au moins je ne m’écraserais pas en bas, par contre je pourrais dire adieu à mon duvet, il est assez chaud puisque j’ai réussis à me réchauffer. Hélas rapidement mon pieds m’a rappelé à l’ordre et depuis je déguste, je n’ose pas entrouvrir mon sac pour vérifier dans quel état je suis. Tous mes gestes me coûtent des efforts, mon téléphone est muet, j’ai réussis à me séparer de mon pistolet, je l’ai glissé dans l’anfractuosité de la roche au-dessus de ma tête. Il est préférable d’être prudent, je ne suis pas à l’abri des fous qui voulaient ma peau et de ce « Commandant » dont le nom m’échappe. Au cours de ma vie je me suis fait plus d’ennemis que d’amis, j’en suis là de mes réflexions lorsqu’à nouveau j’entends l’hélicoptère, enfin c’est à la fois mon salut et autres choses que je ne distingue pas encore mais qui me fait assez peur. La neige m’a protégée du froid vif que je ressens brusquement, l’hélicoptère arrive face à moi et je comprends plus que je l’entends que deux d’entre eux vont descendre et me prodiguer les premiers soins.  Je me demande comment nous allons tenir à trois sur une petite plateforme qui fait à peine un mètre carré.

Le premier homme qui me rejoint est le médecin, il ne se préoccupe pas de la qualité de mon duvet, il taille une large ouverture et examine ma cheville, il n’a pas la peine de la toucher son verdict rejoint le mien fracture. Rapidement il m’explique ce qui va se passer, on va envoyer la civière mais auparavant il faudra que je me soulève délicatement sans bouger mon pied et ils me mettront dans leur sarcophage qui va se gonfler pour que je ne sente aucun des chocs qui risquent de se passer, il me fait une injection de morphine, je me sens rapidement planer. Pendant que le deuxième pompier reste suspendu à l’échelle l’autre récupère le brancard. En les entendant parler je m’aperçois qu’ils sont Suisse, ce n’est pas le peloton de gendarmerie de Haute Montagne. Je ne leur demande pas la raison, je suppose qu’ils sont venus car les autres ne pouvaient pas. Voilà je suis sanglé, attaché et ils vont me remonter en premier. Ils attachent le treuil et je remonte lentement, je vois les alentours, tout est blanc, il a pas mal neigé cette nuit. De toute façon ma randonnée est terminée, je repars vers le monde civilisé et certainement les ennuis.

J’espère que leur foutu câble va tenir, je dois leur faire confiance. En Suisse tout est carré, je n’ai pas trop de soucis à me faire. Enfin voici la cabine, le médecin est remonté plus vite que moi ainsi que l’autre gars, ils me réceptionnent, je ressens une douleur qui me fait grimacer. Ils se mettent rapidement en communication avec l’hôpital de Délémont dans le Jura Suisse et me demande si cela me dérange, je m’en fiche, par contre cela me donnera du temps pour éviter la confrontation avec des policiers français ce dont je me garde bien de leur dire. Mais au moment où je pense m’en être bien tiré, j’entends un appel des autorités françaises.

  • Autorité Française à Autorité Suisse avez-vous récupéré le blessé ?
  • Oui, nous nous dirigeons vers le centre de traumatologie de Délémont.
  • Non, ce ne sera pas possible, cet homme est recherché en France, veuillez le conduire sur la piste d’atterrissage des hélicoptères de l’hôpital français le plus proche.
  • Vous ne pouvez plus rien contre nous, nous venons de passer la frontière ; nous ne manquerons pas de vous communiquer les heures de visite, il a besoin d’avoir sa fracture de réduite le plus rapidement possible, il ne pourra pas se sauver car il en a pour de nombreux mois sans pouvoir poser le pied au sol.

Je suis abasourdi en entendant leurs mots, de longs mois sans mettre le pied par terre. Me voilà fait comme un rat. La Suisse sera une plus jolie prison que la France mais cela ne me rassure pas. Le médecin se tourne vers moi et m’annonce sans prendre aucun gant :

  • Je vais vous mettre sous morphine en goutte à goutte, j’ai bien envie d’augmenter la dose pour voir si vous allez délirer et me raconter tous vos crimes.

J’en reste la bouche ouverte, aucun son n’en sort, franchement cela leur semble fort drôle car le pilote et les deux autres se marrent, puis à nouveau les voici professionnels. Ils installent le goutte à goutte et le médecin me dit :

  • Je ne veux rien savoir, ni ce que vous avez fait, ni qui vous êtes, je m’en tiendrais à votre prénom Mario, un homme accidenté sur le GR 5. Bien entendu que vous allez être obligé de fournir votre identité aux autorités Suisses, mais pour l’instant vous êtes mon premier blessé de la matinée et coupable ou innocent je m’occupe de vous comme le feraient mes confrères en France.
  • Merci
  • Ne me remerciez pas, je suis un professionnel et je fais mon métier celui de sauver tous ceux qui en ont besoin. Je vous souhaite un bon séjour en Suisse.

Ces yeux sont goguenards et ils démentent ces paroles, il ne faut pas que je me laisse attendrir je suis en danger que ce soit en Suisse ou ailleurs.

Dès que l’hélicoptère s’est posé la porte s’ouvre rapidement on m’extrait et c’est une course effrénée dans les couloirs de l’hôpital. Le diagnostic est franchement mauvais j’entends comme dans un étau qui me serre la tête les mots implacables du chirurgien orthopédique :

  • Et bien vous m’expliquerez plus tard comment vous vous êtes fait cela, vous avez un déplacement du calcanéum et de l’astragale, cette dernière est fracturée ainsi que votre tibia. Je vais rapidement vous opérer et nous verrons ensuite quels traitements j’adapterais à votre cas.
  • Docteur ? Je pourrais remarcher dans combien de temps ?
  • Pensez d’abord à vous soigner avant d’espérer repartir sur le GR 5, vous allez devoir être patient. Nous n’en sommes pas encore là. 

Lorsque des heures plus tard je reviens dans le monde des vivants j’entraperçois du bleu, je serai donc au ciel, je n’ai pas le temps de le savoir que j’entends une question qui me glace d’effroi :

  • Monsieur Mario Crespin je suis l’inspecteur Bertrand et voici mon adjoint qui va prendre votre déposition, j’ai une seule question à vous poser ? Avez-vous tué Maud Crespin, votre femme.

Je ne comprends rien à leur question, Maud serai morte, j’ai l’esprit embrumé, je sens la douleur qui revient en force, pourtant je sens que je suis immobilisé, je vais délirer, gagner du temps, oui voilà je vais gagner du temps. J’ouvre et papillote des yeux, puis les referme et me laisse aller dans l’ouate qui m’entoure, j’entends au loin plus que je ne le comprends l’intervention d’une personne, il me semble que c’est le chirurgien qui m’a opéré :

  • Messieurs j’ai accédé à votre demande, mais Mr Crespin vient juste de revenir de la salle de réveil, il est sous morphine il ne peut pas être en capacité de vous répondre. Je vous laisse le droit de l’interroger mais pas avant demain matin. Je reste à votre disposition et avec l’autorisation de la police Suisse, nous laisserons devant sa porte un homme en faction, mais comme je vous l’ai dit il ne peut pas se sauver.

A suivre…