La chute (La traversée dangereuse )

Il est à peine 13 h on dirait que nous marchons depuis dix heures tant le vent nous oblige sans cesse à s’arrêter, se cramponner au sol, c’est titanesque et complètement fou que de vouloir vaincre les éléments.  Je ne fais que me répéter, enfin dans ma tête que je dois dire au « Commandant » de s’arrêter et de trouver une anfractuosité de rocher pour s’abriter. Mais je continue alors que jusqu’à présent j’en ai fait qu’à ma tête. Lorsque dans une accalmie de cette tempête de neige je porte mon regard sur mon compagnon de marche j’ai comme un éclair si ce n’est de lucidité c’est tout au moins de souvenirs. Cet homme ne met pas totalement inconnu. Son port de tête, sa marche bizarre me rappelle un autre homme. Il se découpe sur la crête et doit sentir que je le fixe car brusquement se retourne et m’assène

  • Alors Mario tu m’as reconnu ?

Je suis légèrement déstabilisé, il sait que je commence à comprendre que j’ai des doutes sur le fait que notre rencontre ne fut  pas fortuite. Tout était voulu c’est maintenant dans la situation ubuesque où je me trouve que je le comprends. Je sens que le piège se referme autour de moi. Je le fixe d’un regard perdu sans lui laisser le temps de penser que je comprends qu’il y a quelques choses qui ne tournent pas rond surtout que je ne vois toujours pas qui il est. Je me hisse du mieux que je peux et le rejoint sur la petite plate-forme qui domine les sommets Suisse. Ni l’un ni l’autre ne prononçons un seul mot, je sens comme une chape de plomb qui plane au-dessus de moi. Machinalement je penche la tête et voit les villages au bas, mais là plus près de moi des éboulis de rocher, quelques arbres, je n’ai pas le temps de dire quoi que ce soit à mon compagnon que je sens une poussée dans mon dos, je suis déstabilisé, je me retiens comme je peux, j’attrape sur mon passage une racine et la serre maladroitement, puis en ressentant une brûlure horrible je la lâche. A nouveau c’est une descente infernale, je vois passé devant mes yeux des arbres enracinés dans la pente, des ronces enchevêtrées que je traverse tel un supersonique, j’essaye de planter mes pieds dans la terre, c’est peine perdue je continue ma course folle sur le ventre. Les mains en avant je vois un morceau de bois, espérons qu’il va tenir et je m’y accroche désespérément. C’est à ce moment-là que plus bas, là où se trouvent mes pieds  je sens une douleur aiguë à la jambe, ensuite c’est le trou noir.

Lorsque j’ouvre les yeux je vois devant moi deux pieds, ce sont ceux du  « Commandant », enfin il va m’aider, mais je sens à nouveau une douleur, ce mec est dingue il m’écrase les mains avec ses chaussures de montagne.

  • Arrêtez ! Êtes-vous devenu fou ?

Un rire sardonique me réponds, il n’en finit pas de rire, en d’autres circonstances j’aurais pu adhérer, mais là il appuie de tout son poids et ne me laisse aucune chance, bientôt je vais continuer de tomber. Je ne dois pas perdre mon sang froid, ne pas m’énerver. J’ai une jambe sur laquelle je ne puis plus compter, à ce moment-là j’ai pensé elle est cassée. L’autre est encore solide, aussi avec cette dernière je cherche un appui pour poser mon pied et lâcher si je le puis le rocher sur lequel je suis resté accroché lors de cette chute terrible. Il faut que je me dégage de cette chaussure, c’est peine perdue, il la maintient serré. Il va falloir négocier.

  • Commandant, vous avez assez ri, maintenant il serait temps de continuer notre chemin, vous voyez bien que vos pieds sont dessus mes mains.
  • Effectivement mon petit Mario je le sais, et j’aimerais savoir, cela vous fait quoi que de vous retrouver dans la posture où c’est trouvé ce professeur il y a quelques semaines.
  • Je ne comprends pas, je n’ai nullement écrasé les mains de qui que ce soit.
  • Je suis d’accord avec vous, par contre vous ne lui avez pas tendu la main.

Je ne vais pas parler des heures sur ce qui s’est passé il y a trois mois, il y va de ma survie car l’apique est impressionnant en dessous de moi. Aussi je joue cartes sur table, possible que cela peut me sauver la vie.

  • Commandant vous n’y étiez pas, je puis vous assurer que je lui ai tendu la main, il l’a saisi mais hélas il n’a pas réussi malgré tous mes efforts à passer sa jambe sur le surplomb et petit à petit j’ai senti sa main se desserrer, je n’ai rien pu faire.
  • Tu aurais pu mon petit Mario te préoccuper de son sort, savoir s’il était encore vivant, lui prodiguer quelques soins, le soulager et si tout était fini lui donner la main pour l’accompagner dans la mort, et surtout appeler les secours, avec l’hélicoptère cela aurai peut-être pu le sauver.
  • J’aurais sifflé pour appeler, mon portable était HS, le temps était mauvais, je n’ai pas eu d’éclair de lucidité, je suis médiocre, tu es le meilleur alors ôte tes pieds, car tu me reproches de ne pas avoir sauvé cet homme, par contre toi tu veux me tuer délibérément. Tu es encore plus minable que moi.
  • Adieu Mario, cherche qui je suis pendant le peu de temps qu’il te reste à vivre. Je ne donne pas cher de ta peau, certes la descente est moindre que lorsque je t’ai poussé, par contre en-dessous tu as des rochers et ensuite il n’y a plus rien, je connais cet endroit, il y a de beaux points de vue, personne ne s’y est aventuré depuis qu’il y a eu des accidents, l’endroit est condamné. Lorsque les secours que je ne manquerais pas d’appeler depuis le village te récupéreront, tu feras les manchettes des journaux et nous y lirons que tu étais un imprudent.
  • Pauvre con, dégage, je n’ai pas besoin de toi.
  • Adieu Mario !

C’est un soulagement lorsqu’il soulève ses pieds mais il est de courte durée, il me soulève les doigts puis une main et essaye de me pousser, je m’accroche à ses mains, puis petit à petit il m’écrase une seconde fois la main et alors plus rien ne me retient et à nouveau je tombe en poussant un cri.

J’avais tout de même assuré ma chute, la douleur dans le pied me tétanise, il faut que j’arrive à me stabiliser, mon autre pieds cherche un rocher plat ou tout au moins un lieu pour me poser, mes mains sont à la recherche d’une faille dans le rocher. Je ne vois plus mon bourreau, la casquette du rocher doit me le cacher. Attend-il l’hallali ? Je suis plus occupé à chercher un appui, que de vouloir savoir ce qu’il fait, je dois à tout prix trouver un endroit pour pouvoir le temps que je regarde si je peux remonter rester calme et reposer mes jambes sur lesquelles la tension a donné un tremblement que je ne peux pas contrôler. A force de tâtonner, je sens que là en dessous il y a un aplomb rocheux avec une esplanade certes exiguë, mais je n’ai pas le choix, je dois me poser, voire même reprendre des forces. Mon sac à dos est toujours bien accroché, dedans j’ai la moitié du repas que nous nous étions partagé au départ. Dans ma poche intérieure de mon blouson j’ai aussi mon pistolet, je vais éviter de l’utiliser quitte à m’en débarrasser, ne voulant pas être soupçonné de quoi que ce soit si par malheur je ne mourrais pas. Être retrouvé vivant en possession d’une arme n’est pas à mon avantage. Enfin je réussis tant bien que mal à atteindre le rocher. Dans un premier temps je me laisse aller tant je souffre. Je dois m’assoupir quelques instants, car soudain j’entends des rires au-dessus de ma tête. J’ai l’impression que ce sont les deux péronnelles à qui j’ai fait faux bond.

  • Au secours ! A l’aide !
  • Ohé : où êtes-vous ?
  • Là en dessous !
  • Qui êtes-vous ?
  • Un homme, un randonneur, je suis blessé, pouvez-vous m’aider.
  • Mario c’est vous ?

Que leur dire ? Que je ne suis pas ce Mario dont j’entends dans leur voix comme une suspicion.

  • Oui c’est moi
  • Adieu, démerdez-vous tout seul, vous nous avez abandonné, maintenant nous devrions vous secourir, nous n’avons rien, ni corde, ni quoi que ce soit. Nous acceptons juste de prévenir dans la vallée, hélas nous avons encore quelques heures de marche.
  • S’il vous plaît vous pourriez appeler les secours. Vous devez bien avoir un téléphone.
  • Oui, seulement ils sont vide ; nous ne pouvons rien pour vous, si nous croisons des randonneurs venant en sens inverse nous leur signalerons votre présence dans les rochers en contrebas du chemin, c’est tout ce que nous pouvons pour vous aider. En attendant bon courage.

A nouveau plus rien, je suis désespérément seul, en plus j’ai mal et le froid commence à m’envahir, je vais essayer de prendre un pull sans faire tomber mon sac en bas dans le vide. Si je fais un seul écart je suis mort. En dessous il n’y a rien. Ce type doit bien connaître le coin pour m’avoir poussé au seul endroit où les rochers sont suspendus dans le vide, tels des arêtes, sans qu’il y ai la possibilité de venir me récupérer, bien que le « Commandant » m’ ai parlé d’une montée interdite suite aux nombreux accidents. Des professionnels peuvent encore me récupérer de ce côté. Il faut que je téléphone, il me reste de la batterie. Je téléphone au seul numéro que je connaisse, tant pis si je me jette dans leur gueule, le peloton de secours en montagne ne me demandera pas ma carte d’identité, ils me sauveront même si je suis l’ennemi public numéro un.

  • Allo, je suis tombé du chemin de randonnée GR 5, je ne sais pas vraiment où je suis, la seule chose que je peux dire c’est que j’ai réussis à m’allonger sur une esplanade qui domine selon certains randonneurs des rochers par lesquels l’escalade est interdite.
  • Le temps de nous préparer, c’est bon nous savons où vous trouver, nous vous recommandons de vous protéger la température va baisser au cours des prochaines heures, il va certainement neigé. Si cela vous est possible laissez votre téléphone allumé, car je vois qu’il est doté d’un gps nous allons pouvoir vous récupérer plus facilement.
  • Merci !
  • Quel est votre nom ?
  • Mario grrrr

Je préfère couper la conversation ils croiront que mon téléphone ne passait plus. Je n’ose leur dire mon nom, pourtant il va bien falloir le leur dire, ils me rappellent.

  • Nous savons qui vous êtes, ne vous inquiétez pas, nous venons secourir toutes personnes blessées y compris les criminels.
  • Je ne suis pas
  • Un criminel, non cependant vous êtes recherché, en attendant reposez-vous, mangez, attachez-vous et essayez de dormir. Nous arrivons.

 Fin de la deuxième partie

A suivre…

Des randonneurs… ( La traversée dangereuse )

C’est en compagnie de ces deux demoiselles que je continue ma randonnée, là nous partons pour la forêt du Risoux, prochaine étape Les Rousses. Le temps qui était à la pluie continue, ce n’est pas sans mal que nous franchissons les chemins détrempés, où chaque pas devient une torture pour la plus petite de ces dames dont je ne connais pas encore le prénom. Elle souffre d’ampoules et ce sont j’ai vu, elle est vraiment mal en point, elle s’est achetée des tongs médicales comme elle dit, mais la pluie n’arrange rien. Et, comble de malchance voilà que le vent montre son bout de nez, là nous sommes courbés sur le chemin tant il nous plaque au sol. Dans la forêt à tout moment nous avons peur de ramasser une branche voire un arbre vu comme  il souffle. Tout en avançant tant bien que mal la plus âgée me propose de me rendre dans le chalet qu’elle possède sur Prémanon, situé assez près des Rousses, de là nous y attendrons une accalmie pour repartir en direction du Léman. Je suis un loup solitaire et j’hésite à les accompagner, puis devant leur insistance j’accepte, espérant toutefois ne pas m’exposer, n’ai-je as vu dans le journal que j’étais recherché. Certes je ne suis pas l’homme à abattre mais je dérange et surtout les gendarmes me mettent sur le dos un tas de disparitions non élucidées, il faudra que tôt ou tard je me présente à la gendarmerie et là je ne sais pas ce qu’il adviendra de moi. Je préfère pour l’instant ne pas faire de remous, par contre si je suis en danger je ne ferais pas de cadeaux. Ce douanier m’a décrit comme une bête féroce, quand j’ai lu son récit j’ai bien entendu trouvé qu’il y avait de l’exagération. Il me gênait je m’en suis juste débarrassé, j’ai veillé toutefois à ne pas le tuer. Quand à ce professeur je ne pense pas être un assassin je lui ai tendu la main, ensuite l’autre n’a pas réussis à se préserver, je ne veux pas payer pour rien, même si j’ai des choses à me reprocher qui ne me font pas honneur, je n’assumerais pas pour ce fait divers malheureux. Ce qui me préoccupe davantage c’est la disparition mystérieuse d’une jeune femme sur Montbéliard et le cadavre d’une femme aux pieds des échelles de la mort. J’ai de suite pensé à Maud, sans faire le lien entre les deux affaires. Maud, je l’ai laissé, qu’est-elle devenue ? Et ? est-ce la présence de ces deux jeunes femmes qui me chagrine ? Où suis-je à nouveau en manque de sexe et de voir deux femmes très proche de moi m’excite à nouveau. J’observe les deux nanas, une fait assez âgée, et a un visage rébarbatif, possible qu’elle est vraiment mal aux pieds, quand à l’autre on pourrait croire que c’est sa fille, elle rit tout le temps, n’arrête pas de parler pour ne rien dire, c’est à la force saoulant. S’il n’y avait pas la vieille je pense que ce soir on passerait du bon temps. En plus je ne l’entendrais plus jacasser à raconter tout et n’importe quoi. En lui clouant la bouche par un baiser elle se tairait. Nous n’en sommes pas là, j’extrapole, si cela se trouve c’est une vieille effarouchée. Des femmes comme Maud et même Zoé on en trouve pas tous les jours, Ces deux-là ont une manière de se conduire des plus étranges, à moins qu’elles soient lesbiennes ; et bien là c’est certain je n’aurai pas de chances, pire me dis-je en riant ce sont deux repris de justice en cavale et elles m’ont reconnus. Je suis en plein délire ce doit être le mal des montagnes, pourtant je ne suis pas au Népal, ici Les Rousses culmine à 1680 mètres ce n’est pas grands choses comparé à l’Annapurna. J’en suis là de mes réflexions lorsque brusquement j’heurte celle qui marchait devant moi que ce passe-t-il ? Devant nous il y a une vingtaine de soldats qui sont en pleine manœuvre, nous ne sommes pas les bienvenus. Passé le moment de l’accueil où  leur chef nous  prend pour des demeurés aveugles, il convient que le vent à certainement déplacé leurs pancartes, car nous ne sommes pas les seuls à s’être aventurés dans la forêt du Risoux. Plus loin un groupe de personnes assis sur des billes de bois boivent un café chaud en devisant tranquillement. A notre arrivée ils rient devant notre mine déconfite, ils nous apprennent qu’ils sont tombés une heure auparavant sur un groupe d’hommes qui avait pensé qu’ils étaient la cible de la manœuvre. Personne n’accepte que nous reprenions le cours de notre randonnée, personne ne se soucie de nous, aussi ai-je la ferme intention de leur fausser compagnie. En devisant avec mon voisin, un homme aguerri à la vie, qui est comme moi un ancien chasseur Alpin, plus ancien que ma promotion, nous décidons d’un commun accord de profiter du temps qui nous est impartis pour résoudre nos problèmes intestinaux de prendre la poudre d’escampette. Je ne dis rien aux deux filles, pour lui la question ne se pose pas. Puis je n’ai aucun compte à leur rendre à ces deux péronnelles. Au moment de se rendre aux latrines comme nous l’a indiqué le plancton, nous passons tous les deux notre sac à dos, la sentinelle s’en étonne, mais nous lui confions que parfois chez les randonneurs il y a aussi des voleurs, il nous laisse donc passer. A peine arriver près des lieux d’aisance et après avoir consulté notre topo guide nous nous enfonçons dans la forêt et nous empruntons un chemin forestier qui va nous emmener sur les Rousses. Nous entendons des bruits de voitures la civilisation est à portée de mains, nous voici sur la RN 5 cela sent le bercail. Mon compagnon me suggère de faire quelques courses et compte tenu de l’heure de s’éloigner du coin qui fourmille de soldats. Pour une fois je ne prends aucune initiative je me laisse guider, ce qui aujourd’hui me fait dire que j’ai baissé ma garde et que je ne peux accuser personnes des suites qui en ont découlé. 

L’homme que je nommerais « Commandant » revient les bras chargés de victuailles, nous nous répartissons la charge dans nos sacs et prenons le chemin du Col de la Faucille. Il est déjà bien tard lorsque nous arrivons à la Combe de Faoug, d’un commun accord nous décidons de planter notre tente le long de la route, la nuit s’est passée à entendre les pneus sifflés, pensant à tout moment qu’un fou du volant allait venir nous catapulter dans notre abri de fortune. Le lendemain c’est l’odeur du café chaud venant titiller mes narines qui m’a réveillé Après l ‘avoir bu tout en grignotant des céréales et un morceau de pain reste de notre repas de la veille, nous voici fin prêt pour la Faucille, d’où nous espérons apercevoir le majestueux Mont Blanc. De là-haut me dit le Commandant nous aurons une vue à 365 °. Hélas un ennemi vient de s’inviter, le brouillard fait son apparition, nous pestons tous les deux, surtout que pour la montée au Col nous allons traverser des pâturages ce qui risque de nous faire perdre un temps fou et le pire de nous paumer. Il va nous falloir se méfier et la suite allait se confirmer comme étant une étape cauchemardesque.

 

A suivre…   

 

Double visage ( La traversée dangereuse )

C’est cette nuit que je vais passer à l’attaque, je vais fouiller le sac à dos de Zoé. Quelle surprise après avoir vidé le tout sur le lit, j’ai découvert un petit pistolet avec une crosse en nacre, un petit bijou qui ne doit pas énormément blessé. Deux passeports, un Suisse et un Français, celui de Suisse est au nom d’une certaine Dorothée Velin et l’autre le français au nom d’une Zoé Pierreux. Aucun rapport si ce n’est la photo qui est la même.

A part ça des choses fort classiques comme il y en a souvent dans les sacs des femmes. A ma montre il est 17 h je décide de fausser compagnie à cette drôle de dame. Je vais saluer notre hôtesse et lui dit que j’ai reçu des mauvaises nouvelles de ma famille et que je rentre de suite chez moi. Je paye la nuit prochaine pour éviter que cette femme décide de me rejoindre. J’ai laissé sur le lit bien en évidence un mot pour Zoé Dorothée, afin qu’elle sache que ma famille a besoin de moi. Je pars sans regarder derrière moi, vu l’heure je me décide de me rendre à l’hôtel le plus proche. Je mange dans une petite auberge car l’hôtel joue relâche le mercredi soir. Ils ont bien voulu m’accueillir car ils avaient de la place. Le lendemain matin je me suis rasé la barbe, coupé les cheveux chez le coiffeur du coin, quand je dis coupé c’est plutôt rasé. Je ressemble encore plus à un repris de justice,  je vais prendre un bus pour Pontarlier, je saute une ou deux étapes, cela me permettra d’avoir de l’avance sur la dame si lui venait à l’idée d’essayer de me rattraper, toutefois notre hôtesse m’a cru, elle devrait me croire sinon, soit elle fera demi-tour soit elle continuera la traversée à moins qu’elle soit de mèche avec le capitaine. Décidément côté femme je me laisse mener par le bout du nez.

Il est 11 h l’heure de m’apprêter à partir, lorsque soudain mes yeux sont attirés par un entrefilet dans le journal, mon père est à ma recherche, je ne croyais pas si bien dire quand je parlais que ma famille avait besoin de moi. Je décide de changer à nouveau mes projets, je vais passer en Suisse, les appeler, regagner  Château de Joux et prendre le bus de 15 h toujours pour la même destination. Je vais faire du stop pour me rendre en Suisse. La voiture dans laquelle je monte est conduite par un jeune qui se rends chez lui à Métabief, il me dit de là-bas vous êtes à 7 kilomètres de la frontière Suisse. Vous trouverez certainement une voiture, car moi je ne peux pas vous y conduire. Le trajet se passe bien et sans encombre, ce jeune homme rejoint sa fiancée, il va se marier samedi. Comme nous avons bien sympathisé il accepte de me conduire à la frontière, ce qui va bien m’arranger. Je fais les kilomètres qui me séparent de Vallorbe à pieds, et là-bas je me cherche un hôtel de manière à pouvoir téléphoner plus facilement. Il ne faut pas que l’on est mis mes parents sur écoute, je ne sais rien de ce qui se passe chez moi. Où en est l’enquête concernant la mort de ce professeur suis-je toujours soupçonné d’en être l’auteur ? La sonnerie est longue enfin on décroche, c’est une voix inconnue, je demande mon père, j’entends des chuchotements, je me dis ne sois pas parano, c’est juste la femme de ménage qui cherche ton père, mais cela dure un peu, aussi je raccroche et rappelle, on est jamais assez prudent.

A la deuxième sonnerie c’est mon père qui me réponds, il ne me laisse pas en placer une seule, il me dispute comme lorsque j’étais encore enfant :

  • Il y a une Zoé qui a téléphoné à la maison ce matin, elle est dans un état incroyable qu’as-tu encore fait à une femme ? Décidément mon pauvre gamin ce n’est pas à bientôt 30 ans que l’on se conduit ainsi.
  • Zoé ? Tu devrais plutôt dire Dorothée, elle a deux passeports cette femme si elle te rappelle dis-lui que je sais tout la concernant.
  • Elle ne va pas rappeler elle arrive ce soir ;
  • Quoi ? Je t’interdis de la recevoir, je l’ai rencontré en marchant sur le GR 5, on a fait un bout de chemin ensemble, elle a dû faire mon sac pour savoir où j’ habitais et a trouvé ton adresse.
  • Tu as dû faire la même chose puisque tu sais qu’elle a deux passeports. Je vais appeler la police ils viendront la cueillir, quand à toi tu penses rentrer quand donc ?
  • D’ici un mois je pense que je serais de retour, à bientôt Papa, embrasse maman pour moi, et prends tes précautions avec cette nana.
  • Elle ne me fait pas peur ta midinette, j’espère qu’elle en valait la peine.

Je raccroche, j’ai nullement envie de parler de ma vie intime avec mon père, c’est tout à fait dans ses habitudes. Je décroche à nouveau le combiné pour appeler mon frère aîné pour voir comment tourne mon entreprise. C’est la secrétaire qui me réponds, je reconnais de suite Madame Barbier, je me présente, elle semble ennuyée voire gênée, puis finalement elle me passe ma belle-sœur. Cette dernière m’incendie de sottises, elle trouve que je me la joue un peu en les laissant tous les deux dans la merde. Je lui rétorque que mes affaires étaient saines à mon départ et que si cela se détériorent c’est certainement de leurs fautes.

  • Mario ! Ramène pas tout à toi, je te parle de tes anciens copains de l’armée ;
  • Ah ils sont venus me chercher ?
  • Si seulement ils étaient venus avec des bonnes intentions, mais ton frère les a trouvés un soir mettant la pagaille dans le bois et il a fallu l’intervention de la gendarmerie pour éviter qu’ils mettent le feu à ton entreprise.
  • Quand cela as-t-il eu lieu ?
  • Pas plus tard qu’il y a deux jours.
  • Qui était présent ?
  • Ils étaient une bonne dizaine, ils ont dit aux gendarmes que tu leur avais faussé compagnie en emportant leurs économies. Du coup les gendarmes ont ouvert une enquête.
  • Ecoute Bea, je ne vais pas me justifier au téléphone, dis au frangin que je vais bien, qu’il aille voir les gendarmes et qu’ils leur disent que ces fous furieux m’ont séquestrés et drogués. Dès que je peux je rentre, mais je veux aller au bout de mon périple. Je vous embrasse  tous.
  • Mario !

Je sais qu’elle m’appelait, je ne lui ai pas laissé le temps de me poser une question. Avant que mon frère l’épouse je suis sorti avec elle,  mon frère assez volage, pire que moi me l’a piquée, je n’ai pas voulu la reprendre, du coup il l’a épousé et ils ont deux beaux enfants. Depuis je ne me fais que les hors d’œuvres, hélas pour la plupart ils sont daubés.

Je mange dans ma chambre, car je veux me reposer, quelle garce cette Zoé ! Elle m’avait bien eu avec son visage de Sainte Nitouche, elle m’avait fait les poches avant que je n’ai l’idée de lui les faire. Elle avait trouvé mon point faible, m’épuiser en baisant toutes les nuits. Qu’avait-elle découvert, à part l’adresse de mes parents, j’avais encore tout dans mon sac. Le pistolet ne quittait pas mes poches, donc elle ignorait que j’en avais un. Puis de toute façon je ne la reverrais plus.

Le lendemain matin je quitte Vallorbe pour me rendre à Mouthe et de là j’irai me réapprovisionner dans une supérette. Je saute plusieurs étapes dont la fameuse montée du Grand Morond et aussi du Mont d’Or, finalement sur les conseils avisés de la dame qui m’a pris à la sortie de Métabief je me rends directement à la Chapelle des Bois où se trouve cette supérette dont mon topo guide fait allusion. De là je continue ma randonnée en direction des Rousses. Le chemin est déjà plus vivant, il y a des groupes de randonneurs, je fais un bout de chemin avec l’un d’entre eux. Puis quand il s’arrête je fais de même, cette soirée sera sympathique car ce Monsieur parcourt à pieds toute la France et il a une belle voix le soir il me donne un récital. A 22 h extinction des feux, chacun s’endort sous sa tente. Dans la nuit j’entends que la pluie s’est à nouveau invitée. Je continue mon sommeil. Au petit matin le chanteur a déjà plié sa toile, nous nous quittons en nous serrant la main, je le verrais beaucoup plus tard et il me sera d’un précieux secours.

Aujourd’hui c’est direction la Roche Bernard, il pleut je me demande ce que je vais voir au sommet. En montant j’ai tout le temps  de penser à ceux qui ont cru que je leur avais faussé compagnie, ils sont allé chez moi, donc maintenant la voie est libre. Je peux savourer la randonnée, bien que la pluie me gêne énormément, j’ai comme l’impression que mes chaussures sont devenues des bateaux. J’ai bien une paire de chaussure de rechange, les mettre serait plus malin, sauf que j’ai très peu marché avec cette paire ; je profite d’un arrêt de bus pour faire l’échange, je mets les anciennes en bandoulières ce que je regrette assez vite, à chaque pas, elle me tape les cuisses, je dois faire une nouvelle halte pour les glisser complètement trempées dans le sac en toile d’où j’ai extrais les autres. Une fois les falaises contournées j’arrive au sommet, peine perdue on y voit pas à deux mètres ; la pluie, le brouillard me font pester. Il est vrai que novembre sera bientôt là, et je risque de trouver de la neige, là ce sera bien pire. Je pense que je m’arrêterais si elle pointe son nez. Au sommet j’entends des rires, je découvre deux jeunes femmes qui se sont abrité et, qui, tout comme moi se désolent de ce temps plus que maussade. Elles me proposent de faire un bout de chemin ensemble. Elles pensent s’arrêter au Lac Léman, je vais faire de même car il neige dans le Jura et le GR 5 dans les Alpes monte à des altitudes qui dépassent les 2000 mètres, je veux bien être fou mais pas téméraire.

 

A suivre…

Stratagème (La traversée dangereuse)

Je la remercie et rejoint Zoé qui a préparé un café, car nous avons décidé de dormir un peu et de repartir d’ici minuit. Comme les voix montent je pense que si les fous arrivaient, nous passerions en Suisse tout simplement et nous nous dissimulerions  derrière les bornes en pierres qui jalonnent la frontière. Pourtant en regardant bien la carte je m’aperçois que le chemin va passer dans les pâturages, aussi nous ne marcherons pas de nuit ce qui semble tranquilliser la jeune dame. Nous dégustons notre repas amélioré et nous nous dirigeons vers la tente pour commencer ce qui aurait dû être une longue nuit en montagne et qui va se révéler être une nuit de folie.

Je lui donne la priorité afin qu’elle puisse s’installer pour la nuit, quand elle me fait signe je suis loin de m’attendre à ce que je vais découvrir. La randonneuse s’est transformée, elle est nue sur son duvet et m’attire immédiatement sur elle, me déshabille, je me laisse faire je l’avoue, et de suite je joue avec ses seins, son sexe, la caresse et la pénètre tendrement, elle gémit, elle crie, elle en redemande, elle réclame encore et encore, mais là j’y mets le holà, je ne veux pas attirer les fous, surtout s’ils sont tapis dans l’ombre à me surveiller. Et surtout nous avons encore une longue marche, je fais taire sa demande par un baiser long et appuyé et lui dit que demain nous recommencerons, à condition qu’elle soit sage cette nuit. Après avoir mis la sonnerie de son portable sur trois heures du matin nous nous endormons enlacés comme deux vieux amants. C’est le vent qui hurle qui nous réveille à chaque rafale j’ai l’impression que la tente va s’envoler. Aussi nous la démontons et repartons dans les pâturages, c’est de l’herbe et cela descend, il nous faut être attentifs et mettre nos pas l’un devant l’autre, il n’y a aucun arbre, et du coup pas de marquages. Puis nous suivons un chemin bitumé qui nous fait excessivement mal aux pieds, enfin voici la maison que nous avions repéré sur le topo guide, c’est une ferme auberge et nous avons tellement froid que l’idée d’un bon chocolat chaud nous met l’eau à la bouche. C’est à ce moment que j’entends un long sifflement, ce n’est pas un oiseau, cela ressemble à un cri de ralliement comme si on avertissait des guetteurs. Je ne dis aucun mot à Zoé je la laisse s’approcher de la ferme, il est fort tôt mais une petite lumière brille à la fenêtre du premier étage. Il y a au moins une personne qui est levée, je suis sur mes gardes, je sens comme une présence mais l’auberge me garantit qu’ils ne m’attaqueront pas dans un lieu habité, ils interviendront le long du chemin, proche d’un ravin, que sais-je, mais certainement pas dans un lieu où l’on a gîte et couvert. Zoé revient et me dit que l’on peut s’attabler mais  L’aubergiste qui  nous accueille comme des hurluberlus semble interloqué par notre présence si matinale. Zoé prends l’initiative de lui dire que nous dormions sur les crêtes et que nous avions préféré nous en aller car le vent menaçait à tout moment de souffler notre tente. Dehors comme pour nous donner raison on entend le vent qui souffle fort, et l’aubergiste nous dit qu’il va s’occuper de nous, il s’en va dans sa cuisine et c’est à ce moment-là que Zoé se colle tout près de moi et je sens sa main qui caresse avec insistance mon anatomie, décidément cette fille est insatiable, c’est bien ma veine d’être tombé sur une nymphomane. En attendant le retour de l’aubergiste il n’est pas question qu’elle continue à me chauffer je lui demande d’arrêter car nous entendons du bruit à la porte d’entrée. Je n’ai nullement envie de me trouver dans une posture équivoque, j’ignore qui va entrer, si ce sont mes poursuivants je ne pourrais pas me défendre, bien qu’à l’intérieur de l’auberge j’ai tout de même des doutes. J’ai bien fait ce sont des randonneurs qui, eux, comme nous ayant vu de la lumière viennent se sustenter.  Je reprends mes esprits pendant que Zoé est allé se refaire une beauté, j’imagine bien quel genre de beauté elle est allée faire. J’en souri cette gamine est non seulement déluré mais c’est une sacré bonne femme, par contre j’ignore tout d’elle, elle ne s’est pas livrée, à part son prénom elle ne m’a rien dit de plus. La nuit prochaine j’attendrais qu’elle dorme et je lui ferais son sac, voire ses poches.

 Les randonneurs qui viennent d’arriver m’ont mis la puce à l’oreille, ils ont croisé bien avant le sommet hier vers 16 h un groupe d’hommes qui avait des allures de soldats, mais leurs vêtements hétéroclites leur avait fait plutôt penser à des acteurs d’un jeu grandeur nature. Je ne suis pas mécontent que Zoé ne les entende pas, car elle aurait dit que nous y participions à ce jeu. Quand elle revient la conversation roule sur le GR5 qui est fort agréable, nos voisins de table vont s’arrêter dès qu’ils ne pourront plus avancer, pour l’instant il fait encore beau et les prévisions météos ne sont pas dramatiques. Il n’y a que le vent qui va gêner notre progression. Je décide tout comme eux d’aller le plus loin possible tant que le temps n’est pas à la neige.

Après avoir bu un bon chocolat chaud réputé, nous repartons, accompagné d’un couple qui va dans le même sens que nous. Les femmes marchant du même pas papotent à l’arrière car tout est en descente, un peu casse gueule car herbeux. L’homme qui répond au prénom de Tom ne dit pas un mot et marche, je le suis car je suis en forme à nouveau. Les effets nocifs des barbituriques s’estompent. Je me sens beaucoup mieux. Ce n’est que de la descente et la compagne de Tom vient de chuter lourdement, je m’y connais un peu en premier secours, je lui fais une palpation de la cheville et je m’aperçois qu’elle a une belle entorse, Tom a l’air contrarié, moi cela ne m’arrange pas, je ne veux pas rester là, dans un premier temps nous nous relayons Tom et moi pour la porter, pendant que l’un la porte l’autre porte deux sacs, on ne va pas faire de nombreux kilomètres. Ici les maisons sont rares, il leur faut trouver une halte, j’aide Tom a se rapprocher d’une maisonnette que nous avons vu au loin, il frappe à la porte, un homme sort et accepte d’appeler les pompiers. Nous laissons nos camarades d’infortune et reprenons notre chemin. Je pense que cet incident va nous arranger, personne et surtout pas nos poursuivants ne sauront si c’est moi ou Zoé qui avons fait une chute. Lorsque une demi-heure plus tard nous voyons arriver l’hélicoptère je me sens en meilleure forme. S’ils nous ont vus à la ferme auberge lorsque nous sommes arrivés, au départ ils étaient allés plus en avant, certainement vers le passage des dames d’entreportes, où sur la carte le chemin se rétréci pour passer comme il est indiqué dans le topo guide dans un ancien torrent, il y a un fort dénivelé, ensuite on sera aux rochers du Larmont. Il est tout de même écrit « petit raidillon », je me demande ce qu’ils entendent par ce petit, car sur la carte IGN cela monte droit dans la pente.

Après le départ de l’hélicoptère je prends une décision qui s’avèrera par la suite comme une bonne initiative. Je propose à Zoé de passer en Suisse pour une ou deux journées, je vois dans ses yeux briller une pointe de folie, elle a des idées à revendre, j’ai plus envie de me reposer que de baiser, mais c’est sans compter sur la libido de la demoiselle. Mais il nous faut atteindre le château de Joux, c’est l’endroit le plus proche de la frontière. A raison d’une marche forcée cela va être possible. Nous ne dormirons pas au sommet comme je l’avais prévu, nous commençons la montée par une belle route forestière, nous sommes seuls, je ne sens la présence de personne, aussi c’est d’un bon pas que nous arrivons devant le fameux raidillon. Cela s’avère être un torrent qui coule faiblement, il faut s’accrocher, à mi pente nous nous arrêtons, Zoé n’émet pas un mot mais je vois de grosses gouttes de sueur perlées à son front, moi aussi je suis en nage, mais au moins nous savons que bientôt nous aurons la joie d’admirer le paysage.

Nous avons une vue grandiose sur les sommets Suisse, la frontière est là à portée de la main, nous devons aller plus loin. Nous nous préparons un bon repas abrité sous la bâche que possède Zoé, nous l’avons fixé tant bien que mal à des rochers. Le vent nous glace jusqu’aux os, après avoir transpiré nous préférons nous changer pour éviter d’attraper un rhume, je sors à peine d’une angine je n’ai pas envie de recommencer. Puis nous repartons en direction des forts du Larmont, j’ai une crainte que le capitaine et ses hommes se soient glissés à l’intérieur. De toute façon nous sommes en avance sur notre randonnée. Après avoir dépassés le fort inférieur et le supérieur nous voyons le château de Joux. Nous arrivons à la Cluse-et-Mijoux enveloppés par un brouillard et une pluie glaciale qui ont raison de nous. Sur notre chemin nous découvrons une chambre d’hôtes, je change mon fusil d’épaule et demande à la dame, fort souriante qui nous accueille sur le pas de sa porte si elle a des chambres de disponibles. Elle en a une seule et elle est libre. Elle fait aussi table d’hôtes, cela me va à ravir, personne ne nous trouvera ici, et si Zoé est renfrognée pour le reste de la soirée, je n’en démords pas, nous n’irons pas en Suisse.

A suivre…

Si vous voulez en savoir davantage sur les lieux cités allez

La chasse à l’homme ( La traversée dangereuse)

La première journée a été fort dure, j’avais encore les effets de leur barbiturique dans les jambes, je n’ai mangé que ce qui était dans des boîtes hermétiquement closes, la peur d’être drogué sans doute, mais je ne me suis pas méfié de l’eau, j’avais ouvert deux bouteilles les avait versé dans mes gourdes, c’est juste après avoir bu une bonne rasade que je me suis aperçu que le chemin commençait à changer de forme, il montait descendait d’une façon irrégulière, il avait tendance à se dédoubler, les salauds pour mieux m ‘attraper ils avaient drogué ma flotte.  C’est au prix d’un immense effort que j’ai réussis à faire basculer mon corps dans une cavité dans un rocher, j’ai mis sur moi des branchages et je me suis laissé aller. Il fallait que je dorme, auparavant pour ne pas être tenté à boire j’ai vidé le contenu de mes gourdes. Dans mon thermos il me restait du café je n’ai pas osé le boire. Ils m’ont pris mon téléphone, mon couteau ainsi que ma corde. J’ai eu de la chance car lorsqu’ils l’ont fait j’étais encore couché dans mon duvet et au fond de celui-ci j’avais mis mon arme, je fais ça depuis l’armée, ils ont dû oublier que j’étais déjà aux aguets, j’y avais joint ma boite de cartouches, lorsque j’ai plié le tout Jo , enfin Mick, le médecin était dans la même pièce que moi, j’étais arrivé à le soustraire sans qu’il ne s’en aperçoive. J’ai réussis à garder ma boussole et ma carte IGN ces deux objets étaient sous mon imper dans la poche du fond. Il l’a bien ouverte mais juste passé la main et il n’est  pas allé plus loin. Heureusement sinon j’étais mort et j’aurais dû mon salut qu’à me jeter dans la gueule du loup. Au début je lutte contre le sommeil, c’est peine perdue, les effets nocifs du barbiturique m’entraine dans le néant. Ce sont des voix qui vont me réveiller, il fait jour, je regarde par l’interstice des feuillages, c’est une jeune fille, elle semble seule et se parle à elle-même. Ces dingues ne m’ont pas envoyés une femme pour m’émoustiller mes sens, ils en seraient bien capables. J’émerge de mon trou et vais braver la belle, sur le coup elle prend peur, donc elle n’irait pas jusqu’à me jouer la comédie, dans son regard il y a de l’effroi. Il faut que je la rassure. 

  • Mademoiselle ;

Elle ne me reprend pas en me disant non Madame, elle voit que je suis un être humain et non le loup garou elle est encore effrayée, effectivement je sors de dessous un rocher et j’ai des branches de sapin accrochés dans mes cheveux, j’ai une barbe d’un clochard je m’en suis rendu compte, il faudra que je me refasse une beauté dans les jours qui viennent.

  • Excusez-moi je ne voulais pas vous faire peur, je me suis perdu hier au soir et abrité pour la nuit. Et je viens de vous entendre râler, seriez-vous dans le même cas que moi ?
  • Savez-vous que vous ressemblez à l’ogre qui hantait mes cauchemars d’enfant.

     

Je me mets à rire ce qui détend immédiatement l’atmosphère, elle aussi éclate d’un rire juvénile, cette femme est belle comme le diable, une vraie tentatrice pour l’homme frustré et en manque que je suis. Elle me tend une tasse pleine d’un café fumant et odorant, j’en profite pour lui demander si le tout ne s’accompagne pas de croissants, elle rit à nouveau et me tend un pain au chocolat qui a dû rester coincer entre une gourde et un thermos, il est passablement aplati. J’apprécie et la remercie, elle semble lointaine comme absorbée par des problèmes qui s’ils ne ressemblent pas aux miens ont l’air tout de même de la faire souffrir. Je n’en suis pas encore aux confidences, aussi je me garde bien de lui poser une question. Après avoir fait un brin de toilette grâce à sa solution mousseuse, qui je l’avoue me permet d’être déjà mieux ; elle me tend un rasoir à pile. Et bien la demoiselle doit porter un sac énormément lourd, et ne doit pas faire le GR5 sur sa totalité pour traîner des objets que je trouve pour ma part plus que superficiels.

Tout en marchant et devisant j’apprends qu’elle est partie des « Echelles de la mort » hier matin et n’a fait qu’une étape celle où je viens de la croiser. Aussi j’en profite pour faire celui qui sait très bien où il se trouve et sort ma carte IGN, c’est elle qui pointe du doigt le lieu où nous nous trouvons. Nous sommes sur un tout petit sentier et nous devons regagner le Doubs que tous les deux avons dû laisser à une intersection en s’enfonçant dans la forêt. Pour ma part j’ai tellement voulu les semer que j’ai sûrement tourné en rond plus qu’il ne le fallait, quant à la gentille demoiselle fort serviable, elle ne se souvient pas à quel endroit elle a bifurquée. Tout comme moi elle a hâte d’avancer, car elle doit se trouver dans les Alpes avant le mois de novembre, c’est là que je réalise être resté enfermé plus d’un mois dans ce cachot. Nous sommes au mois d’octobre, le 15 plus exactement, là je suis abasourdi, qu’ai-je fait tout ce temps, à part dormir ? Certainement déliré. Faut-il qu’elle m’accompagne, j’ai peur de la mettre en danger. Je dois la mettre au courant, je vais le faire sous forme de jeux pour ne pas l’affoler. Elle se met à rire et me dit qu’elle adorait étant enfant joué en forêt avec ses cousins. Le jeu du gendarme et des voleurs, elle veut bien le faire avec moi. Je lui propose de mettre le plus de distance entre mes poursuivants, les siens désormais puisqu’elle accepte de se prêter à ce jeu macabre, ce dont je ne me permets pas de lui confier et nous deux. Nous décidons d’un commun accord de marcher de jours comme de nuits et de cette manière nous allons mettre de la distance entre cette armée de fantômes et deux êtres humains aimant jouer. Lorsque nous décollons du bivouac il est exactement 7 h du matin, nous aurons besoin de faire quelques courses mais nous n’en sommes pas encore là et nous verrons comment procéder. Je suis dégoûté je pensais terminer fin octobre le GR5, je pense que je vais m’arrêter au Lac Léman. Il me sera impossible de franchir les Alpes, la neige va s’installer. Pour l’instant nous cheminons sous une pluie fine et glaciale.

C’est à la fois une aide précieuse, j’ai moins soif, cependant elle gêne ma progression, mes chaussures tout comme celles de ma compagne de route marquent le sol meuble et s’enfoncent, cela alourdi nos pas.  Dans un sens c’est plutôt bien car possible qu’ils ne suivent pas deux marques de pas et tournent en rond à ma recherche. En face nous voyons la berge Suisse si différente de celle de France. Soudain la demoiselle décide de s’arrêter, elle veut se baigner, je n’ose la contrarier, car j’ai besoin d’elle, c’est une compagnie agréable et  elle me regarde parfois d’une manière qui me donne des envies de corps à corps, depuis Montbéliard je n’ai pas eu de femmes, j’ai plutôt subi les cris, la faim, les hurlements d’une bande de soudards, aussi si elle n’est pas farouche je la cueillerais la nuit prochaine comme une belle fleur sucrée. Pendant qu’elle se baigne dans le Doubs, je l’observe, elle a un mini maillot de bain qui cache pas grands choses, je préfère m’abstenir et ne pas me baigner, je sais trop bien comme on peut souffrir des pieds lorsque l’on randonne. Je prépare deux sandwichs avec les rations de l’armée. Quand elle revient elle sort de son sac de l’eau, du fromage et deux bananes. Nous savourons le tout, enfin surtout moi, elle s’étonne que j’ai des rations de l’armée, je ne lui laisse pas le temps d’aller plus avant dans ses questions, je lui raconte une histoire à dormir debout, elle ne tique pas et la gobe. Nous repartons en direction du saut du Doubs, nous ne resterons pas là, nous irons plus loin si le vent qui se lève nous le permet, car marcher la nuit lui fait peur, surtout que nous allons nous trouver sur la frontière Suisse. C’est d’un commun accord que nous décidons de planter notre tente au sommet du « Meix Musy » altitude 1285 mètres, à ce moment nous aurons atteint le Val de Morteau. Rien que d’y songer je pense aux saucisses du même nom. Le repas est déjà loin et j’ai encore plus faim.

Avant d’attaquer la dernière montée, nous avons la chance de trouver  une auberge, et j’en profite pour demander de remplir mes gourdes, l’aubergiste accepte, bien que nous nous n’arrêtions pas chez lui.  Il nous indique un raccourci et nous voilà au sommet.  A nouveau le courant passe entre Zoé, c’est le nom qu’elle m’a donné, et moi, on ne plante qu’une toile de tente. Je lui laisse croire que j’ai oublié mon canif à l’auberge lorsque j’ai pris de l’eau ; en fait la brave dame en vendait, et je fais le circuit dans l’autre sens. Lorsque j’arrive, elle est justement sur le pas de sa porte, j’en profite pour lui raconter mon histoire, enfin les grandes lignes, lui laissant croire que nous participons à un grand jeu, et que si dans les heures qui viennent ou jours se présentent une bande d’hommes, elle devra leur dire qu’elle ne nous a pas vu. J’en profite pour lui acheter un beau couteau Suisse. Elle me remet du pain et des saucisses de Morteau froides mais elles me donnent déjà l’eau à la bouche. Elle me souhaite de gagner mon pari et mets son doigt sur la bouche en disant :

  • Je serais muette comme une tombe.

A suivre…