Mario /1 ( La traversée dangereuse )

Je cours plutôt que je ne marche, pourtant j’ai les jambes faibles, je tombe une fois, me relève et tombe à nouveau. Je ne comprends pas la raison pour laquelle je ne me souviens pas de la première piqûre, j’étais endormi certes mais conscient, à moins que, j’en suis là plongé dans mes pensées qu’à nouveau je titube et chute lourdement sur le sol. Je me traîne dans le fossé qui me tend les bras pour éviter que je sois repéré rapidement. De mon sac je sors un fond de thermos d’eau, et une trousse de secours. Je vérifie que toutes mes articulations fonctionnent et me soigne le magnifique hématome qui se trouve sur mon genou droit. Comme je ne me sens pas en pleine forme je décide de m’enfoncer un peu plus dans la forêt. Mais auparavant je bois la dernière eau que j’ai, j’aurais dû être plus avisé car là je me trouve avec peu de nourriture et plus rien à boire, je sais que le chemin est truffé de sources ainsi que des cascades, mais pour l’instant je suis en mauvaise posture. Je rampe car je suis épuisé, j’ai les jambes lourdes et les yeux qui se ferment malgré moi, j’ai dû attraper un virus, brutalement un signal d’alarme résonne dans ma tête. Pourquoi ai-je trouvé un drôle de goût  lorsque j’ai bu cette eau ? Voilà pourquoi je n’ai aucun souvenir, c’est mon eau qui a un somnifère.

 

Lorsque je me réveille, je suis à nouveau prisonnier, je me suis bien fait avoir, mais cette fois ci je vois un garde devant la porte entrebâillée. Sur le sol proche de mon lit de fortune git une assiette avec de la nourriture, depuis combien de temps est-elle là ? Je ne réfléchis pas et me jette sur cette pitance, tant j’ai faim, mais il n’y a pas la moindre goutte d’eau, il va falloir que j’en réclame. En réclamer c’est se mettre en situation d’infériorité, je vais essayer de tenir le coup. C’est peine perdue je commence à délirer, j’ai froid, j’ai chaud et surtout j’ai soif. Il me faut me rendre à l’évidence je vais demander à l’homme en faction devant ma porte de m’en apporter.

J’ai beau appeler, crier aucun son ne sort de ma bouche je suis aphone, voilà autres choses, j’ai bien essayé de me lever mais je n’ai plus de jambes je suis en position de faiblesse, ces dingues me droguent, m’assoiffent, que va-t-il se passer ? Finalement j’ai la présence d’esprit de taper sur le montant du lit qui est en ferraille, j’ai mon couteau ils ne vont pas me le laisser longtemps mais la soif est plus forte je sens que je vais capituler devant cet ennemi. L’autre entend le bruit que je fais et me demande ce que je veux, j’ouvre la bouche mais à nouveau aucun son n’en sort. Il comprend que je ne peux plus parler, par contre il ne pige pas que j’ai une soif d’enfer. Il décroche son talkie-walkie et signale que je suis aphone et demande que le médecin vienne m’examiner, alors n’y tenant plus je le frappe avec ma jambe et mime celui qui boit, alors il ajoute il a terminé sa gourde apportez aussi de l’eau. Enfin, en voici un qui comprend mon langage. Lorsque le soi-disant médecin arrive je lui trouve une tête connue mais je n’arrive pas à mettre un nom sur son visage de marbre. Il me fait ouvrir la bouche, dit que j’ai une belle angine à point blanc et me fait le TDR (test de diagnostic rapide) ; le verdict est implacable j’ai une angine bactérienne, il me file des antibiotiques de manière à ce que je puisse guérir et conseille où plutôt donne des ordres pour que l’on m’emmène dans une pièce moins glaciale pour que je puisse me remettre. Je ne sais pas combien de jours je suis resté dans ce lieu noir et infâme  car j’ai entendu le capitaine dire :

  • Rien à faire, qu’il crève, je ne veux pas qu’il contamine tout le monde, apportez lui des couvertures, il n’est pas question que je le remonte sur mon dos, une fois m’a suffi.

Comme je ne peux pas lui répondre et que je n’entends pas de réponses de qui que ce soit, je suppose que je rêve voire que je cauchemarde. A l’armée je n’étais pas un saint pourtant je n’ai jamais mis la vie d’autrui en danger, par contre le capitaine a plus d’une bavure à son actif. J’allais rapidement comprendre que l’armée était le cadet de ses soucis, il voulait me confronter à d’autres projets, il se souvenait de la tête brulée que j’étais, je n’avais nullement envie de plonger dans le passé et de recommencer. Le marché que j’allais passer était des plus dangereux, j’étais fait comme un rat, car choisir entre la mort ou la mort assistée par ce fou furieux qu’il était devenu n’était pas mon but.

Au bout de huit jours où j’ai passablement déliré, me voilà à peu près d’aplomb si j’écoute les conseils avisés de mon médecin. Ma voix est normale, les courbatures ont disparues, ma gorge n’est plus une plaie, je peux manger et boire normalement, quand j’avale tout est redevenu normal. Et, surtout je peux à nouveau émettre des sons, bien qu’ici à part me parler à moi-même je n’ai pas l’occasion d’échanger avec d’autres. Cela va changer car j’ai rendez-vous ce jour devant le tribunal qui doit me juger, j’ai eu beau m’y opposer j’ai rapidement vu que je n’avais pas le choix. Ils m’ont octroyé un avocat d’office, un gamin d’à peine 18 ans qui me regarde de travers. Il m’a dit on va vous donner le choix entre mourir dignement ou périr dans des souffrances atroces. J’ai donc commencé à me demander si tous ces hommes étaient intelligents et j’ai décidé d’en savoir davantage grâce à l’apprenti avocat.

  • Maître (ça j’avoue qu’avec du recul cela m’amuse encore) j’aimerais savoir en quoi consiste ce procès ? Je ne vous connais pas, à part le capitaine et encore je ne l’avais pas vue depuis plus de 7 ans, je ne vois pas ce qui leur permet de me juger ? De quels crimes m’accuse-t-on ? Car pour parler de ma mise à mort cela doit être fort grave.

A suivre…

Mario ( La traversée dangereuse )

Après cette montée qui me cassait les jambes je m’étais arrêté sur la petite esplanade puis avait marché jusqu’au belvédère de la Cendrée à 5 minutes. La vue était grandiose sur la Suisse et la France. Je m’étais attardé et finalement j’avais décidé de chercher un lieu pour dormir, j’étais à plus de 800 mètres d’altitude, certes pas très haut mais en septembre les nuits sont froides, je regrettais d’avoir laissé ma toile à Maud. Je me suis enveloppé dans mon duvet, mis mon sac à dos à l’intérieur et j’ai dormi, quand je me suis réveillé de suite je me suis rendu compte que je n’étais plus sur la montagne, je me trouvais dans une pièce exiguë, genre cellule. Je n’ai pas le souvenir de quoi que ce soit, qui m’a transporté là ? Et pour quelles raisons ?

J’ai l’impression de me retrouver en Afghanistan, là où mes pas de jeune assoiffé de sensations fortes m’avait conduit lors de ma formation commando. Après mes frasques de gamin indiscipliné, mon père m’avait poussé à m’engager dans l’armée, il connaissait un capitaine, il m’avait chaleureusement recommandé, comme je m’étais retrouvé dans une unité pour tête brulée, rapidement j’avais dépassé les espérances de mes chefs et retrouver en première ligne, ils m’avaient poussés à essayer de prendre une voie qui, je le reconnais m’avait permis de vivre des moments incroyables même si certains m’avaient laissé un goût amer dans la bouche. Mais ce qui me conduit à cette réflexion est le fait de me retrouver enfermer dans une pièce inconfortable, certes couché dans mon duvet mais à même le sol. Lorsque l’on est seul et dans le noir on fait marcher ces sens.

D’abord mon nez a su capter une odeur de fumée, il y avait une ou plusieurs personnes qui faisaient du feu, je ne suis pas seul, encore faut-il savoir à combien de kilomètres ils sont de moi. Pour la sentir assez présente, c’est soit qu’il y a du vent, là je n’ai pas encore écouté, chaque chose en son temps.

Ensuite j’ai été attentif aux bruits, dans la pièce il y en a aucun, à l’extérieur, je n’entends pas le vent, donc la fumée vient forcément de ceux qui m’ont kidnappé car il faut que je me rende à l’évidence on m’a surpris dans mon sommeil et déposé là pendant que je dormais. Ce qui est plus qu’étrange car, justement depuis l’Afghanistan, je ne dors plus que d’une  oreille. Il faut que je vérifie si mon sac est toujours dans mon duvet, en effet, personne n’a songé à regarder, ce sont donc des amateurs. Possible que le ou les ravisseurs soient en capacité de m’entraîner dans mon sommeil, par contre ils ne m’ont pas fouillé. C’est une erreur immense, pour moi c’est une aubaine que je vais mettre à profit. Effectivement j’ai toujours mon arme, mon couteau et surtout ma lampe torche, élément essentiel dans un lieu aussi obscur. Avant de regarder ce qui m’entoure je vais m’examiner, car j’ai un drôle de gout dans la bouche comme si on m’avait drogué. Effectivement je découvre en remontant les manches de mon pull que sur le bras j’ai deux marques de piqûre, qu’est-ce que ces dingues m’ont injectés, certainement un somnifère assez puissant, et comment m’ont-ils transportés là ? A dos d’ânes j’en doute, sur un brancard ? Possible, alors il fallait qu’il soit habillé en pompier ou en secouristes, au moment où cela s’est produit je dormais dans une anfractuosité d’un rocher, au-dessus des échelles de la mort, difficile pour transporter un brancard, à dos d’hommes cela aussi est impossible. Il ne reste que l’hélicoptère, en pleine nuit, rien n’est possible et puis cela demande la présence des autorités, alors là j’avoue mon impuissance. Tout est imaginable quand on est enfermé dans les profondeurs de la terre. A vol d’oiseaux des échelles de la mort je n’ai pas parcouru des centaines de kilomètres, ils ont dû m’emmener dans le fort. Petit à petit les effets de la drogue s’estompent, il faut que je réfléchisse à ce que je vais faire lorsque la porte que j’ai vu dans le fond de la cellule va s’ouvrir. Je suis encore capable de terrasser un ennemi. Je me mets en position combat, je dois la jouer fine et serrée. D’abord je plie mon duvet et le remet dans mon sac, je quitte mon jogging et reprends mon short, un tricot de corps et un pull car l’humidité suinte au mur et je n’ai pas très chaud. Je prends ma ceinture dans laquelle je glisse mon portefeuille ainsi que mon arme. Mon couteau rejoint ma poche. Je m’allonge à nouveau sur le sol et attends que l’on vienne.

J’ai dû m’assoupir car c’est assez brutalement que j’entends ceux qui viennent vers moi. Je suis prêt à bondir, hélas personne n’entre, on me parle par une ouverture dans la porte.

  • Adjudant Crespin, êtes-vous réveillé ?
  • C’est vous mon Capitaine !
  • Ah ! vous vous souvenez donc de moi

A ce moment je décide de jouer l’amnésie totale, cela m’a bien servie au cours des années passées.

  • Je ne comprends pas mon Capitaine ; vous reconnaître, bien sûr je me souviens que vous m’avez mis aux arrêts hier car je ne suis pas rentré de ma permission.

Je sens des conciliabules derrière la porte, ils sont intrigués par ma réponse, je vais rester sur ce registre, j’aurai peut-être la chance que la porte s’entrouvre, par contre il faut que ceux qui l’accompagne  ne soit pas avec lui.

  • Crespin vous vous fichez de nous ?
  • Mon Capitaine je ne comprends pas ;

A nouveau des chuchotements puis, la porte s’entrebâille, une lumière blafarde envahie les murs et la cellule. Face à moi un soldat habillé vite fait, cela ne ressemble en rien à l’uniforme d’un capitaine, derrière lui une jeune femme. Je n’ai pas beaucoup de temps pour agir. Je me lève et me met au garde à vous puis bondit sur la plus faible, la femme, lui appuie mon revolver sur le front et menace l’autre de la tuer. La gamine se met à chialer ce qui agace prodigieusement le soi-disant capitaine, qui, cependant reste impassible, il a dû aller dans l’armée, là je ne mets pas de nom sur son visage, je pense que je trouverais. J’assomme la jeune femme et me préoccupe de l’homme.

  • Qui êtes-vous ?
  • Votre capitaine, vous allez passer en cours martial
  • Bien sûr, vous savez comment s’habille un capitaine ? Là j’ai des doutes où plutôt vous n’êtes plus dans l’armée, Capitaine Marot.

Je sens que j’ai touché l’homme il a un imperceptible mouvement de la bouche, comme une grimace. C’est bien mon capitaine du temps où je m’étais engagé, pour quelles raisons m’at-il amené là ? Le copain de mon père. Une punition à retardement, étrange, il doit y avoir une autre raison.

  • Alors j’attends et je suis pressé, j’ai une randonnée à faire ; expliquez-moi pourquoi je suis dans vos sales pattes. Si dans deux minutes vous ne m’avez rien dit je vous tire une balle dans la tête.
  • Vous serez mort avant de franchir la porte du fort, vous pensez que je suis venu seul avec ma fille.
  • Votre fille ;
  • Bénédicte, ma fille cela ne vous dit rien ?
  • C’était votre fille ?
  • Oui, vous avez la mémoire courte ?
  • Non ! Je me souviens que tous les deux c’étaient une amourette de jeunesse, elle ne veut pas m’épouser ? Je n’en n’ai nullement besoin, je viens d’abandonner une femme aux pieds des  échelles de la mort ce n’est pas pour me coltiner la vôtre. Les femmes finalement moins je les vois mieux je suis heureux. Elle me pompe mon énergie dans tous les sens du terme.
  • Arrêtez votre cirque, je vous recherche depuis que vous avez quitté l’armée par la petite porte, jour fatal ; car depuis j’en ai appris de belles sur votre compte. Il a fallu ces assassinats pour que je mette un nom sur votre visage, votre père m’ayant tourné le dos, car vous aviez dû me dépeindre comme une brute, ignorant mes appels téléphoniques et refusant de me recevoir quand je venais sonner à sa porte.
  • Mon Capitaine vous n’étiez pas un saint lorsque j’étais sous vos ordres, je vous ai vu commettre…
  • Taisez-vous je le faisais pour le bien de mon pays et pour vous endurcir, personne n’est mort.
  • Personne, sauf le petit Jean, qui est dans un hôpital psychiatrique suite à ce que vous lui avez fait subir. C’est une loque, alors pour lui je n’hésiterais pas à vous mettre une balle dans la tête. Maintenant j’ai faim, alors je vais vous fausser compagnie, je vais vous enfermer et vos petits copains viendront bien vous délivrer.
  • Mario ! Je vous laisse partir, mais ne nous enfermez pas car je suis venu seul avec ma fille et si vous nous enfermez c’est la mort assurée, pensez aux bons moments que vous avez passé avec ma fille, vous ne voudriez pas qu’elle meurt de faim 

    Je quitte le réduit, je ferme la porte à clef dans un premier temps puis je reviens et au moment où je vais tourner le gros verrou j’entends des bruits de voix, je n’ai que le temps de me glisser dans une cellule voisine. Le capitaine s’est bien payé ma tête, il y a là un régiment, j’entends des cris de rage, des exclamations, des jurons, le capitaine a beau s’excuser il se fait ramasser par un gradé, car je l’entends  répondre : « je m’excuse mon Colonel, je pensais que vous l’aviez fouillé. » Le reste se perd dans les hurlements du chef suprême, le capitaine est à son tour enfermé dans la piaule où je viens de l’apprendre j’ai passé quatre jours sous sédatif. Je les entends courir, ils ne doivent pas être plus de quatre. Ils partent dans la direction de l’entrée, et, moi je suis là, jamais je n’aurais dû m’attarder, j’ai commis une erreur puisque moi non plus je ne l’ai pas fouillé, ils devaient sa fille ou lui avoir un téléphone, voire un talkie-walkie pour communiquer, ici le téléphone ne passe pas. Il a rameuté ceux qui l’accompagnaient. J’essaye de me souvenir si je ne peux pas trouver une autre sortie que celle qui donne dans la cour principale. Je n’ai plus ma corde, elle aurait été d’un grand secours. Si dans l’autre pièce il n’y avait pas de lumière, je m’aperçois que dans celle-là il y a un soupirail qui doit donner sur l’extérieur du fort. Je m’approche de l’ouverture et voit un fossé, je ne sais s’il y a de l’eau ou non, cela n’a pas d’importance je dois d’abord jeter mon sac, et je vais me faufiler par l’ouverture, ensuite j’aviserais.

    En deux temps trois mouvements je me retrouve à l’extérieur, je vois mon sac qui gît dans l’eau, ce n’est pas profond, je vais pouvoir me laisser descendre, je prends une inspiration et plonge les deux pieds en avant, rapidement je sens le sol sous mes pieds et l’eau au-dessus de ma tête, cela ressemble étrangement aux douves des châteaux, là c’est plus de l’eau qui s’est accumulé à cet endroit. Rapidement je sors, en ayant pris soin de récupérer mon sac et me dirige dans le sens opposé à l’entrée.

A suivre…

Des disparitions inquiétantes ( La traversée dangereuse )

DEUXIÈME PARTIE

Trois mois plus tard, les gendarmes n’ont toujours pas retrouvés Mario, mais pire encore le principal témoin a disparu. Un matin alors qu’elle venait de recevoir une convocation pour expliquer à nouveau les circonstances de la disparition de son ami, Maud ne s’était pas présentée au poste de police qui avait repris l’enquête sur la mort suspecte de ce professeur, et aussi de la tentative d’assassinat sur le douanier. Inquiète l’officier de police l’avait signalé à son chef, qui, dans un premier temps l’avait mis sur  le fait que Maud en avait surement marre de répéter à l’infini les deux ou trois choses qu’elle avait osé leur dire, mais il l’avait senti réticente à s’engager plus loin contre celui qu’elle aimait, et avait émis quelques regrets d’avoir été le dénoncer, car elle doutait et ce avec du recul sur sa réelle culpabilité. Elle leur a même dit l’avoir fait car il s’était plus ou moins embrouillés voire disputés ce qui avait alarmé les enquêteurs pensant plus à une dispute entre amoureux qui avait tourné au drame. Finalement l’officier décide d’envoyer chez Maud deux agents, non pour la forcer à venir, mais pour lui poser quelques questions, le faire à son domicile sera moins contraignant et elle aura moins l’impression qu’il la soupçonne. Hélas ils étaient revenus bredouille et pire encore, la concierge avait signalée que le courrier de la jeune dame s’entassait dans sa boîte aux lettres. Elle n’avait pas relevé son courrier depuis quinze jours et la convocation au Commissariat pouvait rester lettre morte vu qu’elle n’avait pas été ouverte.

Dans l’après-midi de ce même jour, deux inspecteurs se rendent au domicile de la jeune femme, dans l’appartement que la concierge a ouvert, les policiers retrouvent tous ses papiers, son téléphone ainsi que celui de son compagnon, sur celui-ci il y a un message qui date de deux jours et qui interpellent les enquêteurs. :

« Si tu as eu l’idée de laisser ouvert mon téléphone tu me rejoindras là où nous nous sommes vus pour la dernière fois. Laisse tout derrière toi nous recommencerons à zéro. » Si dans deux jours tu n’es pas venu, je partirais au bout du monde à tout jamais. »

Hélas Maud n’a jamais dit le lieu exact où elle se trouvait lorsque son compagnon a disparu, c’était une des raisons qui faisaient que ces Messieurs voulaient la questionner un peu plus, elle avait toujours laissé planer un doute, tantôt c’était dans les Vosges, parfois dans le Jura. Elle parlait du fort dominant Belfort, mais n’arrivait pas à le situer, ce qui avait fait dire aux enquêteurs c’est que la demoiselle cachait quelques choses, et, au moment où ils espéraient le savoir, elle disparaissait.

Deux semaines plus tard sur le journal « l’Est Républicain » un gros titre fait la « Une » dans le Doubs. On ne parle que de ça, une jeune femme a été retrouvée en bas des échelles de la mort. Personne ne sait comment elle a pu se retrouver là, personne ne sait quoique ce soit la concernant. La jeune femme n’est pas morte, elle est blessée mais amochée à vie, elle a la colonne vertébrale de fracturée, elle restera paralysée. Pour l’instant elle ne peut pas témoigner elle est dans le coma. De plus elle a le visage écrasée, comme si on s’était acharné sur elle à coup de pieds ou jeté du haut de l’échelle de la mort. Il y a une corde neuve qui pend dans le vide.

A suivre…

Triste constat (La traversée dangereuse )

Et, comme à chaque fois avec Maud toutes ces disputes se terminent dans un lit, là c’était un peu difficile car je voulais mettre de la distance entre l’homme qui gisait dans la forêt. Nos ébats auraient été incongrus,  aussi je lui ai fait miroiter que nous trouverons un endroit propice pour s’accoupler, oui avec elle seul ce mot lui correspond.

Depuis que nous sommes partis c’est  de la montée et de la descente. Le chemin s’élève enfin nous voici à 1000 mètres, en contrebas nous apercevons le Doubs, il sera notre fil conducteur pendant quelques kilomètres cela évitera les grands dénivelés, Maud aura le temps de panser ses ampoules. Nous suivons la rivière elle va nous amener aux échelles de la mort, autrefois ces échelles permettaient le passage de la contrebande, mais si elles portent ce nom c’est que dans le passé il y a eu un nombre incalculable d’accidents. Maintenant les échelles sont interdites,  on en voit encore quelques vestiges, elles ont été remplacé par des escaliers de couleurs rouges. J’installe Maud pour notre futur bivouac, elle en profitera pour soigner ses talons, et entreprends la montée au belvédère par les échelles, 18 km de marches aller-retour, je laisse ma guitoune elle n’est pas vraiment lourde mais cela permettra à Maud de s’installer pour la nuit, je la rejoindrais dès que j’aurais fait cette escalade qui m’a toujours tenté. Elle me voit partir de mauvaise grâce, je l’ai dissuadé de me suivre, elle ne sait pas comme les marches peuvent casser les genoux, et je ne parle pas de la descente. Puis, j’ai envie d’être seul, Maud arrive à me saouler à la longue, je la préfère allongée car là au moins je sais ce qui la motive. Le sexe c’est de cette manière que je l’ai connu, après une soirée en discothèque fort arrosée elle n’a pas fait sa farouche, je l’ai possédé devant mes copains sur le capot de ma voiture. Ce soir-là, elle était passée de bras en bras pour finir chez moi. Ce n’est pas ce genre de femmes dont j’ai besoin, c’est juste sexuel c’est ce que je me dis en montant. Ai-je envie de poursuivre mon chemin avec une tête de linotte doublée d’un moulin à paroles qui ouvre ses jambes fuselées et qui accepte que je la prenne y compris de force.

Pendant ce temps Maud a profité de l’absence de Mario pour se baigner, ensuite elle a préparé un repas amélioré, les heures passent et elle se sent seule, elle a envie que son Mario revienne, mais personne n’apparaît sur les escaliers, cela fait plus de quatre heures et toujours rien. Elle a voulu lui téléphoner et lorsqu’elle a entendu la musique elle a compris qu’il n’avait pas son téléphone, il l’avait laissé dans le sac où jusqu’à présent il mettait aussi son portefeuille, mais ce dernier n’y était pas. Elle commence à avoir des doutes et cela se confirment  le lendemain matin quand après avoir lutté contre le sommeil elle a réussi à s’endormir, pourtant elle ne voulait pas le faire mais la fatigue avait eu raison d’elle. C’est un soleil chaud de septembre qui la réveille, elle cherche si Mario est à ses côtés, il n’y a personne, elle espère le trouver dehors en train de préparer leur déjeuner, mais là non plus elle ne le voit pas. Deux randonneurs observent les échelles de la mort, Mario n’est pas revenu, il a dû avoir un accident, mais que faire, appeler les secours ? Où le laisser à son triste sort, s’il est tombé on retrouvera bien son corps. Et dans le cas contraire il va bien revenir. Possible qu’il ne va pas tarder se dit Maud, elle va attendre jusqu’à midi, après elle passera en Suisse et rentrera sur Montbéliard, là-bas elle a laissé ses valises dans un petit appartement qu’elle a loué pour l’année.

Fin de la première partie

 

Pour ceux qui aiment savoir ou ce récit se passe c’est là

Des doutes – suite (La traversée dangereuse)

C’est une belle assemblée qui nous accueille dans la grande salle du gîte. La maîtresse de maison nous salue et nous fait prendre place au milieu de gens plus hétéroclites les uns que les autres, cela me va car nous allons nous fondre dans ce milieu. Chacun raconte son périple, sa randonnée, ses petits bobos, arrive notre tour,

Maud dit rien au début puis au fil de la conversation elle se laisse aller à converser jusqu’au moment où l’un d’entre ceux qui se trouvent à la table du fond dit :

  • Avez-vous vu le portrait-robot de cet homme qui est soupçonné de ne pas avoir aidé ce professeur qui accompagnait ses élèves ?

C’est tout d’abord un brouhaha qui rapidement s’éteint lorsque tous les regards se tournent vers ma compagne et moi. Je chipote ma mie de pain et ne lève pas les yeux, comme si j’étais sourd à leurs questions et c’est Maud qui va s’y coller à leur répondre.

  • Nous, nous commençons notre randonnée et nous arrivons de Suisse, nous étions dans le Jura Suisse, nous avons remarqués les manchettes de journaux en arrivant en France, car un promeneur avait abandonné dans une poubelle son journal, nous n’avons même pas lu le canard, que s’est-il donc passé ?

A nouveau tout le monde parle à la fois, je ne bronche pas et ne dit toujours aucun mot, Maud va réussir un tour de force en disant que je suis muet, ce qui va rapidement détourné la conversation, mais je sens qu’un homme celui qui me fait face à des doutes me concernant, il va plusieurs fois de suite me parler mais je ne lui réponds pas, j’acquiesce de temps en temps ou je fais le sourd. C’est à ce moment-là qu’il prend à témoin la jeune femme assise à ses côtés et lui dit :

  • Vous ne trouvez pas que ce Monsieur a un petit quelques choses de ressemblant avec le portrait-robot diffusé sur TF 1 ce matin.
  • Désolée je n’ai pas ouvert la télévision car c’est la première fois que je m’arrête dans un gîte, j’avais du linge à laver, la télé je la bannie pendant le temps que je randonne.

Il me regarde au travers de ses yeux chafouins comme si il me jaugeait voire me jugeait et commence le langage des signes, c’est à nouveau Maud qui me défend, elle lui dit :

  • Mon ami n’a pas besoin du langage des signes car il devrait à nouveau parler quand le choc émotionnel qui l’a subi suite à son accident en montagne sera passé, c’est pour cela que nous allons rejoindre les Alpes pour qu’il se retrouve dans la même situation le médecin pense qu’à la vue des montagnes qu’il aime il retrouvera la parole.

L’homme se confond en excuses, je le laisse se dépatouiller dans ses regrets et ne fais cas de rien, nous nous levons pour regagner notre chambre mais je sens que plusieurs regards nous suivent. Etrange la sensation que je tire de cet instant qui aurait pu être convivial si le sujet n’avait pas été l’accident de ce professeur.

Dans la chambre je remercie Maud de m’avoir tiré de ce mauvais pas, nous nous endormons comme des bébés et rien ne vient interrompre notre nuit au calme. Le lendemain nous nous levons une fois que la troupe principale a déjà mis les voiles, ne voulant pas nous retrouver avec l’individu qui se posait des questions sur ma ressemblance avec le portrait-robot, si cela n’avait pas pris autant d’importance c’était encore grâce à Maud. Est-ce que par hasard elle ne voulait pas que je lui en sois reconnaissant à tout jamais et que je la redemande en mariage, pour l’instant nous n’en sommes pas là, je ne pense pas à ce que je ferais après, je vis au jour le jour et je fais bien car la suite allait être plus que mouvementée. Nos hôtes nous souhaitent une bonne suite pour notre randonnée et nous poursuivons notre périple sur Courtefontaine, mais rapidement je sens comme une présence insolite, comme si on nous suivait tout en maintenant la distance, cela me semble surréaliste mais je suis expert en la matière, J’ai appris au bataillon de chasseurs alpins l’art et la manière de débusquer l’ennemi, mon oreille sait entendre ce que le commun des mortels est loin de s’imaginer. Je suis certain qu’un individu est derrière nous et se dissimule mais pas suffisamment puisque j’ai tous mes sens en alerte. Il faut que nous nous arrêtions pour cela il faut que je donne une bonne raison à Maud pour qu’elle accepte de se poser quelques instants. Voilà une pierre qui nous tend les bras, je lui fais remarquer que cela ressemble à s’y méprendre à un fauteuil, elle est ravis de s’asseoir pendant que je lui fais comprendre que je me rends dans un endroit retiré pour satisfaire à un besoin naturel, de cette manière elle ne me suivra pas. Je sors tout d’abord mon arme et sans faire craquer aucune branche je m’enfonce dans la forêt. Je n’ai pas fait plus de dix pas que je vois tapis derrière un rocher l’homme qui posait trop de questions. J’enfile mon passe montagne dernier vestige du temps où j’étais dans les commandos et je me dirige vers l’individu. Je ne suis plus dans le Jura je suis en Afghanistan, lui est l’ennemi et silencieusement je dois le tuer. Mon arme n’a pas de silencieux, je devrais prendre mon couteau, c’est à ce moment-là que j’entends des rires et des bruits de voix sur le chemin sur lequel nous étions Maud et moi il n’y a pas si longtemps, l’homme se baisse et vient vers moi, tout me revient à la pensée, je ne suis pas sur zone je suis en train de marcher en France. Si je dois faire quelques choses à ce type c’est juste l’assommer pour que j’aie de l’avance sur lui. Je le laisse s’approcher et dès qu’il n’est plus qu’à une encablure de moi, je me lève et lui assène sur le haut de la tête un violent coup avec l’arme de fortune trouvée à même le sol, un solide gourdin. L’homme s’affaisse au sol sans un cri. Je passe ma main au niveau de son cou il est vivant, je l’ai bien assommé. Il y a un filet de sang qui s’écoule de sa joue, cela n’a rien à voir avec le coup que je viens de lui porter, c’est juste les branches qui l’ont éraflé. Je rejoins rapidement le lieu où il planquait et je trouve un sac à dos noir, je l’ouvre en fait l’inventaire et trouve sa pièce d’identité. Merde, j’étouffe ce juron c’est un douanier, il doit être en vacance. Possible qu’il n’en n’avait pas après moi, aussi je fais demi-tour pour lui apporter son sac et le laisser à ses pieds, et je m’aperçois que c’est bien l’homme qui hier au soir posait trop de questions. Il était donc à ma poursuite. Je me garde bien de lui mettre une balle dans la tête et rejoint rapidement Maud qui ne s’ennuie pas, tant elle est occupée à faire les yeux doux à un joli garçon, dès qu’elle me voit elle met fin à la discussion et se colle littéralement à moi comme une sangsue ce qui met mal à l’aise le jeune homme à qui elle devait conter fleurette, il tourne les talons et s’en va après avoir remis son sac à dos qui était à ses pieds.  Pendant quelques kilomètres je ne dis pas un mot c’est seulement aux abords du village que j’apostrophe Maud en lui demandant à quels jeux elle joue ? Dans un premier temps elle semble désarçonnée puis elle reprend des couleurs et joue à la naïve comme elle m’avait si bien habituée avant notre séparation.

 

  • Arrête ! Maintenant c’est terminé cette manière doucereuse de me la jouer, tu mets cartes sur table sinon je te laisse sur place et continue sans toi, par contre je n’alimenterais plus ton compte bancaire, tu iras faire la souillon vu qu’il n’y a que ça qui te colle à la peau.
  • Mario, mais je n’ai rien fait avec ce jeune homme, on parlait de fatigue et il allait me proposer un pansement révolutionnaire lorsque tu as débouché des bois. En plus c’est plutôt à moi de me poser des questions car tu es partis à gauche et tu ne m’as pas dit avoir croisé des randonneurs et pourtant tu es revenu par la droite, tu as bien dû traverser le chemin.
  • Je l’ai traversé en effet et les randonneurs arrivaient, pourquoi il fallait que je leur dise bonjour, si je les avais croisé je l’aurais fait mais ce n’était pas le cas, je suis passé avant qu’ils arrivent, je les ai juste entendu parler et chanter. Ce jeune homme vu par où il est reparti n’était pas avec eux. Je te connais par cœur, tu essayes de noyer le poisson comme à ton habitude. Il a eu le temps de te dire son prénom ?
  • Non, il m’a juste dit qu’il s’était arrêté pour faire une photo et qu’il traquait un somme solitaire, un loup, et qu’il était douanier. Il était en vacance et devait rejoindre un collègue qui devait être pas très loin d’ici. Il a ajouté il a passé la nuit à la ferme des…
  • Oui je vois, il t’a dit qui était l’autre douanier ?
  • Non ? Pourquoi l’aurait-il fait ? Cela ne m’intéressait pas. Et, toi qu’as-tu fait pour être resté si longtemps, je pense que tu fuyais les randonneurs ayant peur qu’il te reconnaisse.
  • A ton avis ? Tu m’as dit m’avoir reconnu, d’autres peuvent aussi penser que je suis un assassin, ce n’est pas le cas. Je m’étonne que tu sois venu avec moi, tu n’as pas peur, je pense plus qui tu espères faire main basse sur ma fortune, tu rêves, n’oublie pas que tu as signé les papiers du divorce.
  • Mario je t’aime, je te l’ai prouvé ces jours-ci.
  • Nous étions en manque je ne pense pas que ce soit une preuve d’amour que de te jeter sur moi, tu n’aurais pas eu une petite idée dans la tête.
  • Tu es méchant Mario, tu n’étais pas comme ça avant notre séparation. Si je t’ai fait de la peine je te demande pardon.
  • N’en parlons plus, je me suis énervé, mais avoue que c’était une situation ambiguë que de te voir faire les yeux doux avec ce type.
  • Si tu réagis ainsi, Mario c’est que tu m’aimes.

A suivre…