Un paquet bien encombrant (suite 1)

  • Mais je croyais qu’en septembre le téléphérique ne marchait pas ?
  • Tu penses bien que nous gendarmes nous avons donné l’ordre de le mettre en marche pour pouvoir évacuer le blessé, ensuite ils auront la montée à faire jusqu’au refuge du grand Col où nous sommes. Je le trouve exigüe on est vraiment les uns sur les autre.
  • C’est bien pour cette raison que je ne pensais pas m’attarder ici, mais avec ce paquet, nous sommes bien obligés d’attendre qu’il soit enlevé.
  • Nous n’avons pas de chance, le Mont Pourri porte bien son nom cette année.
  • Si ce quidam n’avait pas voulu jouer à l’alpiniste nous aurions atteint le sommet.

Au même moment l’homme essaye de se retourner, pour l’instant nous l’appelons l’homme, il ne nous a pas encore décliné son nom. Puis Guillaume a décidé de jouer à celui qui ne l’a pas encore reconnu. Mais sera-t-il dupe de notre stratagème ? Nous n’en savons rien et nous allons bien vite nous en rendre compte. Car il nous demande à boire, il a soif.

  • Avez-vous dans votre sac un thermo de café ou de l’eau ?
  • J’avais une poche d’eau mais si vous ne la voyez pas, c’est qu’elle a dû tomber lorsque j’ai sentis le sol se dérober sous mes pieds.
  • En effet à part votre sac nous n’avons rien trouvé, nous allons vous donner un peu d’eau, mais nous ne savons pas combien de temps vont mettre les secours, il va falloir l’économiser, comme vous êtes blessés c’est vous qui en aurez le plus besoin.

C’est Pierre qui lui tend sa gourde, il boit mais rapidement, Pierre lui ôte le précieux liquide et lui dit

  • cela suffit, nous verrons plus tard. Souffrez-vous ?
  • Oui, pouvez-vous me donner un médicament contre la douleur.

Pierre sort sa trousse de secours, il a emporté tout ce qu’il faut, c’est vraiment un professionnel songe Xavier.

  • Je vais vous faire une dose de morphine, c’est le mieux pour les jambes cassées.
  • Non, je veux un médicament, genre Tramadol .
  • Je n’emporte jamais de comprimés, désolé c’est ça ou rien.
  • Alors rien !
  • Comme vous voulez, mais ne vous plaignez pas si vous avez mal. Acceptez-vous que je vous nettoie votre arcade sourcilière ?
  • Non !
  • Vous avez peur de quoi ? lui crie Xavier
  • Peur moi, vous rigolez, je n’ai peur de rien, la preuve je suis monté sans guide.
  • Bah ! On voit où cela vous a mené, ici avec une jambe cassée et si cela se trouve un traumatisme crânien. Car avec les imbécillités que vous proférez vous avez dû vous taper la tête.

Et Xavier avec son humour décoiffant ajoute :

  • Sur de la roche le choc cela ne pardonne pas ;

Et, en disant ses paroles il a vu sursauter le blessé, Guillaume ne s’est pas trompé c’est bien le frère du Colonel. Si ce n’était que de lui il le filerait au fond d’une crevasse, qu’est venu faire en montagne ce jeune crétin ?  C’est à ce moment que le téléphone de Pierre émet un son, il sonne et s’arrête, il sort un instant et au travers de la cloison nous l’entendons parler. Les gendarmes partent à l’instant du refuge du Mt Pourri, leur ascension sera longue mais toutefois plus rapide que la nôtre car ils sont tous expérimentés, mais ils ne pensent pas arriver avant la nuit, du coup et bien que cela lui en coûte Pierre prend la décision de demander à ses hommes d’attendre le lendemain, car ne pouvant pas redescendre à la nuit, ici nous allons être trop nombreux. Et, c’est ce que nous explique Pierre lorsqu’il est de retour. Puis il ajoute

  • Vous allez devoir passer la nuit avec nous, j’espère que vous avez de quoi manger dans votre sac à dos ? Car nous n’avons pas emporté votre dîner, Monsieur ?

Mais l’homme ne lui répond pas, il gémit de douleur, aussi Pierre qui en a marre de ses tergiversations, le pique d’autorité, l’autre a bien essayé de le lui interdire, mais devant la force de Xavier qui l’a maintenu sur la couchette improvisée, il a cessé de se débattre et s’est laissé faire. Rapidement il sombre dans un sommeil lourd, la morphine sera notre meilleure alliée. Nous allons prendre chacun un quart lorsque la nuit sera là. Il ne faut pas que ce type nous prépare un sale coup, nous ne lui avons pas fait les poches, et comme il était le grand ami du Commandant Ben il a dû aller à bonne école concernant les armes blanches. Toutefois il n’est pas vraiment en état de se jeter sur l’un d’entre nous, mais il peut avoir des ressources que nous ne connaissons pas. Pendant qu’il dort d’un profond sommeil nous mangeons. Comme nous ignorons si cet énergumène a emporté un repas nous faisons 5 parts de manière qu’il puisse manger, nous espérons que la dose va l’endormir longuement mais Pierre ne lui a pas administré une dose de cheval, juste une dose qu’il avait dans sa trousse. Comme il dort et que Pierre ne le trouve pas agité nous en profitons pour sortir et décider d’un plan de bataille, il nous faudrait l’interroger mais il esquive, il doit bien se douter que l’un d’entre nous le connait, surtout depuis que Xavier l’a poussé à réagir, certes il a soigneusement évité de le montrer mais nous avons guetté sur son visage le moindre changement et à l’évocation de son nom il a réellement changé de couleur. Finalement Bastien s’est décidé à appeler chez lui, déjà pour avertir que nous ne redescendrions pas ce soir, et il demande à Clémentine si Rosine est dans le coin. Devant son assentiment il demande à sa femme d’appeler leur fille. Celle-ci est fine mouche et comprend rapidement qu’il s’est passé quelques choses si son père demande à lui parler.

  • Bonjour Papa, tu vas bien ? Tu es monté sur le Mont Pourri ?
  • Non, il y a du mauvais temps, nous le ferons demain, mais je voulais te demander, tu n’aurais pas oublié de me dire quelques choses ?

Si Bastien avait vu sa fille à ce moment, il se serait rendu compte que la petite fille était fort ennuyée, en effet elle lui le dira plus tard elle avait compris immédiatement à quoi son père faisait allusion, aussi en petite fille assez sage elle prend rapidement les devants et lui réponds :

  • J’ai vu un homme vers l’hôtel et je l’ai observé à la jumelle, mais je ne l’ai dit à personne sauf à mon copain et, ah oui je me souviens il y avait Mathéo, c’est lui qui en a parlé à Guillaume.
  • Oui, Mathéo en a fait part à ton oncle, seulement Guillaume n’a pas pu nous le dire avant que nous partions et maintenant nous sommes bien ennuyés.
  • Pourquoi papa, je ne l‘ai pas vu aujourd’hui.
  • Passe-moi ta maman, mais je ne veux plus que tu ne sois intrépide, tu as bien le temps d’être la chef de tes hommes, quand tu l’as vu ce Monsieur tu as pensé à qui ?
  • C’est le Monsieur qui était avec celui que tu as appelé le Commandant Ben.
  • Les gentils Messieurs qui sont venu saccager ta chambre, tu vois Rosine ne prends plus d’initiative seule, je veux que tu nous dises ce genre d’événements, car ces hommes sont dangereux. Tu m’as bien compris.
  • Oui papa ! Tiens je te passe maman.
  • Clémentine, Rosine connaissait un élément qui nous aurait mis la puce à l’oreille si elle nous l’avait dit mais comme à son habitude elle en a fait qu’à sa tête.

Nous laissons Bastien discuté avec sa femme, pendant ce temps nous prenons nos dispositions pour somnoler sans vraiment dormir, mais nous sommes tous des hommes d’action et cela ne nous fait pas peur, mais comment va se comporter notre blessé. Pierre a décidé de lui soigner l’arcade sourcilière et au moment où l’aiguille s’enfonce dans sa chair il a vu les deux yeux bleus du blessé s’ouvrir et des injures lui sont sorties de la bouche comme un torrent de boue.

  • Puisque vous êtes aussi désagréable à compter de ce jour lundi 10 septembre à 20 h moi Pierre, mon nom ne vous dira rien, Commandant du peloton de gendarmerie de Haute montagne je vous signifie que je décline toute responsabilité concernant l’évolution de votre chute. Si vous voulez mourir je peux vous ramener sur les lieux de votre accident et vous vous démerderez tout seul, j’attends vos ordres.

Le frère du Colonel n’aggrave pas son cas, il se tait et nous le laissons à son triste sort, tout en guettant en professionnel que nous sommes tout changement de son état général. Nous n’avons nullement l’intention de l’achever comme voulait le faire l’ami Xavier, excédé que Pierre soit à ses petits soins. Mais ce dernier lui a fait comprendre que malgré la suffisance de cet homme il ne peut cautionner ce qu’il dit. Bien entendu que Xavier est aussi comme nous tous un homme d’honneur et qu’il ne le ferait pas, c’était juste une parole en l’air et un peu ce que nous pensions lorsqu’au cours de la nuit il a fallu agir pour se protéger de ce fou furieux.  Bastien ayant travaillé toute la semaine a préféré prendre le premier quart de manière à ne pas être réveillé en plein sommeil. Les deux premiers quarts s’étaient passés de la meilleure façon, l’homme dormait, même si dans son sommeil il gémissait car la douleur devait être forte, sa jambe faisait un angle mort, son tibia et son péroné devaient être cassés et déplacés, il ne s’était pas loupé. Pierre n’avait pu réduire la fracture mais cet homme devait avoir une tonne de choses à cacher puisqu’il redoutait de parler sous la morphine comme le font certains patients et c’était la raison pour laquelle il avait refusé la seconde.

La troisième partie de la nuit incombe à Guillaume, nous avons tirés au sort pour voir qui prenait les quarts après Bastien, Pierre n’était pas très chaud au départ que Guillaume s’y colle, mais ce dernier l’a voulu. Et, heureusement que Pierre a feint de dormir quand brusquement il a vu le blessé se relever et lancer à toute volée un couteau en direction de Guillaume. La lame a atteint son torse, légèrement au-dessus du cœur, heureusement qu’il avait gardé son blouson car malgré sa blessure le frère La Roche a lancé avec précision et force son couteau. De suite le refuge exiguë voit se lever Pierre qui se précipite vers Guillaume qui tient à deux mains le couteau, mais Bastien et Xavier sont aussi réveillé ils se précipitent vers le dangereux blessé et le collent à la paroi du lit. Pendant que Xavier prends une corde qui leur sert à s’encorder, Bastien lui assène un coup au menton.  L’homme s’effondre sur la couchette ce qui fait dire à Xavier :

  • Mon Commandant on aurait dû vous demander de lui en donner un autre tout à l’heure cela lui aurait évité de prendre son couteau.
  • Ce que nous aurions dû faire c’est le fouiller proprement et simplement. Il n’aurait pas lancé le couteau à Guillaume. Maintenant attachons-le.

A suivre…

Un paquet bien encombrant ( suite )

 

  •  Je ne vois personne,
  • Il n’a pas mis ses pas dans les nôtres mais je le sais que l’on nous suit !
  • Mais c’est peut-être un randonneur comme nous.
  • Non, il ne connait pas grands choses à la montagne, mais il s’est pas mal entraîné, en fait avant-hier on nous a téléphoné du bureau des guides de Bourg St Maurice, qu’un type voulait un guide pour escalader le Mont Pourri.
  • Mais pourquoi t’appelait-il ?
  • Pour que je l’accompagne, mais quand ils lui ont dit avoir trouvé un guide de disponible et qu’il était gendarme, il a décliné la course. Je pense qu’il nous suit.
  • Seul !
  • Ah je ne sais pas mais je ne vois pas qui a pu le prendre pour la course ;
  • Et bien nous allons le savoir, nous n’irons pas au sommet avec une menace dans le dos. Qu’en penses-tu Pierre ?
  • C’est exactement ce que je vous propose.

Mais à cet instant nous entendons un cri d’horreur, suivis d’un appel au secours. Pierre n’hésite pas, il assure Xavier, nous demande de ne pas bouger et refait en sens inverse notre dernière montée. Il aperçoit suspendu au-dessus du vide un individu qui n’en mène pas large. Pierre ne se pose aucune question qui que ce soit il se doit de le sauver, il appelle Bastien qui de nous trois est le plus chevronné, Guillaume restera avec Xavier. Bastien rejoint Pierre et découvre le drame qui se joue à deux pas d’eux. L’homme a l’air épuisé, mais il ne faudrait pas qu’il leur joue la comédie, car c’est certainement lui que Rosine a observé à la jumelle. Aussi il s’en tiendra à ce que Pierre voudra, mais ce serai que de lui il le laisserait moisir ici. Ce genre d’individus qui ne va pas direct au but mais passe par la montagne pour leur parler, cela devient glauque et ça ne sent pas bon.

  • Monsieur ? Vous m’entendez, ne bougez pas répondez-moi.

Mais il ne dit rien, il a dû s’évanouir, il va falloir le remonter, nous devons le faire bien qu’il en coûte à Pierre. Mais en montagne, un blessé reste un blessé même si c’est un prisonnier évadé ou un grand criminel. Après tout ils ignorent si c’est l’homme qui a refusé son aide.

  • Bastien dit à Guillaume d’emmener Xavier au refuge, et ensuite qu’il nous rejoigne. Mais que Xavier ne cherche pas à redescendre, qu’il en profite pour appeler la vallée et demander à l’hélicoptère de venir chercher notre blessé. Aidés de Guillaume et Bastien ils mirent plus de trente minutes à remonter le blessé, celui-ci était blanc comme un linge et évanoui, il avait sa jambe de fracturer et une plaie au front, sans doute l’arcade sourcilière quand il avait fait le pendule. Mais ce qui inquiétait beaucoup plus Pierre c’est que le temps avait changé, l’hélicoptère aurait du mal à décoller si le brouillard était dans la vallée. Ici le Mont Pourri avait pris un capuchon de nuages et le brouillard faisait le yoyo. Avec un blessé et sans matériel il n’était pas question de redescendre, il fallait aller dans le refuge. Ils mirent plus d’une heure pour remonter alors qu’ils l’avaient fait si facilement il y avait plus de deux heures. Arrivés au chalet il a fallu qu’ils se rendent à l’évidence l’hélicoptère ne décollerait pas, de plus il y avait du vent. Ils allongèrent le blessé sur un des lits et Pierre commence à lui faire une attelle de fortune pour lui soulager la jambe. Le blessé gémi mais n’ouvre pas les yeux. Il lui ôte délicatement son blouson et Guillaume qui fume sa pipe observe et brutalement il sursaute et il s’exclame :
  • Bon sang mais c’est le frère du Colonel, il me semblait bien que je connaissais cet individu ; décidément ils vont tous se liguer contre nous « les de la Roche. »
  • Avec le nom qu’il porte ce n’est pas étonnant qu’il se soit fracassé le crâne contre de la roche.

Et les quatre amis s’esclaffent !

  • Sacré Xavier tu n’en rates pas une.

Mais le blessé entrouvre les yeux, il a l’air mal en point, ils ont bien envie de lui poser quelques questions mais celui-ci épuisé sombre dans un profond sommeil. Il profite de ce moment pour s’installer pour la nuit, à moins que l’hélicoptère puisse monter, Pierre va essayer de joindre son peloton, en montant par les Arcs ils pourraient venir récupérer l’individu et le mettre sous bonne garde à l’hôpital de Bourg Saint Maurice. Ils sortent un instant car la communication est mauvaise, et, Pierre pense qu’il joue au mort pour pouvoir capter ce qu’ils se disent.

  • Quand il aura repris ses esprits nous l’interrogerons, enfin toi Guillaume puisque tu le connais, mais c’est son petit frère au Colonel car il me parait bien jeune ?
  • En fait le Colonel nous l’a toujours présenté comme son frère mais je n’en sais rien ; je vais aller le fouiller et voir ses papiers.
  • Fais attention :
  • Tu as vu sa jambe dans quel état elle est, il ne pourra pas me courir après, puis le chalet est petit j’aurai vite fait de m’éloigner.
  • Nous ne l’avons pas fouillé nous ignorons s’il n’a pas une arme, fait très attention, du reste Xavier tu devrais rentrer avec lui ainsi que Bastien, le temps que je joigne mes hommes.

Au bout de quelques instants Guillaume ressort pour demander à Pierre s’il sait où se trouve le sac du frangin, Pierre qui téléphone lui fait signe qu’il ne s’en souvient pas, puis comme la communication est terminée il lui montre le sac qui est resté posé à côté des leurs. Il fouille rapidement le sac et stupéfait il voit la photo de Guillaume, sa femme et son fils ainsi que celle de Xavier. Les photos ont toutes été prises à Djibouti. Et, comme il l’avait prévu il y a une arme de petit calibre mais à bout portant elle ferait des dégâts. D’ un commun accord les deux hommes ôtent les balles et remettent l’arme dans la poche intérieure du sac, Pierre replace les photos dans le portefeuille et rentre avec Guillaume dans le chalet. Tous les sacs sont déposés sur le sol y compris celui du blessé. Celui-là n’a pas l’air de s’être réveillé, il va falloir s’occuper en attendant que les gendarmes arrivent par les Arcs.

 

A suivre…

 

Un paquet bien encombrant

 .

 A peine arrivé à Peisey Nancroix chez la mère de Guillaume , notre voiture est entourée par nos proches. Assia se jette dans les bras de son mari, ses larmes sont la meilleure récompense pour le travail que nous avons fait, mais elle sait s’effacer pour laisser sa belle-mère prendre à son tour son fils dans ses bras, l’enfant terrible comme elle l’appelle encore ; c’est un joyeux brouhaha qui envahit le village, quelques heures plus tard il nous semble que tout le village était dans la rue, tant notre aventure avait fait grand bruit dans nos montagnes, pourvu me glisse Guillaume que cela ne remonte pas trop haut. Il faut dire que la mère de Guillaume avait raconté à qui voulait l’entendre les exploits de son fils tant aimé. Mais dans nos villages la discrétion est de mise, surtout qu’en ce mois de septembre la majorité des touristes sont repartis. La mère de Pierre est aussi là, elle trouve que son fils fait plus vieux avec sa barbe, mais Pierre lui dit

  • T’en fait pas je vais m’empresser de la couper.
  • Oui, je préfère car là tu fais homme des bois
  • Non, maman du désert.
  • Puis je ne pense pas que ta fiancée va t’apprécier avec cette barbe fournie.
  • Elle m’a vu sur Paris, elle m’a trouvé un peu loup des mers.

C’est sur un éclat de rire que Pierre s’est précipité chez lui, où il a retrouvé Clémentine qui attends que son chalet soit finis de construire. La petite Kathleen dort dans son berceau à poings fermés.

  • Bonjour Clémentine, comme ta fille est belle, je pense que c’est parce que Mademoiselle dort que tu n’es pas descendue chez ta mère.
  • Voilà tu en connais la raison, et puis aujourd’hui c’est moi qui vais chercher les enfants à l’école. Mais toi va vite prendre une douche tu sens le sauvage.
  • Je suppose que c’est la raison pour laquelle tu ne m’as pas dit bonjour.
  • Oh Pierre je manque à tous mes devoirs mais il faut dire que tu m’as surprise, tu avais oublié que je squattais chez toi.
  • Pour tout te dire, oui mais c’est la preuve que tout va devenir normal.
  • Je suis fatiguée et vous savoir dans ce pays m’a empêché de dormir, j’espère que Guillaume ne va jamais repartir. En plus j’aimerais que Bastien réalise son rêve, certes il aime son métier mais quand on a des rêves ce n’est pas à 50 ans qu’il faut les réaliser.
  • Ah l’ami Bastien ce doux rêveur ! Il n’a pas changé.

Quelle belle rencontre de famille et d’amis, les plus proches étaient là, Pierre, Déborah et Xavier accompagnés d’Abeba. Tous les quatre comme a dit Rosine, vous êtes comme les mousquetaires. Rosine et Mathéo ainsi que Noa nous ont demandé de quitter la table, et pour la première fois Guillaume les a emmenés dans le grenier qui nous avait vus jouer étant enfants. Nous les entendions rire aux éclats et le soir Mathéo a dit à son père quand je serais grand je serais commandant des montagnes.

Il ne fait pas très chaud en ce 10 septembre, il est 5 h du matin nous décollons du refuge du Mont Pourris altitude 2374 m, direction le Lac Marlou, enfin nous l’avons mérité cette randonnée. Xavier nous accompagne, ce sera une première pour lui, mais depuis les événements il est devenu l’ami de nous tous, et puis ne sera-t-il pas d’ici la  semaine prochaine le mari d’Abeba ; ce qui fera de lui le beau-frère  de Guillaume. Il n’y a que Pierre qui n’a pas de lien de parenté mais c’est l’ami fidèle celui sur qui, les trois autres peuvent compter. Il a repris ses fonctions au sein de sa brigade. Aujourd’hui c’est lui le premier de cordée, n’est-il pas guide de haute montagne, il fait partis du PGHM (peloton de gendarmerie en haute montagne)

Nous avons 1530 m de dénivelé avant d’atteindre le sommet, nous ignorons si la glace va tenir, l’été a été assez chaud. Mais nous avançons en silence et continuons notre montée jusqu’au Grand Col qui culmine à 2935 m. A l’arrêt c’est Guillaume qui a semé le trouble en nous. Nous faisions le tour des événements que nous venions de vivre, quand soudain il nous demande à brûle pourpoint :

  • A votre avis qui accompagnait Ben en France, qui est ce mystérieux homme, qui selon ma mère était blessé, elle l’a entendu crier, je ne remets nullement en doute sa parole mais je me demande bien qui il était. Car en y réfléchissant bien, je suis d’accord que le Commandant Ben m’ai pris en filature de Djibouti à Paris mais il ne m’a pas suivi sur Paris, je me suis rendu au ministère des Affaires Etrangères, il n’y a que de là-bas que l’on a pu savoir mon adresse. Et, encore c’est celle de ma mère. Et non la mienne, et je ne pense pas leur l’avoir donné puisque je n’étais pas revenu en France depuis plus de dix ans.

En continuant leur montée cette petite phrase trotte dans la tête des quatre amis. Qui serait cette mystérieuse personne, et où est-elle ? Mais cela ne gâche pas notre escalade. Nous sommes en cordée, Pierre a pris Xavier avec lui, Bastien sera avec Guillaume, mais si ce dernier nous en a parlé c’est qu’il doit avoir des éléments que nous ignorons, nous verrons cela au moment de la pause pense Pierre en mettant son baudrier. Chacun met son casque et en route par la voie normale du Glacier de Geay. Pierre voit que le glacier est très crevassé. Deux ou trois séracs sont menaçants dans la traversée du Grand Col.

  • Attention chute de pierres

Cette petite phrase a le don de nous amuser lorsque Xavier répète :

  • Attention chut il y a Pierre.
  • Farceur, mais fais gaffe où tu poses tes pieds, c’est glacé. Nous aurions pu partir plus tard mais je veux être au sommet avant midi. En temps ordinaire, nous mettons entre 5 h pour monter mais nous pensons mettre une heure de plus, mais ce n’est nullement toi qui est en cause, c’est nous qui avons voulu nous dépêcher de faire notre course, plus tard ce ne sera pas possible il y aura trop de neige. Mais on reviendra.
  • Tu m’as bien coacher, t’inquiètes je suis bien capable de mettre un pied devant l’autre.
  • Tu es très sportif, et je ne me fais aucun souci.
  • Allez continuons.
  • C’est de la haute montagne et du glacier, une autre fois nous t’emmènerons sur l’autre voie, là-bas il n’y a que du rocher et cela se déroule en haute altitude et dans une ambiance aérienne.

Il est plus de 9 h du matin et il ne nous reste que l’arête pour atteindre notre Mont, il fait très beau, c’est une belle journée de fin d’été, une comme nous aimons. Nous prenons le temps de prendre un petit encas avant d’attaquer la plus périlleuse, l’arête. C’est Bastien qui relance la discussion qui s’était interrompue pendant le passage du glacier :

  • Dis-moi Guillaume pour quelles raisons tu nous parles de cette personne, aurais-tu eu un appel ces temps derniers ?
  • Ce n’est pas un appel c’est Rosine !
  • Rosine, ma fille qu’a-t-elle vue s’exclame Bastien !
  • Ecoute, elle ne m’a rien dit de particulier, c’est Mathéo qui nous a dit à sa mère et moi que Rosine menait une enquête, cela m’a alerté, et j’ai posé des questions à Mathéo.
  • Que t’a-t-il dit ?
  • Rosine a dit à un de ses amis à l’école et ce devant Mathéo qu’elle avait vu un homme se dissimulé vers la fontaine de l’hôtel, et quand elle avait pris ses jumelles, elle l’avait reconnu le Monsieur qui accompagnait Ben.
  • Ah voilà ou se trouve mes jumelles, c’est ma fille qui les a ! Mais il faut que je lui parle, elle ne doit pas se mêler de ça. Mais quand as-tu su cela ?
  • Hier matin avant que nous partions pour le refuge.
  • Tu penses à une personne en particulier ?
  • Non, je ne vois pas qui cela peut-être et surtout qu’est-ce qu’il nous veut ?

C’est à ce moment que Pierre a pris la parole :

  • Je pense que nous allons bientôt le savoir, je ne vous ai rien dit mais nous sommes suivis.

A suivre…

Vent de panique!

Quelques heures plus tard dans l’avion qui nous ramène en France, Guillaume reçoit un appel téléphonique de Xavier, la communication est mauvaise, il nous semble comprendre que le Colonel ne serait pas mort. Puis, plus rien pendant plus de quatre heures. C’est au moment de débarquer que nous apprenons cette fois-ci du chauffeur de Guillaume que le Colonel a été trouvé par sa femme avec son pistolet dans la main, une lettre à ses côtés, quand elle s’est penchée sur lui, elle l’a entendu lui dire :

  • achève-moi je souffre trop.

N’ayant pas pu ou voulu accéder à la volonté de son mari, elle a préféré appeler le Général qui a envoyé une ambulance pour l’emmener vers l’hôpital de Djibouti où le chirurgien des armées l’a pris en charge immédiatement, il était dans le coma à son arrivée. Xavier n’a pas réussis à vous joindre. Il a cependant réussis à subtiliser la lettre et vous demande s’il faut l’envoyer à la présidence, pensant et à juste titre qu’elle serait détruite avant d’être remise aux médias ou aux autorités sur place. Il a ajouté il y a des remous suite aux courriers envoyés. La presse s’affole et les manchettes de journaux titrent déjà : »Un vent de panique sème le trouble  dans les hautes sphères de l’Etat Djiboutien un Colonel rate son suicide, le Consul de France démissionne.

Lorsque Guillaume raccroche un pli soucieux barre son front et ce qu’il me dit me glace le sang :

  • Xavier n’a pas quitté le sol Djiboutien, cela sent mauvais, il nous faut le raisonner, il doit partir, il va être la proie qu’il faut abattre, quant au Colonel jusqu’à son suicide il l’aura raté.
  • Il l’aurait fait exprès il ne s’y serait pas pris autrement !
  • Il est dans le coma ;
  • Comme ça son procès aura lieu sans lui, facile de se rater en restant à moitié mort.
  • S’il devient un légume ; il ne répondra pas de ses actes.
  • Il ne faut pas culpabiliser, nous avons fait le seul geste qui nous semblait être le bon, nous savons pertinemment que si nous l’avions remis au Général il aurait minimisé les choses, maintenant le scandale va rejaillir sur de nombreuses personnes.
  • Si je suis appelé à la barre je leur dirais que dès que j’ai eu vent de ces horreurs j’ai préféré donner ma lettre de démission, ne voulant pas couvrir des actes aussi odieux d’un homme qui se disait mon ami. Mais je saurais prendre mes responsabilités, je ne veux pas être le bouc émissaire. S’il s’était tué je ne serais pas là à m’agacer, nous avions choisis la meilleure méthode maintenant il va falloir se justifier pour expliquer comment on l’a su et pourquoi on n’a rien vu venir.

Dernière partie

 

En atterrissant à Roissy Charles de Gaule nous voyons les manchettes des journaux, le Colonel de la Roche rate son suicide, sa femme a remis une lettre aux autorités françaises signée de la main de son mari. Un scandale se profile à l’horizon de l’armée. Entre temps nous avons eu Xavier il a enfin quitté Djibouti par le même chemin, il est dans le train qui va à Addis Abeba, il va retrouver celle qu’il aime, il sera en France d’ici une dizaine de jours, il lui faut régler certains détails. Il ne nous en dira pas plus. Nous passons sans encombre la douane. Au loin nous voyons Bastien et Déborah, ils nous attendent, l’ex Consul est passé inaperçu la nouvelle n’a pas fait le tour de Paris, personne ne nous a barré la route, nous pouvons rentrer chez nous.

Rapidement Bastien nous demande ce qu’il s’est réellement passé, il ne nous fait aucun reproche, il comprend que c’était réellement le mieux que celui de demander à un militaire de se donner la mort. A-t-il eu peur ? Ou a-t-il été dérangé ? A ce stade de l’enquête nous n’en savons rien. Nous saurons au retour de Xavier que le Colonel avait appelé sa femme alors qu’il agonisait sur le sol carrelé de leur cuisine, pour se donner du courage il s’était enfilé une bouteille de vodka.  Xavier était présent dans la maison mais il avait évité de croiser le Colonel pensant que ce dernier pouvait toujours retourner l’arme contre lui, il n’avait pas vu arriver sa femme et n’avait rien su avant que cette dernière affolée l’appelle au secours. Ce n’est que lorsque son mari eut été emmené qu’elle lui avait dit la raison de sa présence dans leur maison. 

Guillaume ne veut pas s’attarder sur Paris, il lui faut rejoindre sa femme la date de la naissance approche à grand pas. Bastien et Déborah regagnent leur travail et ce n’est qu’en fin de semaine qu’ils nous rejoindrons car malgré les événements nous décidons de maintenir l’escalade du Mont Pourris. Une voiture non officielle nous attend, nous avons de nombreux amis qui se dévouent pour nous. Nous décidons toutefois de nous arrêter chez un vieil ami que nous avons en commun, il est avocat et il nous aidera si le scandale venait à nous rejaillir dessus, mais comme il nous le dit, vous n’êtes pas accusé de quoi que ce soit, l’enquête n’a pas encore démarré. De plus si le Colonel ne survit pas à ses blessures il n’y aura pas de procès. Mais tant qu’à faire nous ne le redoutons pas ce procès au contraire cela peut nous satisfaire, même si le Colonel nous accuse de l’avoir poussé au suicide il verra rapidement que c’était mieux que de se trouver en accusé à la barre d’un tribunal militaire. Que fera la grande muette ? Ceci reste en suspens quand nous quittons notre ami.

Nous somnolons plus que nous dormons mais l’air vivifiant de nos montagnes ne tardent pas à nous réveiller. Nous voici enfin chez nous. Toute la famille doit nous attendre.

 

A suivre…

 

La sentence!

Avant de s’en aller Xavier récupère le pistolet du Colonel, il le fouille pour voir s’il n’a pas apporté des barbituriques ou une autre arme. Puis nous le laissons sous bonne garde.

Nous quittons la pièce et retournons voir comment Idriss s’en sort avec la femme du Colonel. Et là nous apprenons qu’elle a des révélations à nous faire. Et il s’en suit un dialogue qui va nous laisser abasourdis.

  • Avant que je vous parle dîtes-moi ce que vous me reprochez  Monsieur le Consul ?

Mais c’est Pierre qui va lui répondre, chacun a son rôle, et il lui assène ceci :

  • Je vous accuse d’avoir couvert votre mari, d’être devenue sa complice passive,  d’avoir humilié Abeba et certainement d’autres, de ne pas vous êtes opposé à votre époux quand vous entendiez hurler les fillettes quand il les violait. 
  • Je n’étais pas là, je ne le savais pas.
  • vous ne savez rien, vous vous moquez de nous. Vous saviez exactement ce qui se passait chez vous, mais vous n’avez pas daigné lever un doigt pour soustraire ces enfants à la folie de votre mari. Était-il brutal dans vos ébats ?

Madame la Colonel ne dit plus rien, elle se tasse de plus en plus sur son siège, mais Pierre ne se laisse pas apitoyer, il se souvient du regard de la fiancée de Xavier, apeurée, malade, en souffrance totale, honteuse, alors qu’elle n’y était pour rien.

  • Répondez-moi ? Comment se comportait votre mari avec vous ? Vous ne faisiez plus l’amour ?
  • Mon mari était bestial, moi aussi j’étais une proie pour lui, il m’a promis l’amour, la richesse et une vie meilleure, depuis que je suis avec lui, j’ai eu toutes les humiliations, j’ai honte d’avoir laissé faire mais je ne pouvais pas m’opposer à mon mari, il me fouettait autant que nos petites protégées si j’avais le malheur de m’opposer à lui. Lorsqu’Abeba s’est sauvée il a essayé de me tuer, je peux vous montrer ce qu’il m’a fait, et j’ai tellement honte mais j’ai été violenté par lui et deux soldats à qui il s’est bien gardé de dire que j’étais si ce n’est sa femme au moins la mère de ses enfants.

Pierre n’a pas le temps de l’empêcher, la femme du Colonel déboutonne son chemisier, se retourne et nous voyons son dos lacéré de coups de fouet, son mari a dû s’acharner sur elle. Nous sommes effarés, elle était sous sa coupe, car elle n’a pas pu s’infliger pareil châtiment. Nous appelons un médecin car Xavier trouve que certaines plaies suppurent un peu trop. Le médecin connu de Guillaume ne pose aucune question, mais Guillaume s’entretient avec lui pour lui dire qu’il allait rapidement remettre le coupable aux autorités. 

Les deux fils du Colonel ont été récupérés et déposés chez les religieuses qui vont s’occuper d’eux en attendant la suite des événements. Ces enfants n’ont pas à payer les erreurs de leurs parents. Le Colonel n’a pas attendu deux heures pour nous livrer la liste de tous ceux qui ont participé à ce drame qui mettaient en scène des jeunes filles de plus en plus jeunes ; à peine pubère pour distraire des vieux et nauséabonds personnages. Quand nous avons la liste en mains, nous voyons des noms qui nous renversent tant on leur auraient donné le bon dieu sans confession.

Le colonel doit vraiment se croire à l’hôtel, il en oublie même jusqu’à la raison de sa présence ici, il nous demande un verre et de quoi dîner car il n’a pris aucun repas avant de nous retrouver sur la plage. Xavier est tellement écœuré pat tant de mauvaise foi qu’il lui assène une gifle magistrale, ce qui fait dire au Colonel :

  • Vous allez me le payer Xavier !
  • Non ! Vous rêvez c’est vous qui allez payer avec dommages et intérêt ! Mais voyons ce que Monsieur le Consul vous réserve. A ton tour Guillaume ;
  • A partir de maintenant il n’y a plus de Colonel vous vous nommez Hervé et nous nous en tiendrons à ce prénom.
  • Vous pourriez m’appeler Monsieur de la Roche.
  • Ferme ta gueule Roche !

Pierre excédé n’a pas pu s’empêcher de lui dire de se taire, il n’y a pas mis la forme, mais il commençait sérieusement à lui échauffer les oreilles.

  • Nous te dirons Hervé Roche cela ira bien, tu es comme une roche inflexible ;
  • Vous pourriez par égard à mon grade me dire vous.
  • Si Monsieur le Colonel veut bien venir ici nous allons le démettre de ses fonctions.

L’ex Colonel aurait mieux fait de ne pas faire de vagues car cela donne une idée à Xavier qui fait retirer à Roche sa veste avec son grade. Il se retrouve en chemisette et cela ne nous dérange pas, il pousse un hurlement, lorsqu’il voit Xavier fouler aux pieds sa veste. Rapidement, nous le maîtrisons et nous lui mettons un bâillon, nous lui passons les menottes et le laissons réfléchir au sort qui l’attend.

Et sur ce nous le quittons pour aller se sustenter un peu, les grandes décisions se prennent souvent autour d’un plat. On ne va pas palabrer on sait exactement ce que nous allons faire. Dès cet instant nous transmettons la liste, pour ceux du Pays nous la transmettons au Président, possible qu’il soit mouillé dans ces horreurs mais on ne peut pas aller derrière chaque gars lui tirer une balle dans la tête nous ne voulons pas atterrir en prison ou être tué. Pour ceux,  qui sur la liste étaient en visite ils seront arrêtés à leur domicile en France, quant aux autres qui sont sur les différentes bases on va les offrir au Général qui les commande.  Il y a des gens de la vie civile et les autres sont des militaires. En ce qui concerne le Colonel c’est à nous de nous occuper de lui, c’est lui la tête pensante. De toute façon il  a vendu ses amis mais c’est bien gardé d’apparaître sur la liste. Ce qui fait dire à Xavier qui ne prend jamais de gants :

 «  Il doit chier dans son froc le rocher »

 

Le lendemain matin nous ne nous sommes pas demandés comment à dormis Hervé nous l’avons su par Xavier, il a essayé de le corrompre, inviter à se retourner contre nous, si dans un premier temps il a joué le jeu c’était pour mieux l’enfoncer, aussi ce matin nous avons décidés que notre punition serai à la hauteur de sa médiocrité. Nous avons imaginé un tribunal et nous l’avons fait comparaître.  Nous lui avons lu le chef d’accusation, nous lui avions proposé que l’un d’entre nous puisse être son avocat, il a tout refusé disant être capable de le faire lui-même ce qui nous a bien soulagé, aucun de nous avions envie de l’être, mais nous sommes plus civilisés que lui et nous l’aurions fait. Mais il n’a jamais émis le moindre regret, il devait penser que nous n’irions pas au bout de notre raisonnement.

Nous nous retirons, il est sous bonne garde, nous devons nous dépêcher car sa disparition va remonter aux oreilles du Général et nous voulons quitter pour toujours Djibouti, la famille d’Abeba et Assia allaient désormais vivre en Ethiopie, cela éviterait les représailles, de toutes façons ils étaient Ethiopiens, ils avaient de la famille là-bas ainsi qu’un lopin de terre. Ils étaient venus sur Djibouti pour fuir la famine des années 80, ils auraient dû en repartir il y a quelques mois mais Fha repoussait toujours le moment.

Lorsque deux heures après nous revenons dans la chambre qui a vu se dérouler un procès non conforme, le Colonel a refusé de voir sa femme, aussi elle n’a plus envie de rester dans le même hôtel que son mari, elle nous demande de la laisser s’en aller, mais nous la reconduisons dans sa chambre, et nous lui promettons de la libérer une fois que nous en aurons terminé avec son mari.

  • Monsieur Hervé de la Roche levez-vous et écoutez votre punition. Moi Guillaume Buffat, ex Consul déclare qu’à compter de ce jour vous méritez la mort, mais nous ne sommes ni juges, ni avocats, nous ne sommes pas vos bourreaux, ce n’est donc pas nous qui appuierons sur la détente, nous faisons appel à votre sens de l’honneur et du devoir, nous allons vous conduire à votre maison où l’ensemble de vos domestiques ne s’y trouvent plus, nous allons vous remettre votre arme et vous vous suiciderez, mais auparavant nous vous demandons de signe ce courrier sur lequel vous avouez ce que vous avez fait et la raison pour laquelle vous vous êtes suicidés. Si par hasard demain matin vous êtes encore vivant nous désignerons l’un d’entre nous pour vous tuer et comme cette lettre sera déposée auprès de votre corps l’enquête souvent bâclée ici conclura à votre décès selon votre volonté. Comme nous sommes magnanimes nous vous laissons la parole une dernière fois.
  • Je voudrais dire au revoir à mes enfants, les embrasser une dernière fois.
  • Vos enfants sont repartis pour la France, votre belle-mère qui était arrivée hier s’en est chargé c’est votre femme qui a accepté qu’ils quittent le pays.

Ce sont les dernières paroles que nous avons entendu du Colonel, aucune larme n’est venu nous demander de l’épargner, mais fallait-il encore qu’il est un brin de bon sens, car sa femme l’avait bien compris soit il acceptait de se suicider, soit il y aurait un procès en France et sa famille et la sienne en seraient entachés, sans parler de leurs enfants qui allaient traîner sous leur nom les horreurs de leur père. La Colonelle avait déjà assez souffert et compte tenu qu’il y avait deux enfants, deux petits garçons, nous lui avons donner notre parole d’officier de ne jamais faire allusion aux coups qu’elle subissait, ainsi qu’au viol qu’il lui avait fait subir, quant aux deux soldats ils figuraient sur la liste et  ils étaient aux arrêts. Une fois que nous aurons quitté le pays, nous laisserions au chauffeur et au secrétaire du Consul le soin de venir lui ouvrir la porte. Bien qu’elle n’ait pas levé le petit doigt pour les jeunes filles, ni avertis les religieuses, nous la laisserons partir, elle n’aura pas assez d’une vie pour s’en souvenir et avoir des regrets. De plus elle avait assez souffert.

C’est Xavier qui va attendre qu’Hervé Roche se tue, il nous apprend moins de trois heures plus tard que c’est terminé. Il a déposé comme convenu la lettre qui explique son geste. Il rentrera en France avec Abeba, il est allé demander à ses parents d’accepter qu’elle devienne sa femme, Guillaume leur a écrit une lettre, ils sont invités au mariage d’Abeba et rencontrer leurs petits enfants nés et à venir..  Quelques instants avant d’atterrir en France, Guillaume interroge Pierre :

  • Est-ce que tu penses qu’il a eu le courage de le faire ?
  • Je pense que c’est Xavier qui l’a tué. Il n’a pas eu les couilles pour le faire.
  • Pierre tu parles très mal, jamais ta mère va accepter que tu reviennes sous les traits d’un voyou.
  • N’est-ce pas ce que nous avons été ces jours derniers !
  • Nous ne sommes que des justiciers, maintenant nous rentrons chez nous, je trouverais bien un travail qui va me plaire.
  • Avant ton mariage nous ferons le Mont Pourris avec Bastien !
  • Notre montagne est moins pourris que ce que nous venons de vivre.

A suivre…