Une découverte renversante pour Shana /10

Yanis et Léo s’apprêtaient à enfourcher leur vieille camionnette rouillée, les outils chargés dans le coffre, l’odeur du bois encore frais collée aux mains. Léo allait à l’atelier de menuiserie-ébénisterie, comme chaque matin depuis trois semaines il était avec Yanis. Le soleil perçait à peine à travers les nuages d’août, une de ces journées où tout semblait paisible.

Mais alors qu’ils fermaient les portes arrière, le crissement sec de pneus les fit se retourner. Une voiture banalisée s’immobilisa en trombe dans la cour de la caserne devant leur maison. En descendirent deux hommes, vêtus de noir, gilets pare-balles bien ajustés, oreillettes en place. Thomas, le père de Léo et oncle de Yanis souleva sa visite pour que les deux jeunes gens le reconnaissent, derrière lui, Julien Buisson, son second, visage fermé, en fit autant. Il connaissait les jeunes. Il les salua.

Les deux cousins restèrent figés, stupéfaits. Léo lâcha une vis qui roula sur le gravier.

— Qu’est-ce que… Papa? Mais qu’est-ce que tu fous habillé comme ça ? On dirait que tu pars à la guerre.

Thomas s’approcha d’eux à grands pas, le regard grave, sans la moindre trace de son habituel sourire.

— On n’a pas le temps, lança-t-il, voix tendue. Une prise d’otages…

Aucun des deux cousins ne pourront rejoindre l’atelier ce jour-là. L’ordre est clair : toutes les familles doivent rester confinées à la caserne, le périmètre est verrouillé. Yanis et Léo comprennent aussitôt la gravité de la situation. Ils échangent un regard, puis se tournent vers Thomas, les mâchoires serrées mais résolus.

— Si vous avez besoin de nous… vous pourrez compter sur nous, dit Léo avec calme.

Thomas hoche la tête, reconnaissant, mais son visage reste fermé.

— Ce que je vous demande surtout, c’est d’occuper Maël, Inès et Mila. Interdiction de vous fausser compagnie. Je suis rentré pour prévenir Shana, mais je suis bien content que vous soyez encore là. J’espère que vos travaux n’en seront pas trop affectés.

Léo esquisse un sourire, un peu forcé, mais sincère :

— Le lundi, c’est surtout la prise de commandes et les relances clients. On peut gérer ça avec nos portables. Yanis voulait finir une commande, on verra d’ici demain.

Julien, qui jusque-là était resté silencieux, laisse échapper d’un ton presque absent, comme s’il pensait tout haut :

— J’espère que nous arriverons à la faire sortir…

Yanis, brusquement sur le qui-vive, fronce les sourcils.

— La… ? C’est une femme qui a fait une prise d’otages ? C’est pas banal, ça.Un silence un peu tendu suit ses paroles. Même Thomas semble hésiter avant d’ajouter, plus bas :

— Non, c’est pas banal. Et justement, c’est ce qui nous inquiète le plus.

Léo n’a que le temps d’apercevoir Thomas lui faire un bref signe de la main. Un geste discret, presque imperceptible, mais chargé de sens :

Silence.

Léo se fige. Pourquoi cette soudaine mise en garde ? Il échange un regard rapide avec Yanis, puis, instinctivement, son esprit fait le tour des possibilités. Et s’il connaissait la preneuse d’otages ? L’idée s’insinue sans prévenir, glaciale.

Mais déjà, un bip strident retentit sur la radio accrochée à la ceinture de Thomas. Julien et lui se redressent aussitôt, le visage fermé. Thomas appuie sur le bouton et répond d’un ton sec :

— On arrive. J’expliquais à mes aînés qu’ils doivent rester ici aujourd’hui. Pas question qu’ils mettent un pied hors de la caserne. Et en plus, il va falloir qu’ils s’occupent des plus jeunes.

Une pause, puis un haussement de sourcils agacé.

— Quoi ? Ils l’ont emmenée avec eux ?… Eh bien, ça promet. Bon, Tony, on arrive.Il referme le clapet, tourne brièvement la tête vers les deux cousins.

— Léo, je compte sur toi.

Léo, surpris mais profondément fier d’être ainsi désigné comme l’aîné responsable, redresse les épaules et répond simplement, avec une assurance discrète :

— Oui, Papa.

Le moteur de la voiture de Thomas s’éloigne dans un grondement étouffé. Le silence retombe aussitôt, comme un couvercle. Léo et Yanis restent là, figés au milieu de la cour, entourés d’outils et de gravier, l’esprit ailleurs.

Yanis passe une main sur sa nuque, pensif. Il finit par souffler :

— Tu crois qu’on la connaît, toi ? La femme qui a pris les otages ?

Léo hausse les épaules, mais son regard trahit l’agitation intérieure.

— J’en sais rien. Mais Thomas m’a coupé net dès que j’ai posé la question. C’est pas son genre, ça.

Un silence. Les oiseaux eux-mêmes semblent se taire. Puis Yanis reprend, plus bas :

— T’as vu sa tête quand Julien a dit la faire sortir ? Y a eu un truc. Une gêne. Une peur presque…

Léo hoche lentement la tête, les bras croisés. Il réfléchit, cherche dans sa mémoire. Et puis, comme si la pensée l’avait mordu, il murmure :

— Tu crois que c’est… possible que ce soit… maman ?

Yanis se fige, le souffle coupé. Les mots de Léo viennent d’écraser quelque chose au fond de lui.

— Édith ?… Non. Non, c’est pas possible, murmure-t-il, mais sans la moindre assurance.

— Non… Enfin je sais pas. C’est tordu. Mais c’est pas impossible. Elle a déjà fait pire.

Léo acquiesce lentement.

— Elle traînait avec des types louches. Des histoires de fric, de magouilles…

— Elle s’était planquée, elle préparait quelque chose ? Depuis que le notaire l’a évincé de l’ouverture du testament elle devait préparer sa vengeance.

Yanis serre les dents, le regard noir.

— Si c’est elle, y a intérêt à ce que Thomas la chope avant nous. Parce que moi, je te jure…

Il ne finit pas sa phrase. Il n’y a rien à dire de plus. Juste ce silence, plus lourd que tout, qui retombe sur eux comme une condamnation qu’ils n’ont pas choisie.

A suivre…

Copyright Août 2025

Une découverte renversante pour Shana 9

Depuis son retour, Tino ne pense qu’à ça : sa mère Edith. Elle l’a méprisé, rejeté, puis ignoré. Elle a fermé les yeux sur ce que Capet lui a fait subir, à lui comme à ses frères.

Yanis, son frère, a plongé dans les galères, il a connu la drogue, la descente aux enfer, les cures de désintoxication et enfin il a été condamné à deux ans de prison ferme pour tentative d’assassinat.

Et si Thomas n’avait pas tendu la main à Inès, elle aurait fini elle aussi par se perdre. Tino enrage. Et il rêve de lui faire payer tout ça.Pas avec des cris. Pas avec des mots. Avec un plan, un vrai,tordu pire, machiavélique, il a repéré un squat. Il se dit qu’il pourrait y amener sa mère, sous un prétexte, et… la laisser là. Livrée à elle-même. Aux autres. À ce monde qu’elle a ignoré et qu’elle a fait subir à sa petite soeur Shana et à ses deux amies d’école Djamila et Esmeralda.

Mais il n’en parle à personne. Sauf à Maël, qu’il croit plus naïf qu’il ne l’est vraiment.

Maël a 14 ans, mais il comprend vite.Ce que Tino lui a confié le trouble. Il ne saisit pas tout, mais il sent que c’est grave, mauvais, et surtout, dangereux.

Il n’en dort pas.Et puis un matin, il envoie un message à Louis :

“Faut que je te parle. C’est à propos de Tino. C’est sérieux.”

Louis ne prend pas ça à la légère. Il appelle Thomas dans l’heure.Le soir même, Thomas fait venir Tino, calme, maîtrisé. Mais son regard est plus froid que d’habitude. Ils s’isolent dans le bureau. Pas de cris. Pas de violence. Juste… le poids de la déception.

— Tu veux te venger, très bien. Mais pas en entraînant un gamin de 14 ans dans ta haine, Tino.Pas en lui glissant des idées noires dans l’oreille.

Tino ne répond pas. Il regarde ailleurs.

— Tu veux régler ton compte avec Edith ? D’accord. Mais ce sera à ma manière, pas la tienne.Et crois-moi, je vais m’en charger.Toi, tu vas me prouver que t’es capable de grandir.Tu veux faire justice ? Commence par te tenir droit. Pas par faire justice toi-même, comme un voyou. Un grand silence, Tino baisse la tête.

— Et Maël ? Tu lui dois des excuses. C’est un gosse, et tu l’as mis dans une position impossible. Si tu es toujours dans la vengeance tu ne peux pas rester chez moi. Tu as 48 heure pour réfléchir. Ensuite tu me donnes ta décision.

Quelques jours plus tard, Tino a accepté la main tendue de Thomas. Il a même été s’excuser auprès de Maël dans sa chambre.Il frappe à la porte, attends, puis Maël le laisse entrer, il a sa tête du jour de son arrivée chez eux. Ce n’est plus un enfant, c’est déjà un adulte dans le corps d’un ado. Il a plus de maturité que lui, malgré qu’il ait roule sa bosse aux quatre coins du Monde. Tino se racle la gorge, mal à l’aise :

— J’suis désolé. J’aurais pas dû. C’était nul. Maël le fixe, sérieux.

— C’était pas nul. C’était flippant et dangereux.

Un silence. Tino ne dit rien, il voit le mal qu’il aurait pu faire à ce jeune ado qui est aussi son cousin.

Puis Maël ajoute :

— J’crois que t’as pas besoin de devenir comme elle pour la punir.

Tino sourit, à peine. C’est douloureux. Mais c’est juste.

Thomas a promis de s’occuper d’Edith.Pas pour se venger. Pour mettre fin à son emprise toxique, une fois pour toutes.Il a des moyens. Il sait comment faire. Il le fera proprement, discrètement et surtout définitivement.

Quant à Tino, il est sous surveillance, ce n’est pas la prison, mais il doit faire ses preuves, Shana lui a dit gentiment que depuis trois semaines qu’il était chez eux, à part s’occuper de Malian, elle ne lui avait pas vu faire grand chose. Quel métier l’intéresserait ? Elle lui avait demandé d’en établir une liste.

Il aimait énormément sa tante, Elle était le pilier de cette maison mais aussi celle qui garde, qui observe, qui redonne une chance… mais qui ne tolère plus les dérives. Tous les garçons et encore plus sa petite soeur Inès l’appelait Maman. Personne ne s’était concerté, c’était venu naturellement. Quant à Thomas tous admiraient la figure du père. Selon les fratries s’étaient Papa ou Thomas. Après l’ouverture du testament qui allait avoir lieu début octobre, ceux qui portaient fort mal le nom Capet devaient réfléchir soit à porter celui de Thomas sans aucune filiation. Soit à changer une lettre à Capet. Maël leur en avait suggéré toute une liste plus ou moins fantaisiste qu’il avait concocté avec Mila et Inès.

De Capit à Capot en passant par Catos voir même Calot s’ils décidaient de changer deux lettres. Mais comme tout était permis ils avaient eu des idées de folies. Tapis comme Bernard, Râpés, voir même Ratés comme pour Tino, petits coups de pieds de Maël en les lisant. Aucun ne leur avait plu. Pour l’instant ils s’appelaient encore Capet.

A suivre…

Copyright Août 2025

Une découverte renversante pour Shana 8

Maël n’avait jamais pris le TGV. Encore moins pour aller passer un week-end chez un frère qu’il connaissait à peine. Sur le quai, Louis les attend. Grand, discret, il fait un léger signe de la main.

À ses côtés, une femme blonde pousse une poussette.Ingrid, son épouse suédoise, sourit chaleureusement.Dans la poussette, Nils, tout juste un an, mâchouille un jouet en silicone sans trop comprendre ce qui se passe.Louis s’approche de Maël, pas trop vite, pas trop fort.

— Bienvenue, p’tit frère.

Maël hoche la tête, mal à l’aise, mais touché.Louis serre Léo dans ses bras.

— Merci de l’avoir accompagné.

— C’est lui qui m’a convaincu, glisse Léo.

Louis ressemble à Léo, même carrure fine, mêmes yeux un peu tristes, mais vifs.

— Tu es content de nous rendre visite.

Il ne répond pas mais ses yeux parlent pour lui.

Dans la voiture, Ingrid, la femme de Louis, l’accueille d’un “Hej hej !” joyeux. Elle parle français avec un accent adorable et des mots parfois de travers qui font rire Maël.

Léo reste en ville, laissant Maël passer la journée avec Louis, Ingrid et Nils, pour eux quatre c’est direction Eurodisney. Louis avait tout prévu. Il voulait offrir à son petit frère un vrai moment de légèreté. Maël monte dans chaque attraction avec l’enthousiasme d’un enfant de huit ans.Même dans “It’s a small world”, il tape du pied en rythme.Ils mangent des frites et des churros, Ingrid prend des photos de Maël et Louis devant le château.

Nils dort dans la poussette, le nez au vent.Le soir, Ingrid lui glisse en souriant :

— On dirait que vous avez dix ans d’écart… et pourtant vous riez pareil.

De retour à l’appartement, Ingrid cuisine un repas franco-suédois :gratin dauphinois, hareng mariné, pain croustillant et un dessert au citron venu du nord.

Maël goûte tout. Il aime, même les trucs bizarres.

— C’est… spécial. Mais c’est bon, dit-il en se resservant.Louis rit.

— T’es franc, j’aime ça.Pendant ce temps, Nils s’agite dans sa chaise haute, en lançant des bouts de pain par terre.Maël le regarde, intrigué.

— Il comprend quelque chose à tout ça, tu crois ?

— Non, mais il enregistre tout, répond Louis. Comme nous, à son âge.

Dans la chambre d’amis, Maël s’endort rapidement.Pas de cauchemars, pas de bruits inconnus. Juste la fatigue du parc, et l’étrange chaleur d’un endroit qui ne l’a pas rejeté.

Louis prépare du café. Ingrid donne un biberon à Nils. Maël arrive en chaussettes.

— J’peux revenir… un autre week-end ?Louis le regarde avec sérieux.

— Ma porte est ouverte. Même sans Léo.

— Alors j’viendrai.Ils échangent un vrai sourire. Pas de discours. Juste ça.

Il est est neuf heures, dans la cuisine baignée de lumière, Maël s’installe en silence.
Ingrid pose devant lui une tasse de chocolat chaud, du pain grillé, et des petits biscuits suédois au gingembre.

— Tu dors comme une bûche, dit-elle en riant doucement.

Louis arrive avec Nils dans les bras, les cheveux en bataille, les yeux encore mi-clos.
Le petit se met à babiller dès qu’il aperçoit Maël.

— Il te reconnaît, murmure Louis. Tu lui plais, apparemment.

Maël tend timidement les bras, et contre toute attente, Nils se laisse faire. Il le garde sur ses genoux pendant tout le petit-déj. Quelque chose dans ce geste l’étonne lui-même : il se sent utile. Il se sent là.

Ils sortent en famille au parc André-Citroën. Nils gazouille dans sa poussette, Ingrid parle des différences entre la France et la Suède, Maël écoute, curieux. Louis et lui marchent côte à côte.

— C’est bizarre, dit Maël. On dirait qu’on est une vraie famille.

Louis lui jette un regard.

— On l’est. Pas “comme une”, Maël. On l’est vraiment.Un silence. Puis Maël :

— J’ai jamais eu un grand frère comme toi. Enfin… j’savais même pas que t’existais.

— Moi non plus. Mais c’est pas trop tard.

Ingrid prépare un repas rapide : pâtes à la crème et saumon fumé, salade croquante, et glace à la vanille.

Pendant le repas, Nils tente d’attraper la cuillère de Maël.Il éclabousse tout. Ingrid s’exclame en suédois, Louis rigole.Maël, lui, se marre à pleins poumons. C’est la première fois qu’il rit comme ça depuis longtemps — un rire pur, sans sarcasme.

L’après-midi, pendant qu’Ingrid met Nils à la sieste, Louis et Maël restent au salon.Ils jouent un peu à la console, parlent de tout et de rien.Puis Louis s’absente pour prendre un appel, laissant Maël seul.

Dans le silence, Maël regarde les photos sur les murs :le mariage de Louis et Ingrid, la naissance de Nils, un selfie en montagne. Il se murmure à lui-même, un jour ce sera moi qui vivrait comme mon frère.

Vers dix-huit heures, Léo arrive pour le ramener.Maël embrasse Ingrid, serre Nils contre lui, puis s’arrête devant Louis. Ils se regardent, sans trop savoir quoi dire.

— Merci pour tout, lâche Maël.

Louis l’attire contre lui.

— Ce n’est que le début. Reviens quand tu veux. Tu fais partie de nous maintenant. Maël hoche la tête. Cette fois, il y croit.

A suivre…

Copyright Août 2025

Une découverte renversante pour Shana 7

Le silence avant le retour. L’Afrique avant la France. Le cœur en vrac. Dakar – 3 heure 32 du matin. Réflexions de Tino qui attend son départ…

Tino est allongé sur un lit en métal, sans drap, torse nu, les yeux rivés au plafond. Le ventilateur claque mollement au-dessus de lui. Dans la rue, un chien aboie. Le sommeil ne viendra pas. Son sac est prêt. Il n’a rien gardé, sauf un vieux carnet froissé avec des dessins glanés au fil du temps et une photo d’un coucher de soleil sur le lac Rose. Il allume son téléphone. Aucun message de Mila, ni de Léo. Pas besoin. Ils ont fait leur part.

Un texto, en revanche, brille à l’écran :

Rendez-vous demain 14 heure au Centre culturel français. Passeport temporaire en main. Ton contact c’est le Capitaine Benga. Ne parle à personne.

Tino (à voix basse) :

— C’est réel, cette fois.

Il regarde par la fenêtre : les lumières jaunes, la ville étouffée de chaleur et de poussière. Il ne sait pas s’il est triste de partir… ou juste soulagé.

Il repense à ses errances : les marchés de Kaolack, les nuits volées à Saint-Louis, les petits boulots à la frontière gambienne.

Un vieux voisin sénégalais, Mamadou, passe la tête dans l’encadrement.

Mamadou (souriant, en wolof français approximatif) :— C’est demain, hein, le retour ?

Tino (légère voix rauque) :

— Ouais… Demain je redeviens quelqu’un.

Mamadou hoche la tête. Pas de mots de trop.Avant de partir, Tino inscrit dans son carnet :

“On fuit toujours pour rester vivant. Mais revenir, c’est pour rester debout.”

Il ferme les yeux. Et pour la première fois depuis longtemps… il dort.

Le lendemain, tout s’est déroulé comme l’avait prévu Thomas, le père adoptif de Mila, celui qui les protège tous. Son oncle, comme il vient de l’apprendre, avait tout organisé.

Selon le Capitaine, c’est un homme droit et humble, un commandant du GIGN dont la réputation n’est plus à faire.Il devrait porter plus de dix mille médailles, tant ses états de service sont innombrables.Mais Thomas est modeste, il n’en parle jamais.

Base aérienne de Villacoublay, France – 6 heure 07, la passerelle est encore vide quand Tino descend de l’avion, yeux cernés, sweat noir à capuche. Il marche lentement. Il garde son sac près du corps. Chaque pas est un coup de marteau dans la poitrine.Il franchit les portes vitrées. On ne lui demande rien, ici pas de douaniers, juste deux hommes l’attendent.

Léo, mains dans les poches, yeux rouges, et Thomas, debout, droit, en civil. Mais on sent le GIGN dans sa posture : solide, protecteur, prêt à intervenir.

Thomas (sans solennité) :

— Bienvenue chez toi, Tino.

Tino reste figé une seconde. Il ne sait pas quoi faire. Puis Léo s’avance, hésite, puis le serre dans ses bras, c’est fort, brut.

Léo (voix étouffée) :— T’as pris ton temps.

Tino (lâchant un demi-sourire) :

— Fallait que je revienne avec une barbe plus stylée que la tienne.

Ils rient tous les deux, ça détend l’atmosphère un peu crispé dans ce matin de fin d’été.

Thomas les regarde, puis pose une main sur l’épaule de Tino.

Thomas (sincère) :

— On a de la place à la maison. Et pas besoin de masque ici. Tu peux respirer. Tino ne répond pas. Mais il hoche la tête. Et ça suffit.Ils sortent ensemble. Le jour se lève à peine.

La porte s’ouvre lentement. Thomas entre, suivi de Léo, puis Tino. Sac à l’épaule, il s’arrête. Il entend des rires d’enfants, une radio qui grésille doucement, l’odeur du linge propre.

Un monde totalement opposé à celui qu’il a fui.Sur le tapis de jeu, Malian, 18 mois, le regarde fixement en suçotant un anneau de dentition. Les jumeaux, Matis et Matéo, rampent dans tous les sens. Mila, penchée sur eux, se relève en voyant Tino.

Mila (doucement) :

— T’es là.Tino esquisse un sourire.Un sourire fatigué mais sincère. Je te reconnais malgré qu’en Afrique tu apparais sais flou. C’est toi Mila ma cousine par ta mère et ma sœur par notre père . Double casquette par la folie d’un mec dangereux et fou. Puis Tino (regardant autour) :

— Vous avez ouvert une garderie ou quoi ?

Léo (avec un demi-rire) :

— Pas loin. Ça s’appelle “la famille”.

Dans un coin du salon, Maël est déjà là. Bras croisés. Regard sombre. 14 ans et déjà dur comme un mur.

Maël :

— Donc t’es Tino. Le “grand” frère. Celui qui a fui pendant que nous, on encaissait tout.

Tino (calme mais sec) :

— J’ai pas fui. J’ai survécu. Il me semble avoir compris que toi tu as vécu grâce à ma tante Shana qui t’as sauvé d’une mort certaine.

Maël accusé le coup, Tino est direct, la vie ne l’a pas épargné , si Maël est en colère il peut le comprendre mais il.ne connait rien de l’enfer qu’a vécu.

Un silence tendu mais palpable suit les paroles de Tino. Shana apparaît, posant un biberon. Elle fixe Tino.

Shana , directe :

— Toi, je te reconnais. Les yeux d’Edith. La bouche de Capet.

Tino (amer) :

— Et l’âme de personne, apparemment.

Shana s’approche. Elle ne tremble pas. Elle ne l’enlace pas. Mais elle le regarde en face.

Shana :

— Edith… Elle t’a élevé. Toi, Yanis, Inès et Mila. Et d’autres Pas pour vous aimer. Elle vous gardait comme elle l’aurait fait pour des animaux , Vous enfermait et vous dressait comme des chevaux à coup de fouets. Comme si vous lui apparteniez.

Tino (les yeux brillants, à voix basse) :— Elle m’appelait “mon petit roi”. Puis me frappait quand je la contredisais.

Elle voulait me modeler comme Capet. J’ai préféré dormir dehors.Un silence lourd. Même Maël baisse les yeux.

Thomas (intervenant doucement) :— Ce gosse a traversé l’enfer. Mais il est debout. Alors ici, il a sa place. Alors Shana le prends dans ses bras et lui dit :

— Sois le bienvenu Tino.

Shana l’embrasse et lui dit je me souviens de toi, j’avais dix ans , j’habitais avec ma sœur et… C’est là où ton grand-père , ensuite ton père et … J’avais beau les fuir, me cacher sous le lit, ou dans le placard, ta mère me trahissait toujours. Tu comprends pourquoi je ne t’ai pas accueilli les bras grands ouverts. Mais maintenant grâce à mes enfants et mon époux adoré je vais bien.

Mila s’avance, tenant Malian dans les bras.

Mila (à voix douce) :

— Lui, c’est Malian. Ton demi-frère. Par Edith. Mais il aura une autre vie que nous. Papa et Maman recherche son père.

Tino (regardant l’enfant, bouleversé) :

— J’vais pas lui transmettre le poison.

Il s’agenouille, passe doucement un doigt sur la joue du bébé. Malian attrape sa main sans peur. Tino le regarde, et un sanglot discret lui échappe.

Tino (murmure) :

— Ce regard… il est encore pur. On va le garder comme ça.

A suivre …

Copyright Août 2025

Une découverte renversante pour Shana 6

Dès que Thomas est parti, Mila s’est sentie dépossédée de cette tante qu’elle n’appréciait pas réellement, mais envers qui elle restait toujours polie, soucieuse de préserver l’harmonie familiale.

Combien de fois s’était-elle étonnée de son manque d’empathie, que ce soit envers sa mère ou même envers eux ? Cette femme vivait aux crochets de la famille, profitant de tout ce qui transitait par Malian. Et ce mari, prétendument président d’un pays africain… existait-il vraiment ?

Elle en était là de ses réflexions quand Léo, penché sur son ordinateur, examinait un mail qu’il venait de recevoir.

Léo fronça les sourcils, les yeux rivés à l’écran. Un silence tendu s’installa, seulement troublé par le cliquetis discret du clavier. Mila l’observait du coin de l’œil, tentant de deviner ce que ce message pouvait contenir pour lui faire perdre ainsi sa concentration.

— Un problème ? demanda-t-elle enfin, d’une voix prudente.

Il ne répondit pas tout de suite. Puis, sans la regarder, il souffla :

C’est Tino le frère de Yanis et Inès notre cousin, il a vu ma recherche sur Instagram, il me répond.

Le cœur de Mila se serra, sans qu’elle sache pourquoi. Elle s’attendait à ce que son cousin revienne tôt ou tard dans la conversation, mais elle n’imaginait pas qu’il reprendrait contact aussi vite.

— Et… il dit quoi ?

Juste qu’il est perdu mais ne peut plus faire marche arrière. On arrête , Shana nous a appelé, allons manger on regardera après le repas.

C’est la nuit, son téléphone à la main. Léo fait défiler des vidéos en silence. Il tombe sur une page :

@the_damned_globetrotter.

Une vidéo attire l’œil de Mila qui est assise à côté de lui : une voix de Titi Parisien, une gueule mal rasée, et un titre :

Le jour où j’ai quitté la France pour ne plus jamais revenir.

Ils regardent ensemble. Tino, dans un hamac entre deux palmiers, explique :

“Je suis né dans la crasse. Petit fils d’un vicieux, fils d’un fantôme et d’une salope et frère d’ombres. Y a que la route qui m’a sauvé. Le monde est vaste. Oublier, c’est ma seule religion.”

Mila murmure, presque tremblante :

— C’est Tino.Il est vivant. Il s’est renommé Matenfer, un nom froid sombre qui donne le ton :

Léo assez calme, un tantinet irrité :

— Il veut rien savoir. Il crache sur nos origines.

Mila très excitée :

— On doit essayer quand même.

Mila envoie un message simple via Instagram :

“Salut Matenfer. Tu t’appelais Tino, je suis Mila. On a le même père. Je suis ta sœur. Je voulais juste te dire que tu n’es pas seul.

C’est Mila qui surveille la boîte mail qu’ils se sont fait pour ne pas mélanger leur vie et cette quête.

Silence radio de l’intéressé, chaque jour qui passe est un jour de trop pour Léo, mais lui est en train de monter un avenir à Yanis, ce dernier travaille chez un ébéniste qui fait des meubles. Léo est à son compte, c’est Thomas qui.lui a avancé l’argent pour acheter un atelier. Charge à lui de lui rendre. Puis Yanis né pouvant pas rester chez son patron doit en trouver un autre. Il en a parlé avec Thomas qui, lui en a parlé à Léo. Et voilà c’est parti Yanis sera son ouvrier dans un premier temps puis dans quelques mois voir année il deviendra son associé.

”Il ne répond pas. Mais deux jours plus tard, une story publique apparaît :Un selfie, avec un filtre ridicule, et le texte :

“Quand t’as fui l’enfer et qu’on t’envoie un faire-part familial depuis les flammes.”

Rires en commentaires. Une façon de repousser, d’esquiver.

Léo, furieux :

— C’est un connard. Il se fout de nous.

Mila (très calme) :

— Il a mal. Il se protège. Laisse-moi essayer encore une fois.

Elle envoie un deuxième message.

“Tino. Je sais ce que Capet t’a laissé comme poison. Mais il m’a laissée moi aussi. J’ai 15 ans. Je suis sa fille. Et il a détruit la vie de ta sœur Inès qui à mon âge, un peu comme ma jumelle. Elle est en danger. Elle est seule. Et moi aussi, j’ai peur. Si tu veux vraiment être loin de nous, dis-le. Sinon, prouve que t’es pas comme lui.

Un message est intercepté sur Facebook et sur Instagram, pour semer le trouble ou pour se justifier d’une manière maladroite. Il ne doit pas s’adresser à eux, c’est impersonnel.

Il faut attendre encore deux jours. Puis un message arrive, envoyé de nuit.

Tino :“T’as 15 ans. Putain. Moi j’ai fêté mes 22 ans dans un squat à Dakar à me dire que j’étais le dernier des déchets.J’ai fui la France pour ne pas exploser. Pour ne pas finir comme lui. Mais toi… toi t’es encore dedans. Alors j’vais pas rire cette fois. J’vais pas fuir.”

Il envoie une vidéo privée. Son regard a changé. Mila, Léo… je suis désolé d’avoir ri. J’essaie juste de respirer. Si y a vraiment une gamine en galère, une sœur à vous, à moi… je veux aider.Je veux pas qu’elle crève comme les autres.J’veux pas qu’elle devienne moi.

Mila et Léo sont assis côte à côte. Le téléphone posé entre eux. L’écran affiche :

Tino (en ligne)

Un dernier message fixe sur l’écran :

“Je veux rentrer. J’en peux plus. Mais j’ai rien. Ni papier, ni argent. Juste un sac et des regrets.

Leo envoie immédiatement un sms à Thomas pour lui demander son aide.

”Thomas entre dans le salon, tasse de café à la main. Il s’arrête en voyant leurs visages. Ils sont pâles. Figés.

Thomas (posément) :

— C’est Tino ?

Léo acquiesce. Mila, sans détour :

— Il veut revenir. Mais il est bloqué. Coincé au Sénégal. Il a plus rien.Thomas s’approche. Il pose sa tasse. Lit les messages. Son visage se ferme. Pas de colère. De la concentration.

Thomas (calme, mais ferme) :

— Vous avez bien fait de venir me voir.

Il s’assoit face à eux. Léo tente de cacher son émotion.

Léo :

— Tino, c’est pas juste un frère. C’est un survivant. Il a fui Capet. Il a tenu debout. Il a le droit à un retour propre.

Thomas hoche lentement la tête. Un temps de silence.

Thomas :— Il s’est fait appeler Math là-bas ?

Mila :— Oui. Pour éviter les gens. Il s’est reconstruit. Mais il n’a pas d’identité légale. Pas de passeport. Il vit de petits boulots, d’hôtels miteux.

Thomas (décidé) :— D’accord. Voilà ce qu’on va faire.

Il se lève. Attrape un classeur, un vieux téléphone satellite, son badge du GIGN.

Thomas :— Je vais contacter un ancien collègue à Dakar. Renseignement intérieur, cellule rapatriement. Ensuite, je parlerai à un officier consulaire. Il aura une extraction propre. Et un billet d’avion payé par mes soins s’il le faut.

Léo souffle, mais ne sait pas quoi dire, juste merci.

Mila baisse les yeux, émue.

Mila (chuchote) :— Tu vas vraiment faire ça… pour lui ? Papa

Thomas (regarde Mila avec gravité) :— Pour vous deux. Parce que je vous ai promis de vous protéger. Certains d’entre vous sont plus âgés mais si Mikael et Kévin se sont construits, toi Léo et Louis aussi. Regardez les dégâts sur la fratrie de Tino.

Thomas pense tout bas que c’est la famille de sa belle-sœur qui a le plus souffert.

Quant à Djamilla aimait ses enfants, elle les chérissait jusqu’à ce qu’elle meurt en mettant au monde Maël. Les petits ont été adoptés par deux familles différentes, mais Louis est fort il s’en sortira. Puis maintenant il a retrouver son petit frère Léo et accueillis à bras grands ouverts le petit dernier.

Il envoie Mila se coucher et demande à Léo d’en faire pareil. Demain il doit emmener son petit frère Maël passer le weekend chez leur frère et belle-sœur avec leur enfant. Le bébé s’appelle Nils, Maël a dit à Louis qu’il savait donner le biberon. Il était fier en lui le montrant hier dans l’après-midi. Maël est un ado bien dans ses bottes, Louis sera en capacité de gérer son frère s’il y avait un souci.

A suivre…

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